CHAPITRE
DJfiS ALTÉRATIONS DU SANG EN GÉNÉRAL.
Le sang est un liquide créé en même temps que l'or- Définition, ganisnie, composé comme lui d'un giand nombre d'éléments, animé d'un mouvement communiqué parle cœur qui le (ait circuler sans cesse dans des vaisseaux propres, complètement fermés de toutes pai ts, mais qui conmiuniquent eutre eux.
11 se distingue des auti-es liquides qui parcourent le idées générales solide vivant en ce qu'il renferme : 1" une liqueur appe-
la coin position
lée sérum dans laquelle sont suspendues, 2° des cellules eiie rôle du sang, peut-être animées qu'on nomme les globules rouges du sang; 5° une autre espèce de globules plus volumineux nommés globules blancs ; 4° des matières solides tenues en dissolution , les unes organiques comme la librine, l'albumine, la matière grasse , les autres inorganiques comme les sels alcahns et les gaz.
11 représente une menstrue qui reçoit sans cesse du
ALTÉRATIONS DU SAN
milieu ambiant des matières solides, liquides et gazeuses ; il les met en rapport avec les organes où ils sont élaborés, assimilés ou rejetés après des combinaisons constantes. Les deux sources auxquelles le sang puise sans cesse sont : l'air atmosphér ique au moyen de l'appareil respiratoire, les aliments et les boissons au moyen de la surface gastro-intestinale. Le sang, en outre, se charge de tous les détritus que lui cède la matière vivante, et qui doivent sortir du corps, à la manière des autres excréments.
On l'a comparé, avec juste raison, à un tourbillon qui apporte, élabore et rejette incessamment des matières liquides, solides, gazeuses, après les avoir fait entrer dans des combinaisons nouvelles jusqu'à ce que leur action soit épuisée. Le sang est une liqueur qui entre en conflit avec toutes les molécules de l'organisme, qui leur donne et qui en reçoit, modifiés, transformés, altérés un trèsgrand nombre de principes immédiats et de produits médiats. Tout vient du sang, tout y retourne; entre ces deux extrêmes se placent le solide et la vie, sans lesquels l'action chimique n'est qu'une lettre morte, impuissante à tout expliquer. 11 faut le répéter sans cesse, dit Boideu, la connaissance de la composition du sang est inséparable des effets qu'il produit sur les organes sensibles (j).
Nous ajouterons pour corroborer la sage remarque de Bordeu, que cette action des organes sensibles et des propriétés vitales est infiniment plus puissante que les réactions chimiques qui leur sont entièrement subordonnées.
(1) Analyse médicinale du sang, œuvres complètes, in-8% t. II p. 54i. Paris, 181 î>.
EN GÉNÉRAL
normale du sang.
Fibrine,
Il appartient à la pathologie générale de déterminer la part que prennent les altérations du sang dans la production des maladies, et de poser les questions qui s'y rattachent lorsqu'elle ne peut les résoudre. Exagérée par les uns, dépréciée par les autres, l'étude de ces altérations doit occuper une place importante dans notre livre comme elle en a déjà une dans l'esprit des médecins de notre époque.
A l'instar des parties solides du corps le sang est com- composition posé de plusieurs éléments distincts. Sur i.ooo parties de sang on trouve : fibrine, 2 à 3/iooo; albumine, 68; matériaux solides, 12 ; globules, 127 à i32 ; eau, 790.
La fibrine du sang est tout entière, en solution, dans le sérum avec lequel elle forme le plasma ou la liqueur du sang.. Son caractère spécifique est de se précipiter sous forme solide lorsque le sang est exposé à l'air et sorti des vaisseaux.
L'albumine se trouve, aussi en totalité, en dissolution dans le même liquide. Les globules ne contiennent que l'hématosine, la globuline (1). La pesanteur spécifique du sang est de 1057 environ , la densité du sérum de 1027 à 102C) ; sa saveur salée ; il bleuit le tournesol à la manière des alcalis.
On y trouve encore les matières suivantes : l'oxygène, l'azote, l'acide carbonique, le fer, le manganèse, l'hydrochlorate de soude, de potasse, d'ammoniaque, le sulfate composition de potasse, le sous- carbonate de soude, le sous-carbo- *^"^* nate de chaux, le sous carbonate de magnésie, le phosphate de soude, le phosphate de chaux, le phosphate de magnésie, le lactate de soude, un savon à acide gras,
Albumine.
Énuméralion (1rs m.ilières qui mirent clans
(1) Lecanu, Nouvelles études chimiques sur le sang, Académie des sciences, 6 juillet 1852.
ALTÉRATIONS OU SANG
fixe, et à base de soude, un sel à acide gras, volatil, odorant, une matière grasse, phospborée, analogue à celle du cerveau, la choléslerine, laséroline, une matière colorante jaune, une matière colorante rouge, des matières extractives.
Telle est la composition du sang d'après MM. Prévost, Dumas, Lecanu, Andral et Gavarret. Quelques modifications y ont été apportées par d'autres chimistes; mais comme elles ne changent rien à ce qu'on sait de positif, on peut se contenter provisoirement de l'analyse précédente, touten reconnaissant qu'elle laisse quelque chose à désirer. La composiiion jj Cj^^,^ remarquer que les analyses ne portent que sur
de dilTercnles i j r i
espèces dt« sang le sang des veines qui ne représente, par conséquent, laisse a désirer, q^'un liquide mixte, formé de tous les autres sangs. On ne connaît pas bien les différences qui existent entre le sang veineux et artériel; le premier contient moins de fibrine, d'albumine, de globules et plus d'eau. On est réduit à des suppositions sur la composition du sang, du foie, de la rate. Celui du foie est-il plus pauvre en globules, plus riche en albumine et en fibrine que le sang veineux général? M. Claude Bernard y trouve plus de fibrine, de graisse et un principe immédiat nouveau, le glucose. Malheureusement d'autres observateurs sont arrivés à des résultats différents, et l'on est contraint de déclarer que la science n'e.st pas faite en raison des difficultés extrêmes que présente l'alialyse chimique du sang humain. Chez la femme. 11 existe peut être un peu moins d'incertitude au sujet de l'influence des sexes et des âges, de la constitution sur la composition du sang. On admet qu'il existe plus d'eau et moins de globules chez la femme que chez l'homme (i).
