OPÉRATIONS MOTIVÉES PAR LES PLAIES DES ARTÈRES ET PAR LES ANÉVRYSMES
Hémostatiques.
Je traiterai ici des moyens chirurgicaux applicables au traitement des plaies artérielles et des autres lésions de ce système qui donnent lieu à des anévrysmes; On verra que ces moyens sont également utiles au traitement d’une grande partie des maladies des systèmes veineux et capillaire : ainsi le mot *émostatique peut être pris ici dans son acception la plus large. Les hémostatiques peuvent être rangés dans deux séries : 4° styptiques, réfrigérants, cautérisation, incision avec lamponnement, suture, serres-fines, séton, acupuncture, électro-puncture, perchlorure de fer ; 2° compression, bouchons mécaniques, mâchure, refoulement, enclavement, torsion, ligature. Voilà les moyens hémostatiques qu’on pourrait appeler chirurgicaux ; ils peuvent
| HÉMOSTATIQUES. 623 être appliqués sur la tumeur au-dessus et au-dessous d'elle. Vient ensuite la méthode de Valsalva, qui appartient plutôt à la thérapeutique médicale,
Hémostatiques de Ia première série, S 1 — Siryptiques et réfrigérants.
On conçoit l'efficacité de ces moyens pour arrêter des hémorrhagies superficielles et occasionnées par la blessure de très petits vaisseaux. Mais quel effet pourraient produire de pareils modificateurs appliqués seuls sur l’ouverture d’une artère un peu volumineuse, et surtout sur une tumeur anévrysmale? La glace peut en quelque manière faciliter la coagulation du sang épanché dans un tissu ou retenu dans une poche ; plusieurs chirurgiens l'ont employée. Guérin (de Bordeaux) dit en avoir obtenu de bons effets : dans les hôpitaux de cette ville, pendant quarante ans, on n’a employé que cette méthode pour le traitement des anévrysmes. Mais Moulinié (1), chirurgien en chef à l'hôpital Saint-André de Bordeaux, avait réduit à sa juste valeur ce moyen hémostatique. Seul, il est peu efficace ; trop longtemps continué, il expose à la gangrène; aidé de la compression, il a des avantages qui doivent le faire conserver dans la pratique. Je dois noter ici que dans le journal cité (2) est un exemple remarquable de guérison d’un anévrysme par la glace, obtenue par M. Reynaud (de Toulon).
$ 2. — Cautérisation.
La cautérisation a aussi des avantages incontestables pour arrêter les hémorrhagies produites par des artères du dernier ordre; mais l’employer pour le traitement de l’anévrysme serait une faute impardonnable. IT est partout question d’un anévrysme que M.-A. Séverin aurait guéri par le cautère actuel. Vu de près, ce fait ne prouve pas suffisamment l'existence d'un anévrysme, et d’ailleurs ce serait après la gangrène de la tumeur que la cautérisation aurait été pratiquée.
La cautérisation pour les anévrysmes était employée d’ailleurs de deux manières : 4° on portait le caustique sur la tumeur non ouverte; 2° après l'ouverture de la tumeur, on la bourrait avec des substances imbibées de caustique. Ce moyen ne pouvait être justifié que dans le temps où l’on ignorait la nature des anévrysmes. La cautérisation ne doit pas pour cela être mise de côté, car ce moyen est et sera toujours un précieux hémostatique quand les autres n'auront pu être convenablement appliqués. IL est évident que sans le feu, certaines opérations ne pourraient être convenable-
(4) Voyez Gazelle medicale, 1833, (2) 1bid., 1835, p. 106.
ment terminées : ainsi celles que l'on pratique sur diverses cavités de la face.
S 3. — /ncision avec tamponnement.
Arrêter le sang au-dessus de l’anévrysme, ouvrir la tumeur, extraire les caillots, remplir la poche avec du carton mâché, de l’agaric, de la charpie saupoudrée de substances astringentes, maintenir le tout par des compresses imbibées de liqueurs aromatiques et spiritueuses et par un bandage roulé. Guattani, dit-on, à guéri par ce procédé un anévrysme de l'iliaque externe. Mais comment a-t-il pu suspendre le cours du sang au-dessus de la tumeur ? Comment a-t-il pu continuer la compression pendant longtemps après l’opération? Un chirurgien ayant ouvert par mégarde une tumeur anévrysmale, aurait employé aussi ce procédé, qui a sauvé le malade. Mais il n’est pas, nécessaire d'insister ici pour en montrer tous les dangers.
