VII. Prédominances organiques
Nous nous proposons de traiter, sous ce titre, de l'action prédominante et presque physiologique que les uns rapportent au tempérament, les autres à la constitution ou à l'idiosyncrasie. Nous disons que cette prédominance d'action est presque physiologique; cependant elle s'écarte assez du type normal pour qu'on puisse y découvrir les premiers symptômes atténués d'un état morbide trèsréel.
Des
prédominai) ces organiques.
En quoi Les prédominances cle cette nature sont : 1° l'état lymphatique; S» bilieux; 3° génital; A" musculaire; 5° l'obésité. Elles ont souvent été comprises, quoiqu'à ,.«.1 tort, sous le nom de lempérament. Le caractère essentiel
Elles uinerent ' ^
du tempérament, de cclui-ci est de coustituer un état général, tandis que les prédominances sont des états partiels, qui se font néanmoins sentir sur les autres fonctions. Elles sont parfois innées, plus souvent acquises, ce qui est une raison de plus pour ne pas les ranger parmi les tempéraments ni les idiosyncrasies, dont le déveloi^pement est presque toujours congénital.
Prédominance La prédominance lymphatique, portée au point de
lympaiiiique. provoquer cct ensemble de phénomènes morbides qu'on s'étonne de trouver décrit, sous le titre de tempérament, dispose fortement aux maladies du système lymphatique, aux engorgements glandulaires, au rachitisme.
l'iat biiieuT. Nous cu dirous autant du tempérament bilieux, dont les symptômes indiquent clairement une lésion de la sécrétion hépatique (ictère), des fonctions gastro-intestinales, et la surexcitation du système nerveux. Pourquoi dès lors s'étonner de la fréquence des accidents qui ont leur siège dans ces même organes et de l'influence qu'ils exercent sur le développement des maladies du foie, des dyspepsies, des gastralgies simples et hypocondriaques, enfin sur la nutrition générale, qui reste troublée? De là, cette constitution sèche et nerveuse, cette maigreur, cette coloration sub-ictérique qu'on observe chez les sujets ainsi aflectés. Il est rare de rencontrer cette prédominance bilieuse chez les enfants et les adultes, avant l'âge de vingt ans.
Ëiai génital. Presque toujours aussi la constitution génitale, élevée par quelques auteurs à la dignité de tempérament, n'est
PRÉDOMI.NAiNCES ORGANIQUES.
qu'un effet de la surexcitcation des organes générateurs et même de la perversion des facultés génésiques ; aussi détermine-t-elle principalement des maladies du système nerveux, des névroses, des troubles de l'intelligence. (Voyez Causes somatiques dynamiques.)
Le développement exagéré des muscles et de la puissance musculaire, marche presque toujours sur une ligne parallèle avec le tempérament sanguin. Les mêmes maladies naissent sous leur influence. On a prétendu que la paralysie des membres inférieurs, l'atrophie musculaire, étaient plus communes chez les sujets ainsi constitués (?)
Nous pourrions multiplier le nombre de ces prédominances statiques qui en amènent presque nécessairement de fonctionnelles. Tous les appareils, sans exception, peuvent, en vertu de la loi d'innéité, d'hérédité ou de croissance physiologique, se développer d'une manière exagérée. Suivant que ce sera le système nerveux cérébral, le cardiaque, le pulmonaire, le génital, qui aura pris un accroissement anormal, on verra se manifester des phénomènes anormaux correspondants, et s'ils dépassent une certaine limite, la maladie ne tardera pas à survenir. On peut donc considérer ces prédominances organiques comme de très-fortes prédispositions aux maladies.
L'obésité et la maigreur constituent une disposition individuelle qui ne peut êire rattachée à aucun trouble fonctionnel bien déterminé. Les sujets dont la maigreur extrême ne peut s'expliquer par aucune cause morbide sont assez rares, quoi qu'on en ait dit. Ceux qui présentent la polysarcie, et qui sont jeunes (m vieux, sont ou des lympathiques ou des scrofuleux. Chez quelques-uns cependant, il n'est pas possible de constater une maladie de ce genre. L'obésité constitue une prédisposition aux
Prédominance de l'appareil musculairo.
Obèsilé; maigreur.