(1) Lecanu, Études chimiques sur le sang humain (thèse n" 395, p. 65, in-4°, Paris, 18:n).
EN GÉNÉRAL. 835
Suivant MM. Becquerel et Rodier, voici dans quelles proportions se trouvent ces divers éléments : eau 791 au lieu de 780, fïlobules 127 au lieu de i/,o (1). Chez l'enfant et le vieillard pins d'eau, moins de globules, de fibrine môme. Avant et après la menstruation le cliifîre des glo- Pendant
, , . , la mensiruation.
i3ules est inférieur h 127 d'après MM. Becquerel et Rodier {-a). On est porté à croire que les globules tendent à augmenter chez les hommes d'un tempérament sanguin, d'une forte constitution, h diminuer chez les sujets lymphatiques, bilieux, nerveux, débilités.
Une alimentation insuffisante, la diète, apportent des influence changements considérables dans les éléments du sang; l'aiimenution. les globules s'abaissent au-dessous de 127. On sait que chez les carnivores le chiffre des globules est bien supérieur à ce qu'il est chez les herbivores. On a aussi noté la diminution de l'albumine, du chlorure de sodium et l'augmentation des matières grasses (3).
Les travaux de MM. Andral et Gavarret(4), etultérieu- la grossesse, rement ceux de MM. Régnauld et Fourchât (5), prouvent que le sang se modifie dans sa composition, d'une manière bien remarquable, durant la grossesse, et que les changements sont surtout prononcés pendnnt les deux derniers mois. Ils consistent : 1° en une augmentation de la fibrine, à partir de la fin du sixième mois jusqu'à la parturition où l'augmentation devient très-marquée (fi-
(1) Traité de chimie pathologique, p. 91, in-S", Paris, 1854,
(2) Ouvrage cité, p. 92.
(3) Becquerel et Rodier, ouvrage cité, p. 95.
(4) Andral, Essai d'hématologie pathologique, p. 102, in-S", Paris,
(5) Régnauld, Des modifications de quelques fluides de l'économie pendant la gestation, Thès.; Paris, 1847. — Pourchat, Considérations sur la grossesse, Thès., nM44, 1847.
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brine, 4, 3); 2° en une diminution très-grande des globules; en moyenne, 109 pour toute la grossesse; eu mo) enne ,101 pour les huit derniers mois ; 5" en une diminution de l'albumine qui est graduelle du premier au neuvième mois : moyenne, 66 à 68; 4° en une augmentation de la quantité d'eau qui joeut s'élever à 879 pour les sept premiers mois, 891 pour les deux derniers; 5° enfin h une diminution de la densité du sérum. (Voyez Êlat puerpéral.)
Des auérniions L'analyse cliimique n'a jeté, jusqu'à présent, qu'un en^ynérai demi-jour sur les altérations du sang, pour plusieurs raisons qu'il importe de signaler. Notons d"abord l'impiusieurs causes peiïection de nos moyens d'analyse et les difficultés rcnJpMii'jiialyse j^gj^g inliéreutes à ce genre de recherche. Remarquons,
chimique ' '
très-iuctriaine. en second lieu, que le sang qu'on étudie est foi'mé par le mélange de plusieurs espèces de sang qui proviennent d'oiganes diiïérents et qui n'ont ni la même composition, NOUS n'agissons ni Ics mêmes usages ; que nous n'agissons, dans nos anaque sur le sang jyses, que sur le saug moyen extrait des veines, des
moyen , i /• >
membres, du poumon, du foie, etc. C est à peine si nous savons quelle est la composition des sangs hépatique, splénique et rénale. Mais un obstacle encore plus grand nous arrête : nous ne pouvons nous procurer qu'une quantité de sang bien minime si nous la comparons à celle que renferme le corps entier. On retrouve diiïicilement, dans des quantités aussi petites, les éléments normaux ou morbides qui y existent, d'ailleurs, en très-minime proportion. Cependant ces derniers, mis en contact incessant avec les tissus . à cause de la vitesse extrême de la circulation, doivent y exercer une action énergique et souvent délétère. Lorsqu'on analyse tout le sang d'un bœuf, on y constate la présence de l'urée en proportion
EN GÉNÉRAL
notable, tandis qu'on ne pourrait en découvrir aucune ou sur des trace dans quelques centaines de grammes. Les chimistes i""""^*'''. ''.^ ""s
• • o Irop niiuimes.
ignoreraient peut-être que le bi ome existe dans l'eau de la mer, s'ils n'avaient pas eu à leur disposition le résidu provenant de l'évaporaiion des marais salants qui en renferment des quantités considérables. Il faudrait pouvoir agir de la même manière sur des proportions très-grandes de sang humain ou bien perfectionner singulièrement les moyens d'analyse. Notons que les changements continuels que subit le sang, par suite du départ et de l'altération des matières normales ou pathologiques qu'il renferme, s'opposent à ce qu'on puisse les découvrir dans de très-petites quantités de sang.
