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ARTERE POPLITÉE, 73 après avoir percé la gaîne de cuir, la poche et la doublure de la culotte, perça aussi les chairs et alla ouvrir l'artère au creux du jarret. IE y eut une grande hémorrhagie qui causa une syncope; elle fut arrêtée par un tourniquet. Survint après une tumeur très petite et qui peu à peu offrit tous les caractères de l’anévrysme artérioso-veineux ; la tumeur offrait une dilatation de la veine, de la tunique externe de lartère, de sa gaîne, et même une dilatation des tuniques moyenne et interne.
Si les anévrysmes traumatiques de la région poplitée sont assez rares, il n'en est pas de même des anévrysmes dits spontanés, car ce sont les plus fréquents de tous les anévrysmes de cette nature qui sont du domaine de la chirurgie. M. Bizot (1) en a trouvé 75 sur 112 anévrysmes de toutes Îles artères paires. Les chirurgiens ont dû nécessairement chercher la raison de cette fréquence. L'action de l'anneau du troisième adducteur a été prise en considération. Les rapports de l'artère poplitée avec une grande articulation ont d’abord donné l'idée d’une explication toute mécanique : ainsi on a dû considérer les mouvements du genou comme pouvant imprimer des modifications à la circulation de cette artère, et vaincre la résistance du tissu artériel : dans la flexion du genou, le sang trouverait une entrave sur le point où l'artère s’infléchirait, et, pendant les fortes extensions, les tuniques les plus fragiles du vaisseau céderaient. Richerand rapportait des expériences favorables à cétte dernière explication. Delpech et Scarpa ont combattu l'influence des causes physiques. Selon le chirurgien de Pavie, l'artère se trouve souvent, dans cette région, altérée d’une manière favorable au développement des anévrysmes dits spontanés. Get argument recule la difficulté et ne donne pas la solution ; car on demandera nécessairement alors pourquoi l'artère poplitée est plus souvent qu'une autre artère le siége des altérations favorables au développement des anévrysmes spontanés; on peut répondre aussi que l’entrave que la flexion du genou apporte au cours du sang existe tout aussi bien à l’aisselle, au pli du bras. Ge qui est incontestable, c'est que l'artère poplitée est située derrière une articulation qui est souvent le centre de mouvements très violents, que là l'artère est très peu flexueuse, et qu'elle se prête difficilement à ces extensions brusques. Ses membranes interne et moyenne peuvent donc se rompre, ce qui place l'artère dans les conditions les plus favorables à la formation de lanévrysme : ainsi il est impossible de ne pas admettre dans l'explication du phénomène de la fréquence des ané-
vrysmes poplités l'intervention des mouvements de l'articulation du genou.
Mais là n'est pas toute l'explication; il faut nécessairement invoquer une autre prédisposition. Eh bien, ce qui est encore très exact, c’est que l’artère crurale tout entière, depuis sa naissance jusqu’à sa fin, c’est-à- dire jusqu’à la jambe, est très souvent affectée de lésions organiques : aussi constatet-on qu'en général les anévrysmes de la fémorale sont très fréquents : or
(1) Mémoires de la Société médicale d'observation, t. 1, p. 410.
l'artère poplitée, qui n’est qu'une partie de la fémorale, a, comme celle-ci, une grande prédisposition aux anévrysmes. De plus que cette dernière artère, la poplitée est exposée à des tiraillements brusques. qui déterminent plus souvent l’anévrysme : ainsi la cause prédisposante est partout la même pour ce qui est de l'artère de la cuisse : mais, parvenue derrière le genou, cette artère trouve une cause déterminante de plus, voilà tout.
Le point de départ le plus ordinaire de Ja tumeur est à la partie moyenne du jarret, quelquefois plus près de la jambe, ou à la partie inférieure de la cuisse, On à vu l'artère poplitée contribuer, presque en entier, à la formation de la tumeur. D'ailleurs les détails précis sur le siége de la tumeur sont moins importants aujourd’hui qu’à l’époque où l'opération de la ligature de l'artère était pratiquée suivant la méthode directe, dite ancienne. On sait que par cette méthode, même avec les données de l'anatomie pathologique et d’une exploration minutieuse, les difficultés de la ligature étaient telles que certains chirurgiens ont préféré alors l’amputation, C'est même pour se préparer à une pareille amputation qu'Assalini lia d’abord la fémorale audevant du membre, et appliqua ainsi, sans le savoir, la méthode indirecte, celle de Hunter, avant ce chirurgien lui-même,
J'ai déjà dit ailleurs que l'influence des sexes sur la production de cet anévrysme était très marquée. On l’observe, en effet, bien plus fréquemment chez l'homme que chez la femme. Il est évident qu'ici les professions ont'une grande influence : ainsi les tailleurs, les jockeys, les valets qui montent derrière les voitures ont souvent des anévrysmes poplités. Pour ma part, les deux premiers anévrysmes du Jarret que j'ai observés m'ont été offerts par deux employés de l'octroi qui étaient obligés de monter souvent audessus des voitures qu'ils avaient à visiter. |
L'anévrysme étant d'abord très profond, il est souvent ignoré par le malade; il ne s’en doute que lorsque la tumeur est assez développée pour gêner les mouvements du membre. Les os, en avant, en arrière, l’aponévrose qui ferme superficiellement le creux du jarret, arrêtent le développement de la tumeur dans le sens antéro-postérieur: elle s'étend donc d’abord en largeur ou de haut en bas; enfin l'aponévrose cède, et la tumeur remplit le creux du jarret. Elle prend souvent un volume considérable et efface les limites de la région, malgré les muscles puissants qui la circonscrivent. C’est surtout vers le milieu de la région poplitée, où les parties molles ont moins de résistance, que là tumeur tend à se porter. Après avoir renversé pour ainsi dire ces premières barrières, l’anévrysme agit encore sur les os et produit sur le f6- Mur etsur le tibia des érosions particulières : les tissus fibreux de l'articulation, les cartilages, tout subit des altérations qui finissent par détruire en partie, eLtoujours par annuler l'articulation.
L'anévrysme poplité, parvenu à un certain développement, indépendamment des signes communs à toutes les tumeurs anévrysmales, en offre qui lui sont spéciaux : ainsi nulle part les phénomènes de compression sur les
LIGATURE DE L'ARTÈRE POPLITÉE. 19e parties voisines ne sont offerts à un plus grand degré ; ce sont même ces phénomènes qui quelquefois font soupçonner au chirurgien qu'il y à une tumeur au jarret, même avant sa saillie en dehors. Ces phénomènes que le malade éprouve dans le membre sont des fourmillements, des picotements, et une douleur sourde et profonde. Ce sont là des symptômes d’une compression nerveuse. La compression des veines et des lymphatiques donne lieu à des dilatations des veines, à une stase du sang veineux, à l'œdème du membre.
Ces compressions nerveuses et vasculaires, jointes aux désordres du côté de l'articulation et dont j'ai parlé tantôt, expliquent le cas de gangrène du membre dont il est question partout.
Les tumeurs du jarret n'étant pas aussi nombreuses que dans les autres espaces triangulaires importants, par exemple l’aisselle, le pli de laine, la fréquence des anévrysmes poplités étant connue de tous les praticiens, les cas où l’on a pris un anévrysme pour une autre tumeur sont extrèmement rares.