838 CAUSES SOMAÏIQUES.
congestions pulmonaires et cardiaques, sans doute en raison de l'affaiblissement de la circulation cardiaque. Elles prédisposent à la maladie. L'obésité surtout diminue l'intensité de la résistance vitale. Nous ne croyons pas devoir insister sur ces faits qui appartiennent déjà à l'ordre pathologique.
De rhomme droit Influence rte l'Iionime rtroit et l'Iioninic ei de ^auclte !^ui* le déTeloppement. fie» maladies.
l'homme gauche. ^ ^^^^^^ ^^^^^^^^ c'est-à-dire à l'état
statique, qu'il faut attribuer la différence qu'on dit exister, sous le rapport pathogénique, entre le côté droit et le côté gauche du corps humain ? Ce sujet qui a excité, aune certaine époque, l'attention des physiologistes et des anatomistes, mériterait également d'être sérieusement étudié dans ses relations avec l'étiologie. Les maladies des organes doubles, tels que les poumons, le cœur, le cerveau, la face, les membres , etc, sont-elles plus fréquentes à droite qu'à gauche?
Fréquence On possèdc peu de documents certains sur l'influence exercée par le côté du corps sur la production de cer-
malatlies à droite . . .
ou à gauche, taines maladies. On croit cependant que la pneumonie est bien plus fréquente à droite qu'à gauche, dans tout le cours de la vie, (:: 7 : Zi), que cette prédilection est plus marquée, chez l'enfant que chez l'adulte, et diminue ensuite chez le vieillard. Elle se maintiendrait chez la femme, mais à un moindre degré que chez l'homme. D'une autre part, la pneunomie double est rare : ce qui porte à supposer que l'action des causes morbifiques tend à se restreindre, ou plutôt que la nature se réserve le moyen de résister et d'opposer un organe sain à son congénère malade. Du reste, ce que nous disons là ne s'applique pas aux maladies générales ni aux diathèses,
PRÉDOMINANCES OKGANIQUES. 839
qui soumettent les deux côtés du corps, à leur funeste empire. Gomme preuve à l'appui, nous citerons les doubles congestions pulmonaires dans la fièvre typhoïde et les exantlièmes, la tuberculation presque constamment étendue aux deux poumons. On a dit cependant que la plitliisie était plus fréquente à gauche qu'à droite ; mais ce fait est difficile à établir, précisément à cause de la propagation pathologique dont nous venons de parler.
En parcourant le cadre nosologique afin de déterminer . f ""^ . .
^ a une disposition
SI un des côtés du corps est plus souvent affecté que anatomiquc. l'autre, on ne peut arriver à aucune loi générale. Si quelques maladies paraissent siéger plus fréquemment sur un côté, d'autres contre-balancent cette prédominance pathogénique. Presque toujours une disposition anatomique rend compte du siège spécial d'une maladie; telle est précisément la cause de la fréquence plus grande du varicocèle à gauche (1).
Il faut aussi attribuer à la structure anatomique des parties la manifestation exclusive, non plus de certaines maladies, mais de certains symptômes. Le bruit de courant (bruit du souffle) et le frémissement vibratoire ont, dans la chlorose, pour siège constant, le côté droit du cou. La disposition de la veine jugulaire interne et du tronc brachio-céphalique doit favoriser la production de ces deux symptômes. L'intensité accrue du bruit respiratoire, de la bronchophonie et de la vibration thoracique, dans le lobe supérieur du poumon droit, s'explique aussi par la disposition des bronches. Qui pourrait dire pour quelle raison le cœur gauche est si fréquemment atteint de lé-
(1) Sur 3,911 individus, l'affection a élé trouvée 3,360 fois à gauche, 282 fois à droite, 2G9 fois de deux côtés; — in Curling, Traité pratique des maladies du testicule, trad. parGosselin, p. 623, in-S». Paris, 1857.
sions valvulaires, tandis que le droit l'est si rarement? On a invoqué l'énergie fonctionnelle du cœur gauche et la nature différente des deux sangs (?)
VHI.De l'hérédité pathologique.
De l'hérédilé.
Défluilion.
L'hérédilé Iransmel \° la préilisposilion.
En quoi elle consiste.