Certains éléments normaux ne peuvent y être retrouvés ceriains éléments ou du moins que très-dillicilement, parce qu'ils sont éli- morbides^ sont minés ou détruits avant qu'on puisse les atteindre (sucre, masqués
1 ■ \ r\ ^ • . > 1 • > par d'autres.
matière colorante, graisse). On doits en prendre aussi à ce qu'ilssontmasqués par des substances qui nous empêchent de les apercevoir avec nos réactifs ordinaires: tel est, par exemple, le glucose normal du sang qu'on ne retrouve qu'en se débarrassant de l'albuminose, à l'aide de l'alcool ou de l'acétate de plomb. Il est très-probable que dans les maladies, les principes morbides, développés spontanément ou venus du dehors, disparaissent par l'action des organes qui leur servent d'émonctoire.
Le sang, en arrivant dans les capillaires généraux, ou dans ceriains organes, y éprouve des changements essentiels : 1° il brûle, à l'aide de son oxygène, le carbone, l'hydrogène qu'il trouve partout, formant ainsi de l'acide carbonique que le poumon laisse dégager en grande partie; a" dans le foie il forme du glucose de l'acide choléique et cholique, des matières grasses (cholestérine,
ALTÉRATIONS DU SANG
oléine, stéarine, margarine) colorantes, jaune et verte; peut-être y fait il un peu de fibrine (Bernard), des globules (Béclard), de l'albumine ; o° dans la rate, de l'albumine et de la fibrine; 4° dans le rein il forme l'urée, l'acide uri({ue, les sels alcalins; 5° dans les glandes mammaires des matières hydrogénées (beurre), carbonées (sucre) et azotées (caséine, albumine) ; dans les capillaires de la peau et des membranes muqueuses, des produits hydrogénés (matière sébacée) ou une grande quantité d'eau (sueurs, mucus), etc.
On a dit que le résultat de ces élaborations multiples était la purification du sang, c'est là une erreur qu'il importe de réfuter. Le liquide qui a traversé le foie n'est ni plus ni moins pur que celui de la veine porte mésentérique, il est seulement composé d'une autre manière; il a cédé certains éléments pour former de la substance colorante verte, de l'acide choléique et cholique, du sucre, peut-être de la fibrine et si ces changements ne peuvent s'effectuer à cause de la maladie, le sang produit ailleurs des troubles de fonctions et de structure On peut en dire autant du sang, de la rate et des autres organes. Admettons, par hypothèse, que le sucre formé dans le foie n'est pas détruit dans le poumon , on à le diabète. Dans la chlorose, la génération des globules doit être altérée quelque part. Cette manière de considérer les altérations du sang est celle de Galien et elle a été confirmée par les médecins de notre époque.
Deux hypothèses On ne peut former que deux hypothèses sur le rôle du sur la formalian ^^^^^^^ normal et morbidc. Première hypothèse.
des principes
immédiats: Le saug apporte tout faits, dans certains organes, les 1" hypothèse, principes immédiats tels que l'albumine, la gélatine, la
Doctrine r\ • ^ ^- v - n
de réiiminaiion. tibrine, la caséme, 1 uree, et ces organes ne font que les
KN GÉNEKÂL. 539
extraire, les séparer du sang; la mamelle élimine la caséine, le foie, l'acide choléique , la biliverdine , le sucre. Cette théorie chimique, loin de lever les dilFicultés, en crée de plus graves que la théorie contraire. Voici les ob- objections, jections sérieuses qu'on peut lui opposer. \\n premierlieu, il faut doter chaque organe de propriétés électives toutes spéciales pour qu'il soit en état de prendre au sang ces principes immédiats tout formés et de laisser passer les autres. La faculté qui donne aux sécréteurs le pouvoir de faire de toutes pièces les principes immédiats n'est pas plus difiîcile à imaginer que celle qui leur attribue autant de propriétés électives spéciales qu'il a de produits h séparer.
En second lieu on ne peut contester que les principes immédiats introduits avec les aliments ne soi§nt altérés et reconstitués sous une autre forme, avant de faire partie intégrante de l'organisme. La fibrine, l'albumine, la fécule, le sucre, le gluten, que nous mangeons, ne peuvent être assimilés en nature ni avant d'avoir subi des transformations chimiques pour lesquelles il faut toujours faire intervenir la vie.
Deuxième hypothèse. Le sang ne fournit que les élé- 2"" hypothèse, ments, l'oxygène, l'hydrogène, le carbone, l'azote ap- je u K^ndraiion portés par les aliments et l'air ; l'organisme fait de toutes des principes
. , , . . . , T , ,. 1 immédiats.
pièces les principes immédiats et médiats, en vertu des propriétés vitales dévolues à chaque appareil. On ne trouve pas trace de ces principes ailleurs que dans les organes qui les préparent, ou si on les rencontre dans le sang, c'est accidentellement et parce qu'ils ont échappé à l'organe sécréteur, ou ont été formés en trop grande proportion et sont rentrés dans la circulation.
