SES DIFFICULTÉS
reux, dont Je i^oumon est détruit par une ou plusieurs cavernes, ne vivra pas plus de deux mois, et néanmoins celui-ci traîne encore sa pénible existence, pendant plusieurs années. Nous pourrions en dire autant d'un grand nombre de maladies chroniques du cœur, du foie, de l'utérus, du cancer gastrique. Dans les maladies aiguës l'erreur n'est pas plus facile à éviter, surtout chez les enfants. Enfin il nous suffira de citer le seul nom de la fièvre typhoïde pour montrer avec quelle circonspection il faut pronostiquer. Que le médecin n'oubhe donc pas les conseils que nous venons de donner. Une réputation légitimement acquise peut venir se briser sur cet écueil; son mérite n'en sera pas pour cela diminué aux yeux des hommes éclairés et instruits, mais il ne sera pas absous par les gens du monde ou les intéressés.
Quelques conditions, qui dépendent des qualités de Qualités l'esprit, méritent une attention toute spéciale , parce ''^'^^'.^"^^[(^^ qu'elles exercent une grande influence sur la valeur des eiics innuent jugements portés par le médecin. On a remarqué, par ''"'^ prouosuc, exemple, que deux médecins doués d'une raison droite et sûre, et dont les connaissances médicales sont également approfondies ne pronostiquent pas de la même manière : l'un redoute toujours et annonce une terminaison funeste, tandis que l'autre est disposé à croire que le malade guérira. Les hommes jeunes qui ne connaissent pas encore, par expérience, les admirables ressources dont la nature dispose, qui ne comptent pas assez sur elle, qui ont une confiance trop absolue dans l'anatomie pa- optimisme thologique, qui ne croient pas qu'il existe de certitude pessimisme, possible en dehors de la lésion, qui enfin se laissent aller à un fatalisme trop absolu, sont portés à craindre les plus fâcheux événements. Ils s'alarment au contraire très-
782 du PnONOSTIC
(liiricilement, ceux qui ont une tournure d'esprit, moins positive, nous dirons aussi moins sombre, qui espèrent que la résistance vitale leur viendra en aide et finira par surmonter la lésion avec le puissant appui de la nature médicatrice. D'autres, pleins d'illusion, ne doutent pas que la thérapeutique leur fournira enfin quelque agent au moyen duquel ils triompheront de la maladie. Reconnaissons qu'il existe de part et d'autre, dans ces dh^ections parti cuhères de l'esprit, des avantages dont il faut chercher à tirer parti.
Disons, en terminant, que les résultats, souvent si terribles du pronostic, formulé par le médecin, doivent être portés, avec circonspection, à la connaissance des personnes que les liens de la parenté ou d'une affection sincère attachent au malade. Il faut qu'un secret inviolable soit conservé, afin que le patient ne puisse soupçonner, un seul instant, la gravité de sa maladie. Nous ne connaissons aucune circonstance qui puisse autoriser le médecin à lui laisser même entrevoir une partie de la vérité. La moindre indiscrétion causerait un trouble de l'esprit, une torture morale et des accidents qui pourraient entraver la marche encore douteuse de la maladie ou en précipiter le dénoûment.
i^ases Bases du pronoslic. Outre les connaissances anato-
pronosiio. miques et physiologiques approfondies que le médecin doit posséder, afin de pouvoir apprécier exactement les influences réciproques des fonctions les unes sur les autres, et l'intensité des réactions vitales, d'autres conditions non moins essentielles à remplir, doivent servir de base au pronostic. 11 repose sur la notion complète, 1" de la maladie; 2° du malade-, 3° de la cause morbifique; A" des effets de la médication.
TIRÉ DES SYMin'OMES. 783
1° Signes pronostiques tirés de la maladie. Aucune des insignes conditions propres à la maladie ne saurait être négligée, '"""urnir" quand on veut porter un pronostic de quelque valeur, par la maladie. Nous n'avons pas besoin de redire encore, que le pronostic étant presque exclusivemsnt basé sur le diagnostic, il faut que celui-ci ait une précision extrême, pour que l'on puisse prévoir sûrement la terminaison future du mal. Le début et la nature des symptômes, la marche et la durée de la maladie, fournissent les données essentielles que nous allons exposer.
1" Pronostic Hvé des «symptômes. Nous sommes pronostic tiré obligé de revenir sur l'étrange confusion faite involon- '^^^ ^loraux.'"^* tairement entre le signe diagnostique et le signe pronostique. Celui-ci est toute espèce de phénomène ou de condition morbide qui peut servir à faire prévoir la marche et la terminaison de la maladie. Parmi les signes pronostiques, les uns sont locaux, les autres généraux. Commençons par les premiers.
Le tintement métallique et la pectoriloquie se manifestent dans le cours d'une phthisie pulmonaire. Faut-il y voir un signe pronostique? non évidemment; ce sont les symptômes directs, pathognomoniques d'une lésion incurable et promptement mortelle, qui peuvent servir à pronostiquer, parce qu'ils sont en rapport plus intime et plus exact que les autres, que les généraux par exemple, avec le siège, la nature et l'étendue des désordres locaux.
Un malade est pris, dans le cours d' une fièvre typhoïde, i-e pronosUc d'une vive douleur dans le ventre, puis de vomissement, ['lîic'Iluesiion de hoquet, de constipation : on peut annoncer à coup sûr de diagnosiic. une mort prochaine. En effet, ces symptômes dépendent d'une perforation et d'une péritonite violente, dont les signes diagnostiques sont manifestes^ ainsi, en réalité,
78 i DU PRONOSTIC
nous avons sous les yeux des symptômes et non des signes pronostk[ues. L'odeur fétide, gangréneuse des crachats et de l'air expiré sont les signes de la gangrène pulmonaire. Quand on prévoit la mort en pareil cas, c'est parce que le symptôme est le signe d'une maladie mortelle. Nous pourrions en dire autant du gargouillement qui siège au sommet d'un poumon, de l'hémoptysie, des crachats séreux et noirâtres; s'ils constituent des signes fâcheux, c'est parce qu'ils sont le symptôme de la troisième période de la phthisie, ou de la suppuration du poumon hépatisé au troisième degré, etc. Enfin la présence de i'alhumine ou de la glycose dans l'urine doit faire porter un pronostic grave ; ils sont en effet le signe diagnostique de deux maladies qui pardonnent rarement.
Nous pourrions multiplier ces exemples ; ils nous montreraient toujours que les signes pronostiques locaux les mieux caractérisés n'ont de valeur, nous dirons plus, n'ont d'existence, que parce qu'ils sont les signes positifs de la maladie, et se rattachent à une maladie légère ou grave, à une complication ou à une période meurtrière. A ce titre, par exemple, le râle crépitant est moins grave dans une pneumonie que le souffle tubaire qui indique le second et le troisième degré de l'inflammation.
Diiïérence, L'intensité extrême, la persistance d'un symptôme '°Ta'cmrc!e'^'^°^^^' ^'^^^ur, après qu'il s'est dissipé d'abord,
pronostique, doivcut être mis au rang des signes pronostiques. Les les sîmpiômes symptômes locaux , physiques et chimiques sont un
physiques, élément pronostique plus sûr que les phénomènes dyna-
cnimiqucs, d'une , . .
part, nuques, mais uniquement pour les raisons que nous et dynamiques de ^yons déjà donuées. lls Constituent des symptômes diagnostiques plus certains que les autres, et le pronostic, dans ce cas, se confond avec le diagnostic.