‹ Traité de pathologie généraleChapitre 106 sur 112 · est incompatible · texte numérisé non relu

est incompatible

laclies peuvent se compliquer de pléthore , mais d autres ayçc certains ne coexistent jamais avec elle : de ce nombre sont l'ané- ^^'''^ morbides, mie , la chlorose , le scorbut et le purpura. Toutes celles qui altèrent profondément la nutrition et qui amènent le dépérissement ne peuvent laisser subsister la pléthore, même pendant un temps fort court, parce qu'elles ont pour effet de s'attaquer promptement au sang. Nous en dirons autant de toutes les maladies chroniques.

L'inflammation passe généralement pour compliquer La piaiiore souvent la pléthore, et même pour en être l'effet. Qu'elles

i ' i ^ la plilegniasie,

coexistent dans un grand nombre de cas, rien de plus mais ne

1 , /V 11- X l'engendre pas.

vrai; que les symptômes phlegmasiques prennent une intensité extrême par suite de cette combinaison de deux maladies qui agissent, dans le même sens, pour exciter des phénomènes de réaction , rien de plus facile à comprendre; mais ces deux maladies ne s'engendrent jamais l'une l'autre. La pléthore augmente les globules, tend

ALTÉRATIONS DU SANG

par conséquent à amener une diminution relative de la fibrine; l'inflammation, au contraire, augmente celle-ci, et dès lors produit une diminution relative de:^ globules. Elle anémie en quelque sorte le sang. Ajoutons que l une peut succéder à l'autre.

De la vraie ei de la La plétliorc cst distincte de l'anémie. Avant que l'ana-

fauss,, pieihore. j^g^ chimique eût fait connaître les altérations du sang propres à laplétliore et à l'anémie, on confondait souvent ces deux états morbides, sous les noms de pléthore vraie et de pléthore fausse. Nous verrons plus loin qu'en effet la chlorose simule assez bien la pléthore, dans quelques cas, pour qu'on puisse s'y méprendre lorsqu'on n'a point pour se guider les bruits vasculaires et le frémissement L'anémie artériel. Aujourd'hui rien de si facile que de séparer la plé-

confoi'idue avec tliored'avcc la chlorose et l'anémie, quelles qu'en soient la pléthore, les formcs. Jamais on n'entend de bruit anormal ; jamais on ne sent le frémissement vibratoire dans les vaisseaux

c'csi à l'aile de qou quand il n'existe que de la pléthore. 11 a fallu bien

aublililés et . • i

d'erreurs sans des subtilités , bicn dcs crrcurs pour arriver à obscui'cir nombre qu'on a point de pathologic si lucide; il a fallu enfin ruiner

pu arriver ' "

à réunir deux Ics uotious les plus simples du bon sens pour soutenir que états morbiJes sujcts épuisés par uue fièvre tvphoïde, par une ca-

aussi opposes. j i i j i ■> sr

chexie saturnine, ou atteints de maladie du cœur, ont une pléthore séreuse. Sans doute la quantité d'eau s'est accrue, mais uniquement parce que le sang a perdu ses globules ou s'est appauvri. Donner à un pareil état le nom de pléthore, c'est vouloir comparer ensemble deux maladies entièrement opposées funeà f autre. Pvedisons encore que la pléthore se distingue de la chlorose et de l'anémie par l'absence radicale de toute espèce de bruit continu et de fiémissement vibratoire dans les vaisseaux du cou. Nous n'avons pas besoin d'autres signes diagnostiques que

PLÉTHORE

Indications

Modifier la composition du sang; diminuer l'excitation générale.

ceux-là; ils suffisent, dans tous les cas, pour empêcher de confondre la vraie et la fausse pléthore.

Indicaiions thérapeutiques. Il faut partir de cette idée, à savoir, que la cause de la pléthore est la prédominance "'érapeunques d'un élément qui excite fortement l'irritabilité des tissus. Cet élément est la partie globulaire du liquide sanguin ; il faut donc s'appliquer à modifier sa composition et à diminuer l'irritabilité de tous les systèmes. On parvient à remplir la première indication au moyen d'un régime diététique , qui consiste à réduire la proportion des aliments , et surtout à faire prédominer la nourriture ténue, lactée et végétale sur les substances azotées et stimulantes. On réussit plus rapidement et plus sûrement à ce but, en enlevant une certaine quantité de sang. Nous avons dit que l' effet le plus certain de la saignée est de diminuer la quantité des globules et de faire pénétrer dans le sang une proportion plus grande d'eau. A ce double titre , les déplétions sanguines doivent occuper la première place parmi les agents curatifs de la pléthore. Nous ne faisons qu'imiter la nature, qui , pour mettre fin à un tel état morbide , provoque des hémorrhagies abondantes. Toutefois , il ne faut pas s'exagérer leur efficacité ; si elles ne sont pas soutenues par un régime hygiénique convenable, les accidents de la pléthore ne tardent pas à se montrer de nouveau.

La seconde indication consiste à diminuer l'excitation générale. Les agents thérapeutiques dont nous venons de parler produisent assez sûrement cet effet. Cependant, malgré le régime et les pertes de sang, la pléthore reparaît avec une assez grande promptitude. On ne peut y porter remède qu'en obligeant les malades à changer entièrement leur manière de vivre. Ils doivent exercer

Diminuer rexcilation générale.

ALTÉRATIONS DU SANG

Prévenir el dissiper Jes cofigcstions e les hémorrliatijs

Anémie.

Diminution de la quaniilé des globules.

fortement et continuellement l'appareil musculaire ^ faire de longues marches, des exercices violents, exciter les suearsdt dos évacuations alvines fréquentes.

La dei-nière indication consiste à prévenir et à dissiper ^ les congostioDS locales et les hemorrliagies. 11 faut, sinon condaamer au repos les appareils menacés ou qui ont été déjà le siège de ces congestions, du moins en diminuer l'activité fonctionnelle , puis attirer la fluxion sanguine ailleurs, soit en révulsant sur le tube digestif, soit en excitant les sécrétions dans certains appareils. On doit enfin tirer directement le sang de l'organe qui est le siège de l'afflux sanguin, si l'on redoute la congestion ou le développement immédiat d'une hémorrhagie.

De la diminution des QUANTrrLs de globules bouges DU SANG. Anémie. Anémie, de» privatif exprimant seulement ici la diminution, et de &hxol, sang. Hydroémie; appauvrissement du sang par diminution des globules.

