‹ Traité de pathologie générale (volume 2)Chapitre 25 sur 232 · SYMPTÔMES FOURNIS PAR LES ORGANES DES SENSATIONS · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES FOURNIS PAR LES ORGANES DES SENSATIONS

Nous avons déjà traité, dans la première partie de cet Divisions et ordre ouvrage (t. I, p. 380) , des troubles de la sensibilité, et nous ''^ matières, les avons envisagés à un point de vue tout à fait général ; il ne nous reste plus qu'à en faire ressortir les applications à la séméiotique. Nous serons obligé de renvoyer souvent le lecteur à ce travail, afin d'éviter les redites. (Voyez Douleur, Névralgie, Ilyperesthcsie, Anesthésie et Viscéralgie.) Présentons maintenant l'histoire générale : I. des sensations morbides en général ^ II. des sensations externes ; III. des sensations internes.

Depuis quelques années cette partie de la pathologie générale est devenue le sujet d'études cliniques persévérantes, et, grâce à l'appui qu'elle a trouvé dans les re-

Définilion (le la sensaiion.

Division des sensations.

cherches pliysiologiques qui se multij>lient chaque jour, il est permis d'espérer qu'elle offrira bientôt la même certitude que les autres parties de la séméiotique.

§ I. Des sensations morbides en général. La sensation est l'acte au moyen duquel nous prenons connaissance des propriétés de la matière et de toutes les modifications qui peuvent survenir dans le milieu ambiant et dans notre propre corps (t. ï, p. 381).

Il importerait d'avoir une division naturelle des sensations; mais il n'en existe pas qui remplissent toutes les conditions exigées par une bonne classification. Celle qui a été proposée par Gerdy a l'inconvénient de confondre ensemble les sensations physiologiques et morbides. On y voit figurer, à côté des sensations d'activité musculaire et de besoin, celles de boule hystérique, d'aura epileptica, d'analgésie, etc. (1). Malgré l'estime que nous professons pour les travaux de cet auteur, nous ne saurions adopter une pareille division.

Elle ne doit reposer que sur les considérations suivantes : 1° sur les propriétés des Corps que la sensation est appelée à nous faire connaître; 2" sur l'effet produit par l'excitant ou modificateur.

1° Divisions fondées sur les propriétés des corps et sur la des corps sensations. Les sensations ont été divisées en

ei sur la cause physiques et chimiques, suivant que la modification prô-

des sensations, j i» ., , , , . , . .

dulte par 1 excitant est physique ou chimique. Le toucher, la vision, l'audition sont des sensations d'ordre physique ; l'olfaction, la gustation, d'ordre chimique. Sans aucun doute, les corps de la nature agissent sur nous par Tune

1** Fondée sur les propriétés

(1) Physiologie philosophique des sensations et de l'intelligence, in-8», 1846.

OU l'autre de ces deux espèces de propriétés ou par toutes les deux à la fois-, les autres, comme l'étendue, l'impénétrabilité de la matière, ne nous sont connus que par le raisonnement. Mais d'autres sensations échappent à cette dichotomie trop restreinte, d'où se trouvent exclus le sentiment d'activité musculaire, les sensations de besoin et celles qui sont d'origine pathologique. Ainsi, en admettant que, par une analyse complète, on arrive à déterminer exactement la sensation au moyen de l'action spéciale de l'agent externe, il reste encore à classer les sensations qui n'ont pas leur raison d'être dans ces agents, et qui se développent sous l'empire de l'irritation toute spontanée d'un nerf ou de la maladie, comme dans la boule hystérique, le fourmillement, le frisson, et enfin dans la série si nombreuse des douleurs viscérales. On . ,

Il exisle

voit donc qu'il existe des sensations d'ordre purement des sensations

i . » . ^ T ' • 'i a- purement

dynamique, c est-a-dire provoquées par une UTitation dynamiques morbide de l'organe sensitif ou d'un nerf doilt la sensibilité est nulle à l'état physiologique. La maladie, dans ce cas, remplit le même olTice que l'agent externe dans les sensations physiologiques. Le phénomène morbide connu sous le nom d'illusion est une sensation produite de cette manière,

2° Dixnsions fondées sur le siëge de la sensûtion et sur les 2° Divisions effets produits par V agent de stimulation. On a divisé les 5^,^ cfreis sensations en externes et en internes, suivant que leur le siège

... . de la sensation.

siège réside dans les appareils sensitifs extérieurs ou dans les organes intérieurs. Cette division rentre implicitement dans la première que nous avons déjà établie. En effet, le stimulant est toujours externe ou interne. Si la science était plus avancée,on pourrait indifféremmentprendre pour base des divisions les diverses qualités des corps ou les div'ér-

ses sensations qui leur correspondent, puisque les causes et les effets seraient manifestement dans un juste rapport. Ainsi admettons, avec quelques physiologistes, qu'il y a dans l'organe de la vision autant de facultés de voir les couleurs qu'il y a de couleurs , dans l'organe du goût autant de facultés de sentir les saveurs qu'il y a de saveurs, on aurait alors une division très-naturelle des sensations physiologiques et morbides. Malheureusement on n'est pas encore fixé sur cette partie obscure de la pathologie. Toutefois, nous rappellerons ce que nous avons dit ailleurs, à savoir qu'il n'y a aucun inconvénient, en séméiotique, à multiplier le nombre des sensations morbides, parce qu'elles servent ordinairement à faire connaître les particularités essentielles de la maladie. Cette vérité pratique ne doit pas nous empêcher de reconnaître qu'il y aurait plus d'avantage à limiter le nombre des types auxquels se rattachent les variétés des sensations normales ou pathologiques. Dans quel ordre convient-il d'en exposer le tableau séméiotique?