La transmission des maladies par le père aux enfants a reçu le nom dliêrcdilê pathologique. C'est en vertu de la loi d'hérédité^ c'est-à-dire d'une cause inconnue dans son essence, mais parfaitement démontrée par un grand nombre de faits, que se propagent ainsi, tantôt les conditions psychiques et somatiques normales (hérédité physiologique) , tantôt les conditions morbides (hérédité pathologique ) ; celles-ci constituent les maladies héréditaires. Doivent-elles être tout à fait identiques à celles des générateurs ? Ainsi la folie, la phthisie paternelles , doiventelles donner lieu à la même espèce pathologique , ou bien doit-on considérer comme héréditaires des maladies qui ne font que se rapprocher de l'affection des parents? En d'autres termes, doit-on admettre des transformations pathologiques? C'est ce que nous rechecherons plus loin.
L'hérédité transmet : 1° la prédisposition; 2° la semence morbide ; 3° la maladie même.
1° La prédisposition héréditaire consiste dans une diathèse spéciale ou dans les attributs manifestes du tempérament, de l'idiosyncrasie, de la constitution, d'une prédominance organique. Les diathèses scrofuleuses , tuberculeuses, arthritiques, goutteuses, gravelleuses , cancéreuses, se transmettent ainsi. Tantôt c'est le tempérament sanguin avec la pléthore, les congestions et les hémorrhagies qui passe du père aux enfants ; tantôt une
llliREDITE. 841
idiosyncrasie bizarre, ou une constitution faible et peu résistante, etc.
La prédisposition se reconnaît, parfois, peu de temps ses symptômes après la naissance, et vers l'époque où la maladie trans- °"^^* mise s'est manifestée chez le générateur; dans d'autres cas, il est impossible d'en soupçonner l'existence, jusqu'à l'apparition de la maladie. On a beaucoup disserté sur les caractères de cette prédisposition ; ce qu'on peut en dire, c'est qu'ils sont presque toujours négatifs, entièrement latents, jusqu'à une époque variable. La durée de l'incubation morbide est toujours longue et peut aller jusqu'à cinquante ou soixante ans. La prédisposition peut, à elle seule, déterminer la maladie, mais souvent elle exige l'intervention d'une cause, soit légèi'e, soit intense, comme l'influence de l'âge, de la menstruation , de la grossesse, de la ménopause, qui la font ordinairement paraître ou lui donnent une forme distincte et mieux dessinée.
2" La semence morbide ou le germe que reçoivent les 2° L'hérédUé
r , , A. 1 . V ' c A j donne le germe
enlants, est un être de raison, que 1 on suppose lormé de morbide, toute pièce, au moment de la procréation, et qui reste à î'état latent, sans qu'aucun caractère extérieur puisse en faire soupçonner l'exisience, jusqu'au moment de l'éclosion pathologique. La monomanie alcoolique, la manie, toutes les névroses , et même les maladies organiques , comme le tubercule, le cancer, ne laissent pas deviner, pendant longtemps, la présence du germe héréditaire, semblcble en ce point seulement au germe de la maladie innée.
3° La transmission de la maladie, avec sa forme ordi- 3<>Eiie naire et ses caractères les plus tranchées, se voit dans ^ ^lîaTemTme. l'idiotie, le goitre et le crétinisme, la surdi-mutité, le rachitisme , la scrofule , la phthisie pulmonaire , la syphilis, etc.
842 CAUSES SOMATiQUES.
Quatre espèces Action des générateurs. Il faut distinguer quatre espèces
d'hérédité : m ' / t w
d hérédité.