11 faut conserver ce nom pour désigner une altération du sang caractérisée par la diminution des globules rouges et par l'accroissement des quantités d'eau contenue dans le sérum. Les signes cliniques de cette maladie ne suffiraient pas pour la faire reconnaître. La nature de la lésion du sang permet seule de la distinguer de quelques états morbides très-rapprochés.

Aliéralion de la composition chimique du sang. Les globules rouges, dont le chiflre normal est 127, peuvent descendre à 100 et même à 2 8, chiffre le plus bas que MM. Andral et Gavarret aient trouvé (1). Dans 16 cas d'anémie

(1) Recherches sur les modifications de proportion de quelques principes du sang, Aiiiialeg de tliiniie et de physique, t. LXXY, 1840. — Andral, Essai d'hématologie, p. 48, in-8», Paris, 1843.

Anémie.

commençante, la moyenne a été 1 09, et dans 24 cas d'anémie confirmée, de 65. La quantité d'eau s'élève souvent Augmemaiion à un chillre extrême, de 790 à 810, 886 et plus haut ^ d'eau!"^^'^" encore. La densité du sérum est diminuée notablement. L'hydroémie est donc une altération aussi constante que la diminution des globules; elle en est le résultat nécessaire. Dans l'anémie spontanée, forte ou faible, la fibrine et l'albumine ne sont ni augmentées ni diminuées; mais il peut se faire que les causes morbifiques continuant à agir, un nouvel état morbide , caractérisé par des symptômes dillérents, comme il l'est par une altération dilférente du sang , prenne naissance. On trouve alors l'albumine et la librine diminuées. Dès lors on a alfaire à une autre maladie du sang, qu'il ne faut pas confondre avec l'anémie.

Le sang obtenu par la saignée présente des caractères caractères physiques qui ont frappé tous les praticiens. Il est jj'c.^iîo^du d'un rose clair, vermeil, rutilant, tout à fait semblable à sang anémique, celui qui s'écoule d'une artère. Il se prend, plus rapidement que le sang normal , en un caillot peu volumineux , nageant dans une sérosité abondante. Lorsque la diminution des globules est considérable , le caillot peut offrir les caractères physiques qu'on lui trouve dans les phlegmasies, c'est à-dire que ses bords sont retroussés. Sa face supérieure en cupule, se couvre d'une couenne ^*'"^""''^p'*'^s<^î

. . sa cause.

parfaite, blanche, jaunâtre, parfois très-épaisse et résistante. Quelques théoriciens voulant se rendre compte de la formation de la couenne, ont imaginé une phlegmasie qui n'a aucune existence réelle. L'analyse chimique seule a pu conduire MM. Andral et Gavarret à découvrir la véritable cause de cette couenne qui se développe si singulièrement sur un sang appauvri \ ils l'attribuent à

ALTÉRATIONS DU SANG

Lésions cadavériques.

Caillots fibrineux.

Cœur dilaléou rétracté

l'augmentation relative de la fibrine. En effet, celle-ci devient exubérante, par rapport aux globules , dont les quantités sont rninimes. Or on sait que le caillot est composé, en presque totalité, de globules rouges emprisonnant une certaine quantité de sérum ; ces globules étant peu abondants, la fibrine vient occuper la surface et une certaine étendue du caillot, d'où elle fait sortir la sérosité, en se coagulant et se rétractant. Telle est la seule manière physiologique d'expliquer la production du sang couenneux, chez des sujets anémiés chez lesquels on ne s'attend pas à trouver une altération du sang qui simule, au premier abord , celle qu'on rencontre dans les phlegmasies.

Lésions cadavériques. Il faut encore rapporter aux qualités physico-chimiques, dont nous venons de parler, plusieurs lésions cadavériques. D'abord la présence des caillots fibrineux, tout à fait décolorés ou ambrés, denses, résistants, qui remplissent les cavités droite et gauche du cœur, se prolongent dans l'aorte, et qu'on a regardés à tort, suivant nous, comme formés avant la mort du sujet. Quelquefois la fibrine se coagule pendant la vie et adhère aux valvules mitrales et aux sigmoïdes; mais alors elle est déposée sous forme de granulations globulaires et verruqueuses , comme nous l'avons vu , chez trois jeunes femmes qui succombèrent dans le dernier degré de la chloro-anémie, après avoir présenté les signes de la mort par syncope cardiaque.

Le cœur est petit ou de grandeur naturelle, dilaté ou ■ rétracté, suivant les phases et le degré de la maladie à laquelle a succombé le sujet; son tissu ramolli ou, au contraire , dur et résistant. Dans les cas où nous avons ouvert des anémiés morts , en très-peu de temps , le tissu

ANÉMIE

DécoloralioD générale des lissus.

cardiaque étant revenu sur lui-même, avait conservé une consistance normale, et même celle-ci s'était accrue. Les parois étaient rétractées, les cavités plus petites.

Les veines presque vicies ne renferment qu'un sang pâle et aqueux ; leurs parois et celles des artères sont blanches et décolorées. Tous les parenchymes perdent leur volume etleur coloration rouge naturelle. Cependant il n'est point rare de trouver quelques congestions dans le poumon, le foie, la rate. Les épanchements de sérosité et les altérations que l'on constate dans les organes n'appartiennent en aucune façon à l'anémie, et doivent être rapportés à des complications ou aux maladies mêmes dont l'anémie n'est plus alors que le symptôme.

Des différentes espèces d'anémie. Avant d'aller plus loin, Des différentes il faut spécifier les maladies auxquelles doit être réservé le nom d'anémie. Nous ne sommes pas du nombre de ceux qui croient qu'en dehors de la lésion constatée du solide ou des liquides , il n'y a pas de certitude en pathologie. Nous avons répété bien souvent que les troubles fonctionnels et vitaux fournissaient des caractères aussi positifs que les altérations dont il s'agit. Mais quand nous ne trouvons qu'incertitude dans les troubles fonctionnels et dans les caractères cliniques, nous sommes trop heureux de rencontrer une altération humorale constante qui nous sert de critérium. C'est précisément ce qui a lieu dans l'anémie. L'analyse chimique est venue fort à propos pour nous apprendre que la diminution des globules et l'hydroémie ne manquent jamais dans les cas où nous observons l'anémie et la chlorose. Saisissons donc avec empressement cette lésion pour établir qu'il existe une espèce morbide^ une maladie générale, ayant pour

espèces d'anémies.

