III
au contraire les objets colorés tandis qu'ils ne le sont pas, ou bien perdent l'idée du rapport des objets entre eux. Ce symptôme, si curieux pour les physiologistes, ne présente en séméiologie qu'un médiocre intérêt. Les causes débilitantes, telles que la saignée répétée, l'anémie, l'inanition et les autres causes d'amaurose, déterminent également l'acromatopsie.
Hénoèraioric. L'héméralopic et la nyctalopie sont les deux dernières formes de l'asthénie oculaire qu'il nous reste à signaler. Dans l'héméralopic (r^i^iipa, jour, et o-l-.ç, vision), la vision est conservée pendant le jour, diminuée ou abolie depuis le coucher du soleil jusqu'au lendemain matin. Dans la nyctalopie (de vuxxaXoç, de nuit, et S'i^iç, vision) , la faculté de voir est abolie pendant le jour et conservée pendant la nuit. En d'autres termes, on peut se représenter ces deux maladies comme une amaurose intermittente, à accès nocturne dans l'héméralopic, à accès diurne dans la nyctalopie. La première est le signe d'un appauvrissement du sang , du scorbut et surtout de l'intoxication paludéenne. Nous l'avons observée dans le cours d'une violente cholérine. Véritable névrose de la rétine, elle peut, comme toutes les autres, se manifester à la suite de maladies locales qui ont fortement réagi sur le système nerveux (gastralgie, hypocondrie, nosomanie).
Douleurs Douleurs de l'œil. Elles ont des sièges très-différents derœii. peuvent résider dans les diverses parties constituantes de l'organe; dans la sclérotique où le rhumatisme vient se fixer et produire des douleurs sourdes qui peuvent en imposer pour une affection très-grave ; dans les névralgies frontales et nasales; elles occupent alors la paupière, la peau du front, le globe oculaire ; elles dépendent d'une affection cancéreuse de l'œil ou d'une tumeur intra ou
extra-orbitaire qui a pénétré dans sa cavité ; enfin dans certaine céphalalgie, la douleur paraît avoir son point de départ dans la rétine ou les nerfs ciliaires.
Expression des yeux. En analysant de près la valeur Kïpression des signes fournis par l'expression de l'œil, on voit qu'elle des jeui. résulte d'un ensemble de phénomènes tels que la couleur, l'éclat de la cornée, les sécrétions muqueuse et lacrymale, les mouvements du globe oculaire. Bien que ces diverses conditions morbides ne doivent pas être négligées et que le praticien y trouve de précieux enseignements, on doit dire qu'aujourd'hui elles ont perdu une grande partie de leur importance , parce que nous avons pour diagnostiquer des signes bien autrement certains. (Voyez Troubles de la motUité.)
III. {Symptômes fonrnis par le tronlile de la sensation audidire. L'étude des symptômes fournis par les altérations de l'ouïe est trop négligée par les médecins, qui rejettent à tort sur les spécialistes le soin d'examiner les fonctions auditives. Elles doivent être attentivement surveillées dans le cours des maladies locales et générales. Il faut employer, pour recueillir les symptômes, tous les procédés opératoires qui sont usités, la percussion, l'auscultation, l'examen direct avec le spéculum auri. Nous ne parlerons que des troubles sensoriels qui se rattachent à des maladies locales et générales. Ils consistent dans l'hypercousie , la paracousie et l'anesthésie,
1" ffypercotisie. L'augmentation de la sensibilité au- nypercousie, ditive est marquée par une finesse d'ouïe excessive qui rend insupportables au malade les bruits les plus légers et les plus lointains, comme dans la névropathie, l'hystérie, l'hypocondrie, la névralgie de la cinquième paire,
la céphalalgie , les inflammations aiguës du cerveau et des méninges, la manie, etc. Souvent le malade n'a plus conscience de son état , mais si un bruit vient à frapper son oreille, il tressaille et entre en convulsion , comme dans la rage.
