ANTAGONISME
pas moins pour détruire ; et cela est de toute justice : car, sans cette loi, l'équilibre nécessaire entre la vie et la mort serait rompu et la multiplication des espèces entravée, sinon arrêtée complètement. Nous ne connaissons pas une seule maladie qui ne puisse se trouver associée à une ou plusieurs autres.
Les diathèses n'échappent pas à cette loi générale. La Les dialhèsos cancéreuse et la tuberculeuse se développent simultané- coexistent
^ souvent.
ment chez les mêmes sujets ; il en est de même de la scrofuleuse et de la tuberculeuse. Elles peuvent l'une et l'autre coexister avec la racliitique. Enfin il n'est pas rare de trouver chez un même malade la goutte et le rhumatisme. Nous sommes encore à nous demander comment il se fait que des hommes, consommés dans leur art, confondent ensemble ces deux affections diathésiques si différentes l'une de l'autre.
On doit donner le nom ô.' anlagonisme morbide à l'action neutralisante et contraire que deux maladies exercen t l'une sur l'autre et qui est de telle nature que l'une préserve de l'autre. Tel serait, par exemple, l'antagonisme vrai ou faux qu'on a dit exister entre le cancer et le tubercule ou la phthisie et les fièvres intermittentes. On a donné à ce mot un sens plus étendu et abusif lorsqu'on s'en est servi pour désigner les influences pathogéniques des saisons et des climats, les immunités acquises par le fait même d'une maladie antérieure contagieuse ou non , ou qu'on ne contracte qu'une seule fois, enfin les prédominances anatomiques et physiologiques, etc. (1) Le développement d'une diathèse dont les produits morbides
(1) Voyez sur ce sujet la dissertation fort complète de M. Fuster : Des antagonismes morbides; Concours powr une chaire de médecine, }fontpellicr, ms.
CAUSES SOMATIQURS.
sont déjà disséminés dans tout l'organisme et parvenus h une période avancée, n'empêche pas les progrès d'une autre diathèse. Quelquefois même il est la cause des premiers accidents de la seconde maladie, qui marche alors avec une rapidité extrême.
De quelques On a chcrché à utiliser, dans la thérapeutique, l'antagoauires maladies iiign^e morbidc. Les cxpériences qu'on a faites ontmalheu-
qu'on a cru , i i t •
propres reusement démontré, qu'il n'est pas une seule maladie qui à se neutraliser, empêche le développement d'une autre ou qui la guérisse.
Il n'existe qu'une seule exception à cette règle. La vaccine em[)êche la variole, et peut aussi la neutraliser ou en diminuer l'intensité, lorsqu'on a recours, de bonne heure, à l'inoculation vaccinale, dès que la variole commence à paraître.
Maladies Daus CCS derniers temps, on a fait de nombreux essais virulentes p^^^j. savoir si la vaccine n'exclurait pas la coqueluche;
ou spécifiques, ^ i i '
si l'empoisonnement par le virus de la vipère ou de la syphilis n'arrêterait pas le développement de la rage; si la convulsion causée par l'électricité ne mettrait pas fin à la convulsion du tétanos; si l'action contraire du curaren'amènerait pas le relâchement du tissu musculaire, si \iolemment convulsé dans cette maladie; si la syphilis ne préserverait pas du choléra,' etc. Jusqu'à présent, l'antagonisme curatif tant désiré et tant cherché est encore Eiiesnes'exciuont à trouver. Il y a plus, les maladies virulentes n'ont pas d'une manière privilège de préserver l'organisme d'une attaque ultéabsoiue. rieure de la même maladie. Tout le monde sait combien sont fréquentes les varioles après la vaccination ou lorsqu'elles ont été contractées, une première fois. Quoiqu'on ait dit le contraire, on peut gagner plusieurs fois la syphilis , la pustule maligne. Les maladies contagieuses , comme la rougeole, la scarlatine, la peste et la fièvre
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jaune, se développent, il est vrai, très-rarement plus d'nne Ibis, chez le même individu.