Leurs causes.

ALTÉRATIONS DU SANG

Caractères coMSlanls et uiiivoques de l'anémie.

^° Anémie par trouble des fondions génitales.

2° Anémie par asthénie du système nerveux.

caractère univoque conslanl la diminution des globules et ïaccroissemeiU de l'eau du sérum; celle maladie doit conserver le nom d'anémie.

Des conditions morbides très-différentes, mais qui agissent sur le sang, d'une manière identique, en diminuant le nombre de ses globules, président au développement de l'anémie.

1° Sans qu'on sache trop comment ni pourquoi, l'anémie se développe très-souvent lorsque les fonctions de l'utérus se troublent; tantôt c'est parce que la menstruation s'établit tardivement, mal, s'arrête ou devient excessive; tantôt parce que le travail si actif et si paissant de la grossesse se développe. Dans ces deux cas, on voit paraître un ensemble de symptômes assez distincts de tous les autres pour qu'on en ait fait une maladie désignée sous le nom de chlorose des jeunes filles et des femmes grosses.

La femme, à l'époque de l'établissement des règles, tend à l'anémie; en sorte qu'on pourrait considérer cette affection comme liée au développement même de la constitution et à la révolution naturelle qui s'accomplit au moment de la puberté. D'une part, l'altération du sang et les troubles nerveux; de l'autre, l'éveil des fonctions utérines, sont deux faits positifs dont la cause nous échappe entièrement. Ils nous expliquent seulement les phénomènes morbides observés, la décoloration, les trouble nerveux, le bruit de souille vasculaire, les palpitations et tous les autres signes de l'anémie.

2° Chez d'autres sujets, l'anémie prend naissance et se développe, parce que le système nerveux est en proie à des troubles profonds et durables, parce que les sujets vivent au milieu d'influences débilitantes, parce qu'ils

ANÉMIE

sont mal nourris, mal aérés, privés en partie de la radiation solaire, ou soumis à une dépense excessive de force musculaire ou d'innervation c6rél)rale; en un mot, les agents de stimulation leur font défaut ou leur proportion est diminuée. Alors le sang n'apporte plus à la nutrition les matériaux qui lui sont indispensables; tout languit, et l'on voit paraître l'anémie qui a reçu le nom de spontanée et à laquelle l'épitliète d' idiopalhiqiie convient également aussi bien qu'à la chlorose.

3° Si les causes précédentes, c'est-à-dire si la diminu- 3° Anémie tion ou l'altération des aliments du sang, sont sous la '^des''a1^|"ei!i' dépendance immédiate et fatale d'une lésion d'organes, du sang, alors encore l'anémie prend naissance; et pour la distinguer de la précédente, on doit lui donner, par d'excellentes raisons cliniques, le nom (ï anémie symptomatique qu'il faut lui conserver. Ainsi agissent la plupart des maladies chroniques qui s'attaquent au trépied de la vie, cerveau, poumon et cœur, auxquels il faut ajouter le tube digestif, cette source féconde, à laquelle le sang va puiser sans cesse ses matériaux les plus indispensables. Il nous suffîra de citer les névroses cérébrales, la phthisie pulmonaire, les affections du cœur, le cancer de l'estomac, de l'intestin et du foie, pour montrer que l'anémie symptomatique est la compagne ordinaire d'un grand nombre de lésions organiques.

Ainsi la physiologie pathologique nous apprend, ce que la clinique pure avait mis hors de toute contestation, savoir que Taltération du sang est constante, dans des maladies dont le siège et la nature sont très-diflérents , parce qu'elles agissent toutes de la même manière. Elle nous laisse dans un embarras plus grand lorsqu'il s'agit d'expliquer pourquoi l'anémie se développe lorsque les

ALTÉHATIONS DU SANG.

fonctions utérines sont suspendues, excitées, altérées, en un mot, d'une façon quelconque. Est-ce une raison pour l'ériger en une entité morbide distincte des autres espèces d'anémie? Nous ne le pensons pas pour des motifs qui seront exposés plus loin.

L'anémie est un L'anémie est pour nous un genre dans lequel nous genre qui a ses ^rouvons exactement les mêmes espèces que dans les

espèces

et ses variétés, autres maladies. Nous avons donc, comme pour celles-ci, une anémie idiopathique essentielle dont les espèces sont : 1° /a chlorose avec ses deux variétés : (A) chlorose de la puberté ; (B) chlorose de la grossesse ; 2° une anémie spontanée qui se produit dans des conditions très -différentes.

Dans les anémies symptomaliques ou plutôt consécutives, nous trouvons un très-grand nombre de variétés que nous indiquerons plus loin.

Nous traiterons successivement : 1° des symptômes communs à toutes les anémies ; 2° des caractères propres aux différentes espèces que nous avons admises. Nous nous servirons pour cette étude des documents nombreux que nous avons recueillis depuis un grand nombre d'années. Notre conviction est faite sur un grand nombre de points; nous écrivons donc, sans le moindre embarras, l'histoire des anémies.

Sympiômes de Vanémie en général. Pour comprendre quelque chose à la symptomatologie, il est utile de rappeler plusieurs faits que la physiologie nous a révélés. La diminution de l'élément excitateur, remplacé par une sérosité plus abondante , provoque des troubles nerde rirritabiiité. ygyx qui annoncent tout à la fois une diminution et une perversion de l'irritabilité. Les phénomènes sont à peu près identiques à ceux qu'on produit en soumettant les

Symptômes de l'anémie en général.

Ils tiennent en grande partie  la diminution

ANÉMIE. 585

animaux à des pertes de sang plus ou moins répétées. Le sang chez les anémiques agit donc comme s'il était en moindre quantité ; nous avons dit que cette diminution n'avait jamais été prouvée , par aucune expérience positive, et ne le serait probablement jamais.

