‹ Traité de pathologie générale (volume 2)Chapitre 170 sur 232 · DES MALADIES · texte numérisé non relu

DES MALADIES

Dos cuises GcnèralitH sur les causes des maladies. L'homme, soumis

morliificiues en i • - - i • , • i» • . i,

gi-nérai. t^ux lois générales qui régissent 1 univers, est voue, d une manière fatale et nécessaire, à la destruction. Il doit à son tour, à son heure, céder comme individu la place k d'autres individus de la même espèce. Ce serait donc, par un privilège inouï, par une violation heureusement impossible des lois naturelles, qu'il parviendrait à s'y soustraire. S'il l'a tenté, s'il espère encore tous les jours parvenir à une sorte d'immortalité qu'il poursuit dans ses rêves, il faut avoir quelque pitié pour un sentiment respectable, quoique exagéré, qui procède de l'instinct de la conservation. D'ailleurs, n'est-il pas ramené assez durement vers la triste réalité, parle spectacle des maladies innombrables qui aflligent son espèce et finissent toujours par lui enlever le fatal contingent voulu par les causes de la dépopulation? Il appartient au médecin philosophe de les rechercher et de les approfondir. On dqjne le nom lUioiogie : iVêiiologie à l'étude des causes morbifiques ; elle fait partie

' intégrante de la pathologie générale. On trouve en outre

dans la pathologie spéciale la description des causes peSf *et j^^'°P^'^^ ^ chaque espèce nosologique. La fonction de ces

spéciale. deux étiologies, quoique distincte, embrasse tout le sujet, Cependant voici l'hygiène qui vient à son tour revendiquer

l'étude des âges, des sexes, des tempéraments, des idio- Kmpiéiemem de syncrasies , de l' hérédité , des épidémies , en un mot toute ''''ïë'^fe, l'étiologie, dans un but de préservation, il est vrai, mais qui touche de si près à la pathologie qu'on ne saurait établir entre elles une ligne de démarcation bien tranchée. Nous avons déjà signalé, dans une autre partie de ce livre, les empiétements de l'hygiène et montré que celleci n'est souvent qu'une section de la physiologie et de la pathologie (t. I, p. 8). Nous n'avons pas l'intention de lui ravir les matières dont elle aime à traiter; nous voulons seulement rendre à la pathologie générale ce qui lui appartient, et à la physiologie l'histoire des âges, des sexes, des races humaines, des constitutions et de tant d'autres sujets dont on l'a dépossédée.

Les maladies ne peuvent provenir que des parents, du coup d'œii sujet lui-même ou des modificateurs qui constituent le ^p"uiogénL'^ milieu ambiant. Cherchons dans ces trois sources fatales la cause de toutes les maladies.

Il est aujourd'hui démontré que l'homme reçoit, de ses Maladies ascendants, le germe d'un certain nombre de maladies qui ''tran!mi!es°" se développent, à une époque variable de son existence. On les désigne sous le nom de maladies héréditaires; elles se produisent en vertu d'une loi qui préside à la formation des êtres et qu'on appelle loi d'imilation ou d'hérédité (Lucas) , parce qu'elle reproduit, modifiés ou non les types morbides qui existent chez les ascendants.

D'autres sont innées, c'est-à-dire qu'elles se dévelop- Maladies innées pent chez l'homme au moment de la génération. Elles congenuaio?. sont dues à une autre loi naturelle qui préside à la procréation des types spécifiques et des variétés infinies qu'on observe dans l'ordre normal et pathologique. Cette loi a reçu le nom de loi de Vinnéilé. Ces maladies se dis- III. 5i

ÉTIOLOGIE.

Maladies conlraclées pendant la vie inira-ulérine.

liislinclcs des

maladies liiréiiitaires.

tlngueiit des héréditaires en ce qu'elles sont tout à fait différentes de celles qui affectent les générateurs ; on les appelle encore congénitales. (Exemples : monstruosités, déviations organiques.)

