COMPRESSION
anciens, traumatiques ou non. M. Caffe rapporte un succès d’une compression faite par Sanson pour une blessure de l’humérale, à la suite d’une saignée. M. Caffe a vu le malade huit mois après, et il n’a rien aperçu qui püût faire craindre la formation d’un anévrysme faux consécutif (1). L'abbé Bourdelot eut un anévrysme après une saignée ; il le guérit en le comprimant pendant un an avec un bandage composé d’une pelote comme celle des brayers, et de deux lanières qui passaient derrière le coude pour revenir sur le pli du bras et se fixer sur la plaque de la pelote.
Dans les cas d’anévrysmes faux primitifs, il faut craindre, en insistant trop sur ce moyen, de hâter la gangrène ; il vaut mieux s'éloigner de la plaie et augmenter la compression à mesure qu’on avance vers le cœur. Theden a donné d’excellents conseils et fourni de bons exemples sur ce sujet : c’est, selon moi, le premier auteur qui ait bien enseigné la compression régulière et complète de tout un membre. Ainsi, pour les accidents de la saignée du bras, douleurs, phlegmasies, hémorrhagies, il comprimait : 1° les doigts, 90 Ja main, 3° l’avant-bras, 4° le bras, et cela très régulièrement, Les modernes, qui appliquent les bandages compressifs, doivent beaucoup au chirurgien du roi de Prusse (2). Une plaque de carton ou de plomb enveloppée de linge, bien appliquée sur le trajet de l'artère et fixée solidement par une bande méthodiquement serrée, voilà le moyen le plus convenable : c’est encore le procédé de Theden. Il pratiquait donc la compression immédiate et médiate, mais avec plus de raison cette dernière, qui, en effet, peut faire éviter de découvrir l’artère pour en faire la ligature. Quand Theden redoute la ligature après une amputation ou l’ablation d’un sein, au point de préférer le tamponnement, la compression immédiate, il s'éloigne des principes d’une saine chirurgie. On pourrait, quand on a la certitude de n’agir que sur un point limité du membre, imbiber le carton et les bandes avec de l’amidon, et construire l'appareil de M. Seutin pour les fractures, tel qu'il a été modifié par M. Velpeau. Gengha proposait aussi de comprimer tout le membre, et faisait pour cela un bandage imbibé d'une infinité de drogues qui avaient pour but de former une espèce de mastic destiné à encaisser le membre malade. On voit que quand on a comprimé sur la tumeur, on à aussi agl entre elle et le cœur, et même sur toute l'artère. Je ne dirai rien sur la compression au-dessous de la tumeur, c’est-à-dire entre la lésion et les capillaires; les considérations que j'aurais à présenter seront mieux placées dans l'examen que je ferai de la méthode de Brasdor. Comme on le pense bien, ce procédé de compression proposé d’abord par Vernet, chirurgien militaire, ne doit être appliqué que dans les cas où il ya impossibilité de comprimer au-dessus et sur la lésion même. D'ailleurs la plupart des préceptes que je vais d'abord poser se rapportent à la compression au-dessus et
(1) Gazette des hôpitaux, t. IX, n° 15.
(2) Progrès ultérieurs de la chirurgie, Bouillon, 14777, p. 9 et suiv.
au-dessous de la tumeur, à la compression temporaire comme à la compres= sion permanente.
Voici des règles qui sont applicables à la compression médiate. 1° Elle devra porter sur deux points opposés du membre : ainsi, autant que possible, les veines, les principaux lymphatiques, les collatérales, resteront libres, à moins qu'on ne suive la méthode de Theden qui comprime tout, mais un peu plus l'artère blessée ou l’anévrysme. 2° Un point d'appui solide doit exister derrière ou sous l'artère. 3° La compression doit agir sur une surface un peu étendue pour prévenir l’inflammation, les excoriations et la gangrène. 4° Elle devra être graduée; il faut donc l’essayer, tâter pour ainsi dire la sensibilité du malade avant de la rendre permanente; une fois qu’elle est supportée, on doit la maintenir très longtemps. 5° Laisser entre le cœur et le point comprimé le plus de collatérales possible.
On ne saurait trop donner de détails sur la compression, on ne saurait trop méditer ces préceptes et ceux qui vont suivre, car, les aides appelés à comprimer une artère pendant une amputation, ou toute autre opération dans laquelle des vaisseaux importants seront divisés, s'ils ne le font convenablement, peuvent compromettre la vie de F’opéré et la réputation de l’opérateur. Quel est le chirurgien qui, dans le commencement de sa pratique, n’a pas eu à se repentir d’avoir mal choisi l’aide à qui il a confié la compression ?
Le doigt est le meilleur et le premier instrument de compression ; c’est aussi le plus naturel, car il est instinctivement porté dans le fond d’une plaie sur la lumière du vaisseau; le vulgaire connaît cette pratique comme le chirurgien. Mais celui-ci, en présence d’un pareil accident, ne se contentera pas de boucher l’ouverture du vaisseau ; avec les doigts de la main libre, il comprimera celui-ci sur son trajet entre le cœur et la plaie. Pour exercer cette compression avec les doigts, il y a des règles à suivre; les voici :
4° Diriger les efforts -perpendiculairement au plan osseux sur lequel le
Fig. 147.