oiaigie. 2" Volalgie (de ouç, oreille, et ûcXyo!;, douleur), ou douleur d'oreille, offre différents degrés : quelquefois sourde et gravative, dans d'autres cas lancinante et arrachant des cris aux malades. Elle a pour caractère de présenter des exacerbations le soir et la nuit, à la façon des névralgies. Outie l'otite interne et externe, l'otorrhée et les maladies des cellules mastoïdiennes, les. maladies qui donnent lieu à ce symptôme sont : A, les affections catarrhales (grippe, bronchite, parotides, angine gutturale coryza) ; B, les maladies rhumatoïdes et le rhumatisme de la membrane interne de l'oreille ; G, les exanthèmes ; D, les fièvres continues et surtout la typhoïde, la gastrique simple et bilieuse ; E, les fièvres intermittentes. Cette dernière otalgie revêt une forme franchement périodique et cède au quinquina, paracousie 3° Paracottsie (de Trapaxouîtv, entendre mal) . Ce trouble ^^°"d'o?eîit^*"^° ^^°^P^'^^^^ les phénomènes morbides connus sous les noms de bourdonnements, tintement d'oreille. Ces sensations sont de véritables hallucinations du sens auditif, puisqu'elles n'ont pas leur raison d'être dans le milieu ambiant. Les bruits varient de ton , de timbre et d'intensité à l'infini, absolument comme les bruits réels ; on peut les rapporter à deux types principaux, les uns à ton grave, les autres à ton aigu. Au premier se rattachent les bruits de soufflet, de soupape, de murmure, de courant d'eau , de bourdonnement d'insecte , etc. ; au second, les bruits de sifflet, de cloche, de scie, de dé-
tonations d'armes à feu. Ils sont doubles ou bornés à une seule oreille ; continus, et alors tellement pénibles pour le malade qu'ils lui rendent la vie odieuse et le portent à s'en délivrer par tous les moyens possibles ; intermittents, réguliers ou irréguliers dans leur mode d'apparition. Ces brnits gênent toujours l'audition à différents degrés, et finissent parfois par être remplacés par la surdité.
La cause morbide dont la paracousie est le symptôme Maïadiosdonteiie réside : 1" dans l'oreille interne ou moyenne et dans les '® «ympiômc os; 2° dans le nerf auditif; 3° dans le cerveau. En d'autres termes, il faut chercher la maladie dans l'organe chargé de recueillir l'impression , dans le cordon nerveux conducteur, enfin dans l'organe de perception luimême.
1° Organe sensoriel. Toutes les maladies qui enflam- Maladies ment et altèrent à différents degrés l'oreille interne et '''^ ''''pp:';«"
sensilif;
moyenne et les parties osseuses, comme la carie, la nécrose, produisent le bourdonnement. Le rhumatisme, la syphilis, la goutte, en se fixant sur les tissus, tels que les muscles, les ligaments, les os, s'accompagnent d'une paracousie souvent très-opiniâtre.
2° Nerfs. L'action des causes morbifîques en se portant Jes nerfs sur le nevrilème et le tissu propre du nerf y détermine aussi la paralysie du sentiment.
3° Encéphale. Parmi toutes les maladies qui altèrent le du cerveau, plus sûrement l'intégrité de l'audition, celles de l encéphale doivent être placées en première ligne ; de ce nombre sont l'hyperémie, l'hémorrhagie et l'encéphalite locale ou périphérique ; viennent ensuite la phlegmasie, la congestion des méninges, les produits morbides organisés intra- crâniens, etc. La valeur de ce symptôme est
i50 SYMPTOMES SENSORIELS.
