AUSCULTATIOJN DE LA VOIX
3» Une troisième condition qui modifie beaucoup le son vocal consiste dans : A, le rétrécissement ou l'ampliation de la cavité résonnante broncho-pulmonaire ; B, dans la formation d'une cavité accidentelle où les vibrations vocales viennent retentir. A la première condition appartiennent la bronchophonie et l'égophonie; à la seconde la voix caverneuse et la voix amphorique.
Ainsi les mêmes causes physiques, qui altèrent le bruit respiratoire modifient également et de la même manière, la voix, la toux et l'ondulation pectorale, de telle sorte que si l'on observe une de ces modifications, on peut annoncer, à coup sûr, l'existence des autres phénomènes acoustiques, et surtout des lésions matérielles, qui en sont la cause nécessaire. Voici en quoi ces changements parallèles consistent :
1° Respiration vésiculaire ; retentissement vocal na- symptômes acou-
•'"'^^^ ' parallèles.
2° Respiration bronchique ; râles à grosses bulles ; bronchophonie et égophonie ;
3° Respiration caverneuse; râle caverneux et amphorique ; voix caverneuse et amphorique ;
à" Toux ; laryngée ; bronchique ; caverneuse et amphorique.
Les idées générales que nous venons d'exposer nous dispensent de rentrer dans l'étude des faits communs à toutes les altérations de la voix; nous nous bornerons donc à la description de ce qu'il y a de spécial dans chacune de celles qu'il nous reste à mentionner. Elles ont été comprises sous le titre de bronchophonie^ égophonie , pectoriloquie et de voix amphorique. Le tintement métallique, que l'on y a placé bien à tort, appartient à l'histoire des râles.
nu Description du retentissement vocal morbide, i° JBron-
vocal. chophome ou voix bronchique, tubaire, bourdonnante. Comme les bruits respiratoires et les râles, les altérations de la voix présentent des différences tranchées qui permettent de maintenir les divisions scolastiques établies. Souvent aussi l'on n'y observe que des nuances fugaces, et l'on passe aisément, par des degrés insensibles, d'un phénomène à l'autre. C'est ce qui rend si difficile le diagnostic local , au moyen de l'auscultation seulement. Entre le retentissement exagéré de la voix et la bronchophonie, entre celle-ci et l'égophonie, enfin entre cette dernière et la pectoriloquie, le praticien le plus habile hésite souvent, avant de se prononcer.
SCS caractères. On peut se former une juste idée de la bronchophonie , en auscultant la poitrine, au niveau de la bifurcation des bronches, en arrière en dedans de l'angle supérieur et interne de l'omoplate, en avant sur le haut du sternum. Il semble qu'on parle à l'extrémité du stéthoscope.
Tantôt la voix tubaire a quelque chose de métallique, de saccadé; tantôt il semble qu'une voix grave et vibrante bourdonne à l'oreille, tandis que dans d'autres cas elle est étouffée, lointaine et comme l'écho de la voix; enfin elle peut avoir un timbre aigre et chevrotant qui lui donne la plus grande ressemblance avec l'égophonie : c'est pour pes cas embarrassants qu'on a créé la broncho-égophonie,
La bronchophonie occupe le même siège que le souffle tubaire qui l'accompagne toujours. (Voyez ce signe.) Dans quelques cas elle est mal limitée, diffuse, et alors il existe toujours un point où elle a son maximum d'intensité; dans d'autres elle reste circonscrite à une région, à la sous-claviculaire, à la sus-épineuse ou à d'autres parties de la paroi thoracique postérieure. Elle ne change pas
ÉGOPHONIE. TiOa
de place ; une fois développée, elle augmente ou diminue d'intensité avant de disparaître; mais il est rare qu'elle cesse tout à coup.
La bronchophonie , le soufïle tubaire, le râle à bulles ^'a'^ur
n 1 • r i> T 1 • 1 / - diagnostique,
inies, la matité, 1 ondulation pectorale exagérée sont des phénomènes de môme provenance, qui se trouvent presque toujours réunis et provoqués par les mêmes causes physiques. Si la voix bronchique occupe la région sous-claviculaire, sus-épineuse, le sommet d'un ou des deux poumons, elle est le signe de tubercules crus en masse ou infiltrés. Le retentissement vocal acquiert sa plus grande intensité, dans la pneumonie ; souvent il offre un , .
o ' r ' la pneumonie,
timbre chevrotant et saccadé qui le fait ressembler dans la pleurésie, complètement à l'égophonie si constante dans les épanchements de la plèvre. Nous avons déjà fait remarque ailleurs qu'on entendait parfois, dans cette même affection, le souffle tubaire et même amphorique. L'apoplexie et l'œdème pulmonaire produisent le même symptôme.
Le retentissement des ondes sonores vocales dans l'enceinte thoracique se transmet aux bronches et au tissu pulmonaire induré et bon conducteur du son : de là l'intensité extrême et le timbre particulier que donnent au son les parois retentissantes formées par les jiissus indurés ou par le liquide épanché. Telle est l'explication la plus naturelle des phénomènes acoustiques. Rien ne prouve l'aplatissement des bronches, que l'on a gralaiitement supposé.
