‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoireChapitre 228 sur 266 · LT LL · texte numérisé non relu

LT LL

tat semblable peut se produire lorsqu'on injecte une plus grande quantité de liquide; mais serait-il indifférent d'introduire dans un tube artériel une quantité trop considérable de perchlorure de fer? M. Debout ne le pense pas; il en puise la preuve dans les phénomènes qu'ont éprouvés les chevaux soumis aux expériences. M. Leblanc, qui avait eu l’obligeance de les conserver dans son écurie, afin de les mieux observer, leur a trouvé de la fièvre le lendemain. Ils étaient abattus et ne mangeaient point. Est-ce au transport du sel dans la circulation générale qu’étaient dus les effets généraux présentés par ces animaux, ou n’étaient-ils pas plutôt le résultat du traumatisme provoqué par l'opération ?

Un point sur lequel on doit fixer l’attention de l’expérimentateur, c’est Paction locale du perchlorure de fer. 11 semble rétracter les parois artérielles et les durcir. Ce résultat a été constaté sur deux chevaux (leur plaie n'avait pas été réunie, afin de pouvoir suivre la marche des phénomènes locaux). Sur le premier, quarante-huit heures après l'injection, la rétraction était accompagnée d’une bosselure du vaisseau. Le second cheval ne présentait rien de semblable à cette époque : les parois artérielles, dans la portion où s'était formé le magma, conservaient au contraire le retrait qui s'était formé au contact du liquide comme chez le prémier. Depuis, un phénomène semblable s’est produit chez cet animal, mais moins intense ; l'artère ne présente qu’une seule bosselure d’environ 4 centimètre, tandis que la carotide du premier en offre 4. Quoique ce résultat ne soit pas constant, comme il s’est manifesté deux fois sur trois expérimentations, on doit en tenir compte. |

Les phénomènes locaux et généraux observés sur ces animaux impliquent, à notre avis, une certaine réserve dans les applications que l’on tentera sur l’homme; on ne devra jamais employer que la quantité de liquide nécessaire à la coagulation du sang, de six à dix gouttes de perchlorure de fer (1).

Après les expériences sur les animaux, on en est venu à faire des essais sur l’homme. Ils ont été généralement malheureux. Un malade est mort dans le service de M. Malgaigne de la gangrène de l’avant-bras après l’injection d’un petit anévrysme du pli du bras. Chez un autre, on a dû lier l'artère brachiale, car le sac menaçait de se rompre. Pour un semblable névrysme, M. Velpeau fit deux injections, la dernière produisit une inflammation du sac, et l’on fut encore obligé de pratiquer la ligature de l'artère brachiale. M. Lenoir pratiqua plusieurs injections pour un anévrysme poplité. Pendant six jours, pas même de douleur locale; mais, après, survinrent tout d’un coup des douleurs sourdes dans le jarret, frisson, chaleur, sueur, inflammation de la région poplitée, et mort dix jours après la dernière injection, Enfin, dans la première série d'essais tentés sur l’homme, sur onze

(1) Bulletin de l’Académie de médecine, 1833, t. XIX, p, 233.

PERCHLORURÉ DE FER. 633

opérations il y a eu quatre morts, cinq revers ct deux guérisons, lesquelles ont été achetées au prix de pas mal de dangers.

Le perchlorure coagule si bien le sang, qu'il produit dans la cavité artérielle un corps étranger dont la disparition ne paraît pas possible sans suppuration. Le caillot donc n’est pas assimilable. Celui qui à été constaté dans le sac anévrysmal du malade opéré par M. Velpeau était noir, dur, ligneux ; il n'aurait jamais pu être absorbé. Cette circonstance constitue un des plus forts arguments contre la nouvelle méthode. Il faut ajouter la nécessité admise par quelques chirurgiens de la suppuration après la formation du magma, et les phénomènes d'intoxication qui ont été observés chez quelques malades. Ces reproches ont été adressés au perchlorure dans la discussion qui a eu lieu à l’Académie de médecine, en novembre 1853 (1). Les partisans du perchlorure, ou du moins ceux qui se sont montrés moins sévères

à son égard, citent deux succès, un entre autres de M. Valette (2), et

depuis M. Jobert à réussi une fois. Il faut observer que les cas qui ont été suivis d'accidents sont précisément des cas où le perchlorure n'avait pas été injecté ni en trop grande quantité ni à un degré considérable de concentration. M. Laugier, analysant les cas malheureux, trouve que plusieurs ponctions ont été faites au sac anévrysmal, que quelquefois toutes les précautions n’ont pas été prises. Ce chirurgien semble disposé à attribuer les inflammations aux ponctions, et compare les accidents déterminés par la nouvelle opération à ce qu’on observe dans l’électro-puncture. Ainsi, pour M. Laugier, la méthode Pravaz ne peut être encore jugée ; seulement on peut déjà dire que la nécessité qu’elle impose de comprimer l'artère au-dessus ou au-dessous du sac restreindra de beaucoup ses applications, si réellement on venait à l’introduire définitivement dans la pratique. Ainsi les gros anévrysmes, ceux de la racine des membres, ne pourraient être imjectés sans danger.