Pendant l'évolution du fœtus, des causes nombreuses qui résident dans la mère ou qui viennent du dehors, agissent alors sur la mère, médiatement sur le fœtus, et peuvent ainsi déterminer des maladies. On les confond quelquefois, quoiqu'à tort, avec les maladies congénitales, parce qu'elles sont apportées par l'enfant au moment de sa naissance ; cependant rien n'est plus différent. La syphilis, par exemple, est héréditaire chez un enfant qui la reçoit de son père ou de sa mère ; elle ne saurait être innée ; en outre, elle peut être acquise pendant le cours de la vie intra-utérine. 11 faut donc distinguer soigneusement, en principe comme en fait, ces trois conditions : 1" l'hérédité d'une maladie, 2° l'innéité, 3° le développement congénital d'une maladie contractée pendant le cours de la vie intra-utérine, et communiquée ou non par le père ou la mère (exemples : variole, syphilis, pneumonie, péritonite, etc.) Maintenant, que dans la pratique il soit difficile de dire en voyant un pied-bot, un bec-de-lièvre, s'il est inné ou s'il est accidentellement développé, pendant la grossesse, c'est une autre question. Les conditions pathologiques n'en restent pas moins très-différentes. Un enfant dans le sein de sa mère contracte les maladies dont elle est elle-même affectée, pendant tout le cours de la grossesse, de plus celles-qui proviennent du père, ou enfin celles qui sont de cause externe. Pourquoi môme ne s'en produirait-il pas, comme i^lus tard, de toutes spontanées? La variole, une affection épidémique non contagieuse, une phlegmasie du foie, des méninges se

déclarent chez le fœtus, comme chez le nouveau-né. En un mot, le fœtus est exposé à toutes les maladies qui le menaceront plus tard, et s'il est mieux protégé contre les causes extérieures, il a contre lui les maladies maternelles et paternelles.

L'hérédité et l'innéité pathologique, ou en d'autres termes les deux forces qui engendrent, au moment de la conception, les maladies semblables ou dissemblables, comprennent déjà un grand nombre d'affections internes. Cependant la fatalité pathologique qui poursuit l'homme est loin d'être renfermée tout entière dans l'intervention déjà si puissante de ces deux ordres de causes. D'autres maladies proviennent du milieu ambiant. Il en est enfin que rien ne peut expliquer et, il faut le dire, c'est le plus grand nombre. Il est impossible de rapporter à une cause appréciable une foule de maladies dont nous pourrions diflicilement épuiser la liste, bien autrement longue que celle des maladies héréditaires et innées. La cause de presque toutes les maladies aiguës, (phlegmasie , hémorrhagies , fièvres non paludéennes , affections organiques non diathésiques, etc.) est encore à trouver.

Nous avons vu jusqu'à présent la maladie tirer son Triste origine ; 1° du père ou de la mère, à l'époque de la géné- ]a°iof<?innSJ ration ^ 2" des deux pendant la vie fœtale ; 3° d'une force J i'érédiiù. normale qui préside à la constitution des variétés et des types individuels qu'on appelle la loid'innèilé, loi fatale qui donne à l'organisme le triste privilège de recevoir, au moment où il se forme , le germe d'une future maladie qui non-seulement entraîne la mort, mais qui plus tard se reproduisant, en vertu de l'autre loi qu'on appelle loi iX imitation ou à'hùrHUè^ fera périr ainsi la

ÈTIOLOrjF.

Maladies virulentes et contagieuses

génération future ou, ce qui est plus terrible encore, causera de grades dégénérescences du corps et de l'espèce humaine, sans cependant la détruire.

.Maladies contagieuses. Les corps organisés qui vivent autour de nous, l'homme et les animaux, peuvent, lorsqu'ils sont frappés par la maladie, fournir des matières spécifiques qui reproduisent exactement la maladie dont ils sont atteints. On désigne sous le nom de maladies conlagieuses , celles qui peuvent se propager ainsi au moyen d'une substance empruntée à l'organisme malade, inconnue dans sa nature, tantôt liquide et qui a reçu le nom de virus, tantôt se dégageant sous forme des particules volatiles, miscibles à l'air, qu'on appelle miasmes. La rage, la variole, la morve, le vaccin sont des maladies spécifiques contagieuses et virulentes; les typhus, la dysenterie, sont contagieuses et miasmatiques.