1" Sensations Divisions adop(ëes dans ce livre. Nous croyons qu'il est normales P^'^férablc, pour ne pas préjuger les questions en litige et

et pathologiques, surtout pour ne rien omettre d'essentiel, d'étudier les sensations pathologiques d'après leur siège ou, en d'autres termes, dans chaque organe : 1° dans les organes de la sensibilité spéciale, A, la peau ; B, l'appareil de la vision ; C, de l'audition ; D, de l'olfaction ; E, de la gustation ; F, de la contraction volontaire (sens d'activité musculaire). 2» Sensations 2° Dans uue seconde classe se trouvent les sensations "^nomaTeT besoiu, telles que : 1° la sensation de la faim ; 2° de la

et pathologiques, soif; 3° du besoiu de respirer; h" de dormir; 5° de la reproduction-, 6" d'évacuer les réservoirs naturels. La maladie altère d'une façon très-remarquable chacune de ces

sensations, et si l'on peut mettre en doute la réalité de quelques-unes d'entre elles, comme espèce physiologique, il n'en est plus de même lorsqu'on les envisage comme espèce pathologique. Il y a pour les praticiens une grande utilité à les maintenir, et Gerdy a bien mérité de la science en insistant sur ce point.

3° On voit se développer, en outre, dans les tissus normalement privés de sensibilité, des sensations pathologiques, telles que les douleurs viscérales, l'aura epileptica, la boule hystérique; quant aux crampes, au frisson, au picotement, au fourmillement, ils ont leur siège dans les muscles et dans la peau; par conséquent ils doivent rentrer dans les deux premières divisions.

Toutes les sensations morbides dont nous venons de parler ne sont donc que des sensations normales perverties, parfois diminuées, plus rarement encore augmentées. Nous partageons l'opinion de Galien, qui se refusait à admettre un simple accroissement dans les phénomènes normaux lorsqu'ils deviennent pathologiques. L'hyperesthésie cutanée, la contracture ne sont pas de simples augmentations de la faculté tactile ou de la motihté. (Voyez t. I, p. 396, et t. III, des Symptômes en général, p. 13.)

Rappelons maintenant quelques principes généraux à l'aide desquels nous éviterons les redites et présenterons, d'une manière plus abrégée, les notions seméiotiques les plus essentielles.

Toute sensation morbide se rattache : 1"^ à une lésion plus ou moins visible des tissus qui en sont le siège; 2" du cordon nerveux sensoriel et de la moelle ; 3° du cerveau. On les appelle alors les symptômes de la maladie de ces organes,

Sensations de nouvelle formation.

Causes des sensation:} morbides.

Les sensations sont

symptomatiques ,

9A SYMPTOI\IES SENSITIFS.

sympathiques, Lorsqu'auciiiie de ces parties n'est lésée, la sensation moi-bide s'y montre encore sous l'empire d'mie maladie générale ou locale plus ou moins éloignée de l'organe qui est le siège de la sensation. Celle-ci prend alors le nom de phénomène morbide sympathique.

laiopaibiques. Enfin le trouble dynamique de l'organe sensoriel, exempt de toute lésion, reçoit le nom de névrose du sentiment. La sensation prédominante qui la caractérise est tout à la fois symptôme et maladie. Ainsi la douleur de la branche opiilhalmique de la cinquième paire de nerfs est signe de la névrose de ce nerf, et prend le nom de névralgie, de douleur idiopalhique lorsqu'elle n'est pas le symptôme d'une maladie des nerfs, du cerveau, ou d'une névrose telle que l'hystérie, lorsqu enfin elle n'est point le phénomène sympathique d'une maladie de l'utérus, du foie, des reins, etc. Avec ces exemples tranchés, on comprendra facilement la distinction, quelquefois cependant difficile à établir, entre le symptôme, le phénomène sympathique et le phénomène maladie ou idiopathique.

Causes «lesf s^iisatiotts» morbides. Afin d'éyiter de fâcheuses répétitions et de mieux coordonner les faits généraux qui dominent la séméiotique des sensations, jetons un coup d'œil sur la répartition des causes de ces phénomènes morbides qui sont, avons-nous dit, symptomatiques, sympathiques, idiopathiques.

Sensations

1" iSensntions luorbiiles syniptomatiqucs;. Elles symriomimques. ^^"^ ^'^^^^ ^^""^ maladie des organes des sens dont la 1" D'une maladie structure est lésée d'une manière évidente, et de la ma- '''desïenT ^^^^^^ "^^^ seusoricl, de la moelle ou du cerveau, et du système Au nombre de ces maladies figurent surtout : A, les alnerveux. térations des nerfs et de leur enveloppe, les lésions traumatiques, la compression opérée sur eux; B, h phleg-

masie des méninges rachidienue et cérébrale ; C, les maladies de la moelle et de l'encéphale ; D, toutes les névroses. On s'étonnera peut-être de nous voir mettre parmi les symptômes les troubles de la sensibilité qui appartiennent aux névroses ; cependant, à moins de tout confondre, il est impossible de considérer autrement l'anesthésie, l'hyperesthésie, la gastralgie, l'anaphrodisie, qu'on rencontre dans l'hystérie, l'hypocondrie, l'épilepsie, la chorée, etc.

