‹ Traité de pathologie générale (volume 2)Chapitre 135 sur 232 · APPÉTIT · texte numérisé non relu

APPÉTIT

qui ne purent, pendant plusieurs semaines, garder dans leur estomac que quelques cuillerées d'eau glacée. L'estomac était aussi petit que l'intestin grêle et exempt de toute altération.

Paralysie des muscles gastriques. Peut-on admettre un état morbide caractérisé par la faiblesse et l'épuisement de la contractilité musculaire de l'estomac ? Ce fait ne saurait être mis en doute, et doit être rangé parmi les causes de dyspepsie. Que ce soit parce que la contraction gastrique est diminuée, ralentie ou nulle , comme dans les affections cancéreuses des parois, et spécialement dans la dilatation de ce viscère, avec ou sans obstacleau cours dessubstances alimentaires, oubien encore, que ce soit, sous l'empire d'une lésion profonde de l'innervation cérébro-spinale ou trisplanchnique , il n'en est pas moins vrai que les parois de l'estomac se laissent distendre et que digestion ne peut plus se faire complètement. Le vomissement donne issue au trop-plein et à des quantités souvent énormes d'aliments avalés depuis plusieurs jours.

2° Altération de la sensibilité s^^^rîque. Bien que le siège de la faim et de la soif ne soit pas dans l'estomac, ces deux sensations ont un rapport trop ma- Eifeste, avec les fonctions de cet organe, pour que nous ne leur accordions pas une place dans le chapitre consacré à l'étude de l'altération de ces fonctions.

Faim. On donne ce nom à une sensation instinctive de besoin, rapportée à la région épigastrique et qui nous avertit de la nécessité d'introduire dans les voies digestives des substances alibiles. Elle peut être troublée de de trois manières difl'èrentes : 1° diminuée ou abolie ; 2° augmentée ; 3» pervertie ou dépravée.

Paralysie des muscles gastriques.

Lésions de la sensibilité gastrique.

Faim.

51^ SYMPTOMES ÔAÎSTRIQtJËS.

Abolition A. AhoUlion de l'appétit anorexie, {dé privatif ^ dei'appéiii. appétit, ciln faslidium). Quand les malades ces-

sent de désirer des aliments , on dit qu'il y a anorexie ou inappétence. Le dégoût des aliments est marqué , tantôt par une répugnance invincible qu'ont les malades pour toutes les choses qui se mangent, tantôt par une simple diminution de l'appétit. Leô praticiens savent combien il importe de distinguer la faim instinctive non raisonnée d'avec celle qu'on pourrait appeler cérébrale ou fausse et mal raisonnée. Dans celle-ci, les malades croient sentir réellement la faim, soit parce qu'ilâ cherchent à se persuader qu'ils ne sont pas malades, soiï parce qu'ils demeurent convaincus qu'il faut manger pour mettre fm à l' affaiblissement général dont ils se sentent atteints.

Causes H u'cst pas de phénomène morbide qui se montre^ paihogéniques çj'yjjg manière plus constante, que l'anorexie, au début et

a un point de vue ^ ^

général, dans tout le cours des affections générales, et même dé celles qui sont limitées à un viscère. 11 est le signe des affections aiguës, plus rarement celui des maladies chro-

géSes; niques, à moins qu'elles ne siègent dans le tube digestif.

Ainsi les fièvres, les exanthèmes , les inflammations, leë grandes diathèses, le rhumatisme, la goutte, diminuent ou font cesser l'appétit. On peut dire, d'une manière, générale, que tout état morbide qui s'accompagne de fièvrej qui brise les forces^ qui trouble la calorification , iléter» mine ce symptôme ; tandis que les névroses (la gastralgie exceptée) les maladies apyrétiques et les lésions organiques les plus graves, la phthisie, les scrofules, par exemple, laissent subsister l'appétit longtemps et mêmé souvent jusqu'à la terminaison fatale.

locales. Toutes les maladies de l'estomac , l'embarras gastriquë^

Al'PÉÏlT.

le cancer, la gastralgie, les névroses gastro-intestinales, les afFections du foie, et la fièvre bilieuse, ont pour symptôme l'anorexie. Elle n'est qu'un signe de faible valeur dans le diagnostic différentiel; elle n'en mérite pas moins une étude approfondie.

La sensation qui constitue îe besoin de manger est quelquefois rapidement éteinte par de minimes quantités d'aliments. Les malades les ont à peine goûtés qu'ils sont aussitôt rassasiés. Les névroses gastriques, la chloroanémie, l'hystérie et la grossesse, sont la cause ordinaire de ce symptôme.

Quelle est la signification de l'anorexie? Indique-t-elle que l'organisme n'a pas besoin d'aliments, et qu'il faut obéir à l'ordre que semble donner la nature, de suspendre l'alimentation? Ou bien faut-il supposer quelasensation interne est faussée et troublée comme tant d'autres actes de l'innervation? Nous ne faisona que poser cette question, la plus grave de toutes celles que l'antiquité nous a léguées, et dont elle avait compris d'ailleurs toute l'importance. Si elle n'en a pas donné une solution entièrement satisfaisante, il faut s'en prendre à l'état peu avancé des études physiologiques. Cependant elle est parvenue , par la seule observation des phénomènes 1 morbides et naturels, à tracer des règles fort sages, qui I font encore loi, en diététique. Sans aborder un sujet qui appartient exclusivement à la thérapeutique, disons seulement que l'anorexie ne peut être considérée comme une indication certaine de la diète dans les maladies.