Enfin, on ne peut se dispenser de rapprocher de ces affections spéciales les maladies dues à un agent chimique appelé poison (colique saturnine, tremblement mercuriel) , ou à un venin (rage, morsure de la vipère) , ou à un agent insaisissable, comme l'est celui de la contagion, de l'infection et des grandes épidémies.

En résumé, sous le titre de maladies spécifiques, se trouvent comprises des affections très-différentes les unes des autres par leurs symptômes, leur nature, leur siège et même par leurs causes, qui offrent cependant un caractère commun d'une grande valeur. 11 consiste dans la reproduction constante d'un certain nombre de phénomènes morbibes toujours les mêmes, aux variations près que détermine l'influence individuelle ; à commun; part ce caractère, on ne peut rien établir de général sur

Itleiililé d'action ^ i • • t . i >

et d'ciTet groupes nosologiques aussi disparates que le sont les

Maladies spéciflques.

Résumé :

Kl les sont trèsdisparates;

mais liées f ;ir un caractère

les modificalrurs cosmiques.

maladies toxiques, virulentes, venimeuses, contagieuses, infectieuses, épidémiqiies. La cause qui produit le choléra, la peste, ou le règne non interrompu des aflections bilieuses, est tout aussi spécifique que celle qui engendre la variole, la rage ou l'épilepsie saturnine.

La maladie a fréquemment sa raison d'être dans la causes matière de l'hygiène. Les modificateurs cosmiques qui cosmiques;

^ ^ maladies pro-

composent le milieu ambiant varient à chaque instant, en duiies par intensité et en quantité. De là, naissent un très-grand nombre de maladies produites par la chaleur, le froid, la radiation solaire, le climat, les saisons et toutes les matières nocives qui se dégagent pendant l'exercice des professions.

En présence de ce macrocosme qui est dans une per- causes pétuelle agitation et qui détermine tant de maladies, somatiques,

i <=> i maladies

est placé le microcosme, c'est-à-dire l'homme dont l'or- produites par ganisme n'est pas soumis à moins de perturbations. '°fon"'J™^g Tantôt la prédominance d'une fonction importante, comme celle du cerveau, du système nerveux ou des organes générateurs, vient provoquer la maladie, tantôt c'est la faiblesse, l'excitation immodérée de ces mêmes organes qui en est la cause (travaux de l'esprit, émotions morales , excès vénériens , mouvements musculaires) . L'homme, entrahiépar ses passions, ou par les nécessités impérieuses que lui impose la société dans laquelle il vit, viole, à chaque instant, les règles de l'hygiène, et n'est rappelé à leur observance que par la perte de la santé ou même de la vie.

Enfin comme si ce n'était pas assez de tant de causes Maladies de destructions imposées, en quelque sorte, à l'homme comme condition de sa chétive existence, il en est d'autres encore qui apparaissent à des époques plus ou moins

800 ÉTIOLOCUE.

éloignées, et qui viennent le frapper, non plus isolément, mais en masse, à coups redoublés, décimant ainsi les populations des villes et des campagnes. Leur cause inconnue réside dans l'air, on les nomme maladies èpidèmiqiies (de Itiî, sur, o^oç, peuple), tandis que les masporadique. ladicsisolécs, individuelles, ont reçu le nom de sporadiques (aTvopaor/.oî, dispersé).

Maladies Nous n'en avons pas encore fini avec les causes de par' voi'c de maladies. L'exercice immodéré d'une ou de plusieurs syrnpaiiiii'. fouctious. Certaines dispositions de la matière organisée (état statique \ s' écartant du type physiologique, suffisent, comme on a pu le voir, pour amener la maladie. Il en sera de même, à plus forte raison, lorsque les organes seront lésés dans leur structure ou dans leurs fonctions. A leur tour ils exerceront sur ceux qui jouissent encore de leur intégrité, une fâcheuse influence, et ne tarderont pas à commander la maladie. C'est sous l'empire de cette cause puissante que naissent un grand nombre d'affections qu'on appelle sijmpalhiques^ et qui méritent de prendre place dans l'étiologie. (Voyez t. I, Sympathie et causes somaliques.) Une fois que les lois physiologiques ont été troublées dans un organe, cette sympathie si féconde en relations nécessaires et mutelle devient, à son tour, une cause de perturbation pour les autres viscères, et au heu de leur envoyer, en quelque sorte, la santé, elle leur transmet la maladie.