4° Hérédiié 1° Hérèdilé directe. Le père ou la uière ont fourni le 'lirecte. gemie de la maladie. L'action prépondérante de l'un des générateurs est des plus manifestes, dans un grand nombre de maladies ; mais des opinions très- différentes ont été émises à ce sujet. Les uns admettent que tous les deux ont le môme pouvoir de transmission ; d'autres le considèrent connue plus fort chez la femme, se fondant sur l'influence que doit recevoir le fœtus, pendant la vie intra-utérine. La folie est plus fréquemment donnée par la mère dans la proportion d'un tiers, surtout aux fdles. A quelles lois (Baillarger.) La phthisie est-elle plus souvent transmise est-elle soumise? parle père '! Les névroses, la folie viendraient-elles plutôt de la mère? les cachexies, la goutte, le rhumatisme, l'épilepsie, du père ? En un mot, les maladies communes aux deux sexes, mais plus fréquentes chez l'homme, sont-elles plus souvent transmises et, avec plus de force, aux mâles, par le père , tandis que les maladies prédominantes chez la femme viennent, elles, plus souvent, et avec plus de force, de la mère? (Lucas.) Voilà autant de questions auxquelles il est difficile de répondre. Faisons remarque: que les maladies des organes génitaux proviennent surtout de l'un ou de l'autre générateur, suivant le sexe du sujet atteint de la maladie héréditaire. Cependant il n'y a rien encore d'absolu à cet égard (1). Propagation Les maladies contractées \)a,v les parents, à une époque par herédiio yarlable de leur existence, sont héréditaires, mais seule-
des maladies '
acquises, ment pour les enfants nés depuis le développement de la
(1) Consultez sur ce sujet le livre de M. Lucas, le plus complet et le plus consciencieux qu'on possède : Traité philosophique et yhysiolo- (jique de l'hérédité 7iaturelle, etc., 2 yo\, in-8°, Paris, 1847.
IIEKEDITÉ.
maladie. Les maladies acquises se transmettent aussi bien que les maladies innées. Combien de malheureux enfants devenus syphilitiques, tuberculeux, sous l'empire de cette hérédité accidentelle et tardive donnée par leurs parents !
L'influence héréditaire se manifeste souvent à une époque où l'on ne peut encore soupçonner, chez les générateurs, l'existence du vice héréditaire. Tous les jours, la phthisie fait périr trois ou quatre enfants, et le générateur ne succombe que longtemps après avoir vu mourir toute sa progéniture. Il peut môme survivre ou mourir avant qu'on ait pu acquérir la certitude que c'était lui qui transmettait les semences morbides.
2° V hérédité indirecte est celle qui provient des collatéraux. Elle est niée par les uns, affirmée par les autres. Un grand nombre de faits incontestable prouvent que les mariages consanguins abâtardissent les familles, produisent toutes sortes de dégénérescences, la difformité du squelette, l'idiotie, la démence, le crétinisme, la surdimutité, la scrofule ; mais la reproduction héréditah^e d'une même maladie n'est pas aussi bien démontrée.
3' Hérédiiê en retour. Elle prend ce nom lorsque la maladie tire sa source des ascendants du père et de la mère, et qu'elle saute une et même deux générations. Cette influence, interrompue ou intermittente du vice héréditaire, se remarque dans les mêmes maladies que celles qui sont produites par l'hérédité directe, et sont aussi incontestables qu'elles.
h° Quant à Vhérêdilé d'influence, elle ne saurait être admise en pathogénie. Elle suppose que le produit reçoit quelque chose du conjoint antérieur, dans le cas de double paternité.
Hérédité indirecte.
Consanguinité.
Hérédité en retour.
Hérédité d'influence.
Manifcslation
et nature des maladies hérédilairus.
Maladies chroniques dialhésiques.
Névroses.
Maladies organiques.
Nature des maladies propagées par voie d'hérédité. Quelles sont les maladies qui peuvent avoir cette origine ? Peuvent-elles toutes se transmettre par cette voie? 1° Il faut d'abord mettre en tête, de toutes les autres, les maladies diathésiques soit innées, soit acquises, comme le cancer, le tubercule, la scrofule, la goutte, le rhumatisme, la syphilis, le rachitisme, certaines maladies herpétiques, la gravelle, la surdi-mutité, le goitre et le crétinisme ^ le doute n'est pas permis au sujet de ce premier ordre de maladie, non plus que du suivant.
2° Toutes les névroses, sans exception, celles de l'intelligence, du sentiment, du mouvement, peuvent être héréditaires (folie, idiotie, névralgie, épilepsie, chorée, hystérie, convulsions, etc., etc.").