S 4 — Suture.
La suture des bords de la plaie faite à l'artère avait été conseillée par Lambert, dans l'intention de conserver la perméabilité du vaisseau blessé. 1] y avait été conduit par ce qu'il voyait faire aux vétérinaires après la phlébotomie : une suture entortillée. Ce n’est pas le seul procédé auquel la crainte de l'insuffisance des voies collatérales ait donné le jour. Mais depuis qu’il est constaté qu'une guérison solide de l'anévrysme ne peut avoir lieu qu'après l’oblitération du vaisseau malade, depuis que les ressources des anastomoses sont mieux connues, on abandonne avec raison tous ces procédés.
S 0. — Serres-fines.
Ma première phrase-sur l'emploi général des serres-fines à été celle-ci : « Tout bon moyen unissant peut devenir un moven hémostatique (1). » Et je dis ensuite comment les serres-fines peuvent arrêter le sang. En effet, leurs mors peuvent, en agissant d’une manière plus ou moins directe sur les vaisseaux, arrêter une hémorrhagie, et ces instruments doivent être employés dans les cas où la ligature et les autres hémostatiques seraient d’une applica tion trop longue, trop difficile, et d’une efficacité douteuse. Une application que j'ai fort recommandée est celle qui peut être faite pendant les grandes Opérations, surtout quand la manœuvre doit se prolonger. Ainsi, pendant l'extirpation d'une tumeur volumineuse, plusieurs artères peuvent, en donnant, nuire à la précision des mouvements de l'opérateur et épuiser les forces du malade. Jeter alors une ligature sur chaque vaisseau, c’est perdre quelquefois un long temps, et si l’on désire réunir immédiatement, chaque fil devient un obstacle au succès de ce mode de pansement. Il faut donc enlever
(1) Voyez l'Union et le Bulletin de th‘rapeutiq'e, mai 1849.
SERRÈS-FINES, 625 tous les fils, ce qui est encore une perte de temps et une cause de nouvelles souffrances pour le malade. Faire appliquer les doigts des aides sur les vaisseaux qui donnent, c’est se priver de ces aides pendant le reste de la manœuvre, qui d’ailleurs est singulièrement gênée par la présence de mains sur la surface traumatique, sur le théâtre de l'opération.
Il est des cas où la rapidité, dans l'application de lhémostatique temporaire, est d’une importance extrême : ainsi, pendant la bronchotomie, des artérioles, des veines donnent quelquefois en abondance; le sang, en couvrant les tissus, gêne l'exécution des derniers temps de l'opération. La compression par les doigts des aides n’est guère possible ici; la ligature demande un temps précieux, elle est quelquefois difficile à exécuter, car les vaisseaux sont petits, ils ne font pas toujours une saillie suffisante pour être bien embrassés par le fil. La serre-fine, au contraire, saisit le vaisseau avec rapidité, elle en accroche quelquefois même plusieurs d'un coup; quand ils ne font pas une saillie suffisante, la serre-fine prend avec eux les tissus les plus adhérents, peu importe. Il est plus important d’avoir en sa possession des serres-fines, quand déjà le tube aérifère est ouvert, au moment où la pénétration du sang dans la trachée est à craindre. La rapidité, la sûreté dans l'application de l’hémostatique, sont alors des conditions essentielles ; eh bien! ici, avec le temps indispensable pour jeter convenablement une ligature, on peut appliquer quatre serres-fines. Je n'exagère pas. D'ailleurs les avantages de ce nouvel hémostatique, que je signale ici, ont été mis hors de doute, il n’y a pas bien longtemps, dans un hôpital de la capitale.
Les serres-fines ont surtout un avantage marqué sur la ligature, quand on opère sur des tissus qui, par l’inflammation, ont été confondus et ont subi un certain degré d’induration. On voit quelquefois, alors, une grande quantité de sang couler; il jaillit peu ou ne jaillit pas; mais, le plus souvent, le vaisseau ou les vaisseaux qui donnent ne peuvent être assez bien isolés pour permettre l’application régulière de la ligature. Il arrive plus d’une fois, dans ces circonstances, que l'extrémité du vaisseau est emportée par la pince qui le saisit, car le tissu artériel est rendu fragile par le fait de la phlegmasie. Une serre-fine un peu forte, avec des mors, comme figure 145, les comprime énergiquement el arrête l'hémorrhagie. J'ai fait plusieurs fois uñe heureuse application de ces instruments, après l'ouverture d’abcès du périnée, dans des cas où le vaisseau divisé était à une profondeur et dans une position qui auraient rendu fort difficile la manœuvre nécessaire pour exécuter méthodiquement la ligature. Ge que je dis ici fait prévoir les avantages des serres-fines, pour arrêter certaines hémorrhagies après la taille, quand des artères du périnée ont été blessées.