Maladies Après tant de causes morbifiques, nous n'avons plus qu'àsignaler celles qui attaquent violemment, et, en quelque sorte à main armée, la structure et les conditions physiques, chimiques et dynamiques des organes. On les désigne sous le nom de causes traumaliques (de Tpaù[j.âc, blessure) ; les maladies qui en sont l'effet portent le

traumaliqucs

IDÉliS GÉNÉIULES,

même nom. Ces causes sont toujours extérieures ; ce sont des corps qui divisent, déchirent, contusionnent, écartent les tissus, cliangent leur situation, leurs rapports naturels, ou bien des agents physiques qui les brûlent ou les congèlent, des agents chimiques qui les décomposent, les détruisent (acides, alcalis, caustiques, vésicants, etc.).

Nous ne ferons que rappeler, pour mémoire, quelques dc quelques

T . . 11 -1 1 /-V T ■ divisions

divisions auxquelles il est temps de renoncer. On distm- des causes gue les causes en externes et en internes, suivant qu'elles '^^^ maladies : résident dans le monde extérieur ou dans l'organisme ; en locales et en générales, parce qu'on suppose quel'ac- locales tion nocive peut s'attaquer à une portion limitée ou à la °" scnéraii?, totalité du corps. Les causes iraumatiques elles-mêmes, iraumaiiqucs; circonscrivent rarement leurs elTets à un espace restreint (hernie, contusion, piqûre, déchirure, luxation, fracture).

On ne saurait s'arrêter davantage à la division des causes en physiques, chimiques, dynamiques, suivant qu'elles p'iysiques,

1 , 1 1 • /■ f 1 • chimiques,

agissent en altérant les actes ou les propriétés physiques, viuies. chimiques ou dynamiques des tissus et des organes. Dans presque toutes les maladies, quelles qu'en soient les causes, les trois ordres d'acte sont lésés simultanément, quoique à différents degrés, excepté pour quelques agents externes chimiques ou physiques (caustiques, poisons, blessures). Les anciens voulaient qu'on distinguât la cause éloignée et la cause prochaine, essentielle de la cause éioignco

cl prochaine,

maladie. La première prépare et amène le changement intime qui est la cause prochaine, essentielle de la maladie : ainsi le froid est la cause éloignée de la pleurésie, le travail phlegmasique de la plèvre en est la cause prochaine. Des aliments indigestes (causes éloignées) déterminent l'irritation sécrétoire qui est la cause prochaine

808 ETIOLOGIE. 9

de la diarrhée. On voit que l'idée de cause prochaine se confond avec celle que nous attachons aujourd'hui au mot nature de la maladie.

siimuianis En s' appuyant sur l'effet présumé des modificateurs, sUnIiS*ianiT. uuc école dogmatique célèbre, qui voulait remettre en honneur la doctrine de Thémison, a prétendu ramener toutes les causes morbifiques à deux types principaux, à l'irritation et à l'asthénie, à la stimulation et à la contrestimulation. Il est à peine nécessaire d'ajouter que cette vue systématique, fausse sous tous les points, ne comprend qu'un petit nombre de causes.

Causes a partagé les causes en prédisposantes et occa-

predisposanles, ± o i i

sionnelles : les premières préparent lentement et insensiblement l'organisme jusqu'à ce qu'une autre fasse déclarer la maladie. La prédisposition est donc une disposition latente de l'organisme, prête à éclater et semblable à l'amorce d'une arme à feu que l'étincelle seule peut enflammer; celle-ci correspond à la cause excitante ou occasionnelle. Cette comparaison, souvent employée, n'est pas d'une exactitude bien grande. Les anciens appelaient les premières procatartiques (Trpoy.axapTixYj) , les autres procgoumènes (Trporjo'jjjLivT)) .