Quel que soit le genre de nourriture auquel l'homme Faits décisifs est soumis, les mêmes principes immédiats se retrouvent hypothèse.''''^
ALTÉRATIONS DU SANG
dans l'organisme, en proportion normale, quoiqu'ils n'existent pas dans les aliments. L'enfant fait de la fibrine avec le lait qui n'en renferme pas, et si la caséine est facilement transformée en fibrine, il faut, néanmoins, que l'organisme opère ce changement : d'ailleurs , on sait qu'une alimentation exclusivement féculente ou dans laquelle entre une minime quantité d'azote (lait, maïs, riz, etc.) , n'empêche pas l'homme de devenir très- robuste. Desexpériences déjà anciennes ont prouvé que des abeilles nourries avec du sucre n'en fournissent pas moins de la cire (Hubert de Genève). L'organisme peut donc avec Les éléments jgj^ éléments sculs, c'est-à-dire avec l'oxvgène de l'air et
conleiius dans .
ruiroties avec le carbone, l'hydrogène et l'azote des aliments, ^''Tfomer"^"^ constituer«des principes immédiats et des produits mêles principes diats tels que l'urine, la salive, le sperme, la bile. Ce
dTcoïps? P''^^ ^ ^'^'^ PO"'" c^^^ composition et la quan-
tité du sang qui arrive dans les organes soient sans influence sur la nature des sécrétions qui s'y opèrent; nul doute, par exemple, que la sécrétion ne soit accrue par l'arrivée dans le sang d'une quantité plus grandedes matériaux pour lesquels l'organe sécréteur a une affinité naturelle : la sécrétion du foie s'accroît à mesure que l'absorption intestinale jette dans les veines le produit de la digestion ; la fonction des reins est activée par l'ingestion des boissons, etc.
Il faut donc reconnaître qu'une action toute vitale, inhérente aux tissus et variable comme les fonctions, préside à la formation exclusive des principes fournis par l'organisme. L'état pathologique seul peut troui3ler cette loi conservatrice et faire paraître, dans certains lieux, des principes qui ne s'y rencontrent jamais. Ainsi se déposent la biliverdine dans tous les tissus, l'urée dans les
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séreuses, l'azotate de soude autour des jointures, le sucre dans tous les tissus. Toutefois, il y a loin d'un principe immédiat isolé à la formation régulière des produits médiats. L'urée n'est point l'urine; la matière verte n'est point la bile.
Est-il possible que certains produits morbides, le pus, des liqueurs virulentes, des matières septiques, puissent s'écouler après avoir pénétré dans le sang, loin des organes où ils se sont développés? Rien ne prouve cette métastase critique. A plus forte raison faut-il repousser comme de pures hypothèses les doctrines humorales d'après lesquelles on supposait que des liqueurs complexes comme la bile, le lait, l'urine, peuvent se mêler en nature au sang et sortir par quelque émonctoire.
Des alléralious primitives et consécutives du sang, ^es ain^raiions Lorsqu'une femme en parfaite santé devient grosse, la fi- ou idiôpâihTques brine, les globules, l'albumine de son sang subissent des
. conséciiiives
modihcalions que nous ne pouvons rapporter à aucune du sang, lésion connue de fonction ou déstructure; nous disons alors que l'altération du sang est primitive. La pléthore, le scorbut, la chlorose, sont des maladies du même genre. A côté d'elles se trouvent d'autres altérations de compositions, identiques par leur nature, et qui n'en difl'èrent que parce qu'elles sont pioduites par des maladies du solide. Les premières doivent être considérées comme les alléraiions idiopathiques^ essentielles du sang, les secondes comme étant consécutives, symplowaliques. Faisons remarquer que le sang, ne joui.ssant pas d'une vie propre, ne saurait s'altérer indépendamment du solide. Il faut donc admettre que si ce liquide n'éprouve plus les changements physiologiques, en un mot, s'il s'altère, c'est qu'il existe quelque part une lésion du solide ; mais cette lésion n'est
ALTÉKATIONS DU SANG
que fonctionnelle puisque nous n'avons pu, jusqu'à présent, la constater clans toutes les maladies primitives du sang. Nous devons donc, quand ce ne serait qu'à titre provisoire, lui conserver le nom d'altération idiopatliique du sang. La diminution d'albumine qui suit la maladie de Briglit, et les liémorrhagies répétées, etc., ne dillère pas de celle qui se lie à une altération primitive et spontanée du sang. i\ous en dirons autant de la délibrination et de la diminution primitive des globules comparées à celles qui sont consécutives aux lésions du solide. 11 y a avantage, en pathologie, à donner aux prenjiéres le nom d'idiopathiques, aux secondes celui de consécutives. Les aiiéraiions Mous dcvons iusister d'autaut plus sur ce sujet, qu'on *^éi!-e"iouTours"' ^ ^'"^ diminuer l'importance des altérations du sang en consécutives disaut qu'elles dépendent toujours d'une maladie du so-
à une lésion du , , ,, ... , ,
solide; m;iis "de et quelles sont identiques dans tous les cas. Nous celle-ci est encore répondi'ons d'abord qu'il ne vient à l'esprit de personne
à trouver dans un . i r
grand nombre d imagiuer un changement quelconque dans la composide cas. Correspondante du sang, en dehors d'une modilica-
tion des organes. Nous nous sonunes expliqué sur ce point. Répétons seulement que les altérations bien constatées de ce liquide nous ollrent une ressource précieuse pour arriver, sinon à découvrir, du moins à soupçonner la nature des maladies. Pour n en citer ^u' un exemple, il suffit de mentionner le singulier accroissement que prend la fibrine dans l'inflammation. Est il sans intérêt pour le pathologiste de savoir que le sang est modifié toujours de la môme manière, quand le solide présente les phénomènes de l'inflammation et tous les symptômes de la diathèse inflammatoire? Est-il indilï'érent de voir que la fibrine s'accroît dans une phlegmasie franche, et qu'elle reste normale dans les inflammations spécifiques de la
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variole, de la rougeole ou dans le ramollissement des plaques de Peyer? On dira que l'étude du sang ne fait que confirmer les prévisions fournies par l'observation des phénomènes morbides qui se passent dans les organes. L'importance du résultat n'est point diminuée par cette remarque.