Les symptômes principaux caractéristiques ont leur symptômes siège dans les appareils vasculaires et nerveux. Les bat- ei Tascufaires. tements du cœur sont en général plus ou moins énergiques, selon l'état de l'innervation. Les bruits plus clairs s'entendent dans une grande partie de la poitrine, à l'épigastre et dans les carotides , où il faut prendre garde de confondre ce double bruit avec le bruit artériel. On trouve quelquefois leur timbre normal ; le plus ordinairement , il existe un bruit de souffle à l'origine de l'aorte , qui est dû au prolongement du premier bruit du cœur, derrière le sternum (i). Il est rare qu'on trouve autre chose que de l'inégalité et de l'irrégularité dans la contraction cardiaque. L'intermittence n'a lieu que dans les cas de perturbation très-grande du système nerveux, après la marche ou des mouvements violents. Les palpitations incommodent les malades dès le début, et deviennent un desphénomènes les plus pénibles, parce qu'elles reparaissent sous l'empire du mouvement, de la digestion et de toutes les causes capables d'agir sur le système nerveux et circulatoire. La lipothymie et la syncope se remarquent dans les formes les plus intenses. Nous avons vu succomber plusieurs sujets par ces syncopes cardiaques.

(1) Nous nous servirons toujours dans cet ouvrage de la théorie de Rouannet, qui explique les bruits du cœur uniquement par la vibration membraneuse des valvules oriculo- ventriculaires et artérielles. Les recherches nombreuses que nous avons faites sur ce sujet, et toutes celles que l'on doit ;\ tant d'observateurs, ne laissent aucun doute sur la théorie du double claquement. Nous citerons particulièrement le mémoire si net

ALTÉRATIONS DU SANG

Frémissement On seiit dans les vaisseaux situés à droite du cou, plus vibratoire senii purement cà Grauche, un frémissement vibratoire que nous

avec les doigts " ' i

sur le trajet des avons fait Connaître le premier en 1 85o (i) , et qui est pour vaisseaux du cou. ^^^^ signe le plus coustaut et le plus caractéristique de l'anémie commençante ou confirmée. On le trouve aisément en plaçant le doigt en dehors de l'attache inférieure du sterno-mastoïdien, le long du bord supérieur et à l'extrémité interne de la clavicule. Il faut faire abaisser, fléchir la tête et la porter du côté gauche, afin que les tissus soient un peu tendus. En exerçant alors une pression variable, que l'habitude seule peut donner, on sent d'une manière très-distincte, sous la pulpe du doigt, ce signe est plus une vibration fine et plus ou moins superficielle, tout à

cert,/in que le . ,

bruit du souffle, fait semblable à celle que produit une corde d instrument qui a été pincée et qui accomplit ses vibrations transversales, ou mieux encore aux ondulations que provoque un liquide qui s'écoule d'une façon continue, dans un tube à parois flexibles. C'est même en raison de l'identité de ces deux phénomènes et d'autres preuves physiques et cliniques qui ont été longuement développées ailleurs, que nous avons admis que le bi'uit et le frémissement ont leur siège dans les grosses veines du cou (2). Il suffît d'avoir éprouvé une seule fois la sensation dont il s'agit pour la retrouver dans tous les cas. Nous préférons ce signe au bruit de souffle, parce qu'il est facile de toucher le cou avec le doigt sans effrayer les

et si probant de MM. Cliauveau et Faivre, de Lyon {Mvmoire sur la physiologie du cœur, présenîé à l'Académie des sciences, juillet 1855), dans lequel ils achèvent de ruiner la tiiéorie anli-physioUigique, anti pathologique de M. Beau, espèce de paradoxe qu'on s'étonne mén)e de voir mentionné dans quelques ouvrages récents.

(1) Études sur les brmts cardiaque et rasculaire dans l'état physiologique. Revue médico-chirurgicale, année 1850.

(2) Mémoire cité; Études sur les bruits cardiaque et vasculaire, etc.

ANÉMIE

malades, que les bruits sont souvent fugaces et dissipés par des causes très-légères, que souvent, enfin, on n'a pas à sa disposition un stéthoscope au moment où l'on a besoin de s'assurer de l'existence réelle de l'anémie.

Les veines du cou offrent aussi un reflux régulier (pouls veineux) ou irrégulier, qui n'a rien de constant.

Les vaisseaux du cou, les veines suivant les uns, les Double bruit artères suivant d'autres, sont le siège de trois espèces de transmh^dlns bruits anormaux qu'il ne faut pas confondre: i° d'un icsvaisseaux double bruit, qui est celui de systole et de diastole cardiaque entendu dans l'artère, et qui témoigne de l'intensité et de la clarté des bruits du cœur; 2° d'un bruit de Bruit artériel souflle intermittent, qui correspond à la diastole arté- f,|iernl'iuet,t. rielle et se passe dans ces vaisseaux ; 3° enfin, d'un bruit continu de souflle qui est pour nous un bruit de courant continu'' ai? bruit veineux continu , dont le ton et le timbre sont variables ; de comam tantôt sourd, lointain, tantôt clair, sibilant, doux, rude, sanguin, ronflant, musical, plaintif, etc.

Nous avons constaté ces bruits intermittents dans les fémorale et brachiale. Le bruit de souflle continu s'est fait entendre, à une petite distance des vaisseaux du cou, dans deux casque nous avons sous les yeux. Au-dessous de 80 en globules, le souflle est constant, suivant M. Andral; cependant on peut encore l'entendre lorsque les globules sont au-dessus de ce chiffre.

Le pouls est soumis, plus encoi'e que le cœur, aux in- nu pouls fluences que subit l'innervation elle-même. Aussi le trouve-t-on tantôt large, développé, ondulant, vibrant, comme dans l'insuffisance aortiquc ou récurrent; tantôt mou etdépressible, quoique l'artère reste large-, ou bien, enfin, petit, filiforme, insensible, même comme dans certaines anémies par hémorrhagies. Le pouls est ordinai-

anemiquc.

ALTÉRATIONS DU SANG

Décoloration des lissus membraneux.

Jamais d'iiydropisie.

rement régulier ou seulement inégal. Il s'accélère à un degré extrême dans quelques formes intenses d'anémie rapidement développées. Les artères vibrent souvent avec une force plus grande, dont les malades ont conscience. Ils entendent des pulsations dans la tête et la poitrine.

Les capillaires généraux renferment un sang moins riche en globules et, partant , moins coloré. On conçoit Pâieurdeiapeau. donc quc la peau se décolore très-rapidement et à un degré qui varie depuis la teinte pâle jusqu'à la couleur blanche la plus complète. C'est surtout à l'entrée des ouvertures naturelles , sur les membranes muqueuses de la conjonctive, du nez, les gencives, qu'il faut chercher la pâleur anémique. Les veines sont cutanées, s'effacent ou pâlissent.