Excitâmes La cause excitante ou occasionnelle est toute modificacccasionnciic?. ^'^^1 accidentelle et rapide imprimée à l'organisme par un agent externe ou un trouble fonctionnel qui provoque le développement d'une maladie. Elle se surajoute à la prédisposition, et avec son concours produit la maladie (Gaubius) . Un malade au tempérament sanguin reçoit une fâcheuse nouvelle, il est frappé d'hémorrhagie cérébrale. La cause prédisposante est le tempérament, la cause occasionnelle, l'émotion morale.

Vices Uo celle division.

Dans un nombre considérable de cas la prédisposition

IDÉES GÉINÉKALES.

est tiès-réelle, mais il est impossible d'en prouver l'existence. Il faut admettre aussi que la cause prédisposante, en acquérant une grande intensité, peut à elle seule, engendrer la maladie, et que la cause occasionnelle, à son tour, agissant avec énergie, peut très-bien se passer de la cause prédisposante ou procatartique. Ainsi , dans la trèsgrande majorité des cas, la prédisposition est un être de raison qui ne nous sert pas à grand'chose. La cause occasionnelle elle-même, plus facile à saisir parce qu'elle agit, à plus courte distance, de l'invasion du mal, nous échappe le plus ordinairement. Dès lors, demandonsnous comment il est possible d'établir une classification sur une donnée aussi incertaine, aussi fugace et même aussi fausse que celle tirée de la manière d'agir des causes. On objectera que l'âge, le sexe, le tempérament, l'idiosyncrasie, ne peuvent être considérés, à coup sûr, que comme des causes prédisposantes qui modifient à la longue tout l'organisme. En effet, ils paraissent agir ainsi dans un grand nombre de cas ; mais, dans bien d'autres, ce mode d'action est problématique, et même il est manifestement contraire à celui qu'on lui assigne dans une foule de maladies. Qualifier ainsi la transmission héréditaire du tubercule, du cancer, de l'épilepsie ou d'un bec-de-lièvre, c'est sacrifier au besoin par trop excessif d'une mauvaise classification, qu'on s'étonne de retrouver encore dans les ouvrages les plus récents. Elle ne comprend d'ailleurs qu'une très-petite portion des causes morbifiques, et fait perdre de vue ce qu'il y a de plus essentiel et de moins incertain en étiologie, le modificateur.

La cause des maladies ne peut résider que dans l'homme lui-môme ou dans les modificateurs qui entre-

Classiflcation des causes.

Matière de réliologie.

810 ÉTIOLOGIK. |

Le modincaieur tiennent sa vie et sa santé. Pour qu'ils produisent l'état i don servir de j^^qj.j^j^ç^ || admettre qu'ils sont altérés dans leurs i à l'éiioiogie. qualités et leur quantité ou qu'il s'y est ajouté un agent morbiiique accidentel. Ainsi la matière de l'étiologie est identiquement la môme que la maliêre de l'hygiène. Dans quel ordre convient-il d exposer l'histoire des causes des maladies ?

Nous ne pouvons renouveler les discussions sans nombre auxquelles a donné lieu l'établissement des classifications en hygiène (1). Disons .seulement que, s'il est impossible en hygiène, c'est-à-dire lorsqu'il s'agit de l'homme sain, de faire l'histoire des agents et des modificateurs, suivant les effets qu'ils produisent , cet oi'dre est, à plus forte raison, impraticable pour la madère de l'étiologie qui ne saurait être étudiée d'après l'ordre physiologique, c'est- à-dire suivant les effets produits dans telle ,ou telle fonction. Sans doute il y aurait avantage à classer les agents morbifiques selon qu'ils portent sur le cerveau, le cœur, le poumon, le foie ; mais comme la même cause produit des maladies très-différentes par leur siège et leur nature, comme le même agent se fait sentir soit en même temps, soit tour à tour, sur les mêmes appareils, il faut renoncer à asseoir la classification sur les effets morbides. Nous avons fait remarquer que la division des causes en prédisposantes, occasionnelles et spécifiques, était encore plus mauvaise, pour les mômes raisons ; nous ne devons donc pas hésiter à suivre la classification de Galien et de Hallé, c'est-à-dire à chercher les causes pathogéniques dans les modificateurs qui les produisent, et

(I) Voir un travail que nous avons publié sur ce sujet : Mémoire iimtr servir n l'ctude de l'hygiène et à l'clnblissempHt cVunr. clasxiftcadon des matières de celle science [Revue médicale, septembre 1830).