Dans certaines circonstances, il serait difficile, selon moi, de remplacer
626 HÉMOSTATIQUES. Là efficacement la serre-fine. Ainsi j’eus à opérer une petite fille de la clientèle de mon ami M. Blache. Il s'agissait de l’extirpation d’une petite tumeur sanguine du lobule de l'oreille : il y avait à craindre une perte de sang plus ou moins considérable, après le coup de ciseau nécessaire pour cette opéz ration ; et ici nous avions affaire à une petite malade qui n'avait pas beaucoup de sang et qui aurait été très sensible à l'application du caustique. J’exercai onc la compression avec une serre-fine assez forte, qui pinea le lobule : une patte de l'instrument était sur la face postérieure ; l’autre patte, sur la face antérieure, comprimait la petite surface traumatique, sur laquelle était un petit disque d’amadou. Le lendemain, la serre-fine fut enlevée, et il n'y eut pas le moindre suintement sanguin. Cette petite opération a été exécutée à Passy, en présence de M. le docteur Larchet, ancien interne des hôpitaux On comprend que la même application des serres-fines pourrait être faite aux lèvres, aux ailes du nez. Quand on pince ainsi ces parties, une patte de l'instrument sert de point d'appui, et l’autre comprime, ou, pour mieux dire, elles compriment toutes deux et se servent mutuellement de point d'appui. |
L'indication des serres-fines, pour dompter les hémorrhagies provenant de la piqûre des sangsues, a surtout été saisie par les confrères qui exercent avec le plus de succès la médecine des enfants. Ainsi, MM. Trousseau et Blache n’ont pas tardé à voir tout le parti qu’ils pouvaient tirer de ces petits instruments, mais je ne sache pas qu’ils aient fait dive et imprimer qu’ils avaient eu les premiers cetfe ingénieuse idée.
Chez les enfants, on place souvent des sangsues au cou pour combattre les différentes inflammations du tube aérifère. Si les piqûres donnent trop longtemps, le sang devient toujours plus aqueux et plus difficile à arrêter; les moyens hémostatiques ordinaires doivent être plus ou moiïns aidés par la compression : or, la compression du cou, chez un enfant qui est alors suffoqué, ne peut être considérée comme une pratique rationnelle. La cautérisation ne réussit pas toujours, et si un certain nombre de piqûres donnent, ce moyen devient d’une application difficile et douloureuse. L'enfant crie, s’agite, ce qui aggrave son état; il reste parfois plus longtemps agacé, même après la cessation de la douleur. Rien de plus facile alors que de pincer la peau un peu en dehors de la piqûre avec des serres-fines, telles qu’elles ont été modifiées pour cet usage. Au lieu de se terminer par des griffes, des érignes, leurs pattes se ter minent comme les pinces à pansement modernes, comme des petites pinces à polypes (fig. 445, a). Si l’on craint que les mors ne glissent, quand la peau n’est pas très mobile, et, après une opération, quand l'inflammation à déjà confondu les tissus, on devra préférer des serres-fines, non pas à griffes, mais à dents de scie. Chaque branche se ter mine alors comme une pelle de cheminée, Seulement le bord inférieur est denté (fig. 145, b).
ACUPUNCTURE, — ÉLECTRO=PUNCTURE. 627 $ 6. — Acupuncture. ‘
Ce procédé appartient à M. Velpeau (1). Ge chirurgien ne croyait pas et ne voulait pas arriver à la guérison de l’anévrysme sans oblitération; mais, convaincu de la facilité avec laquelle cette oblitération a lieu, pour peu que le sang trouve un obstacle à son cours, il a enfoncé des épingles dans les artères, soit après les-avoir mises à nu, soit sans plaie préalable. Toutes les fois que le corps étranger est resté en place quatre jours, un caillot s’est formé sur le point piqué, et l'artère a été oblitérée. M. Velpeau a fait ces expériences sur des chiens ; elles l'ont porté à établir les règles que voici ; A une artère de la grosseur d’une plume à écrire, une épingle suffit; il en faut deux ou trois à un vaisseau qui serait le double plus fort; aux gros troncs, quatre ou cinq seraient nécessaires. Pour être plus sûr de leur effet, où devrait les placer en zigzag, à 4 ou 6 lignes de distance. Les expériences de M. Amussat (2) tendraient à prouver l'insuffisance des épingles, et leur passage dans le vaisseau quand on expérimente sur de grosses artères comme celles des chevaux. Non-seulement l’acupuncture serait insuffisante pour certains chirurgiens, mais elle pourrait donner lieu à des hémorrhagies et à des anévrysmes. Le fait de Guthrie est de nature à inspirer ces craintes ; la piqûre d’une artère par le ténaculum fut suivie de cet accident, et, si l'on en croit M, Amussat, un anéyrysie eut lieu à la suite d’une expérience faite pour connaître la valeur de ce moyen.