Nous devons, en parlant de la circulation capillaire, nous demander si l'altération du sang, quand elle est parvenue à un degré extrême, n'entraîne pas la formation de l'hydropisie. Nous avons rencontré, comme tant d'autres praticiens, un peu d'œdème aux pieds , au bas de la jambe, un peu de bouffissure au visage ou aux paupières, mais jamais d'anasarque, jamais d'hydropisies. Nos études cliniques, formulées en notes précises , que nous avons actuellement sous les yeux, ne nous permettent pas d'hésiter à ce sujet. Nous affirmons que, dans les anémies spontanées ou idiopathiques dans lesquelles on a constaté l'hydropisie, il existait quelque complication capable d'en rendre compte, ou bien l'altération du sang n'était plus celle de l'anémie: l'albumine était certainement en quantité moindre, {yoyez Hydropisie.)

On doit aussi rattacher au trouble de la circulation capillaire et générale la sensation de froid que les anémiques éprouvent dans tout le corps et surtout aux extré-

Sensation de froid.

ANÉMIE

mités. Cependant la température réelle n'a point changé ; elle est de 57 à 38° centigr. (1).

La diminution de la stimulation normale due au sang altéré ne tarde pas à être suivie de symptômes nerveux de tous genres. Les malades sont tristes, abattus, mélancoliques; leurs facultés intellectuelles languissent, ainsi que la contractilité. Ils cherchent le repos; les moindres mouvements sont pénibles, suivis de palpitations, d'essoufflements , et même de lipothymie. Parmi les lésions de la sensibilité, on doit surtout noter les vertiges, les bruits d'oreille, le trouble de la vue, la céphalalgie, augmentant quand les malades sont debout, parce que le cerveau reçoit alors moins de sang. Le sommeil est léger, nul ou interrompu par des rêves.

Les phénomènes névropathiques doivent surtout attirer l'attention des médecins autant qu'ils occupent le malade. Ils sont, en effet, très-pénibles, et consistent dans des névroses du sentiment et du mouvement. L'accroissement de la sensibilité générale et spéciale se remarque souvent : de là les névralgies faciales, dentaires, des migraines, l'excitation de quelques sens, tels que celui de la vue, de l'ouïe, les névralgies intermittentes et dorsolombaires.

Les viscéralgies sont plus fréquentes encore. Le praticien doit être édifié sur leur véritable nature. 11 n'est pas un état anémique un peu considérable quinepuissedonner lieu à une ou plusieurs des névroses suivantes : 1° à toupies symptômes de la gastralgie, depuis la plusbénigne jusqu'à la forme hypocondriaque la plus intense ; 2°à l'entéralgie, à la névralgie cardiaque ; 5° à des douleurs utérines, à des

Troubles cérébraux.

Troubles des sens.

Névroses cl névralgies.

Viscéralgies.

(1) Andral, Essai d'hématologie, p. 60.

590 ALTÉRATIONS DU SANG

accès de dyspnée, qu'on ne peut expliquer que par les troubles du système nerveux. Il serait impossible, sans entrer dans de grands détails, de donner une idée complète des formes variées que revêtent toutes ces névroses, chez les anémiques. Nous ne pouvons que résumer leurs caractèi'es généraux en disant que toutes , sans exception, peuvent se manifester dans l'anémie extrême. Pour terminer, par quelques exemples tranchés, nous rappellerons que des convulsions générales éclampliques, des paraplégies , ou la paralysie de quelques réservoirs, ne peuvent s'expliquer souvent que par l'altération du sang qui fait l'anémie. On parvient k les guérir en traitant cette dernière.

Troubles La respiration , libre et facile, s'accélère par le moinrespiratoires. mouvement OU lorsqu'il survient des palpitations, ou pendant le travail de la digestion. Quelquefois la respiration est anxieuse, irrégulière , lente ou très-rapide, comme on le voit après les pertes de sang. Plusieurs malades ont une petite toux sèche et des attaques de dyspnées dont nous avons déjà parlé.

11 est rare que la digestion ne s'altère pas. L'appétit est nul ou capricieux , et variable de jour à autre. La digestion se fait lentement et péniblement avec production de gaz , de borborygmes. On observe aussi des coliques, des renvois, des vomituritions, des vomissements et une constipation plus ou moins opiniâtre.

caracL-Tcs de R'en dc plus variables que les symptômes présentés irine anémique, pg^j. l'appareil génito-uriuaire. Ordinairement l'urine présente les caractères spéciaux qui lui ont fait donner le nom d'urine anémique. Elle est acide, souvent pâle, comme de l'eau distillée. Elle contient autant ou moins d'eau que dans l'état normal; moins de sels et surtout d'urée,

ANEMIE

Troubles des ronclions géiiilalus.

De la menstrualion.

Leucorrhée.

d'acide urique et d'urates ; leur densité est moindre ; quelquefois nous les avons trouvés neutres, contenant des carbonates et des phosphates de chaux.

Dans le cas où le trouble des fonctions génitales n'a pas été le point de départ de l'anémie, comme dans la chlorose et les pertes séminales, on peut étudier l'influënce de l'altération du sang sur le développement des symptômes génitaux. Les organes génitaux, comme tous les autres, tombent dans un état de débilité ou de surexcitation. La première se traduit chez les femmes par l'aménorrhée ou la diminution du flux cataménial, par la stérilité ou par des troubles menstruels , tels que des métrorrhagies, et surtout par l'altération du sang des règles, qui devient pâle, séreux, semblable à de l'eau faiblement rougie. L'excitation vénérienne est variable , tantôt nulle, tantôt accrue. Ordinairement une leucorrhée abondante se déclare. L'homme est moins sujet aux troubles des fonctions génitales. Sans nier que les pollutions nocturnes , les pertes séminales et la surexcitation des organes générateurs ne puissent être le résultat de l'anémie, nous croyons qu'elles en sont plutôt la cause. Du reste , on ne peut arriver que très-diflicilement à connaître la vérité sur ce sujet.