Êgophonie, voix sénile , chevrotante (dérivé de aï'?, ÉB^pJionie. ffl'Yoç, chèvre, et cptov-^, voix de chèvre). Elle imite assez, bien le bêlement de la chèvre, la voix cassée d'un vieillard ou le son argentin et strident qu'on fait entendre
504 SYMPTOMES HESl'lKATOlHIiS.
Ses caractères, en parlant Rvec un jeton placé entre les lèvres et les dents (voix de polichinelle, Laennec). Le chevrotement de la voix varie beaucoup dans son intensité et son timbre. Quand les malades ont la voix grêle et saccadée, quand leur poitrine est amaigrie, le retentissement vocal est strident et peut en imposer pour le phénomène que nous étudions. Dans la majorité des cas, il est aigu, métallique, il couvre la voix ou ne vient qu'à la fin de l'expiration, il siège d'une manière plus spéciale au niveau de l'angle inférieur de l'omoplate, où il paraît d'abord, et acquiert son maximum d'intensité. Il change de place comme le liquide épanché, lorsqu'on donne au malade une autre situation; il peut d'ailleurs disparaître au bout de quelques jours. Ses caractères ne sont pas toujours les mêmes : son siège peut varier; on entend la voix sénile sur les parties latérales et antérieures de la poitrine. On comprend qu'il doit en être ainsi, puisque son existence est liée à une condition physique variable elle-même: nous voulons parler de la quantité de liquide contenu dans la plèvre. Cause physique L'égophouie , et uous ne parlons de ce signe que ie sa production. j^j-gq^^'Q gj jjjgjj caractérisé qu'il est impossible de le
confondre avec la bronchophonie , reconnaît pour cause constante l'épanchement d'une certaine quantité de liquide dans la plèvre. On suppose qu'une couche mince et uniformément répandue autour du poumon , est la condition la plus favorable à sa production. Si cette couche est trop considérable, le symptôme disparaît ; une quantité moyenne de liquide semble au contraire lui donner toute son intensité. L'égophonie n'a pas une valeur aussi grande que les autres phénomènes acoustiques et surtout que le souffle ou la bronchophonie ; cependant elle est le meilleur signe de l'hydrothorax.
PECTORILOQUIE. 505
Expliquée par Laennec au moyen de la vibration sac- Théorie cadée du liquide épanché dans la plèvre, de la densité laennec. plus grande du poumon et de l'aplatissement des petites bronches, la voix tubaire reste encore aujourd'hui un de ces phénomènes acoustiques dont le mode de production est à trouver. Le passage de la vibration vocale à travers le Hquide, d'où elle repasse une seconde fois dans un solide, est certainement la cause physique qui doit modifier le plus la voix normale et lui donner le ton saccadé qui caractérise l'égophonie. On sait que le son rendu par un corps solide plongé dans l'eau n'est pas le même que celui qu'il rend à l'air libre ; mais on ne comprend pas pourquoi le son cesse d'être transmis et modifié de la même manière, à mesure que la quantité du liquide augmente.
Voix caverneuse; pectoriloquie ; voix articulée. Il semble pecioroioquie; que la voix sorte directement de la poitrine tant elle vibre caverneuse, avec force. C'est comme si l'on auscultait le larynx ou la trachée d'un adulte pendant qu'il parle : les vibrations vocales arrivent jusque dans l'oreille. Dans d'autres cas cependant, elles sont plus sourdes, plus éloignées et ne diflèrent pas sensiblement de la bronchophonie. On peut imaginer tous les degrésintermédiaires entre labronchophonie et la pectoriloquie que Laennec appelle parfaite. Celle-ci est plus limitée, moins dilîuse que la broncophonie ; elle siège plus ordinairement sous la clavicule et a, pour signes concomitants, des phénomènes acoustiques de même provenance, tels que le râle, le souffle caverneux, et l'existence d'un son mat et caverneux. Les altérations physiques que subissent les tissus conducteurs peuvent transformer une simple bronchophonie en pectoriloquie. Que le poumon, par exemple, soit induré dans une grande étendue
506 SY.Ml'TOMES nESPlIiATOIRES.
par une inflammation, par des tubercules, ou comprimé par un épanchement , on entendra dans le point correspondant, la pectoriloquie, tandis que la lésion physique ne devrait produire que la bronchophonie. Cause II faut , pour que la pectoriloquie se manifeste , qu'il
des phénomènes g^^gj-Q yjjg excavatiou d'uuc assez errande dimension, vide
acoustiques. °
ou en partie, assez superficielle, environnnée de tissus indurés et en communication avec une bronche. Le mode de production de cette voix pathologique est le même que celui de la brochophonie. En même temps que la voix résonne dans ses canaux naturels , elle se renforce et change de timbre dans l'excavation anormale.
Laennec place parmi les causes de ce symptôme le ramollissement des tubercules en masses considérables, la fonte d'une escarre gangréneuse ou un abcès du poumon et des kystes pulmonaires. L'observation clinique a sanctionné les faits avancés par Laennec et y ajouté la dilatation des bronches et la cavité qui suit l'expulsion d'une acéphalocyste.
voixamphoriquc. Voix amphoi ique. Nous l'aurions placée dans les variétés de la voix caverneuse, car son mode de production est le même, si elle n'était pas déterminée ordinairement par le pneumo-thorax qui tient à la communication de la plèvre avec les bronches. Cependant on l'a aussi rencontrée chez des sujets qui n'avaient offert qu'une vaste excavation pulmonaire, en partie ou complètement vide. Il n'est même pas nécessaire qu'une communication existe entre la cavité anormale et les bronches. Nous avons vu, avec d'autres observateurs , la cavité de la plèvre pleine de gaz et privée de toute communication actuelle avec les bronches, servir de cavité de résonnance à la voix qui lui arrivait par l'intermédiaire du larynx ou