RÊVES
DES RÊYES.
Laissant de côté toute la partie physiologique du sujet nos rêves, pour ne nous occuper que de ce qui a trait à la pathologie, nous sommes d'abord obligé d'avouer qu'on ne possède que des notions fort incertaines sur la séméiologie des rêves. On ne connaît même pas les rapports probables entre le rêve d'une part, le siège et la nature de la maladie de l'autre. Tout est à faire, et le médecin qui, laissant de côté la psychologie, s'attacherait à noter chez les sujets atteints de maladies aiguës et chroniques, les diverses sensations qu'ils éprouvent durant leur sommeil, rendrait un véritable service à la séméiologie. Bornonsnous à présenter les faits principaux.
Le rêve est une sensation subjective, une perception Le rôve csi imo délirante créée par le dormeur, une véritable hallucination , puisque la cause de la sensation n'existe pas ; mais cette hallucination se dissipe avec le sommeil et par le retour à la raison qui en fait promptement justice. Tels sont, par exemple, les rêves dans lesquels nous voyons très-distinctement des êtres fantastiques, des personnes ou des objets connus ou inconnus. La plus grande partie des rêves prend sa source dans une perception délirante.
Une seconde espèce de rêve doit être rapportée à Vil- ou line illusion, lusioriy c'est encore une sensation délirante, mais il y a une cause réelle à cette sensation. Tantôt cette cause est dans le monde extérieur , comme cela arrive au moment de nous endormir : nous sommes fortement occupés d'un travail, d'une idée exclusive d'un bruit, ou saisis d'une forte passion-, et alors nous retrouvons, en rêve, cette III. 6
même sensation plus ou moins aiïaiblie, confuse, agrandie démesurément, ou enfin pervertie. L'hallucination hypnagogique dont nous avons parlé ailleurs (voyez //a/lucinciiion) est un rêve de ce genre. C'est un souvenir qiii s' effectue pendant le sommeil et qui est tout à fait comparable aux opérations de la mémoire pendant la veille. La mémoire n'est donc pas abolie pendant les rêves puisque c'est elle qui en fournit les matériaux.
Tantôt le rêve ou l'illusion du dormeur a sa source dans une impression qu'il reçoit actuellement, comme lorsque les voix qu'il entend lui semblent être des chants délicieux, des chœurs aériens, ou lorsqu'il les transforme en bruit de cloches, de fanfares; dans ce cas la sensation est objective, mais quelquefois elle est subjective. Tel est par exemple le cas de ces femmes chloro-anémiques, qui perçoivent dans leur sommeil des bruits, de la musique, des sons harmonieux causés dit-on par le bruit de soulTle chloro-anémique ; explication qui nous paraît un peu forcée. Tels sont surtout les rêves ou plutôt les illusions pénibles qu'éprouvent les malades atteints d'une violente douleur dans un membre, de paralysie ou d'une affection du cœur, etc. Ils croient que leur membre est coupé, changé en marbre (Galien) ou paralysé ; qu'une pierre les écrase, qu'un animal leur déchire la poitrine, etc.
Ainsi, en résumé, l'hallucination et l'illusion externe ou interne, c'est à-dire, objective ou subjective, sont les deux formes principales auxquelles on peut rattacher tous les rêves pathologiques et peut-être toute la psychologie des rêves. (Voyez plus loin Sensation morbide.) cauchemar. Le cauchemar est un rêve (hallucination ou illusion) pénible, variable par la nature des sensations qu'éprouve le malade , et qid, a pour pr^^içipal caractère un senti-
REVES. $g
ment de suffocation, l'impossibilité de se dérober par la fuite à la vision fantastique et pénible, et de faire entendre des cris. Ordinairement les images que la perception délirante procrée, appartiennent à des êtres humains difformes et d'une taille démesurée, à des monstres, à des animaux de forme bizarre, à des oiseaux, des assassins, des voleurs, qui pèsent sur la poitrine et le ventre , et Unissent par produire une anxiété très- grande que le réveil vient fort heureusement diminuer ou faire cesser. Le malade à demi-éveillé, pousse des cris et des gémissements, laisse couler des larmes, se trouve inondé de sueur et éprouve des palpitations, de la fatigue et un brisement général qui se prolongent encore pendant quelques heures. Si le sommeil revient, souvent le cauchemar reparaît. Le cauchemar n'est pas plus le signe distinctif d'un ordre de maladie que les rêves plus ou moins pénibles. Ce que que nous allons dire des rêves s'applique également au cauchemar.
On a dit que le cauchemar n'était autre chose que le Le cauchemar trouble des sensations, du besoin de respirer, de man- ha^iiucinatum ger, et des autres sentiments instinctifs auxquels préside sensations
° ' n r internes?
le nerf pneumogastrique (M. Jolly). Nous admettons cette manière de voir, qui est en rapport avec les faits pathologiques et qui peut fournir une explication trèsnaturelle des symptômes. Seulement nous étendons beaucoup le cercle de cette influence pathogénique. Gomme nous l'avons dit, il faut que le médecin, s'il veut obtenir quelques résultats utiles et précis de l'étude des rêves, ait sans cesse présent à l'esprit ce fait, à savoir que dans le sommeil comme dans l'état de veille, l'homme peut avoir : 1° des hallucinations dès sensations externes et des sensations internes; 2" des illusions qui portent
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également sur les sensations externes et sur les sensations internes. En d'autres termes, le malade qui rêve a, dans certains cas, une hallucination de sensation externe ou interne, c'est-à-dire une sensation sans motif, sans objet externe ou interne, une sensation sans impression. Mais dans d'autres cas son rêve est une illusion c'est-à-dire qu'il existe soit extérieurement et faisant impression sur ses sens, soit intérieurement et agissant sur les sensations de besoin, une cause morbide tantôt accidentelle et éphémère, tantôt permanente comme l'est une maladie d'un organe de la vie de relation ou de la vie de nutrition. Cette manière simple et naturelle de considérer les rêves, que nous n'avons vue indiquée dans aucun livre, peut être la source de recherches pathologiques importantes sur les rêves. Parlons de ces deux sortes de phénomènes.
Rêves 1° Des rêves portant sur les sensations externes. Il est par hallucination j.^^^g ^,^3 malades aient dans leurs rêves d'autres hal-
«les sensaliOBS , , i» i
externes, lucinations que celles de la vue, et qu ils sentent 1 odeur ou la saveur des mets, des fleurs, de gaz fétides, etc. Ces rêves dépendent souvent des névroses du sentiment et de l'intelhgence. On les observe dans l'hypocondrie, l'épilepsie, l'hystérie, les diverses espèces de folie. Hâtonsnous d'ajouter que les maladies internes, la pneumonie, la pleurésie, un exanthème, une métrite, ont pour effet presque aussi constant de provoquer la perception délirante nocturne ou le rêve. Peut-être pourrait-on, par une étude approfondie de ce symptôme, arriver à établir quelque corrélation entre le siège et la nature de la maladie Rêves d'une part, la forme et la nature du rêve, de l'autre, par hallucination 2° Des rêvBs portant sur les sensations internes. A leur
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