Je ne voudrais pas improviser un jugement sur la méthode Pravaz. Je suis de ceux qui croient qu’il faut un plus grand nombre d'expériences pour la condamner. Mais je ne puis m'empêcher d'exprimer ici ma pensée. Je pense que la ligature sortira encore triomphante de cette nouvelle levée de boucliers. Quand on songe que M. Velpeau a avoué ne connaître aucun cas de mort à la suite de la ligature de l'artère brachiale, et que Roux dit avoir réussi toutes les opérations qu'il a pratiquées sur ce vaisseau; quand, d’un autre côté, on arrive à restreindre à peu près la méthode Pravaz au traitement des anévrysmes de la brachiale, on est bien près de la rejeter.

De nouvelles expériences sur les aninaux vivants viennent d’être tentées par M. Giraldès. Les résultats peuvent être résumés ainsi :

Une injection de perchlorure de fer dans une artère est toujours suivie

(1) Bulletin de l’Académie de médecine, t. XIX, p. 84 et suiv. (2) Bulletin de l’Académie de médecine, t. XIX, p.86, année1859; t,XXIV,p.911,

des modifications suivantes : 4° formation d’un caillot; 2 modifications dans l’organisation des membranes artérielles. Le caillot offre des caractères différents, suivant qu'il est le produit d’une injection de perchlorure à 45,49 ou à 30 degrés. Dans le premier cas, il est compacte, homogène et formé en totalité de sang altéré. Dans le second, il est composé d’un mélange de sang altéré par le sel de fer enveloppé d’une grande quantité de fibrine normale, Ces premiers caillots sont suivis de la formation de deux autres, l’un du côté du cœur et l’autre du côté périphérique.

Les membranes des artères présentent des modifications très importantes dans leur organisation. Toutes les fois que l'expérience est faite avec du perchlorure à 49 degrés, elles sont désorganisées ; ce sont donc des corps - étrangers qui doivent être éliminés. Mais si l'expérience est faite avec du perchlorure à 15, à 30 degrés, on constate alors une modification d’un autre genre, La membrane moyenne s’hypertrophie, contracte des adhérences avec le caillot, qu’elle tend à enkyster dans la cavité du vaisseau. La membrane externe s’infiltre d’une matière fibrineuse, d’une lymphe plastique qui peut s'étendre assez loin.

Après ces premières formations, il s'établit dans les organes malades un travail d'élimination ou de réparation. Le travail d'élimination s'observe dans les cas où l'artère et le caiïllot sont désorganisés ; ils se ramollissent et sont rejetés, Ce travail cependant s'étend quelquefois plus loin , et l’on voit les faibles barrières qui réunissaient les caillots secondaires aux artères se détruire, et des hémorrhagies mortelles se produire.

Le travail de réparation s'opère lorsque le caillot et les membranes arté= rielles se sont complétement organisés. Le caillot peut se ramollir, sans cependant se décomposer, Mais lorsque le travail réparateur marche franche: ment, alors il s’enkyste dans le vaisseau, lui adhère très intimement, et l'artère s’oblitère du côté du cœur et du côté périphérique. A mesure que ces phénomènes progressent, les formations plastiques ainsi que les caillots secondaires disparaissent.

On peut dire, en dernière analyse, que l'injection de perchlorure de fer dans une artère est suivie de deux ordres de phénomènes, primitifs et secondaires. |

Les phénomènes primitifs sont : la formation des caillots primitifs et secondaires, l’infiltration de la lymphe plastique dans la gaîne de l'artère et l’adhérence des caillots,

Les phénomènes secondaires sont : l'élimination des parties désorganisées, l’'hypertrophie de la tunique moyenne, l’enkystement des caillots, la disparition des caillots secondaires, des formations plastiques, l’occlusion de l'artère.

Conclusions. — D'après ces expériences, M. Giraldès se croit fondé à établir les données suivantes :

1° Le perchlorure à 49, à 45 degrés ne doit pas être employé soit dans les anévrysmes, soit dans les tumeurs érectiles; son usage pourrait être suivi

NS Lau A 2 L 6 | |

Page 1