L'anémie se développe et marche à la manière des maladies les plus chroniques. Elle ne se révèle d'abord par aucun symptôme tranché. Le début en est insidieux ; de développement les signes qui se manifestent, d'abord, sont la pâleur simpiômcs. des téguments, la faiblesse et les troubles nerveux. Les modifications des bruits cardiaques et le frémissement vibratoire se montrent de très-bonne heure. On ne doit jamais négliger de les rechercher dans les cas douteux. Leur intensité croissante sert à mesurer les progrès de la

Marclic de la maladie.

Mode

ALTÉRATIONS DU SANG

maladie. Viennent ensuite les symptômes des névroses du sentiment, de l'intelligence et du mouvement, qui, après avoir pris une grande intensité, cèdent et disparaissent à mesure que le mal guérit.

Point de périodes On ne peut établir aucune période tranchée dans l'adisiincics. iiémie. Les seules divisions pratiques, qui ont depuis longtemps fixé notre attention, correspondent à des symptômes qui marquent l'intensité croissante du mal. Dans une première période, on ne trouve encore que la décoloration commençante, des bruits et un frémissement vasculaire légers et fugaces ; dans une seconde, les troubles de l'appareil locomoteur, la faiblesse, les palpitations, l'essoufïlement pendant la marche; dans une troisième, les signes prononcés des névroses de la sensibilité , et les viscéralgies ; dans un dernier degré, les symptômes de l'asthénie portée jusqu'à la syncope cardiaque, et à l'impuissance, sinon la paralysie, des organes locomoteurs (i). L'anémie est Daus la louguo Gt trop durable carrière que parcourt

le plus souvent i. / -i ,a ,» . ^ >..,

durable et rebelle 1 anémie, les symptomcs vont S accroissant ou s atténuant à toute suivant la médication et l'influence des causes morbifiques. Une fois développée, elle devient en quelque sorte une diathèsequi fait partie delà constitution, qui a de la peine à s'en séparer, et qui influence toutes les maladies qui surviennent pendant qu'elle règne. Le praticien est obligé de la combattre sans cesse, parce qu'elle reparaît avec ses symptômes, au moment où il la croyait guérie, et ce n'est qu'après plusieurs années, par l'effet des modifications, que l'âge, les conditions sociales apportent, plutôt que par la thérapeutique , que le sujet finit par se

(1) MM. Andral et Gavarret ont établi trois degrés de chlorose, d'après l'intensité de la lésion du sang : 1" degré , diminution des globules entre JOO et 90; 2« degré, entre 60 et 90; 3» degré, entre 60 et 28.

ANÉMIE

débarrasser de son mal. Les hommes dont la raison n'est

obscurcie par aucun préjugé reconnaîtront avec nous

que les anémies spontanées cèdent plus à l'hygiène qu'à

l'action des ferrugineux et des corroborants. Elles se

tei'minent rarement par la mort, et celle-ci est alors

l'eflet d'une complication ou de l'adynamie croissante;

cependant nous avons vu quelques exemples de ce genre.

I. Anémie spontanée ou idiopathique. La diminu- nei'anémio , , , , T , sponlanée

tion des globules du sang peut arriver, sans que nous ou idiopathique. puissions surprendre la moindre lésion, ni découvrir aucun ti'ouble prédominant dans une fonction ou dans un appareil. Dans la ci)lorose des jeunes filles et des femmes grosses, nous sommes fondé à croire que les modifications que l'utérus subit ont une grande part à l'altération du sang. Nous décrii-ons d'abord ces deux espèces d'anémie. Une troisième est celle qui tient à des troubles de l'innervation, de la digestion, etc.

i" Espèce. Anémie des jeunes filles; chlorose, do yloypoi:, Anémie vert. Pâles couleurs. Elle n'est pas exclusive à la femme; '^'^ la puberté les jeunes gens y sont quelquefois exposés aux approches des jeunes niies. de la puberté. Elle se montre avec plus de fréquence de causes, douze à vingt qu'à toutes les autres époques de la vie. Nous ne considérons l'influence de la constitution, du tempérament, de la localité, du climat, des professions, de l'alimentation , que comme des causes prédisposantes secondaires.

Le rôle que joue le trouble de la menstruation nous uôie important semble bien autj-ement important. Nous ne pouvons nous /i"^' j""!*"' empêcher de penser que le point de départ de tous les génitales dans le accidents chlorotiques est, dans la plupart des cas, l'a- "ÎJ^g^âmEL? ménorrhée ou la dysménorrhée : on a prétendu , il est vrai , que ces troubles de la menstruation étaient conséj. 38

594 ALTÉRATidkê bu SANG.

clitifs à l'altération dû sdhg ; qii'ën i-écdrlàtituaht Cëldl-ci; eh rëridaiit la fbrcë à tdûâ les systèmes, ëji rétablissant leâ règles, on faisdlt cësset- là clildrosë. Les mêmes eiîets pourraient être dbtënus lors même fjue l'utérus ën serait le point de départ. Un argument tout à fait décisif, eil faveur del'influencë qii' exerce bet di'gàne sur la|)roductidri dë là chlorose, est tii-é de l'idëntité qu'olfi-e l'altération du sang dans la chloi-ose et la grossëssë ; on sait que les globules diminuent par le fait de ce dernier état , et qu'il s'établit prësque toujodi's iiiie chloro- anémie. On peut donc soutenir, avec quelque raison, que dans la chlorose le trouble des fonctions génitales , et de l'innervation qui en est la suite, sdnt bien les seules causés de l'altération du san^'. Nous hë parlons iciqlië des caiises de l'anémié des jeunes lilles, et non dë toutes cëlies quë les auteurs ont accumulé indistinctëment dans leur étiologie , cdramune à toutes les espèces d'anémie. Nous en faisons grâce au lecteur.