2° Dans une seconde catégorie sont rangés les troubles 2' D'une maladie sensoriels symptomatiques d'une altération du sang pri- ' raitive ou consécutive : A, telles sont, pour la première, ' a. primitive, la pléthore, la chlorose et l'anémie, la diminution des quantités normales de fibrine (état scorbutique) et d'albumine (albuminurie). B, Les altérations consécutives du b. consécutive sang sont dues à des maladies locales ou générales. La fièvre typhoïde et intermittente, la dysenterie grave, le choléra, la suette, la glucosurie, l'inanition, peuvent donner naissance à une altération du sang tout aussi bien et de la môme manière qu'une maladie locale qui modifie profondément la nutrition, comme la phthisie pulmonaire, le cancer intestinal, les maladies du foie, la gastralgie et l'hypocondrie.

11 ne faut pas confondre avec les svmptômes de ces altérations du sang ceux qui sont les signes de la maladie actuelle : ainsi la céphalalgie, le vertige, sont les symptômes de la fièvre typhoïde -, au contraire, l'anesthésie, la paralysie, qu'on voit survenir à la suite de la maladie, sont les symptômes d'un autre état pathologique, d'une altération du sang, par exemple, ou d'une névrose, si l'on préfère cette hypothèse. 3» D'une maladie

3° La sensibilité est toujours troublée à dilférents de-

diathésique.

grés, dans les maladies générales telles que les fièvres essentielles (typhoïde, puerpérale, intermittente), la dysenterie, les exanthèmes; dans les états morbides diathésiques, comme la scrofule, la goutte, le rhumatisme, l'albuminurie, l'état puerpéral.

4° D'une /jo Les intoxicatious par des agents vénéneux pondéinioiicduon. ^gjg lg plomb, le mercure, l'arsenic, le sulfure

de carbone, le chloroforme, réther,les gaz asphyxiants, les narcotiques, l'alcool, l'ergot de seigle, etc., modifient la sensibilité spéciale chacune à leur manière ; de telle sorte qu'il en résulte des symptômes qui font souvent reconnaître la cause de l'empoisonnement : dans tous les cas, les sensibilités sont toujours altérées à différents degrés.

o» Des maladies 50 maladies virulentes doivent être placées au

virulentes*

nombre de celles qui donnent lieu à des troubles fréquents de la sensibilité. La syphilis, la rage, la morve, ont pour symptômes des altérations nombreuses de la sensibilité.

Ainsi, en résumé, maladies avec ou sans altération appréciable du système nerveux sensoriel, maladie du sang, affections générales, intoxication, maladies virulentes, voilà les sources habituelles des symptômes dus aux troubles de la sensibilité (1).

Sensations Sciisatious iiiorbidcs sympathicincs. Toutes les synî'paihlques : lï^aladics locales OU générales peuvent s'accompagner de A. des maladies troublesde laseusibilité. Lesmaiadies fébriles déterminent souvent des phénomènes nerveux sympathiques. L'accélération de la circulation et le changement de quantité

(1) On peut consulter sur ce sujet un travail fort bien fait de M. Landry, Recherches sur les causes et les indications curalives des maladies nerveuses^ in-S", Paris, 1855.

B. Maladies de l'ulérus.

Sensations morbides idiopalhiques ,

du sang réparti dans les capillaires paraissent être la cause des sensations morbides telles que la céphalalgie, les douleurs musculaires, le frisson, la soif, etc., qui sont si fréquentes dans les fièvres continues, rémittentes, intermittentes, exanthématiques et bilieuses. Les maladies des organes, qui ont le privilège d'exciter le plus les troubles de la sensibilité, doivent être et sont en effet celles des organes qu'unissent d'étroites sympathies avec le système nerveux. On a nommé par avance les dérangements de la menstruation, la grossesse, l'accouchement, l'état puerpéral, les maladies de l'utérus et des organes génitaux urinaires chez la femme et l'homme, les maladies de l'estomac, du foie, de la rate, plus rarement du thorax,

Sensations morbides idiopatliiques. Elles servent de mode de manifestation aux névroses des organes de la sensibilité, dont elles sont alors les symoptômes caractéristiques, souvent même univoques. Ainsi la névrose du nerf sciatique a pour symptôme la douleur qui suit un trajet limité; dans d'autres cas, la sensation morbide est toute la maladie (exemples : paracousie, myodipsie, fourmillements, gastralgie). Elle constitue momentanément une névrose qu'une observation plus attentive ou des recherches ultérieures plus heureuses permettront de retrancher du nombre des névroses et de réduire à ne plus être qu'un symptôme de maladie.

Existe-t-il une sensibUilé générale? Telle est la pre- la sensibiUié mière question que nous devons nous attacher à résoudre. Existe-i-eiie? Les physiologistes qui ont admis cette sensibihté la font consister dans la faculté de sentir le contact, le chaud, le froid, la douleur, et en placent le siège dans tous les tissus de l'organisme. Elle serait donc en quelque sorte une propriété commune comme la contractilité et l'irritaiJi. 7

bilité. En examinant de près cette opinion repoussée par Halleret Muller, on voit qu'elle ne repose sur aucune preuve positive. Il semble d'abord assez peu conforme aux lois connues de l'anatomie et de la physiologie, de placer dans la chair musculaire, le tissu cellulaire, les os, et les parenchymes, des facultés sensorielles identiques à celles qu'on retrouve à la peau, dont la texture et les fonctions sont si différentes. Quant à la douleur, nous nous expliquerons plus loin sur ce sujet ; disons seulement, par anticipation, que la douleur est un phénomène d'ordre pathologique dont les causes et les moyens de production résident partout. Faisons remarquer en outre que la nature ferait double emploi, ce qui ne lui arrive jamais, en plaçant partout des facultés sensorielles auxquelles elle a destiné et approprié seulement le tégument externe et l'orifice des membranes muqueuses.