Les esprits éclairés savent que l'étude des propriétés L'ciude physiques et cliimiques du sang ne conduirait qu'à des '^"^chilSu^^^ notions insulïisantes ou fausses, si l'on prétendait la sé- du sang parer de l'histoire clinique et anatomique des maladies. 'de rèuidè^ Nous disons même que les plus grands ennemis de l'ap- clinique, plication des sciences physiques et chimiques à la médecine sont ceux qui prétendent se livrer à des recherches chimiques sans les subordonner à la pathologie Délaces myriades de faits incomplets ou erronés qu'on publie tous les jours , et dans lesquels on voit des analyses bien ou mal faites, adaptées tant bien que mal, à l'histoire de la maladie recueillie par un autre observateur. Les détracteurs de la chimie organique n'ont pas jnanqué de se servir des faits de ce genre pour dénigrer les services qu'elle a rendus à la médecine et pour nier l influence des altérations humorales.
Depuis Galien surtout, cet immortel fondateur de la Des allérations véritable médecine humorale, on s'accorde à voir dans les
elomeiils
altérations du sang un élément essentiel de maladies; de maladie, seulement les uns en diminuent, les autres en exagèrent l'importance. Dans l'inflammation , lorsque les phéno- nais
, , , in- rinnaiiunaliou,
mènes locaux se déclarent, le sang s altère, la librme s'accroît. Quelle est, dans ce cas, la part que prennent la lésion du solide et celle du sang dans la production de la phlegmasie? Celui-ci veut que le travail d'irritation locale soit tout; celui-là le subordonne entièrement à la maladie
ALTKKATIONS DU SANG.
nans du sang. (Voyez Inflammation.) Même doute pour la fièvre les pyreues. p^epp^i-^ie, catardiale, bilieuse, typhoïde. La lésion du sang prime-t-elle la lésion du solide, ou bien est-ce le contraire?
nans Les maladies dans lesquelles la lésion du solide et celle
'ks^îyjrop'iskT' ^^"S marchent du môme pas, et que l'on s'accorde à les niaïaJips regarder comme étant à la fois générales et locales, sont u foie,eic. i'jj^(]a^,-,;^i^^a^^jQfj^ certaines espèces d'hémorrhagies et d'hydropisies, les pyrexies, etc., etc. Beaucoup de maladies locales peuvent être rattachées à l'altération du sang ; toutefois il y a matière à discussion. Citons comme exemples quelques allections du foie avec ictère et hémorrhagies mortelles. L'altération du sang n'est pas encore prouvée , quoiqu'elle nous paraisse extrêmement probable. Telle était aussi l'opinion des anciens (i).
Même dilTiculté en ce qui concerne l'albuminurie, les fièvres bilieuses. Sans toucher aux questions graves que soulève l'étude de ces maladies qui doivent être examinées ailleurs, proclamons, avec Bichat, l'association nécessaire des altérations du sang et du solide. Ne repoussons pas fexistence d'une maladie du sang, parce que nos réactifs ne peuvent la démontrer. Tenons compte des phénomènes morjDides qui l'annoncent; rappelons- nous que les organes sont plus fidèles et plus sûrs que les instruments de nos laboratoires, pour accuser les moindres altérations humorales.
Divisions à établir Division. Les maladies du sang, considérées comme
dans l étude Jes , ...
maladies du sang, élément primaii c de maladies, se montrent si souvent et
(1) Voypz mon Mémoire sur les hémorrhagies produites par les maladies du foie; Ardiivi's générales de médcine, 1864. — William?, Principles of mediciiie, p. i60, in-8°, London, 1848. — Graves, Clinical lectures, t. I, p. 280, in-8°, Dublin, 1848.
dans tant d'aflections diverses que nous devons leur accorder une grande place dans notre livre. Tant qu'elles n'ont pas été réellement démontrées par l'analyse chimique , on les a confondues avec la maladie du solide. On a rapporté à celle-ci des symptômes et des désordres qui appartiennent réellement à la lésion du sang. Il faut que le praticien connaisse exactement le nombre et la nature de ces altérations. Elles consistent : i° en altération des propriétés physiques ; 2° de proportions des éléments normaux; .5° dans la présence d'éléments avec ou sans analogue dans l'organisme sain. Leurs symptômes sont si tranchés qu'on les reconnaît aisément, quels que soient le siège et la nature de la maladie qu'elles compliquent ou dont elles sont l'élément. Pyrexies, exanthèmes, névroses, phlegmasies, lésions organiques, affections contagieuses, épidémiques, etc., toutes les maladies, en un mot, peuvent avoir, pour élément, une altération du sang.
t. — Altérations des propriétés physiques.
1° Anciennement on attachait une grande importance à Altérations l'étude des changements qui peuvent survenir dans la ^^phys'iques'^^ couleur, la consistance, la température et les autres propriétés physiques du sang pendant le cours des maladies. Tout ce qu'on a écrit sur ce sujet ne mérite qu'une médiocre attention. On a commencé à comprendre la valeur des altérations des propriétés physiques du sang, à partir de l'époque où la composition chimique, et le rôle physiologique de chacun de ses éléments, ont été bien connus. •C'est donc en réalité depuis les recherches de MM. Andral et Gavarret qu'on a pu se rendre un compte exact de la nature des changements qu'y provoque la maladie. Nous I. 35
ALTÉRATIONS DU SANG
devons, par conséquent, déclarer que les idées principales auxquelles nous allons accorder quelques développements, et qui se trouvent reproduites dans tous les ouvrages récemment publiés, doivent être rapportées à ces deux auteurs.