Symptômes Sympiômcs. il fàut reconnaître que les symptômes de de là chlorose, chldrose ont quelque chose de spécial, qui a fait croirë à un assez grand nombre d'aUteurs qu'elle est entièrement distincte de 1 anémie. Ces dissemblances tiennent uniquement à ce que les causes de l'anémie du jeune âge diffèrent de celles qui déterminent les autres espèces d'anémie, surtout les symptomatiques. Si quelques phénomènes , fort secondaires, du reste, ne sont pas les mêmes, Ils ne (liffèreni il faut en accuser uniquement l'âge , le sexé et les con- '''VopresT'' ^i^^ons orgauiques qui y Sont inhérentes. Ainsi , là cod'auires anémies loratiou vive et rosée du visage, la tuigescericé des qu n^^^^'son çhaïrs, la conservation de l'embonpoint, la teinte blanche '"qlT.estlt" '"^^^ P^^"' l'intensité des bruits vasculaires, des provoqués, troubles intellectuels et moraux, de la gastralgie, s' ex-

ANÉMIE. 59îi

pli(}uént iikttlrellëmérit par les causes spéciales dont nous Les différences avons parlé. On ne peut admettre qu'une anémie, déve- la'chiomse' loppée chez une femme robuste, arrivée nouvellemétit de de

1 , 1, , ... , ranémie doivent

campagne, et douée d une bonne constititlion ; ou chez eire cherchées une jeune fille névropathique des villes, habituée à tous '^^"^ les cause», les plaisirs du monde, se traduira par les mêmes symptômes qu'une anémie produite par un cancer utérin ^ une métrorrhagie puerpérale, la douleur ou l'inanition ? Notre étonnement serait bien plus grand si ces diverses anémies se ressemblaient entre elles. Une lésion coiumune et identique les réunit toutes : cette lésion, c'est la diminution des globules. Qu'on ne vienne donc plus nous parler de dllFérences essentielles. Les seules que nous reconnaissions et auxquelles nous avons fait une large place clinique , consistent dans les causes qui nous ont servi à classer les anémies. Quant aux symptômes, nous les regardons comme fugaces et secondaires. Les hémorrhagies et les hydropisies qu'on a attribuées exclusivement à l'anémie et non à la chlorose n'appartiennent ni à l'uhé ni à l'autre, mais à deux autres lésions du sang, à la diminution de la fibrine et de l'albUmine.

Cependant nous ne pouvons passer sous silence l'hé- De l'hémorrhagic morrhagie nasale qUi se montre, en effet, chez un assez grand nombre de chlorotiques et se i-eproduit quelquefois avec une fréquence telle, qu'on est obligé d'y porter remède. Nous ignorons encore à quelle cause il faut rapporter cette hémorrhagie. Nous seiions tenté de croire qu'elle est l'effet d'une congestion purement locale qui s'effectue vers les fosses nasales. De quelle nature est cetté congestion?

La chlorose a pour caractère spécial de débuter en môme temps que les troubles de la menstruation, en sorte

596 ALTERATIONS DU SANG

que les symptômes de l'une et l'autre s'enchaînent étroitement. Bientôt les signes de l'altération du sang priment les autres et amènent surtout un état nerveux plus considérable dans la chlorose que dans les autres anémies ; ce qu'il.faut attribuer à la prédominance oi ganique et fonctionnelle du système nerveux propre à l'âge et au sexe des chlorotiques. Il est donc vrai de dire que les névralgies, la gastralgie, les troubles nerveux du cœur et du cerveau sont plus intenses, plus variés et plus rebelles dans cette maladie, et encore ne faudrait-il pas exagérer trop ces différences.

Chlorose 2® Espèce. A iicmie idiopathique de la grosi^esse. Dueenluerperaie. tièrcment à la diminution des globules que provoque le développement du nouvel être et l'intensité des fonctions utérines, l'anémie fait partie essentielle de l'état puerpéral que nous décrirons ailleurs et dont nous ne pouvons le séparer. (Voyez Èlat. puerpéral.) Anémie 5"^ Espèce. Anémie idiopalhique spontanée. Le sang lopaihique. -pu'ise scs matériaux à tant de sources différentes, qu'il suffit qu'une seule soit tarie ou seulement moins abondante, pour que ce liquide s'altère aussitôt; l'anémie est alors une suite de cette altération. Elle survient lorsque l'homme est épuisé, d'une manière lente ou rapide, par l'inanition volontaire, par une alimentation insuffisante ou grossière , par le séjour dans une prison , dans les mines (anémie des mineurs), dans un lieu froid, humide , privé d'air et des rayons du soleil , par un repos forcé ou prolongé ou bien au contraire par une dépense continuelle et excessive de ses forces musculaires, par une douleur physique (i) ou morale , par des travaux intellectuels exces-

(1) M. Clément a montré cette influence dans un mémoire intéres-^ant ; Académie des sciences, 15 juillet 1860.

ANÉMIE

Anémies syniptomaliques.

sifs , par des excès vénériens , par la masturbation , les pertes séminales ou un Ilux immodéré.

L'anémie provocjuée par des causes de cette nature se développe, en dehors de toute altération de texture appréciable, d'une manière insidieuse, et imite si bien la chlorose qu'on ne peut saisir de dillerence que lorsque la cause est connue. Lapeau oiïre une teinte pâle, un peu grisâtre, et en même temps paraissent tous les signes communs dont nous avons parlé; on observe seulement une émaciation assez rapide, la perte des forces, des troubles digestifs et de la diarrhée.

. II. Anémies symptomatiques. Presque toutes les maladies finissent par altérer le sang et lui faire perdre ses globules. Voici les principaux groupes qu'il convient de former :

1° Anémie symplomalique d'une maladie de Tap/^am'Z ^'""^ ""^'^dio

HT T> 1 1 1 1 T • l'appareil

circulatoire. Nous trouvons d abord les maladies qui trou- circulatoire, blent la circulation capillaire ou générale, et qui portent sur le centre circulatoire, telles que l'hypertrophie , les lésions valvulaires du cœur et toutes les maladies chroniques de cet organe.

2° Anémie symplomalique d'une allvralion dusang. Cette anémie se montre rapidement : i" après des hémorrhagies traumatiques ou d'autre nature (hématémèse, métrorrhagie, hémoptysie) ; 2° lorsque le sang perd de son albumine et de sa fibrine : alors l'anémie se complique d'hémorrhagie et d'hydropisie. D'autres agents morbides produisent la diminution des globules. Il sufiit qu'un sujet soit exposé aux émanations saturnines, pendant quelque temps, pour qu'il devienne anémique, sans avoir souvent pi éseiilé d'autres signes de la maladie saturnine que cette altération graduelle du sang. La colique , la

2' D'une alléralion du sang.