Accepter une pareille opinion ne tendrait à rien moins qu'à faire supposer que les sensibilités spéciales peuvent aussi se développer anormalement dans des organes qui n'ont pas la contexture des sens spéciaux. Ce qui a donné lieu à cette erreur, c'est qu'on a pris pour des sensations générales des phénomènes psychiques, c'est-à-dire des idées complexes résultant de l'élaboration intellectuelle et fournies par les sensations. S'il existait une sensibilité générale, il y aurait aussi des sensations générales et, pour notre part, nous n'en connaissons pas une seule. Peut-on, en employant un langage scientifique plus sévère, dire qu'il existe une sensibililé commune ? Mais alors nous répondrons que la peau, les muscles, possèdent déjà celle qu'on a désignée ainsi. Quant à la douleur, outre qu'elle n'est point une sensation normale, elle en diffère autant que les tissus où elle prend naissance. La douleur n'est

SENSATIONS IMOHBIDES.

pas une sensation unique toujours identique à elle-même ; elle varie de nature et d'intensité suivant les organes et par conséquent les nerfs qui s'y distribuent. La douleur des reins ne ressemble pas à celle du poumon, ou de l'estomac, ou de la vessie. Il n'en est pas de même des sensations spéciales du toucher, de la vue et de l'ouie: celles-là sont toujours les mêmes.

Enfin, doter tout l'organisme d'une faculté générale autre que la sensibilité qui arrive au sensorium commune dont nous avons conscience, ce serait nous reporter à la théorie de Bichat sur la sensibilité organique non perçue, et confondre ensemble l'irritabilité, la contractilité et la sensibilité. Aussi nous rangeons-nous au sentiment de Muller, qui a combattu, avec des raisons péremptoires, l'existence de la sensibilité générale et qui refuse de reconnaître des sensations fondamentales communes à tous les tissus. La pathologie ne nous offre non plus aucun fait en faveur de cette hypothèse.

La douleur est-elle ufle sensation spéciale analogue à celle de contact? Il est d'autant plus nécessaire de s'expliquer sur ce sujet qu'on a fait, suivant nous, une fâcheuse confusion entre la douleur et les sensations physiologiques. En effet, ii'est-il pas étrange de voir placer sur la même ligne, au nombre des sensations spéciales de la peau, des sensations physiologiques telles que celles de contact, de température, et une sensation morbide, la douleur. Y a-t-on bien réfléchi ? Faire de la douleur une sensation normale propre cà la peau, c'est supposer qu'il y existe un organe, ou tout au moins un nerf de la douleur, un filet nerveux affecté à cette sensation spéciale, et comme la douleur peut se développer partout, dans les tissus les plus différents par leur

La douleur doit-elle èlre considérée comme une sensation à part.

iOO SYMPTOMES SENSITIFS.

Structure et leurs fonctions, il s'ensuit qu'il faudrait alors y admettre un organe et une sensation de la douleur qui serait, à l'état latent, pendant la santé et ne se manifesterait que pendant la maladie. Dans tous les cas, elle ne serait plus une sensation normale, mais une sensation pathologique. Or personne ne sera tenté d'admettre une pareille supposition qui renverserait les notions ordinaires de la physiologie. Rappelons d'ailleurs ce principe irrécusable, à savoir, qu'un symptôme ne peut être que le résultat de l'augmentation, de la diminution, de la perversion d'un phénomène, d'un acte ou d'une fonction; par conséquent, la douleur n'est pas autre chose que la sensation normale existante, perçue ou non perçue. Si c'est à la peau qu'elle se développe, on observe les sensations de brûlure, de déchirure, d'élancement; si c'est dans les muscles, des crampes, des fourmillements; à l'estomac les modifications pathologiques connues sous le nom de boulimie, de gastralgie. Dans les organes dont la sensibiUté est obscure, non perçue, la douleur se manifeste sous l'empire de la maladie ; on voit alors les parties les plus insensibles devenir la source de sensations douloureuses qui ne sont encore que l'exaltation de la sensibilité normale et la mise en jeu de la perception. Toutes les sensations de besoin sont dans ce cas. Les douleurs qui naissent dans l'utérus, le foie, les plèvres, le poumon, ne peuvent être attribuées qu'à une lésion capable de produire sur le système nerveux viscéral une impression inusitée, et d'agir sur la perceptivité.

En résumé, nous refusons à tous les titres d'admettre une sensation générale qui serait celle de douleur ; elle n'existe pas plus à la peau que dans les autres tissus. Cette sensation est une augmentation avec perversion des

sensibilités normales sous l'influence des irritants ; quand elle se manifeste dans des organes qui en sont habituellement privés, comme dans les viscères, c'est ou parce qu'une impression anormale s'y est produite, ou parce que la perceptivité étant exaltée, nous avons conscience des sensations qui ne sont pas ordinairement perçues. Nous reviendrons sur ces divers points en parlant des sensations de besoin.