Phénomènes Coagulation du sang. Le passage du sang de l'état lide la coagulation Quide à l'état solide est une des altérations les plus
du sang. ^
curieuses de ses propriétés physiques. Les auteurs anciens et modernes s'en occupent tous, avec le plus grand soin, soit qu'ils veulent y trouver la confirmation de leurs systèmes sur la nature des maladies, soit qu'ils veulent seulement en tirer quelques déductions pour la séméiotique et le traitement. En lisant les travaux qu'ils nous ont laissés sur ce sujet, on trouve tant d'assertions contradictoires, tant d'incertitude dans les résultats obtenus, qu'on ne peut en tirer aucune déduction générale. Ils sont expliqués Au Contraire, tout devient facile à comprendre lors- '^"Irimi'quer^^^ qu'on met à profit les découvertes de la zoochimie mode certains demc. Elle «ous appieud pour quelles causes la fibrine
éléments du sang. .. . . i d, i- ■ > , , ,. ,
sortie des vaisseaux passe de 1 état liquide a 1 état solide, comment elle agit sur les autres éléments du sang, lorsqu'elle est en petite ou en grande quantité, etc. Mettons à profit cette étude pour faire l'histoire de la formation du caillot.
Séparation Quand OU reçoit, dans un vase à fond plat, le sang
de la fibrine, . . , . i ^
tiré par une ouverture pratiquée à une veine, on voit, en observant la succession des phénomènes qui s'y passent, que ce liquide se sépare, peu de temps après, en trois parties, l'une supérieure, solide, transparente, grise ou verdâtre, constituée par le sérum, tenant en dissolution la plus grande partie de la fibrine. La partie inférieure plus foncée, rougeâtre, se compose de la presque totalité
des globules rouges, du sérum et d'une petite quantité de fibrine. La troisième entièrement formée du sérum.
En continuant à observer ce qui se passe, on trouve rormaiion que la couche fibrineuse supérieure s'épaissit de plus en " plus. On y aperçoit des filaments, des granulations amorphes, des mailles; bientôt elle est solidifiée sous forme d'une matière grise semblable à la couche de graisse qui couvre le bouillon. Elle adhère intimement aux globules rouges situés au-dessous.
Dans une autre période, la fibrine continuant à se rétracter acquiert plus de consistance ; la couche supérieure devient plus dense, plus compacte, plus blanche; elle se solidifie tout à fait et attire à elle la circonférence du caillot vers son centre. Les bords se relèvent, se retroussent d'autant plus que la fibrine est plus abondante, et par conséquent sa rétraction plus forte. En même temps, celle-ci expulse toute la sérosité qui est contenue dans ses mailles, ainsi que dans la partie sous-jacente du caillot.
Une fois la coagulation opérée complètement, le sang De la couenne, se trouve composé de deux parties distinctes : d'une partie solide appelée le caillot {cruor, ùi.sM/a), dans lequel on doit distinguer deux autres parties dilférentes, par leur composition chimique : (A) la couenne, ou portion supérieure EUe est composée
. .. r 1 1 X i i-x' 1 1 n • 1 de nbrine presque
qui est lorinee de la presque totalité de la librine, plus exciusivemem. ou moins imprégnée de sérum , et qui retient quelques globules rouges à sa partie inférieure seulement; (B) la partie inférieure du caillot qui adhère fortement à la couenne, dont on peut toutefois la détacher, parce qu'elle est plus molle, plus friable. Elle se compose, en presque totalité, des globules rouges et blancs emprisonnés dans les mailles plus ou moins espacées que constitue la petite quantité de fibrine qui ne se trouve pas dans la couenne,
•MS ALTÉRATIONS DU SANG
et d'une quantité assez considérable de sérosité, retenue en plus forte proportion dans cette même partie du caillot (i).
La seconde partie du sang tout à fait liquide, est composée, en totalité, du sérum, dans lequel en trouve pour 790 parties d'eau, 68 d'albumine et 12 de sels en solution parfaite (matériaux solides du sérum). Le caillot est submergé dans le sérum plutôt qu'il ne nage à sa surface. Le liquide l'entoure, le baigne de toutes parts. Souvent il se dépose à la partie inférieure du sérum une matière rouge , connue pulvérulente ; ce sont les globules sanguins qui ont échappé à la librine et se sont précipités, par le seul fait de leur pesanteur spécifique. Les phénomènes La cause principale de tous les phénomènes que nous delà coasuiaiion ^^^j^q^s d' examiner est le passage de la fibrine de l'état
sont (lus a la i o
fibrine. liquide à l'état solide , et la propriété qu'elle possède de Cause prendre, en se conci'étant, un petit volume. Les globules,
de la formation ^ ' ' r o »
de la couenne, en raison de leur poids, gagnent les parties inférieures du sérum avant que la fibrine ne se concrète; par conséquent , celle-ci se trouve occuper la partie supérieure du caillot.
Il est maintenant facile de concevoir toutes les particularités que peut ollVir le caillot dans les maladies. Elles peuvent se résumer dans les deux propositions suivantes : i" plus la fibrine est en quantité considérable par rapport aux globules, soit que la première ait augmenté comme dans l'inflammation, soit que les seconds aient diminué comme dans l'anémie, plus la couenne
(1) M. Andial a trouvé que, dans le sang d'une saignée pratiquée chez un rhuniatisanl, et qui contenait 9 en librine, la couenne à elle seule renfenuait 7 1/2 en librine, et la partie inférieure du caillot le reste de la fibrine.
est épaisse, consistante, rétractée et formée rapidement ; 2° plus les quantités de fibrine sont minimes, soit parce ce qu'elle diminue d'une manière absolue comme dans le scorbut , soit parce que les globules augmentent comme dans la pléthore , plus la couenne est mince , imparfaite ; souvent même elle fait entièrement défaut.