3° Il en est de même d'un certain nombre de maladies organiques dont voici la liste : les maladies du cœur et des gros vaisseaux (hypertrophie et anévrisrae) ; les altérations du sang, comme la pléthore, la chlorose, la disposition hémorrhagique (hémorrhaphylie) , l'affection cancéreuse de l'utérus et des ovaires, les maladies de la vessie (calculs, catarrhe, hypertrophie de la prostate) , les lésions des voies de sécrétion et d'excrétion bihaire (calculs, cholécystite, cirrhose), les maladies des yeux, le diabète, l'albuminurie, etc. Ces affections sont soumises à l'influence héréditaire d'une façon incontestable, quoiqu'à un moindre degré que celles des deux premiers groupes. Maladies aiguës(?) Lcs maladies héréditaires précédentes sont toutes chroniques. S'en trouve-t-il également parmi elles qui affectent une marche aiguë? Quelques auteurs disent que le croup, la diphthérite, la pneumonie, la pleurésie, l'encéphalite, l'hémorrhagie cérébrale, la méningite, etc. , peuvent être soumises à la loi de l'hérédité. Il est im-
HÉRÉDITÉ. 8i5
possible de prouver que telle est l'origine de ces maladies ; elles se montrent si fréquemment, chez l'homme, en dehors de toute influence héréditaire, qu'on ne peut rien en conclure lorsqu'on les retrouve chez les enfants et les pères. On a peine à croire que des maladies aiguës acquises, accidentelles, produites par des causes cosmiques, puissent se transmettre ainsi, par un germe morbide. On voit que les maladies héréditaires n'ont entre elles aucune affinité pathologique : les unes sont des affections générales avec lésion de texture (cancer, scrofule, etc.); les autres, des maladies locales avec lésion de texture (hypertrophie du cœur, colique hépathique, cirrhose)^ d'autres des maladies nerveuses, et, ce qui est bien digne de la méditation despathologistes, celles-ci sont héréditaires, au plus haut degré. Les maladies qui subissent avec elle cette loi fatale sont les diathèses, la cancéreuse, la tuberculeuse e la scrofuleuse surtout.
L'époque de l' apparition première des maladies transmises est, en général, sujette à varier. Cependant elles se manifestent plus spécialement, à des moments déterminés de l'évolution de l'organisme, qui correspondent à peu près aux époques où il est habituel de les observer, lorsqu'elles sont soustraites à l'influence héréditaire. Avant la puberté, éclatent le rachitisme, la scrofule, le crétinisme , l'idiotie, lachorée et les convulsions. La chlorose, l'hystérie, les névroses gastro-intestinales, coïncident avec le déveloi^peraent des fonctions génératrices; on voit paraître un peu plus tard laphthisie; enfin les affections cancéreuses, goutteuses, celles de la vessie et du cerveau, coïncident, en quelques sorte, avec la date chronologique de ces mêmes maladies, lorsqu'elles sont innées ou acquises. Le cancer est extrêmement rare avant
846 CAUSES SOMATIOUKS.
\ iugt-cinqans, la goutte avant trente. Il n'est pas commun non plus devoir les maladies héréditaires se montrer après leur époque ordinaire ; aussi la phtliisie ne se manifeste guère, pour la première fois après cinquante ans, ni chez le vieillard. Il y a donc pour les maladies héréditaires des dates fatales, en quelque sorte, de sinistres anniversaires, marqués par le développement des maladies, et, passé lesquels, le sujet à l'espoir d'échapper à leurs coups. Comme il y a deux facteurs qui interviennent dans la génération des inaladies héréditaires, d'une part, les parents représentés par le germe morbifique, d'autre part, le support de ce germe, c'est-à-dire l'individu menacé ; il en résulte que si le premier facteur a été fortement neutralisé ou combattu par le second, la maladie n'éclatera pas. On le sait si bien, dans le monde, qu'on entend des sujets se féliciter d'avoir franchi le terme fatal, ou se désespérer, aux approches d'une année où un et plusieurs de leurs ascendants ont trouvé la mort.