assez grande pour qu'on puisse, en étudiant sa marche, son intensité, ses fréquents retours, reconnaître l'existence des altérations encéphaliques, symplomique Toutes les uévroses, presque sans exception, produisent de ranémie. différents degrés la paracousie (hystérie, hypocondrie, épilepsie). Elle suit ordinairement les attaques d'hystérie et d' épilepsie, et figure parmi les phénomènes prodromiques de cette dernière affection. Au nombre des paracousies symptomatiques figurent encore celles qui sont si communes chez les convalescents, les chlorotiques et surtout chez les anémiques , lorsque ces malades restent debout ou se livrent à quelque exercice fatigant. L'anémie du cerveau, ainsi que sa congestion, ont pour symptôme ces bruits pathologiques. On ne sera pas étonné de voir les mêmes accidents paraître dans deux conditions morbides si opposées, si l'on réfléchit que la stimulation opérée par un sang trop riche ou par un sang trop pauvre aboutit au même résultat. Ces symptômes sévissent avec une grande persistance chez les femmes parvenues à l'âge critique, et chez celles qui ont longtemps souffert de névralgie, de migraine, etc. Telle est môme son intensité et sa durée dans quelques cas qu'on est porté à craindre l'existence d'une maladie grave. 11 cesse souvent tout à coup pour ne plus reparaître, sympiomaiique La paracousie symptomatique a été observée au début des fièvres. (|gs fièvrcs essentielles et dans les accès de fièvre intermittente, dans le typhus, la fièvre typhoïde, bilieuse, et dans les fièvres symptomatiques. Il semble que l'accélération du cours du sang et la fréquence des congestions sanguines pendant l'état fébrile rendent un compte suffisant du bourdonnement d'oreille dans ces maladies. Les obstacles situés sur un des orifices du cœur ou dans les
gros vaisseaux, la dyspnée, l'effort, les affections de poitrine, etc. , qui apportent quelques troubles à la circulation cardiaco-pulmonaire, sont snivis du même effet.
Est-ce en gênant la circulation cérébrale que l'action sympaih'qu réflexe détermine le bourdonnement d'oreille dans les maladies locales telles que la pneumonie, la pleurésie, les maladies de l'utérus, l'érysipèle? Il est permis de le supposer. Ce symptôme n'est pas rare dans les maladies entièrement apyrétiques.
On a aussi observé une espèce de paracousie toute différente de la première ; elle consiste dans la discordance des sons écoutés avec les deux oreilles. Elle cesse quand on ne se sert plus que d'une seule ; elle est congénitale et ressemble à V acromatopsie ; ses applications cliniques sont nulles. Dans l'ouië double on entend deux bruits ; l'un plus aigu , l'autre plus bas.
li" Asthénie de Vaiidilion. La surdité incomplète ou com- surdiié, plète, quand elle n'est pas une névrose idiopathique, se rattache, comme phénomène symptomatique : 1° à une altération de l'oreille interne ou moyenne ; nous n'avons pas à nous en occuper ; 2* à une maladie du système nerveux central (apoplexie, ramollissement cérébral) ; 3° à une névrose telle que l'hystérie, l'épilepsie, la folie; A° à une altération spécifique du sang (surdité saturnine, mercuriellc); 5" à une fièvre, comme on le voit dans la fièvre typhoïde, dont la surdité est un signe séméiotique presque constant; 6" à l'influence si fréquente et si opiniâtre du rhumatisme et de la goutte.
La surdité scnile vient graduellement et se distingue aisément de toutes les autres espèces.
IV. Symptômes fournis par Icii» troubles de l'o!factiou. Le nerf olfactif préside à la sensation des odeurs,
mais l'intégrité de la branche de la cinquième paire de nerfs qui se distribue à la membrane pituitaire est aussi nécessaire pour l'accomplissement régulier de l'olfaction.
L'exaltation de la sensibilité olfactive se montrant dans les mêmes maladies que Thypercousie, nous n'y reviendrons pas.
La diminution ou la privation de la faculté de sentir les odeurs ou anosmie (de à privatif, et oa^k-q , odeur) se remarque : 1* dans toutes les maladies aiguës et chroniques de la membrane pituitaire (ozène ou punaisie, coryza, catarrhe chronique, syphilis, morve, etc.); 2* dans quelques lésions de la substance cérébrale (hémorrhagie, ramollissement du lobe antérieur) ; 3° dans les maladies chroniques des voies respiratoires, dans les névroses, l'hystérie, la catalepsie, l'hypnotisme. Une autre espèce de désordre de l'odoration, est caractérisée par la perversion de la faculté olfactive*qui empêche les malades d'attribuer aux corps odorants l'odeur qu'ils ont réellement. Ils trouvent au tabac, au pain, aux aliments, une odeur désagréable; on voit surtout paraître ces symptômes dans les affections catharrales, dans la grippe, le coryza, les maladies chroniques, surtout celles qui altèrent profondément la nutrition ( marasme , albuminurie et glucosurie) .