à tout subordonner à ceux-cî. De cette manière, nous ne préjugeons rien sur le mode d'action des causes, et nous pouvons saisir les différences et les analogies qui existent entre elles (1).

Tout est à faire en étiologie ; elle est la partie la plus i/ônoiogie difficile et la moins avancée de la médecine. Si l'on veut avancée, lui imprimer une direction utile, il faut renoncer à ces vieux errements, à ces divisions surannées qui cachent une ignorance absolue de la manière d'agir des causes, sous des mots vides de sens. Depuis le commencement de ce siècle, et surtout, dans ces dernières années, on a compris que les études physiologiques et pathologiques La physbiosie pouvaient seules conduire à quelques découvertes en .

J- '■ '■ 1 éclairer, ainsi

étiologie. Les données les plus précises que nous possé- quciapauioiogie. dions sur la manière d'agir du froid, du chaud, de l'humidité, de l'air, sur les effets des substances alimentaires, proviennent de l'expérimentation ; nous lui sommes redevables de tout ce que nous savons de plus positif sur un certain nombre de causes de maladie. En persévérant dans cette direction, en lui associant l'observation attentive des symptômes et des altérations anatomiques, on parviendra à fonder quelque chose de durable.

L'application de la statistique à l'étiologie a rendu Emploi quelques services ; mais il faut s'en servir avec précau- ''^ sut'si>ii'e. tion, et seulement dans les circonstances où elle peut être appliquée avec quelque rigueur. Il n'est pas besoin de dire qu'il faut un jugement bien sûr pour analyser les éléments nombreux, hétérogènes, complexes qui constituent l'étiologie, pour rapprocher des faits de

(1) Voyez aussi thèse de concours pour l'agrégation : Déterminer la part, des causes occasionnelles dans la production des maladies. Paris, •IS38.

812 ÉTIOLOGIE.

même nature et de même valeur, et en tirer des résultats comparables.

Classification tics matières de rétiolog;ic.

Voici de quelle manière doivent être étudiés, suivant nous, les nombreux sujets qui forment la matière de l'étiologie.

Une première classe renferme les causes qui dépendent du corps humain ; les secondes, celles qui ont leur point de départ dans le cosmos ou milieu ambiant.

Les premières, que nous nommerons somatiqiies (de (jwfjLa, corps) ou corporelles, tiennent à l'organisation, àla texture des tissus considérés comme support de la maladie ; les autres à l'activité fonctionnelle exubérante, ou diminuée, d'un ou de plusieurs appareils. De là est venue la division des modificateurs en statiques et fonctionnels, ou mieux dynamiques.

1" Classe. — Causes somatiques.

Premier ordre. Causes somatiques statiques. On voit figurer , parmi elles, les modificateurs tels que : I. l'âge ; II. le sexe; III. le tempérament; IV. la constitution; V. l'idiosyncrasie ; VI. les races ; VII. les prédominances organiques; VIII. l'hérédité; IX. la diathèse ; X. la prédisposition; XI. la constitution stationnaire^ XII. la susceptibilité et l'immunité morbides.

Deuxième ordre. Causes somatiques fonctionnelles ou dynamiques, ou action pathologique exercée, sur l'organisme, par une ou plusieurs fonctions accrues, diminuées ou perverties. De cette prédominance ou de cette inertie fonctionnelle, résultent les dérangements de la santé qui forment un ordre à part, dans la pathologie. Nous examinerons successivement les actions exercées :

I. parles facultés intellectuelles; II. les sensations; 111. les mouvements ; IV. les fonctions génitales (menstrues, grossesse, excès vénériens, masturbation); V. par la digestion (réplétion, abstinence); VI. enfin par les exciétions.