L'anorexie se montre quelquefois comme un trouble Anorexie

idiopalique.

fonctionnel idiopathique auquel on ne peut assigner, pour cause aucune lésion appréciable. On a vu des malades

rester plusieurs semaines et même plusieurs mois sans ressentir le moindre appétit. Quelques-uns éprouvent de l'aversion pour les aliments, et ce n'est, qu'en faisant effort pour surmonter cette sensation, qu'ils parviennent à manger et à remédier aux funestes effets de l'inanition. Les cas de ce genre, dont il nous a été donné de voir plusieurs exemples, se rattachent à de profondes émotions morales, à l'hypocondrie et à une hystérie latente ou manifeste.

Augmentation 2" Augmentation de V appétit. Lorsqu'elle n'est accomdei appétit, pj^g^^o d'aucuu phénomène morbide, elle ne peut être regardée comme un signe de maladie; elle indique un besoin de réparation impérieux et qui se renouvelle sans cesse, comme chez les convalescents, pendant la puberté, à l'époque de la croissance, chez les sujets épuisés par des excès vénériens, chez les femmes grosses ou qui allaitent, à la suite de longue marche, d'exercices musculaires excessifs, etc.

Dan» les névroses Sans parler des gastro-névroses dont l'appétit excessif est un des signes ordinairement passagers, on l' observe dans le dernier degré de la phthisie pulmonaire, dans la péritonite chronique, la démence, l'idiotie. Il est le signe très-fréquent du ténia, et plus rarement des lombrics. Boulimie. Souvcnt l'appétit dépasse à peine les limites physiologiques ; dans d'autres cas il est vorace et les malades avalent des quantités considérables d'aliments. On a donné le nom de boulimie (de 6oû^, bœuf et Xtjxo;, faim) à cet appétit insatiable, souvent accompagné de troubles de la digestion ; tantôt les sujets rejettent, par les vomissements, une partie des substances ingérées comme dans la faim canine ou cynorexie (de xiSwv, chien et ooe^i;, appétit); tantôt ils les rendent non digérés, par les

APPÉT[T. 593

selles (lycorexie, de Xûxoi;, loup etopsÇtç) . Pendant le travail de la digestion, il survient des douleurs gastriques, des coliques, un état somnolent ou comateux; les malades maigrissent, malgré la quantité d'aliments qu'ils prennent chaque jour. La boulimie figure surtout parmi les symptômes de la gastralgie, de l'hystérie, de l'iiypocondrie, des aflections vermineuses, de l'intestin, du ténia spécialement. Elle est parfois sympathique d'une grossesse commençante, d'une chloro-anémie, du diabète. Elle se montre comme névrose idiopathique de l'estomac, chez quelques sujets-, dans ce cas elle constitue à la fois la maladie et son symptôme essentiel.

La boulimie se manifeste dans les mêmes maladies que la dépravation de la faim, dont nous allons tracer l'histoire.

3" Perversion de V appétit. Dans l'état de santé, le besoin Dépravation

. 1, . «le l'appélii.

de manger nous porte à satisfaire cette sensation à 1 aide des aliments auxquels l'usage, l'éducation et les effets salutaires qui en suivent l'ingestion, nous ont fait accorder la préférence. On sait combien la nature et le mode de préparation des aliments varient suivant les diverses contrées, suivant les mœurs des peuples; cependant , au point de vue médical , doivent être réputées aliments les seules substances qui fournissent une matière alibile, c'est-à-dire susceptible d'être incorporée à la fibre vivante, après diverses métamorphoses.

Dans l'état de maladie, le besoin de manger s'accompagne souvent d'une aberration de l'esprit, qui porte les malades à ingérer des substances alimentaires non usitées, telles que de la viande crue, des grains de café, des cornichons, du poivre, des fruits verts ou des substances in. «58

SYMPTOMES GASTHIQUES.

Malade.

Pica.

repoussantes par leur odeur et leur saveur ; on appelle malacie (sub. fém., dérivé de iJ.aXay.(a, mollesse) cette dépravation de l'appétit. Le pica est une autre perversion caractérisée par l'appétence et l'ingestion de corps- solides ou liquides, qui ne renferment pas de matière alibile, tels que la craie, le charbon, la terre, le plâtre, la poussière de bois, le papier.

L'anorexie s'accompagne parfois, comme nous l'avons déjà fait remarquer, d'une aversion extrême pour les aliments les plus appétissants, qui excitent même la nausée et la vomiturition. C'est une forme de la dépravation de l'appétit.

Maladies qui Ccs pliénomèncs morbidcs surviennent comme symples produisent, ^^jjjgg ^jgg névroses gastro-intestinales , des affections vermineuses (ténia, lombric), très-rarement des lésions prganiques de l'estomac, telles que le cancer, l'ulcération. On les observe chez les femmes atteintes d'hystérie, d'aménorrhée, de chloro-anémie, dans la grossesse et les affections de l'utérus , des appareils sécréteurs et excréteurs de la bile (congestion hépatique aiguë et chronique, calcul bihaire, choiécystite) . En résumé, le trouble de l'innervation gastro -intestinale, quelle qu'en soit la cause, donne lieu, entre autres symptômes fréquents, à la dépravation de l'appétit. Elle est liée, dans quelques cas, à un trouble cérébral, à une émotion morale, à une fatigue de l'esprit (névrose idiopathique) . De la soir. Dcs altérations de la soif. Elle est 1° augmentée;

2" diminuée ou abolie ; 3° dépravée comme la sensation qui donne lieu à la faim.

1° L' augmcïilaUon de lai'oif se remarque après certains actes physiologiques qui font perdre au corps une grande quantité d'eau, comme après de fortes transpirations,

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