Enfin nous adresserons une objection qui nous semble péremptoire à ceux qui font de la douleur une sensation physiologique à part. Ils n'hésitent pas à croire qu'il existe autant d'espèces de nerfs que de sensibilités spéciales. Il y en a donc pour la douleur de la peau, des muscles, du poumon, du foie : or, si le fait est vrai, ces nerfs existeraient à l'état physiologique dans les tissus les plus insensibles ; car dès l'instant où une maladie vient à les frapper, cette douleur se développe. Singulière hypothèse que celle qui consiste à admettre un organe sans fonction, ou plutôt un organe qui n'a qu'une fonction pathologique et temporaire à remplir, et qui, fort heureusement pour l'espèce humaine, est à l'état latent ou en puissance pendant une grande portion de la vie. Pourquoi donc ne pas croire que la sensibilité pathologique d'un viscère, obscure et non perçue pas le sensorium, mais souvent assez forte pour mettre enjeu, à notre insu, les sympathies les plus vives, les plus durables, et parfois mortelles, peut dans d'autres cas s'exalter, s'altérer, d'où résulte une sensation dans les nerfs splanchnique, rachidien ou encéphalique qui se distribuent aux parties malades? Il n'est pas nécessaire de recourir à une sensibilité générale ; celle qui est propre au tissu s' exalte' et se pervertit; de là les sensations douloureuses, c'est-à-

SYiMPimiES SENSfTlFS.

Des illusions*

Faits physiologiques.

Faits pathologiques.

dire l'impression et la perception de ce qui a lieu dans la profondeur de nos tissus, même les plus insensibles. Nous montrerons d'ailleurs, en pénétrant dans l'étude de chaque sensation morbide, que la séméiotique n'a pas retiré de ces distinctions tout ce qu'on s'en promettait.

Illusions. Nous rangerons, parmi les hyperesthésies des sens avec perversion de la sensibilité, les illusions singulières qui se développent sous l'influence de la maladie des appareils sensitifs et même des cordons nerveux sensoriels. L'illusion est une sensation qui a sa raison d'être dans le milieu ambiant ; il y a impression produite, mais erreur de jugement, tandis que dans l'hallucination l'agent qui met en jeu la sensibilité n'existe pas ; le cerveau fait tous les frais de la sensation fantastique ; dans l'illusion, c'est le sens et son appareil nerveux.

Parmi les faits qui se rapportent à l'illusion physiologique, nous en citerons quelques-uns qui sont connus de tout le monde. Notre œil aperçoit une brisure dans le point où un bâton plonge dans l'eau ; il croit rond l'édifice qui est carré ; il s'imagine qu'une table, qu'un chapeau immobiles tournent réellement, que la boule promenée sous deux doigts croisés est double, etc.

Les faits de l'ordre pathologique ne sont pas moins marqués. Après l'ablation d'un membre, lemalade éprouve encore les douleurs rhumatismales ou d'autre nature qu'il ressentait autrefois ; ce qu'on explique par l'irritation du bout central des nerfs formé encore de toutes les fibrilles nerveuses qui se distribuaient aux parties actuellement absentes. Un coup porté sur le nerf cubital à son passage sur le cubitus donne lieu à une sensation douloureuse qu'on rapporte à l'extrémité du petit doigt. Lorsqu'on presse le globe oculaire, des anneaux étincelants, des

SENSATIONS MORBIDES CUTANÉES. i03

phosphènes se font apercevoir dans l'œil. Il en est de même dans les maladies de la rétine. Les maladies de l'œil, de l'oreille, des sens, de l'odorat, font naître diverses espèces d'illusion. Nous verrons que les bourdonnements d'oreille, le tintouin, les odeurs fétides, marécageuses, annoncent souvent l'existence d'otite, d'otalgie, d'un coryza, d'une ulcération nasale, etc. Le frisson et la sensation de froid sont des illusions du sens tactile. On remarquera que dans tous les exemples que nous venons de citer, il n'existe pas d'agent externe, pas de stimulation ; par conséquent, le caractère essentiel assigné par les auteurs à l'illusion fait défaut ; mais le stimulus est remplacé par une cause morbide qui affecte les extrémités nerveuses sensorielles. C'est le contraire dans l'hallucination; l'organe de perceptivité est seul mis enjeu. L'illusion est un phénomène sensoriel objectif, quand il est produit par un excitant étranger ; phénomène sensoriel subjectif, lorsque ce même excitant est en nous comme dans les faits pathologiques que nous avons cités précédemment ; cette distinction est de la plus grande importance en pathologie. En effet, un organe dépourvu de sensations objectives peut en avoir de subjectives ; l'individu qui est atteint d'un coryza est privé d'odorat, et cependant il a souvent la sensation d'odeurs acides, sulfureuses ou fétides. L'aveugle, en pressant sur son œil, provoque des sensations lumineuses, etc. (Voyez Hallucinations et rêves, p. 57 et 84).