Enfin, une maladie virulente actuelle, comme la syphilis , ne neutralise pas davantage un état morbide , soit local, soit général. ]Ne voit-on pas tous les jours un syphilitique être pris de rhumatisme , de goutte , de scrofule , et réciproquement ces maladies, déjà développées sur un sujet , continuer à parcourir leurs difl'érentes phases en même temps que celles de la syphilis s'accomplissent % de leur côté? De là résultent des maladies complexes dont les symptômes combinés en différentes proportions, ont fait croire à des transmutations pathologiques qui n'existent pas.
Voici maintenant quelques autres maladies entre les- Antagonisme
entre la phthisie
quelles on a cru trouver un antagonisme. En admet- eiianèvre tant que , dans les pays marécageux où les fièvres inter- lyp^^"^^^^» mittentes sont endémiques, et dont les habitants sont et l'intoxicaiioa décimés par ces graves maladies , la phthisie pulmonaire derautr^.^ soit plus rare qu'ailleurs, en supposant vraies les statistiques, à l'aide desquelles on a voulu établir ce fait , il resterait à démontrer qu'il ne tient pas à la mortalité excessive causée par les maladies paludéennes (1).
. D'ailleurs, les contrées à fièvre sont, en raison de leui' distribution géographique, moins exposées que les autres à la phthisie. 11 en est de la pathologie comme de la flore et de la zoologie : chaque région a ses maladies comme elle a ses plantes et ses espèces d'animaux. Il ne s'ensuit pas que les maladies ne puissent pas s'acclimater. Nous voyons malheureusement, tous les jours, la
(1) Ce point intéressant d'étiologie a été longuement examiné clans le Compendium de médecine, article Phihhie •pulmonaire, p. 533.
CAUSES SOMAÏIQUES.
Inluxicalion plonibique et plithisie.
Dia thèse de stimulus et de
preuve du contraire. Ce que nous venons de dire s'applique également à l'antagonisme pathologique entre la fièvre typhoïde et les fièvres des marais.
Il semit à désirer qu'on parvînt, en opposant les maladies les unes aux autres, à en faire disparaître quelques-unes , ou du moins à en diminuer la fréquence et la gravité. Les tentatives que l'on a faites jusqu'à ce jour n'ont pas réussi. Dernièrement encore on annonçait que l'intoxication saturnine légère ou grave enrayait la marche de la phthisie pulmonaire, et qu'il suffisait de la provoquer artificiellement pour guérir cette dernière maladie. Nous avons à peine besoin de dire que les faits observés tous les jours dans les hôpitaux ont immédiatement prouvé la fausseté de cette assertion.
L'étude clinique nous présente, réunis sur le même sujet, des états morbides de nature opposée. Des écoles de contic-siimuius. médecine célèbres avaient réduit à deux diathèses (sthénique et asthénique) les dispositions générales de l'organisme qui président au développement des maladies. Il a fallu des faits, en grand nombre, pour arriver à établir qu'une maladie marquée par la diminution ou la perte complète des forces, n'empêche pas une phlegmasie, une hémorrhagie ou une congestion active de se produire. Combien de malades, épuisés par une suppuration viscérale ou tombés dans une anémie profonde, meurent par l'effet d'une maladie aiguë, phlegmasique ou d'une autre nature !
Quelques auteurs considèrent la névrosthénie comme antagoniste de l'état inflammatoire. Il faut reconnaître que les phlegmasies sont beaucoup plus rares chez les nevrosthéniques que chez les autres; mais cependant elles s'y manifestent souvent. L'anémie et les ca-
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chexies consécutives à une lésion locale, ou à une diathèse, n'empêchent pas le développement ultérieur de toute autre maladie. La pneumonie, l'érysipèle, la méningite terminent souvent l'existence des sujets atteints de phthisie avancée, de cirrhose, de fièvre typhoïde. En un mot, les maladies d'une dialhèse n'excluent pas celles â:iwe autre dialhèse, et il a été, jusqu'à ce jour, impossible de former des groupes nosologiques composés de maladies qui s'excluent l'une l'autre.