De la transforma- Une qiicstion bien grave, parce qu'elle touche au fonlion des espèces (jg^ient mêmcs de la pathogénie et aux lois qui président
nosologiques i <j x j.
par vice à la formation des espèces nosologiques, est celle de la dhercdiié. métamorphose des maladies transmises par voie d'hérédité. Indiquons d'abord clairement les termes de la question. Un des parents atteint de scrofule, l'autre générateur étant sain, transmet à l'enfant une phthisie pulmonaire ; un autre syphilitique, donne la scrofule. Il y a plus, si les deux générateurs sont malades, il résulte du mélange des semences morbides, des espèces pathologiques qui ne resssembleront plus à celles des parents. « De là, suivant M. Lucas, tout un essain de complications et d'hybridations pathologiques, qui sont de nature à
iiKiU'DrrÉ. 847
tromper l'œil le plus exercé sur le caractère et l'origine réelle de l'afiection transmise » (Lucas.) Arrêtons-nous sur ces faits; mais avant de les discuter, cherchons s'ils sont vrais.
Les productions hybrides, véritables monstres de la Doctrine
.11 - » • X , 1 /• 1 j 1 , de l'iiybridalion
pathologie, n existent pas ; la scrolule n engendre pas la morbide, phthisie; nila syphilis, la scrofule. Il faudrait donc, avant tout, nous faire connaître et nous décrire les espèces nosologiques nouvelles qui proviennent de ces hybridations morbides qu'on a comparées à celles des animaux, en un mot « V essence de maladie » qui compose cette pathologie héréditaire. [\ous pourrions nous contenter de nier complètement cette influence complexe de l'hérédité; nous préférons lui opposer quelques arguments péremptoires. Les espèces nosologiques ne changent, ni dansleur nature, nidansleurs manifestations principales. Depuis qu'on connaît exactement les types morbides, on Eiie est fausse, peut dire qu'ils se sont conservés, sans altération radicale : ce qui n'aurait pas eu lieu si les croisements continuels avaient l'influence qu'on leur attribue, sur les produits morbides.
On a confondu, sous la dénomination de maladies héréditaires, celles qui ont plus ou moins d'analogie entre elles par leur origine et leur nature. Lesaliénistes qui ont écrit le plus récemment sur ce sujet, disent que l'ivrognerie donne lieu héréditairement à l'aliénation mentale, à l'imbécillité congénitale, à l'épilepsie et à d'autres dégénérescences du même genre (1). Dans ce cas, ils opèrent une singulière confusion, en appelant héréditaires des ma-
(I) Voyez sur ce sujet le travail important de M, Morel, Traité des dé' générescences physiques, intellectuelles et morales, elc, in-8", Paris, 1857.
Influence ladies qui ne ressemblent pas à celles des parents. Or de des gSaieurs ^cux clioses l'iine : ou les névroses cérébrales sont des ensur kur produit, tités morbidcs disthictes les unes des autres, et alors il n'y a pas hérédité, puisque la maladie du fils n'est pas semblable à celle des générateurs ; ou elles sont identiques, etalors on ne doit pas être surpris qu'elles se transmettent réellement par voie héréditaire. On objectera sans doute que c'est précisément parce que la maladie a été transformée sous l'empire de l'hérédité qu'elle n'est plus semblable à celle d'où elle est sortie ; mais alors le caractère précis des transmissions héréditaires est effacé, pour un certain nombre de maladies, pour les névroses, pour les désordres psychiques, si complexes, si variables, si éphémères, tandis qu'il reste immuable pour les maladies, à lésions matérielles et à symptômes constants, comme la phthisie pulmonaire, la scrofule, le cancer, la goutte, etc. Elle est dislincic Oùs'arrêtera-t-on sil'on pousse l'héréditéaussiloinîD'une de rhérédiié. autrc part, de quelle manière envisager le suicide, la dip-
Manière de la , . , . ,
comprendre, somanic, 1 idiotic, Ics couvulsions épileptiqucs qu on observe chez les enfants issus d'un ivrogne? L'influence morbide paternelle nous parait être des plus manifestes dans cette circonstance; mais au lieu de l'appeler Yhcrê' dité, nous la considérons comme une influence paternelle nocive et générale, qui s'exerce sur le produit de la conception. C'est encore ce qui arrive lorsqu'un père affaibli par la syphilis, par la cachexie saturnine, par la phthisie, un cancer de l'estomac, donne le jour à un enfant chétif, scrofuleux, rachitiqueou tuberculeux. On n'ira pas considérer ces dernières aflections comme héréditaires, et cependant l'intervention morbifique d'un des générateurs est incontestable.
On sait que les enfants nés d'un vieilkrd et d'une