g IL Des sensations morbides spéciales. — Des «en- Des sensations satious morbides externes ou fournies par la lacules morbides peau. A. Sensations morbides fournies par la peau. Nous ne trouvons aucun inconvénient, en séméiotique, à multiplier le nombre des sensations morbides, à la condition toutefois

qu'elles seront bien déterminées, qu'elles correspondront à des actes pathologiques distincts, et qu'on ne les regardera point comme autant de sensations particulières. M. Longet a résumé avec force les objections péremptoires à l'aide desquelles on peut repousser les distinctions qu'on a tenté d'établir entre les sensations de tact, de température, de douleur et d'activité musculaire (1). Que pour la clarté plus grande des descriptions, on isole les phénomènes morbides fournis par la sensation, rien de mieux; mais il faut prendre garde aussi d'enseigner au praticien à dissocier les symptômes, surtout lorsqu'ils ne peuvent pas servir à caractériser une maladie ou un acte pathologique. Or on verra plus loin que la séméiotique n'a absolument rien retiré de tout ce travail de "morcellement, de dissémination. Nous ne partageons pas l'espèce d'engouement qui s'est emparé de quelques esprits, et qui les pousse à décrire péniblement et sans résultat des sensations de chatouillement, de vibration, des analgésies, etc. Ils font perdre de vue l'objet principal de la séméiotique, qui n'est pas seulement de séparer les phénomènes morbides, mais aussi de les grouper de manière à en tirer des caractères généraux bien autrement utiles, au lit des malades, et en pathologie générale, que toutes les distinctions éphémères qui surchargent la mémoire et ne donnent aucun aliment à l'esprit. Nous voyons avec peine un grand nombre de médecins s'engager dans cette voie. Ils y sont poussés par le désir immodéré de décrire minutieusement ce que leurs prédécesseurs ont signalé, à grands traits, et surtout de se distinguer par une description

(I) Longet, Trailéde physiologie, 1. 1, p. 158, 2« édit., 1860.

lOB

plus patiente. Cette direction, utile clans les sciences physiques, ne doit pas leur faire perdre de vue les études synthétiques et les faits généraux.

Diviaions. La sensibilité tactile excitée par les agents Divisions externes fait reconnaître, avec le concours de l'intelli-

' des troubles

gence, la configuration des corps, leur résistance, leur de la sensibilité température. La peau possède donc la faculté de sentir le contact, le chatouillement, la vibration et la température des corps. Nous décrirons les sensations morbides sous les titres, 1" d' hypereslhcsie avec perversion de la sensation tactile ; 2° à'anesthésie ou de diminution de cette même sensation. La première comprendra l'étude des différentes espèces d'hyperesthésie et de douleur, qui n'est pour nous que la perversion d'une sensibilité normale perçue ou non perçue, ou le développement d'une sensation douloureuse dans des tissus qui en sont normalement dépourvus. Nous avons consacré à l'étude générale de ces sensations morbides d'assez longs développements (t. I, p. 396) ; il ne nous reste plus qu'à les examiner comme symptômes et comme signes.

Si l'on veut acquérir des notions certaines sur les sensations cutanées dans l'état morbide, il faut s'environner de précautions nombreuses, car il est facile de tomber dans des erreurs de plusieurs genres. Les malades n'ont pas toujours l'intelligence assez développée pour que leur récit mérite une entière confiance; souvent ils se trompent ou trompent l'observateur, sans le vouloir, par inattention ou par amour-propre ; plus souvent encore la ruse, l'intérêt et d'autres passions interviennent et doivent mettre en garde le médecin contre les faits curieux et étranges dont il est témoin. Il suffit de citer les fraudes bien connues des hystériques pour montrer combien il

Causes nombreuses d'erreurs.

A. Hypéresihésie.

im SYMFfOMES SENSORIELS.

faut apporter de circonspection dans l'étude des sensations morbides. Lors même que les malades sont de bonne foi il est indispensable encore de répéter, un grand nombre de fois, la même expérience, en cachant soigneusement à leurs yeux les diverses manœuvres auxquelles on est forcé de recourir pour bien constater les altérations de la sensibilité tactile.

Hypéresihésie 1° Perversion dc la sensation de eontaet. — Hyei perversion pcpç,gt|,ésîe €le la pean. Les sensations morbides qui se

de la sensibilile r r- i

laciiie. passent à la peau sont de différente nature, et doivent être, distinguées les unes des autres. Tantôt le contact des corps les plus doux comme les vêtements est senti trèsvivement; la sensibilité est alors exaltée et en même temps pervertie, car le toucher ne donne plus qu'une notion inexacte des qualités des corps extérieurs. Tantôt l'hyperesthésie est constituée par une douleur réelle; c'est une dermatalgie.

Sensations II faut ranger parmi les perversions des sensations efou*rminement ^^^tiles celles qui sout marquées : l°par une sensation de de douleur, froid, de chalcur ou de brûlure à la peau -, 2° par un sentiment de prurit, de reptation, de fourmillement, d'élancement^ 3° par une douleur localisée, comme dans la névralgie de la peau. On remarquera que ces diverses sensations n'ont pas leur raison d'être dans des corps extérieurs qui seraient venus s'appliquer sur le tégument. Elles se développent sans excitation externe, sans impression; elles constituent donc de véritables illusions du sens tactile, et appartiennent sensations subjectives. Cette importante distinction n'est point faite dans les traités de séméiotique qui comprennent, sous le nom d'hyperesthésie les phénomènes les plus disparates, et à la production desquels l'accroissement de sensibilité ne prend

qu'une part fort contestable. La physiologie et la pathologie nous apprennent comment elles se produisent. On sait qu'un excitant quelconque, l'électricité, la piqûre, par exemple, dirigé sur un nerf de sensibilité spéciale, y détermine une ou plusieurs des sensations spéciales qui lui sont propres : celle de rayons lumineux dans l'œil, de bruit dans l'oreille, de saveur dans la bouche , d'odeur dans les fosses nasales. Remplacez cet excitant par une maladie qui porte sur les nerfs, et vous aurez le même phénomène. D'autres fois c'est dans l'organe de la perceptivité, le cerveau ou la protubérance qu'est le point de départ de la sensation pathologique qui est alors cérébrale. L'hallucination pathologique remplace l'illusion.