S 7. — Ælectro-punciure.
Voici ce que je disais de ce moyen dans ma deuxième édition : « La facilité avec laquelle un courant électrique détermine l'arrêt de la circulation du sang a fait naître l’idée à M. Pravaz d’unir le galvanisme à l’acupuneture. Mais ici l'expérience n'a pas été faite. » (Page 650, & 1°.) J'appelais donc l'expérience sur ce moyen et je ne le proscrivais pas. Aussi ai-je été étonné de trouver dans la Clinique de M. Pétrequin ces mots : « I n'a fallu la relever (l'idée de l’électro-puncture) de ia proscription qui pesait sur elle avant mes propres expériences. » Puis M. Pétrequin donne la liste des pro- Scripteurs, dont je fais partie. Je le répète, j'ai appelé l’expérience sur ce Moyen, je ne l'ai pas proscrit : J'ajoute aujourd'hui qu'il est heureux qu’un chirurgien posé comme M. Péfrequin, avec son ardeur d'investigation, ait répondu à mon appel. Avant lui l'idée était confuse, l'expérience muette, l'observation nulle. Maintenant, grâce à M. Pétrequin, ces éléments scientifiques existent assez pour que la pratique cherche à tirer un véritable parti
de l’électro-puncture.
(1) Journal universel hebdomadaire de médecine. Paris, 1831, t. IE, p. 57. » (2) Mémoires de l'Académie de médecine. Paris, 1836, t. V, p. 68 et suiv.
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M. Malgaigne, dans la nouvelle édition de son Manuel opératoire, expose et juge ainsi l’électro-puncture appliquée au traitement des anévrysmes :
« L’électro-puncture à pour but, comme l’application des réfrigérants, de coaguler le sang dans la tumeur. Mais pour que le caillot ne soit pas entraîné à mesure qu'il se formera, il importe d'établir une compression préalable sur l'artère au-dessus de l’anévrysme ; les très petites artères peuvent se passer de cette compression qui est indispensable pour les autres.
» Le malade couché ou assis fixement dans un fauteuil, on enfonce dans la tumeur anévrysmale une fine aiguille d'acier, puis une seconde qui doit croiser à angle droit la première, et se trouver en contact avec elle, et l’on fait communiquer les têtes des aiguilles avec les pôles d'une pile de force moyenne que l’on augmente au besoin. On peut faire agir la pile durant dix, vingt, et jusqu’à vingt-cinq minutes, selon la tolérance du malade, et varier durant ce temps la direction des courants.
» Enfin, pour peu que la tumeur soit volumineuse , il faut multiplier les aiguilles et les courants pour former des noyaux de caïllots en divers points et hâter ainsi la coagulation générale. On applique ensuite de la glace sur la tumeur et l'on continue au-dessus la compression autant que possible.
» Cette méthode a réussi dans quelques cas d’anévrysmes peu considérables, notamment dans des anévrysmes suite d’une saignée malheureuse. Pour ceux d’un certain volume, elle a généralement échoué. Elle détermine d'assez vives douleurs pour que certains sujets n'aient pas voulu s’y soumettre jusqu'au bout, et elle expose à un danger sérieux par la cautérisation des parties molles traversées par les aiguilles, cautérisation qui, à la chute des eschares, fait communiquer le sac avec l'extérieur. Aussi après avoir un moment attiré l’attention, cette méthode tend-elle déjà à tomber en désuétude (1). »
M. Pétrequin, qui ne consent pas à laisser tomber en désuétude un pareil moyen; M. Pétrequin, qui s'était efforcé de faire valoir les avantages de cette méthode dans des articles publiés dans la Gazette médicale en 1846, est revenu en 1850 avec de nouveaux faits, de nouveaux arguments, de nouvelles explications (2).