Troisième ordre. Causes somatiques qui consistent dans une action pathogèniquc exercée par l'Iiomme déjà malade, soit sur lui-même, soit sur d'autres hommes, auxquels il transmet une maladie semblable à celle dont il est atteint ou différente. Nous nous proposons de rechercher comment les maladies engendrent d'autres maladies, soit sur le sujet lui-même, soit sur des hommes sains placés dans sa sphère d'action (maladies sympathiques, infection et contagion).

1° Action pathoqénique de t homme malade sur lui-même. Nous indiquerons, d'une manière générale, les influences que les maladies du cœur, du poumon et des autres viscères ont, sur le développement de quelques autres maladies; nous indiquerons aussi les affections développées par sympathie et les faits curieux d'antagonisme.

2° Action pathogénique de tho7nme sain ou malade sur d'autres hommes. Nous y trouvons les affections causées par des principes nuisibles, développés dans un organisme sain ou malade et transmis à un organisme sain; telles sont : les maladies, 1» infectieuses, 2° contagieuses, 3° virulentes. Les contagieuses comprennen t des maladies dues à la transmission d'un entozoaire d'un sujet à un autre (gale) , ou d'un cryptogame, comme dans le muguet, la teigne faveuse, le porrigo decalvans, la mentagre et d'autres encore.

IP Classe, — Causes cosmiques.

Elles comprennent toutes les modifications qui résident,

8U ÈTIOLOGIE.

1° dans l'atmosphère ; 2" dans la terre elle-même ; 3» dans le système planétaire.

Premier ordre. Camea atmosphériques : Modificateur a généraux : pesanteur, calorique, lumière, électricité.

Deuxième ordre. Air, humidité, vents et causes morbifiques qui consistent en agents contenus accidentellement dans l'air. Les uns sont saisissables, les autres ne se manifestent que par leurs effets.

1° Causes morbifiques saisissables, provenant des différentes substances qui sont employées dans les arts :

A. substances minérales (intoxication saturnine, mercurielle, cuivreuse, poussière siliceuse, de charbon, etc.);

B. végétales; C. animales (méphiiisme).

2° Causes atmosphériques insaisissables. Les agents qui les constituent échappent à nos moyens d'investigation, mais se manifestent par leurs effets; ils ont l'air pour support.

11 faut rapporter à cette cause : 1° les constitutions médicales; 2° les épidémies accidentelles ou grandes épidémies.

Troisième ordre. Ingesta ou substances empruntées aux différents corps de la nature et destinées à l'alimentation (aliments et boissons) .

Quatrième ordre. Causes telluriques qui dépendent de la constitution géologique du globe : altitude, localités, eaux, effluves marécageux, émanation du sol, culture, défrichement, déboisement, drainage, inondation ; endémie et maladies endémiques.

Cinquième ordre. Causes sidérales : attraction, mouvement diurne et nocturne ou nycthémère, saison et constitution saisonnière.

Sixième ordre. Causes cosmiques multiples. Un grand nombre de causes pathogéniques, très-difficiles à analyser

et à séparer les unes des autres, interviennent souvent dans la production des maladies î A, climat; 13, géographie médicale; G, antagonisme médical.

IIP Classe. — Causes traumatiques.

On doit réserver une classe à part aux agents traumatiques dont leselîets sont plus particulièrement étudiés par le chirurgien, mais qui produisent également un certain nombre de maladies internes.

L'ordre que nous venons de tracer est une simple énumération méthodique des divers sujets qui composent la matière de l'étiologie. 11 offre à l'esprit un moyen facile de réunir les causes nombreuses des maladies; il permet d'exposer facilement l'état de la science, et montre la voie dans laquelle il faut s'engager si l'on veut parvenir à quelques découvertes, en étiologie.

I" Classe. — Causes somattques.