Les troubles de la sensibihté cutanée sont généraux : Aiiération ce qui est rare ; ou partiels : dans ce dernier cas, limités à générale

^ ^ i ou parlielle

une moitié du corps ou du tronc, à un membre, à une de la sensibiiiié portion très-circonscrite de la peau ou de la membrane c"'a"ee. muqueuse qui revêt les ouvertures naturelles. Cette localisation de la sensation morbide est d'une grande valeur en séméiotique parce qu'elle permet de diagnostiquer la maladie d'un nerf, de la moelle épinière ou du cerveau.

Nous devons au sujet de la localisation des sensations Lois morbides de la peau, rappeler quelques lois générales de physiologiques

111 , 1 \ n> 1 '1"' président

physiologie sur lesquelles on est généralement d accord localisations, et dont la connaissance est indispensable, en séméiologie. 1° Pour que la sensibilité reste intacte, il faut l'intégrité des cordons postérieurs de la moelle épinière et de leurs prolongements à travers la protubérance, jusque dans le cervelet et le cerveau. 2" Il faut de plus l'intégrité de l'axe de substance grise intra-médullaire qui joue aussi le rôle de conducteur des impressions. 3° On va même aujourd'hui jusqu'à croire que la fonction des cordons pos-

térieurs de la moelle ne s'accomplit parfaitement qu'à la condition que les faisceaux antérieurs ne sont pas lésés. h" L'influence directe de la moelle sur les organes de sensibilité est un fait qui avait été généralement accepté jusque dans ces derniers temps. On croyait que les phénomènes pathologiques ont toujours leur siège du même côté que le faisceau lésé de la moelle ou que la maladie des nerfs rachidiens, tandis qu'ils sont croisés pour les nerfs cérébraux. Cependant voici que des recherches récentes, et d'une grande précision, conduisent à établir que la transmission des sensations peut-être croisée, quoique les études histologiques faites sur les cordons postérieurs de la moelle indiquent le non-entre-croisement dans la commissure postérieure (RoUiker, Jacubowitsch, Owsjannikow, Longet). 5° Rappelons enfin que les sensations morbides de la peau sont plus tardives et plus rares que les troubles de lamotilité, quand ceux-ci existent et qu'elles annoncent presque toujours une lésion moins grave.

L'hypéresiiiésie A. Hyperesthésie générale. Elle réside dans le tissu de la ^"il''sfg*nr' P^^^ ^^^^ trajet des nerfs ; elle doit être regardes névroses déc commo uuc pervcrsiou de la sensation de contact. Elle du ^sjTièmt"^^ n'est générale que dans les maladies qui frappent tout le nerveux. systèmc norvoux, le cerveau, la moelle, etc., comme "^'^''*'* dans l'hystérie, l'hypocondrie, la manie aiguë, dans quelques cas de méningite cérébro-spinale, d'encéphalite dilïuse, dans la rage. L'âge critique est la cause fréquente d'une névropathie dont l' hyperesthésie générale est un des symptômes les plus ordinaires (t. I , p. û20). Quelques poisons tels que l'opium, l'alcool, le haschisch, développent une sensibilité exquise sur tout le tégument externe.

La peau privée en grande partie de son épitliélium comme dans la scarlatine ou après de longues et graves maladies, acquiert une sensibilité telle que la moindre impression y est douloureuse. Dans ce cas la contexture de l'organe est momentanément altérée.

Sans être universelle, cette sensation morbide peut se disséminer sur un grand nombre de points, les occuper successivement, offrir dans sa durée, son intensité, des variations qui doivent faire songer immédiatement à une des névroses précédentes, ou à la chlorose, au rhumatisme, à la goutte plus rarement à une intoxication spécifique dont il sera parlé plus loin.

B. Vhjjpereslhésie partielle, beaucoup plus fréquente n. PanitUe. que la première, se distingue de la névralgie en ce qu'elle ne suit pas le trajet des nerfs (t. I, p. Zi22). Elle est limitée au tronc, au cou, à une moitié du corps, à un membre, quelquefois à une portion de la peau d'un à deux centimètres carrés. Ce trouble, circonscrit à une petite surface, indique ordinairement les mêmes névroses que l'hyperesthésie générale (hystérie principalement). Cependant il faut s'en défier : il peut se lier à une lésion commençante de la moelle ou du cerveau. Lorsqu'il se locahse, il acquiert plus de valeur séméiotique; limité aux deux membres inférieurs ou à un seul et persistant sans diminution notable, il fait craindre l'existence d'une méningite rachidienne ou d'une méningo-myélite. Il serait téméraire, malgré les notions physiologiques que nous possédons aujourd'hui, d'afïirmer que cette inflammation porte exclusivement sur les cordons sensitifs de la moelle, même en l'absence de toute espèce de trouble de la motilité. Au début du ramollissement inflammatoire de la moelle, la peau devient quelquefois d'une sensibilité

no

Dermalalgie; son siège ;

son caractère;

elle est accompagnée d'aneslliésie

extrême, dans quelque région du ventre, de la poitrine ou des membres. Des congestions de nature différente s'annoncent de la même manière. Dans la forme chronique on voit ces hyperesthésies s'accroître ou diminuer suivant l'intensité de la congestion.

