ANESTHÉSIE CUTA^JÉE. ILS
souvent être perçu par le malade, tandis que le contact ne l'est plus. Nous ne pouvons résister au désir de citer le passage suivant, emprunté à M. Briquet : <( Chez un malade il y aura de l'analgésie pendant que le tact existera à un certain degré: chez un autre, ce sera le contraire ; chez un troisième les températures seront mal appréciées; mais quelque variété qu'il y ait, il existe toujours comme lésion fondamentale une diminution notable dans le tact (1). Si les sensations de température, de contact semblent disparaître quelquefois plus pj-omptement que celles de douleur, c'est parce qu'elles ne sont que des manières d'être plus délicates et plus fugaces de la sensation tactile. Quoi qu'il en soit , il est hors de doute que la première faculté lésée est cette dernière, et que l'analgésie ne saurait exister sans un certain degré d'anesthésie. Maintenant que l'on puisse exciter la sensation avec la piqûre, le chatouillement, l'électricité, le sinapisme, les corps froids, ce n'est pas une raison suffisante pour en faire autant de sensibilités spéciales. On n'a pas établi, que nous sachions, dans le sens du goût, des facultés sapides diflérentes pour les acides, les alcaUns, les amers ; ni dans l'œil , des facultés différentes pour la forme, la saillie et les différentes couleurs, etc. ; dans l'oreille , pour le son et le timbre ; et cependant quoi de plus différent que ces qualités physiques diverses des corps ou de l'éther (2) ?
On n'a retiré iusqu'à présent, de cette minutieuse ana- «causes
*' ^ ' nombreuses
lyse des sensations tactiles, aucun signe important pour a-erreur, le diagnostic ou le pronostic. Pour être sûr que leur
(1) Traité de Vhystérie, déjà cité, p. 283.
(2) Voyez sur ce sujet Longet, Traité de physiologie, p. irjS, in-8% Paris, 1860.
Précautions dont il Taut s'i'ntourer.
Siège de l'aneslhésie
altération existe bien chez les malades, il est nécessaire de varier les expériences , de les recommencer un grand nombre de fois, d'examiner séparément les effets du toucher, de la pression, de la piqûre, du pincement, de la cautérisation avec le fer rouge, des courants électriques intermittents, et surtout de soustraire soigneusement aux yeux du malade, couverts d'un voile épais, les expériences diverses qu'on institue sur la sensibilité. Si l'on se rappelle que les hystériques et les névropathiques de tout genre ont été le sujet très-habituel des recherches faites sur l'anesthésie, on ne sera pas étonné de nous voir adresser des recommandations si pressantes aux observateurs, afin qu'ils puissent échapper à la supercherie et à l'erreur qui les attendent au milieu de leurs investigations.
La peau anesthésiée ne sent pas ou sent mal les irritants, les vésicants, les rubéfiants qui y produisent cependant leurs effets ordinaires (rougeur, chair de poule). L'électricité communiquée avec les pinceau n'éveille pas davantage la sensibilité : quand on fait cette expérience, il ne faut pas que le courant parvienne aux muscles sous-jacents. Les membranes muqueuses anesthésiées perdent la faculté de sentir leurs stimulants normaux : le clitoris, la vulve, le vagin sont insensibles, quoiqu'ils soient encore capables d'entrer en érection. La circulation capillaire est moins active dans la peau : on la trouve ordinairement plus pâle, plus froide, privée en quelque sorte de vie, surtout si le mal dure depuis longtemps.
Le siège de l'anesthésie présente de curieuses particularités. On l'observe parfois sur toute la peau, mais plus fréquemment sur toute une moitié du corps ; cette hemianesthésie se remarque au visage, au tronc et aux membres
a'nesthésie cutané lî. in
supérieurs et inférieurs du même côté; elle s'arrête quelquefois exactement à la ligne médiane, comme nous en avons encore un exemple sous les yeux; ou la dépasse et s'étend ultérieurement de l'autre côté. Les anesthésies partielles occupent tantôt une moitié de la face, de la poitrine ou du ventre, tantôt les membres supérieurs ou inférieurs, ou les deux inférieurs seulement. Parmi les anesthésies localisées dans un très-petit espace, nous devons citer celles que présentent un ou plusieurs doigts du pied, de la main, une partie souvent très-restreinte du tronc ou de l'abdomen , la conjonctive oculaire et palpébrale, la paupière, les grandes et petites lèvres, la vulve, le vagin, le gland, et l'anus.
Les anesthésies offrent des caractères variables suivant caractères
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les maladiesdont elles sont les symptômes; voici ce qu on jes ancsiiiùsics. peut dire de plus général à leur sujet. Elles ne sont en rapport ni avec le trajet des nerfs ni avec les branches vasculaires; elles tiennent à l'altération fonctionnelle des nerfs cutanés. Elles se manifestent à la périphérie du corps , à son centre ; sont toujours plus intenses dans les régions qu'elles ont d'abord envahies, et plus marquées à la partie externe qu'à la partie interne des membres; enfin plus fréquentes dans les membres inférieurs que supérieurs. L'anesthésie peut se compliquer d'hyperesthésie, de convulsions ou de paralysies des muscles sous-jacents à la peaa.
Il faut remarquer que la perte du sentiment apporte un trouble parfois considérable dans l'accomplissement des mouvements , surtout lorsque l'anesthésie porte sur les pieds ou sur un organe de préhension comme la main. Lorsque celle-ci ne sent plus le contact du corps, elle devient très-maladroite, ne peut plus saisir des objets
'I i8 SYMPTOMES SENSOlUELS.
délicats, à moins que la vue ne la dirige. Il est vrai que souvent la paralysie du sens d'activité musculaire vient s'ajouter à celle du sentiment.