Parmi les faits énumérés dans la brochure du chirurgien de Lyon, il est vrai que la plupart sont relatifs à de petits anévrysmes:; mais il est aussi question d’un anévrysme poplité. Pour les‘explications des phénomènes de l’électro-puncture telle qu’elle est conçue et appliquée par M. Pétrequin, je laisserai parler l’auteur.
Après avoir rappelé les conditions scientifiques de la méthode de la gal-
(1) Malgaigne, Manuel de médecine opératoire, 1849, p. 190.
(2) Voyez Clinique chirurgicale de l'Hôtel-Dieu de Lyon. Paris, 1850, p. 61 et suiv. Voyez aussi les journaux de médecine de février 1850.
ÉLECTRO-PUNCTURE. 629
vano-puncture appliquée au traitement des anévrysmes , et signalé les progrès qu’elle à faits depuis son origine, M. Pétrequin expose en ces termes l'histoire des phénomènes auxquels cette opération donne lieu : « L'agent qu’on met en jeu dans cette opération a besoin d’être étudié d’une facon toute particulière ; car l'électricité, qui est un corps simple pour les physiciens, n’a plus, aux yeux du médecin, une action simple sur le corps vivant ; ses effets, au contraire, Sont très complexes. L'observation rigoureuse du phénomène m’a conduit à une distinction capitale en pathologie, qui a été la base de la méthode nouvelle dont il s’agit. La pile exerce trois actions distinctes :
» 4° Une action électrique qui ébranle le système nerveux cérébro-rachidien, énerve le patient, et lui fait subir de douloureuses secousses électrodynamiques ; 2° une action calori fique qui produit l’ustion des tissus vivants, cautérise tout ce qu’elle touche, et amènerait des eschares si elle portait avec force sur une certaine surface ; 3° enfin, une action décomposante qui réduit les corps hétérogènes, désagrége leurs molécules et sépare leurs éléments, qu’elle précipite sous des formes diverses. Il s'agissait de multiplier cette dernière force en même temps qu'on affaiblirait les deux premières. Or nous trouvons que l’action électrique de la pile augmente sous l’empire des multiplicateurs et par les chocs qu'’entraînela production des étincelles ; qu’elle diminue, au contraire, quand on faitagir l'instrument sans multiplicateur, avec un courant continu, sans étincelles, et que le fluide est transmis par des conducteurs isolants.
» L'action calorifique se multiplie par l’étendue et la superficie des éléments, comme cela a lieu dans les piles en hélice, et se réduit à son minimum quand les disques voltaïques sont de petite dimension, et qu’on les fait fonctionner avec des conducteurs isolés sans interrompre le cours du fluide.
» La force décomposante enfin n’augmente pas proportionnellement aux surfaces ; elle est en raison directe du nombre des éléments.
» L'application de ces données à la galvano-puncture a été féconde ; la question se résumait ainsi : multiplier les éléments, leur donner peu de superficie, faire agir le fluide par un courant non interrompu, le transmettre par des conducteurs isolants, telle est la formule scientifique.
» Ces règles, une fois bien établies, ne permettent plus de confondre l'électro-puncture avec la galvano-puncture. Ainsi l'électricité, qui ne possède que l’action électro-dynamique, sans efficacité dans l'espèce, était insuffisante pour satisfaire aux exigences du problème, et par conséquent la machine électrique et tous les appareils à multiplicateurs si heureusement employés en médecine contre les névroses et paralysies, se trouvaient exclus de nos expériences, qui avaient pour objet de coaguler le sang. C’est à l’action décomposante de la pile qu’il fallait s'adresser. On comprend maintenant que la couche isolante dont nous venons de démontrer l'utilité dans
nos épingles conductrices sert non-seulement à empêcher des déperditions du fluide galvanique, mais encore à prévenir l’ustion et la gangrène des parties molles qu’il traverse. Nous leur avons ajouté des têtes en spirale, modification commune pour accrocher les fils des pôles et favoriser par leur fixation la continuité du courant voltaïque, condition importante pour la réussite complète. s
» Manière de diriger les courants. — I faut changer leur direction sans changer leur nature; sans cela l’un des pôles viendrait dissoudre ce que l'autre aurait coagulé. Il importe de faire agir le fluide dans divers sens, de manière à produire une multitude de concrétions ou filaments étendus comimne la trame d’un filet au milieu de la masse sanguine, et conséquemment de facon à obtenir un certain nombre de caillots qui offrent une charpente suffisante pour le coagulum général.