Une autre espèce de perversion de l'odorat consiste dans la sensation d'odeurs qui n'ont rien de réel. Les sujets croyent à l'existence de vapeurs soufrées, de tabac, de gaz fétide, d'odeur spermatique. Ces hallucinations ne se montrent que dans les névroses, les fortes contentions d'esprit, l'aliénation mentale, les névropathies, le délire des ivrognes, etc.
Y. iSjmptônies fournis par le sens dn goût. La Symptômes faculté d'être impressionné par les saveurs appartient à [es"7roubies la face supérieure de la langue et exige, pour se dévelop- deia gustation, per, que le corps sapide introduit dans la bouche, y soit dissous à l'aide des liquides sécrétés par les glandes salivaires, linguales et buccales. Le système nerveux qui préside à cette sécrétion doit également jouir de toutes son intégrité pour que la gustation s'effectue d'une manière physiologique. Il en résulte que les maladies, qui portent leur action sur l'un ou l'autre de ces deux systèmes, doivent modifier la sensation. Nous ajouterons que l'intégrité des fonctions dévolues aux fosses nasales est également nécessaire, ainsi que l'atteste la perte ou la dépravation du goût dans le coryza, la grippe et l'ozène.
Les troubles de la gustation consistent dans la perte complète ou incomplète du goût , dans des sensations fausses, dans de véritables hallucinations du sens du goût. Les malades trouvent alors aux boissons et aux aliments une saveur fade , acide , douceâtre , salée , amère ; en même temps la bouche est sèche ou humectée par un afflux plus grand de salive. Souvent il y a dégoût pour les boissons et les aliments et un état nauséeux trèspénible.
Les lésions locales des diverses parties constituantes de phénomène la bouche, pourvu quelles n'atteignent pas les glandes ^SelésimiT salivaires, modifient très-faiblement la gustation. Cependant la glossite, les aphthes, l'exsudation pseudo-membraneuse altèrent fortement le goût.
C'est d'une manière sympathique que la saveur des sympathique : aliuients et des boissons est altérée, dans les maladies e^n^^ies
de ces
générales, la fièvre, les exanthèmes et les affections symptômes, gastro-intestinales On doit attribuer ce trouble, tantôt à
ce que la sécrétion y est tarie ou diminuée, comme dans la diabète, la fièvre typhoïde, les sueurs profuses, tantôt à ce que l'eau du mucus et de la salive est rapidement enlevée par l'air inspiré et expiré, comme dans les maladies de poitrine, du cœur ou de tout autre viscère qui précipitent les mouvements de la respiration; souvent ces deux causes se trouvent réunies. Il faut dire aussi qu'à la diminution des quantités du liquide s'ajoute l'altération de ses qualités. Des lamelles épithéliales, du sang, de la matière colorante de la bile, du glucose viennent s'y mêler pour constituer des enduits blancs, brunâtres, jaunes, et ces fuliginosités qu'on observe à la surface de la langue et de la membrane muqueuse buccale, dans les fièvres typhoïde, ataxo-adynamique, bilieuse et gastrique.
Sympathique n est peu de maladies qui déterminent , plus souvent
d'une maladie n i /• • i i> i .
du foie, que celles du loie et de 1 estomac , des modifications de l'estomac, (Jurables daus l'organe de la gustation. Les malades en
des intestins. .
proie à une fièvre gastrique simple, rémittente et bilieuse, ou même à un simple embarras gastrique, éprouvent un goût fade, nauséeux , fétide, amer ou acide qui persiste' pendant plusieurs jours et même plusieurs semaines si l'on n'y remédie point à l'aide d'un vomitif. Ces modifications du goût en sont même un des meilleurs signes.
Dans d'autres maladies de l'estomac, telle que la gastralgie, la dyspepsie et le cancer, la perte du goût est liée à un trouble sympathique purement nerveux; car les sécrétions bucco-linguales ne paraissent modifiées ni dans leur quantité ni dans leurs qualités. Telle est encore la nature de ce symptôme dans l'hystérie, la chloro-anémie, la névrosthenie de la puberté et de l'âge critique, l'hypocondrie, la grossesse, etc. Quelquefois elle est sous