‹ Traité de pathologie externe et de médecine opératoireChapitre 42 sur 266 · VIII. — SUSPENSION DE LA SENSIBILITÉ. DES AGENTS ANESTHÉSIQUES · texte numérisé non relu

VIII. — SUSPENSION DE LA SENSIBILITÉ. DES AGENTS ANESTHÉSIQUES

Ce serait certainement un immense service à rendre au malade que de suspendre la sensibilité dans la région sur laquelle on opère ; la douleur est souvent une des causes qui font redouter l'opération ; quand elle se prolonge, elle fait éprouver à l'organisme une perte nerveuse qui équivaut à une perte de sang, car on peut dire qu'il y a des pertes nerveuses comme des pertes sanguines. Ge qui le prouve, ce sont ces grandes faiblesses, cet abattement profond, qui sont quelquefois la suite d'opérations longues, douloureuses, et qui cependant n'ont pas été remarquables par la perte de sang.

[ L'idée d’abolir la sensibilité dans les régions du corps sur lesquelles on pratique des opérations n’est pas nouvelle. Au rapport de M. Stanislas Julien (1), les Chinois employaient, dès le commencement du 1r1° siècle de l'ère chrétienne, une préparation de chanvre, dans le but de paralyser momentanément la sensibilité. Au bout de quelques minutes, le patient devenait aussi insensible que s'il eût été plongé dans l'ivresse ou pris de vin. D’après M. Velpeau (2), les anciens arrivaient au même résultat, en faisant usage de la pierre dite de Memplhas réduite en poudre et dissoute dans le vinaigre, de la mandragore, etc. Les chirurgiens du moyen âge avaient recours à une éponge imbibée de sucs de morelle, de jusquiame, de ciguë, de laitue, de mandragore; ce petit appareil était mis sous le nez des malades pour les endormir pendant les opérations. H. Davy s'est servi avec avantage du

(1) Comptes rendus de l’Académie des sciences, février 1849. (2) Notice lue à la séance annuelle de l’Académie des sciences.

gaz oxyde d’azote pour calmer les douleurs de dents, et M. Wells, den tiste de Harword, a utilisé le même moyen pour extraire les dents sans douleur. ] |

On a songé à employer, contre les douleurs, des moyens analogues à ceux que j'ai indiqués pour la suspension du cours du sang. Ainsi, dans les amputations, au lieu d'appliquer les compresseurs sur les troncs artériels; on les à appliqués sur les troncs nerveux, afin d’engourdir le membre et d’émousser complétement la sensibilité. James Moore se servit d’un coms presseur qu’on pourrait comparer à celui de Dupuytren (fig. 44): 4} appliqua une des deux pelotes à la partie antérieure de la cuisse pour agir sur le nerf crural, tandis que la seconde correspondait à la partie postérieure de la cuisse, et agissait sur le nerf sciatique. Hunter déclare que cette compression fut exercée avec succès, puisqu'il n’y eut aucune douleur ni pendant la division de la peau ni pendant la section des nerfs qui traversent les muscles: Avec les divers compresseurs, et surtout avec le garrot, on agit en même temps sur les vaisseaux etsur les nerfs. On peut certainement ainsi engourdir le membre jusqu'à un certain degré; mais 1l est impossible de suspendre complétement la sensibilité.

[ Depuis la fin de l’année 1846, époque à laquelle Jackson (de Boston) a découvert les propriétés anesthésiques de l’éther, de nombreux travaux, des expériences variées, ont été faits, et l’art possède aujourd'hui deux ordres de moyens d’annihiler la douleur : ou bien on produit une insensibilité de l'organisme tout entier ; ou bien on abolit la sensibilité exclusivement dans la partie du corps qui doit être soumise à une opération sanglante, Nous aurons donc à examiner deux ordres d'agents anesthésiques ; les agents généraux et les agents locaux. |

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