Voici les différents aspects que présente la couenne propriétés dans les maladies. ^'f' •J."'^^
caillot fibrineux.
Elle se montre : i° sous la forme d'une couche solide , couenne blanchâtre, résistante, élastique, difficile à déchirer, dont l'épaisseur varie de quelques millimètres à 2 centimètres : on l'appelle alors couenne parfaite, inflammatoire; 2" en se rétractant , cette couenne relève les bords du caillot qui prend la forme d'un champignon (caillot en cupule ou à bord retroussé) ; 3° la couenne revêt l'appa- couenne rence d'une matière molle, glaireuse comme de l'albu- i""P'"^''^"«mine crue ou d'une pellicule très-mince, verdâtre, d'un gris cendré (couenne rudiinentaire imparfaite) ; 4° on n'aperçoit plus de vestige de la fibrine, parce qu'elle est répartie dans toute l'étendue du caillot où on la retrouve emprisonnant les globules et le sérum. En desséchant le caillot, on obtient la fibrine , les globules et les sels.
Les déductions chimiques que l'on peut tirer de l'in- Déductions spection du sang de la saignée peuvent être formulées de '^''"jg" étude^^ la manière suivante : 1° la quantité plus grande de la de la couenne, fibrine, par conséquent, l'épaisseur considérable de la couenne, la petitesse et la densité du caillot indiquent : ]° la phlegmasie , 2° la chloro-anémie. Des propriétés physiques inverses des précédentes, c'est-à-dire peu ou point de couenne, un caillot volumineux et ferme, annoncent la pléthore, la congestion, l'hémorrhagie, le tempérament sanguin ; 3° la mollesse et la difiluence extrême
Ô50 ALTÉRATIONS DU SANG
du caillot sont le signe d'une diminution de la fibrine et de l'appauvrissement du sang (scorbut, maladies hémorrhagiques, fièvres, exanthèmes, maladies virulentes).
Ce que nous avons dit précédemment, des causes de la formation de la couenne sert à expliquer les variations qu'elle offre dans ces différentes maladies, et permet d'en tirer des signes diagnostiques d'une grande valeur. Conditions i\ faut connaître les diverses conditions physiques qui
diverses i • i • i»
qui modifient pouvent troubler la coagulation du sang si 1 on veut en tirer la coagulation quelques notions certaines pour l'étude clinique des ma-
du sang. ^ * '■ ^
ladies. Aujourd'hui que la composition chimique du sang et les propriétés particulières de chacun de ses éléments sont bien déterminées, il est facile de comprendre la manière d'agir des différentes causes qui altèrent les propriétés physiques du sang.
A. Êcouhmenl du sang. Si l'ouverture pratiquée à la du sang. veinc est petite, si le sang sort par un jet très-fin ou en bavant, la couenne ne se forme pas, malgré l'excès de fibrine, parce que toutes les portions du sang se coagulent successivement, séparément, et constituent, en quelque sorte , autant de petits caillots distincts confondus dans la masse. La couenne, au contraire, est épaisse lorsque le sang s'écoule rapidement, par un large jet et par une ouverture suffisante. La hauteur du jet ne fait rien pourvu que les conditions précédentes soient remplies. Forme du vase. B. Forine (iu vase. Elle n'a aucune influence sur la quantité de la couenne ; seulement celle-ci est plus ou moins épaisse , suivant la largeur du vase.
C. La matière qui compose celui-ci est tout, à fait indifférente , quoiqu'on ait prétendu le contraire, ucpos; agitation D. Àgilalion. En mêlant toutes les parties du sang, on
du sans. ^l
pmpeche la fibrine de se porter a la partie supérieure du
SI ode d'écoulement
caillot. Elle se trouve alors répartie dans toute la masse du caillot. Le repos est donc indispensable pour que la couenne soit composée de toute la fibrine du sang tiré, laquelle occupe la partie supérieure du coagulum.
E. Tempèralure. Si la température des corps qui en- Température vironnent le sang est très-élevée ou très basse, la coagulation est retardée ou accélérée ; on n'observe rien de semblable à la température habituelle de l'air atmosphérique.
Coloration du mng. Il sort quelquefois de la veine aussi coloration rou rutilant que du sang artériel, chez les sujets anémiques, ^ nerveux ou qui ont perdu une grande quantité de sang; quelquefois aussi à la fin d'une saignée très -abondante. Ces diverses colorations annoncent la diminution de la quantité des globules. Il est en même temps plus fluide.
Le sang présente une coloration plus foncée, noirâtre coloration dans les conditions pathologiques opposées , chez les pléthoriques, chez les hommes d'un tempérament sanguin, et dans un grand nombre de maladies qui gênent fortement l'hématose pulmonaire, dans l'asphyxie, le choléra-morbu9. les fièvres, le typhus, les affections qui font communiquer ensemble les deux cavités du cœur. On a dit que le sang dont les sels alcalins sont diminués offre une couleur noire; de nouvelles recherches sont indispensables pour mettre ce fait hors de doute.