La maladie engendre la maladie, telle est la loi géné- La raie qui prédomine en étiologie. Il est rare qu'une alTec- '"''la^^maïadie"'^'^*^ tion, quelque limitée, quelque locale qu'elle soit, reste circonscrite dans son siège primitif, pour peu qu'elle dure un certain temps. Elle constitue toujours une forte prédisposition à la maladie, ou bien elle est la cause occasionnelle de la première manifestation d'une afiéction latente, ou d'une diathèse qui était sur le point de se déclarer.
1° Une fois ces faits irréfragables bien établis, nous rap- Aiuagonisme pellerons que les seuls antagonismes pathologiques qui ZlTyrsT^"^ puissent être acceptés sont ceux qui dépendent, 1° de la au tempérament, prédominance organico-dynamique des appareils, aux différents âges de la vie, des tempéraments, des idiosyncrasies , des sexes et des races. Nous nous sommes trop étendu sur ce sujet pour avoir besoin d'y revenir. D'ailleurs, ces prédominances ne sont que des prédispositions à la maladie ; elles créent ainsi, par cela même , des obstacles au développement de certaines maladies dans les autres systèmes et appareils.
Pendant l'adolescence et la jeunesse, les maladies dénotent la richesse du sang et l'activité des organes d'hématose. Plus tard, on remarque la suprématie des appareils digestifsetdelaveine-porteabdominale et hépatique ;
aux races.
d'une cause cosmique.
plus tard encore, La faiblesse tles organes d'hématose, la gêne de la circulation, de celle du cerveau en particulier (apoplexie, congestion, etc.).
Antagonisme 2° Une secoude cause d'antagonisme se trouve dans causé par une l' existence d'une maladie locale grave, et surtout dans
a(Teclion ^ ^
prédominante; uuc de CCS affectlons générales qui se saisissent de l'organisme, avec une telle violence, qu'elles ne laissent plus de place, en quelque sorte, à une autre maladie. On conçoit qu'une maladie cancéreuse, qu'une phthisie aiguë, que le choléra ou toute autre maladie épidémique, empêche l'apparition d'une complication intercurrente, par rintensiié ^° Enfin l'action pathogénique d'une saison, d'un climat, d'une épidémie temporaire, ou fixe, ou saisonnière, constitue un antagonisme de causalité, mais non de maladie ; et c'est à tort que quelques auteurs ont confondu deux choses aussi différentes. En effet, si pendant une saison, une épidémie, il est rare qu'une autre affection se développe, c'est à l'intensité de la cause cosmique qu'il faut l'attribuer, et à ce que tous les sujets prédisposés contractent la maladie régnante de préférence à toute autre. Rien dans ce fait ne constitue un antagonisme morbide; il n'y faut voir qu'un effet de la prédisposition.
Action salutaire Nous terminerons en signalant l'antagonisme non douexercéc ^g^^^ qui peut exister entre deux maladies actuelles.
par quelques ,
maladies. Qu uu sujet soit atteint d'une aftection herpétique, d'un ulcère, d'une leucorrhée ou d'une otorrhée, s'il survient chez lui une pneumonie, une phthisie, une aliénation mentale, on doit respecter la maladie existante, car si elle a été impuissante pour empêcher le développement de l'autre maladie, elle exercera du moins sur elle une révulsion salutaire, et pourra en diminuer l'intensité, sinon
contribuer, avec le traitement, à sa guérison. On croyait anciennement qu'il ne fallait pas guérir les maladies de cette espèce; cette croyance a conduit des médecins à regarder comme salutaires les liémorrlioïdes, les fistules, les plaies, les dartres, la sueur des pieds et les suppurations anciennes obtenues à l'aide des vésicatoires et des cautères. Sans adopter ces préjugés, qui ne reposent sur aucun fait probant, néanmoins il faut en tenir compte, en les réduisant à leur juste valeur.