Anesihésie Lancsthèsie générale persistante, chronique et apyrésympTôme : tiquc appartient exclusivement à l'hystérie ou à quelques-
A. des maladies yj^gg (jg névroses qui aboHssent l'intelligence; dans duceneau. (dernier cas, elle se présente sous forme d'accès, comme dans la catalepsie, l'extase, l'hypnotisme , le somnambulisme naturel ou provoqué, l'hystérie, l'épilepsie. L'existence de l'anesthésie cutanée chez les hystériques, les somnambules, les hypnotisés, est un fait de haute importance qui explique un grand nombre de phénomènes dus à l'insensibilité cutanée avec lesquels les charlatans ont toujours spéculé. Cette insensibilité est portée à un haut degré dans l'aliénation mentale. Les pauvres fous restent indifférents aux variations les plus extrêmes de température ; les lypémaniaques se déchirent la peau , se font des blessures cruelles , sans ressentir de douleur. Dans toutes ces maladies, c'est la perceptivité qui est abolie par suite de l'altération des facultés intellectuelles. Il en est de même dans le délire des ivrognes et d'autres formes de délire.
L'anesthésie est très-rare dans l'hémorrhagie cérébrale, à moins que la protubérance ou la moelle allongée n'aient été, en grande partie, divisées ou détruites par le coup de sang, ou bien que le malade ne soit tombé dans un état comateux, quelle qu'en soit la cause (hémorrhagie intra- cérébrale , méningée, ramollissement, méningite simple ou par tubercule, etc.).
c, des altérations Après ies maladies du cerveau, nous ne trouvons plus ^d^saur^ que les altérations du sang qui puissent abolir la sensibilité tactile sur toute la surface cutanée. Les praticiens
lie.
ANESTHÉSrE CUTANÉE. ilçj
connaissent l'insensibilité due à l'éther, au chloroforme, à l'aldéhyde, à la liqueur des Hollandais, à l'acide cyanhydrique, à la benzine, à l'acide carbonique au sulfure de carbone. Rappelons enfin que l'anesthésie cutanée générale se rencontre dans l'intoxication par le plomb, l'arsenic, l'alcool, l'opium et le liaschich.
Lorsque le sang ne peut plus dégager son acide car- c, de rasphy bonique au contact de l'air ou qu'il reçoit une quantité insuflisante d'oxygène, l'asphyxie ne tarde pas à déterminer graduellement , ou très-vite , une anesthésie générale incomplète ou complète. C'est ce qui a lieu dans la période asphyxique du croup, chez les sujets qu'on opère; dans l'angine gutturale grave, l'emphysème à marche aiguë , les pneumonies étendues et arrivées au troisième degré , les maladies du cœur et des gros vaisseaux , et la forme asphyxique du choléra-morbus. La physiologie nous apprend que l'intégrité de la circulation capillaire est indispensable pour que la sensation s'exerce avec son intensité normale. Une autre cause non moins puissante qui intervient également pour produire l'anesthésie est le trouble de la circulation cérébrale et la stase d'un sang altéré dans la substance nerveuse; d'où résultent l'altération de la perceptivité qu'on trouve dans tant de maladies du cerveau.
L'anesthésie locale , complète ou incomplète , avec Anesihesie ou sans lésion de la motilité, est un signe fréquent -i» des névroses. De toutes les affections nerveuses, l'hys- que d'une:
A névrose *
térie est celle qui s'accompagne le plus fréquemment 'hysiérie. * d'une anesthésie partielle complète ou incomplète, consécutive à une ou plusieurs attaques, et persistant dans leur intervalle. Pour donner une juste idée de sa fréquence extrême, nous rappellerons que M. Briquet, sur
quatre cents sujets hystériques, en a trouvé deux cent quarante atteints d'anesthésie d'un ou de plusieurs organes ; sur ce nombre la peau était toujours anesthésiée en quelques points, à différents degrés (ouvr. cité, p. 278). Il faut donc, chaque fois qu'on a lieu de soupçonner l'existence de cette névrose ou qu'on est en doute sur la nature d'une maladie nerveuse, rechercher avec soin l'état de la sensibilité sur le tégument externe et les ouvertures naturelles.
n. de la folie. Lcs mêmcs anesthésies partielles se retrouvent dans la lypémanie, la monomanie religieuse, les manies, la nosomanie, chez les extatiques et tous les individus qu'une forte passion, une émotion morale, des travaux incessants de l'esprit jettent dans un état névropathique passager ou permanent. S'il est incontestable qu'on doit voir dans les malheureux qui étaient torturés jadis sous le prétexte de sorcellerie et de commerce avec le diable, des lypémaniaques, des fous de tout genre, des hypocondriaques et surtout des hystériques, chez lesquels l'anesthésie cutanée passait pour une preuve évidente de sortilège, il n'en est pas moins vrai que la cruauté et le fanatisme religieux frappaient des hommes sains plus encore que des malades.
c. des maladies Plusicurs affectious aiguës et chroniques du cerveau
cérébrales. , i i .
S annoncent par des anesthésies hmitées : de ce nombre sont l'encéphalite partielle, le ramollissement chronique, l'hémorrhagie interstitielle, la paralysie générale avec ou sans aliénation de l'esprit, la pellagre. L'anesthésie seule n'a aucune valeur séméiotique dans ces maladies ; mais elle en acquiert réunie à d'autres symptômes auxquels elle succède ou qu'elle remplace. Elle est limitée à un côté du visage, à un bras, à une jambe, et associée