Consistance. Le sang, à l'état normal, possède un cer- consistance tain degré de fluidité qui peut s'altérer dans les maladies. La quantité accrue des globules détermine l'augmentation de la densité du sang, et la diminution de ces mêmes cellules ou de la fibrine coïncide avec la fluidité plus considérable du même liquide. A une époque déjà éloignée de nous , Boerhaave faisait jouer à la viscosité du
ALTÉRATIONS DU SANG
sang un grand rôle dans la théorie de l'inflammation. Théorie g^ns discuter les systèmes médicaux , dans lesquels on
de robslruclion. . n i
rapporte à une cause de ce genre et a 1 obstruction qui en est l' effet, les phénomènes pathologiques présentés par un certain nombre de maladies, nous devons nous demander si les faits prêtent leur appui à ces systèmes , et répondre négativement. En effet, si dans la pléthore et le le choléra-morbus , par exemple , on était tenté d'attribuer l'hémorrhagie ou les congestions à l'épaississement du sang dans les capillaires, on trouverait les faits bien autrement nombreux de lésions identiques déterminées par une altération toute différente du sang, c'est-à-dire par la fluidiié extrême qu'acquiert ce liquide (pyrexies).
Dans l'hyperémie inflammatoire, la retardation et plus tard la stase du sang, constituent une période de 1 inflammation qui a été expliquée anciennement par l'obstruction ; celle-ci, loin d'être cause des phénomènes, est elle-même l'effet d'une lésion dynamique qui réside dans les tissus enflammés. (Voyez Inflam^naiions.)
Nous ne possédons aucune notion certaine sur les autres propriétés physiques du sang, telles que l'odeur, la saveur, la lempéralure, l' éleclricilé dans les maladies. Quant à la densité du sang ou de son sérum, son étude n'a fourni jusqu'à présent aucun résultat clinique. Les anciens Indicalions Ihêrapeufiques. A toutes les époques delà *'7a"vaie'ùr"' médecine, on s'est servi de l'étude du caillot sanguin et des principales des autrcs propriétés physiques du sang, pour découvrir
alléralions , i o r
physiques
la nature des maladies et asseoir la thérapeutique. 11 du sang. même reconnaître que l'analyse chimique moderne
n'a fait, le plus souvent, que confirmer et rendre plus précises les connaissances qui avaient cours depuis longtemps dans la science. On savait qu'un sang couenneux,
Notions cliimiques qui
couenne dans la chloro-anémie.
un caillot ferme et consistant indiquent l'inflammation et l'emploi de la saignée ; que des propriétés physiques inverses doivent engager le praticien à s'abstenir d'une pareille médication. Sans s'expliquer, aussi bien que nous, la cause de la coagulation du fluide sanguin, sans connaître les propriétés de la fibrine, on avait remarqué que manquaient, l'abondance du plasma est en rapport avec les forces générales et l'intensité de l'inflammation. La zoochimie moderne a prouvé que la couenne peut être épaisse, le caillot la petit, serré, compacte, sans qu'il y ait d'inflammation, comme dans la chlorose, l'anémie, c'est-à-dire toutes les fois que la quantité de la fibrine est accrue d'une manière absolue ou par le fait même de la diminution de la fibrine. Un pareil état du sang contre-indique la saignée.
11 ne faut pas oublier non plus que la quantité des globules sert à mesurer le degré de force et de réaction vitale aussi bien que la quantité de fibrine. Un caillot volumineux, s'il est ferme, résistant et bien séparé du sérum, annonce que les forces générales sont conservées, et qu'on peut recourir sans inconvénient aux émissions du sang.
Le caillot mou , diflluent, couvert d'une couenne molle et glaireuse, ou d'une pellicule grisâtre, irisée, contreindique la médication antiphlogistique et nécessite, au contraire, les corroborants de tous genres. Le sang des scorbutiques et des grandes pyrexies en est le type.
Il en est de même d'un caillot volumineux, peu résistant, sans couenne, fortement imprégné d'une grande quantité de sérosité. On le rencontre dans les congestions adynamiques, les maladies générales et toutes les fois que les globules se trouvent augmentées ; or comme ils peuvent l'être par le fait même de la diminution de la fibrine, on
Indications tirées de la consistance du caillot.
Sang scorbutique.
554 ALTÉRATIONS DU SANG
conçoit que la saignée est doublement contre-indiquée. n ne faut tirer La zoocbimie modeme , en nous faisant mieux conqu'avec réserve Jpg altérations quc subit le sang dans les maladies,
les indications ^
thérapeutiques doit nous rendre très-circonspects lorsque nous voulons Mog.'''"'^'' tirer nos indications thérapeutiques de l'étude des propriétés physiques de ce liquide. En effet, elle nous apprend qu'un sang couenneux appartient à l'inflammation et à la chloro-anémie ; qu'un caillot volumineux se retrouve chez un homme robuste aussi bien que chez le sujet atteint d'une congestion ou d'une hémorrhagie adynamique Cependant on ne doit jamais négliger l'exploration des propriétés physiques du sang , puisque celles-ci sont toujours en rapport avec les altérations des propriétés chimiques, et qu'en sachant les interpréter on peut en tirer des indications précieuses pour le traitement. Il n'est même pas une seule de ces indications qui n'ait été nettement établie par les observateurs les plus anciens , quoiqu'ils fussent privés des connaissances chimiques que nous possédons aujourd'hui.
Signalons cependant quelques erreurs auxquelles pourrait conduire la seule étude des altérations des propriétés physiques du sang. Nous avons déjà vu qu'un caillot petit, rétracté, fortement couenneux, pouvait se former sur le sang des sujets profondément anémiés. Ajoutons qu'il en est de même chez les femmes grosses que l'on a si longtemps considérées comme en proie à la pléthore et soumises à des saignées répétées. Dans ce cas, la formation de la couenne, loin d'indiquer les déplétions du sang, doit engager les médecins à s'abstenir, excepté dans les cas rares de nécessité absolue. (Voyez Anémie.)