Nous désignons sous le nom de cause somatique ou causes corporelle, toute modification de structure ou de fonc- somauques. tion , capable de produire la maladie, et antérieure à toute manifestation pathologique. Il faut qu'elle soit le fait primordial, et qu'on ne puisse pas la considérer comme la maladie même. Le tempérament sanguin, l'hérédité, \° i^iai statique; la diathèse, voilà trois causes somatiques qui déterminent des maladies. Si, au lieu de ces causes somatiques inhérentes à la structure et que nous avons nommées statiques, qu'on pourrait encore appeler plastiques, matérielles , nous prenons les causes somatiques fonctionnelles, c'est-à-dire l'organe en action (m actu) , nous y 2° FonciionneL

CAUSES SOMATIQURS.

trouvons un autre ordre de causes fréquentes de maladies. Il suffit de nommer la dentition, la menstruation, la grossesse, les émotions morales, l'imitation, pour qu'on comprenne l'importance de ces causes morbifiques.

Le corps d'un homme, actuellement malade, peut depaihoiogique vcuîr, à SOU tour, comme les organismes vivants ou du corps. morts, végétaux et animaux, un foyer de maladies qui seront alors transmises à l'homme sain. Ainsi naissent les virus et les agents de la contagion et de l'infection.

Les maladies qui se développent dans le corps humain peuvent devenir l'occasion d'une autre maladie qui occupe alors un second organe sur lequel le premier a porté son action sympathique (maladies sympathiques); nous les avons nommées aussi causes somatiques parce qu'elles sont engendrées par le corps malade. Nous n'avons pu trouver une expression plus courte ni plus claire pour rendre notre pensée.

Causes somaliques slaliques.

Age.

I" Ordre. Causes somatiques, statiques.

Elles comprennent : 1° l'âge; 2° le sexe; 3° le tempérament; li° la constitution ; 5° l'idiosyncrasie; 6° les races; 7" les prédominances organiques; 8° l'hérédité ; 9° la diathèse; 10° la prédisposition ; 11° la constitution stationnaire; 12° la susceptibilité et l'immunité morbides.

l. Age.

Nous aurons soin d'écarter de nos études, purement étiologiques, toutes les vaines descriptions dans lesquelles on reproduit les documents qui se retrouvent dans tous les livres d'hygiène et de physiologie. On sait combien sont nombreuses les divisions des âges proposées par les auteurs; celle qui nous paraît mériter la préférence doit

reposer sur l'étiologie, et correspondre aux époques où certaines maladies deviennent plus fréquentes.

1" Premier âge; jusqu'à sept mois. L'activité dont jouit la Noirveau-né. peau, les causes incessantes d'irritation qui l'environnent, d^îà^pèau ; déterminent l'éruption d'impétigo, d'eczéma, d'érythème, etc., sur diverses parties du corps, au cuir chevelu, à la face, sur le ventre (gourmes, croûtes de lait). La peau se couvre facilement de pustules, d'ulcérations, d'érosions superficielles qui amènent des suintements fétides sur les fesses, les parties génitales, les talons, les malléoles.

Le tube digestif n'est pas moins stimulé que la peau, du tube digestif; Le travail incessant qui s'y passe le dispose, lorsqu'il excède certaines limites physiologiques, aux congestions , aux phlegmasies, même à des altérations plus profondes, au ramollissement de la membrane gastro-intestinale. De là les vomissements, les diarrhées légères ou violentes, incoercibles, et de formes diverses, qu'on observe chez le nouveau-né.

La bouche se couvre souvent d'aphthes , de muguet; la muqueuse s'enflamme (stomatite simple, diphthéri tique) .

L'appareil respiratoire, qui vient de recevoir, à son derapparcii tour, un aliment inusité pour lui, est le siège d'une hy- ■"'^sp'"'*^"''^perémie physiologique, ainsi que la membrane muqueuse du nez, du larynx et des bronches. Si la faiblesse native, une mauvaise nourriture, l'action du froid, empêchent cette congestion de se régulariser, il en résulte des coryza, des bronchites, et surtout des affections du poumon qu'on a rassemblées, sous la dénomination commune de pneumonie, quoique la nature phlegmasique d'un grand nombre d'entre elles soit loin d'être prouvée. Souvent ce sont de simples flux, des hypercrinies qui ont Meu,

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