» Le sang, dans l’anévrysme, modifié par l’action galvanique, forme dans diverses directions des coagulums qui amènent bientôt la solidification de la masse tout entière, et généralement en douze ou vingt minutes l'opération est accomplie. »
Des expériences, des applications ont déjà été faites à Paris, principalement par M. Debout, qui en a entretenu la Société de chirurgie, et M. Abeille, médecin du Val-de-Grâce (1). Ge dernier cite un cas de guérison d’un anévrysme de l’artère sous-clavière. Cependant on peut tirer les conclusions suivantes du travail de M. Abeille : 4° Les dangers, les accidents de l’électro= puncture équivalent, s’ils ne dépassent ceux de la ligature ; 2° l’électropuncture est surtout beaucoup plus douloureuse ; 3° quand la ligature peut être faite méthodiquement aux membres surtout, elle vaut mieux ; 4° pour les anévrysmes du cou, du bassin, peut-être pourrait-on trouver des cas où l’électro-puncture serait plus efficace, moins dangereuse que là ligature. On le voit, déjà on commence à distinguer, c’est-à-dire à devenir pratique, M. Pétrequin lui-même ne prétend pas détrôner complétement la ligature, puisque, dans son compte rendu, il cite bon nombre de cas où ce dernier moyen a été appliqué par lui.
S 8. — Perchlorure de fer.
Monteggia avait proposé d’injecter des astringents dans la poche anévrys= iale par une ponction avec le trocart; dans le cas où il n’y avait de prati cable que la ligature selon la méthode de Brasdor, il avait pensé à injecter uñ liquide coagulant, en introduisant la canule par une ouverture pratiquée à l’artère et en liant ensuite le vaisseau sur la canule même. M. Leroy d’Étiolles s’occupa des injections coagulantes. Mais il faut en venir à Pravaz pour
(1) Voyez Bulletin de l'Académie de médecine, séance du 31 juillet 1849, t. XIV, p. 972. — Abeille médicale, 15 août, même année. |
cher sans secousse et goutte à goutte le li-
PERCHLORURE DE FER. 6341
trouver des éssais de méthode, des espérances de réalisation et des expériences dont on peut tirer parti. C’est un sel de fer, le perchlorure, qui était injecté par le chirurgien de Lyon, à la dose de quelques gouttes. Je dirai à là fin de ce paragraphe le degré de concentration voulu. | Voici l'appareil instrumental fabriqué par M. Charrière (fig. 146). Il est représenté grandeur réelle. Une tige (n° 1), qui est fine comme une aiguille à acupuncture, entre dans la canule (n° 2) et forme trocart. Celui-ci est introduit oblique- Fig. 146. ment, et par un mouvement de vrille, dans l'artère ou la poche sanguine. Quand on juge qu’il a pénétré, on retire la tige; reste Ja canule, laquelle est montée sur l'extrémité d'une seringue (n° 3). Le n° 4 montre la seringue montée. On voit que le manche du piston est à pas de vis. C’est pour faire mar-
quide, qui peut être ainsi mesuré. Ici chaque pas de vis pousse une goutte de liquide dans la cavité. IL faut que l’artère soit com primée au-dessus et au-dessous du point qu’on injecte.
Les premières expériences, celles de Pravaz, ont été faites sur des moutons et des chevaux. M. Debout a répété à Paris ces expériences. IL faut observer que ce n'est pas une coagulation du sang que l’on obtient lorsqu'on injecte une solution très concentrée de perchlorure de fer, Aussitôt le mélange des deux liquides, il se produit une sorte de inagma constitué par une combinaison d’albuminate et de sesquioxyde de fer. L’oxyde est la partie qui domine, et forme une sorte de bouchon solide qui obture le calibre du vaisseau. Ce prétendu caillot se forme assez rapidement : on l’a vu se produire sur des chevaux en une minute, avec cinq ou six gouttes de solution de perchlorure de fer. La malaxation de l'artère semble hâter sa formation. Seulement, si l’on ne prolonge pas la compression, le caillot ne persiste pas, et, battus en brèche par l'ondée sanguine qui à une grande puissance chez le cheval, les matériaux du caillot sont chassés dans les vaisseaux de la périphérie. 1 n’en a pas été de même dans une troisième expérience, quand la compression de la carotide a été maintenue pendant cinq minutes, Un résul-