La paralysie partielle du sens tactile caractérise l'hystérie. Elle se reconnaît à ce que ses limites sont mal tranchées, à contours sinueux. Elle occupe souvent le tronc seul, et coïncide avec des anesthésies situées dans d'autres points.

Dans les affections du cerveau et de la moelle, l'hyperesthésie se manifeste dans un membre ou dans les deux à la fois; quelquefois cependant elle est circonscrite. Sous l'empire d'un honteux libertinage, la peau peut acquérir une sensibilité anormale excessive dans des régions qui en sont habituellement dépourvues, comme à l'ombilic et à l'anus.

Dermalalgie. La simple pression du doigt suffit pour déterminer dans la peau une sensation de piqûre, de brûlure, ; la main ou les pieds semblent aux malades dénudés, écorchés; le contact du sol ou des draps leur est très-pénible. Ladouleur cutanée se trouve plus souvent au tronc qu'aux membres, et, dans l'hystérie, sur lavulve et le bassin ; ce qui, loin de faire désirer aux malades les relations sexuelles, les leur font redouter. Les maladies de l'utérus produisent souvent la même sensibilité pathologique. Nous l'avons observée sur la membrane muqueuse linguale sans aucune maladie appréciable : il en résultait presque l'impossibilité démanger et de parler.

La douleur de la peau est une sensation complexe qui s'accompagne d'élancement, de fourmillement et d'engourdissement, qui diminue beaucoup la faculté de

SENSATIONS MORBIDES CUTANÉES. iM

sentir, et détermine souvent l'anesthésie. Aussi rangeons-nous la dermatalgie dans les perversions de la sensibilité normale, et non dans les liyperesthésies simples. La piqûre, l'électricité, le frottement rude produisent dans la peau ainsi altérée une sensation moins pénible que si elle était saine. Il y a donc de l'analgésie et de l'anesthésie. Souvent, dans le même point où la peau sent, obscurément et comme à travers une gaze, le contact, la pression des corps, la douleur électrique ou la piqûre sont à peine sentis, et cependant il existe une hyperesthésie vive dans les mêmes points. D'ailleurs ces distinctions n'ont aucune utilité pour le diagnostic. On retrouve les mêmes troubles de la sensibilité dans les névroses et dans le cours des maladies du cerveau et de la moelle. C'est ce que nous avons pu constater, de la façon la plus distincte, sur nous-même dans une dermatalgie rhumatismale qui affectait l'avant-bras droit. La douleur spontanée était bien autrement vive et difficile à supporter que la douleur provoquée par la piqûre , l'électricité ou les frictions les plus dures. Nous défions les plus habiles et les plus subtiles observateurs de sortir de toutes les distinctions qu'ils ont prétendu établir lorsqu'ils trouvent à la fois sur une peau excessivement douloureuse l'anesthésie, l'analgésie, le fourmillement, le sentiment de brûlure.

La dermatalgie, chez les hystériques, n'est pas aussi dans riiysiéne, commune qu'on pourrait le croire (1). Cette douleur est '''i^'^'^aïadir* aussi le signe du rhumatisme cutané et de l'intoxication piombiques. saturnine.

(I) M. Briquet ne l'a observée que quarante-quatre fois sur quatre cent trente hystériques (un neuvième). Voyez l'excellent travail de cet auteur qui nous a souvent servi : Traité clinique et thérapeutique de l'hystérie, p. 206, in-8°, Paris, 1869.

sensaiion SensûUon de chaleur et de froid. Nous rangeons parmi ei de chah-ur. sensations cutanées morbides celle qui nous fait croire que la peau éprouve un froid réel, tandis qu'il n'en est rien. Les expériences tliermométriques prouvent surabondamment qu'au moment où cette sensation a lieu la température dépasse la limite physiologique (+ 37 cent.) . . Cette sensation de froid est donc fausse, illusoire. Dépendelle du nerf du sentiment, dont la section abaisse réellement la température des parties correspondantes, tandis que la sensation de chaleur tiendrait au filet du grand sympathique, dont la section amène, au contraire, un accroissement de chaleur? S'il y a doute à cet égard (1), le fait du trouble de la sensation n'en est pas moins trèsmarqué dans un gi and nombre de maladies : A, dans les fièvres intermittentes, pendant le stade de frisson; B, au début d'un grand nombre de fièvres continues, d'inflammations et dans les névroses, surtout l'hystérie et l'hypocondrie, dans la chlorose, dans les maladies qui gênent la circulation centrale ou périphérique, principalement dans l'artérite, la gangrène et les maladies du cœur, etc. Dans le rhumatisme musculaire, la peau paraît au malade froide et glacée en plusieurs points; quelquefois cette sensation est en rapport avec un refroidissement réel; mais plus ordinairement elle est fausse.

La sensation de chaleur se manifeste à peu près dans les mêmes conditions pathologiques. Elle est souvent en harmonie avec les actes réels qui se passent à la peau, où il y a augmentation réelle de température, comme dans l'érysipèle, l'éry thème, la variole, la rougeole, l'acro-

(1) Cl. Bernard, leçons sur la physiologie et la pathologie du système nerveux, t. II, p. 'idO, in-8°, Paris, 1858.

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