598 ALTÉRATIONS DU SANG

paralysie, l'encéphalopathie saturnine, soîit souvent accompagnées d'anémie. Il en est de même des maladies paludéennes lorsqu'elles sont invétérées, lorsque les accès et les lésions spléno -hépatiques ont amené une cachexie. Les intoxications mercurielles et iodique finissent souvent par la niême altération du sang. ' D'une maladie ^° Anémie symplomalique d'une maladie des voies respires'lliraToTres. l'atoires. Les tubei'cules pulmonaires, l'emphysème et le catarrhe chronique, apportent une trop grande gêne à l'hématose pour qu'on ne voie pas l'anémie se manifester souvent dans le cours de ces affections. » D'un trouble Anémie symplomotique d'une maladie du système ner-

l'innervation. , , i i / v / •

veux. Pour peu qu une névrose telle que la cnorée, 1 épilepsie, la catalepsie, la nosomanie, une violente névralgie, durent quelque temps, le sang perd de ses globules. On voit ce même effet dans les lésions chroniques du cerveau, dans les tubercules, le fongus de la dure-mère, etc. Les viscéralgies elles-mêmes, la gastralgie, la colique des pays chauds, d'abord entièrement indépendantes de toute altération du sang, finissent par produire celle-ci qui , à son tour, réagit sur la névrose. Souvent ainsi l'anémie est une cause de névralgies viscérales. D'une maladie 5° Anémie symplomaiique d'une maladie de l'intestin. Il infestinaie Suffira de rappeler que les symptômes de l'anémie

sont souvent le premier signe du cancer, du ramollissement, de l'ulcère, de l'estomac et de l'intestin, ainsi que des diarrhées incoercibles et des dyssenteries qui ont duré quelque temps ou qui ont récidivé. L'attention du médecin est souvent éveillée par le teint anémique que présentent des malades dont l'affection gastro-intestinale ne donne encore lieu à aucun symptôme bien tranché. Telle pst même la valeur séméiotique de l'anémie en pareille

ANÉMIE

occurrence qu'elle finit par conduire à la découverte du siège et de la nature de l'afTection.

Le cancer du foie, du péritoine, des glandes lymphatiques, du mésentère et du pancréas, s'annonce de bonne heure par la teinte anémique que l'on 4 désignée souvent sous le titre de cachexie, et qiii, en plTet, annpnce une profonde modification s^irvenue d^.nH ]^ solide aussi bien que dans les liquides.

6° Anémie symptonialique d'une maladie des reins. La 6° ^'^ne maladie déperdition incessante de l'albumine causée par l'aflec- '^*^'"^* tion granuleuse des reins, par une néphrite calculeuse ou goutteuse , par une pyelo-néphfite se compliquent trèssouvent d'anémie. On peut aussi rapprocher de çes affections le diabète qui finit toujours par Oter au s^ng ses quantités normales de globules. Chez les moutons, l'anémie se complique d'hydropisie; elle est due au dévelpppement des échinocoques dans le foie.

7° Anémie sympinwalique dçs pyrexies. Les malades 7» Des pyrexies. qui ont été atteints de fièvre typhoïde grave, d'pxan thème, d'érysipèle et de fièvre puerpérale, etc., tombent parfois dans un état anéniique qui prolonge beaucoup leur convalescence et se fait inême sentir quelquefois, pendant plusieurs années, surtout si l'on a afiaibli l'organisme par des saignées ou des évacuations impiodérées. On vqît quelques-uns de ces anémiques périr exténués, avant qu'on ait pu reconstituer leur sang et relever leurs forces (0«

En résumé, les maladies chroniques du poumon, de

(DM- Bourgade, ei) relevant C8 cas empruntés au ménnoire de MM. Andral et Gavarret , a trouvé que la douMc influencp de la fièvre et de la douleur diminuait la quantité des globules. Des altérations du sang dans Uur9 rapports arec les mfilfidies; Thèç., n" 132. Paris, 1846.

(jOO ALTÉRATIONS DU SANG.

l'estomac, du foie, de l'utérus, sont suivies des mêmes eiïels; on peut donc établir, en règle générale, que l'élément qui subit le plus facilement et le plus vite les atteintes d'une souffrance quelconque de l'organisme, est le globule; que l'albumine ne vient qu'en second lieu, la fibrine en troisième et très-tard.

Symptômes. Les symptômes communs à toutes les anémies dont nous venons de faire connaître les causes nombreuses, Ils difTèrcni diffèrentsous quelques rapports de ceux qui appartiennent dTcou^ ^ux anémies spontanées. En effet, la lésion des viscères et quiappaiiiennent la souffraucc dout il sout le siégc, modifient l'ensemble et aux^'ânémTcs ^cs symptômes. Le solide s'altère presque au même degré idiopathiques. ]q g^ug ; les chairs sont molles, exténuées, amaigries, en même temps que la peau devient pâle, grise, terreuse, sèche, ou couverte d'une humidité tenace, ce qui n'arrive pas dans les anémies spontanées et la chlorose surtout.

La faiblesse musculaire est aussi très-grande, mais on n'observe pas de troubles nerveux aussi intenses ; point de vives névralgies, point de gastralgies, ni de palpitations. La vie s'éteint sans exciter de réactions ni de sympathie dans les vîscères; la peau se refroidit très-sensiblement aux extrémités et dans toui le corps; les digestions sont lentes, difficiles, mais sans gastralgie ni tous les symptômes bizarres qui les accompagnent chez les chlorotiques. La diarrhée se montre plus souvent. La mort arrive au milieu de la cyanose, de l'algidité, lentement et après une longue agonie.

Influence lîifluence palfioghiique de l anémie sur les autres ma- ^elmaudies!" Lorsqu'uue affection locale ou générale se déclare

chez un sujet anémié, elle reçoit, de l'altération du sang, des modifications essentielles dans ses symptômes, sa

ANEMIE

BOl

marche et son traitement. Les études liématologiqiies nous ont rendu un service signalé, en nous apprenant à faire la part de la maladie intercurrente et de la lésion du sang. Les eflets, qui dépendent uniquement de cette dernière, sont aujourd'hui faciles à saisir. Outre les symptômes vasculaires et cardiaques et la décoloration que l'affection aiguë peut cependant eflacer, pour un instant, on observe une prompte dépression des forces et des désordres nerveux qui donnent h la maladie une forme adynamique souvent très-grave : des symptômes inusités, tels que des palpitations, des lipothymies, delà dyspnée, etc. ; une marche irrégulière, des symptômes insidieux, latents ou mal dessinés, etc.

A toutes les époques, les praticiens avaient remarqué L'anémie favorise que les malades cachectiques, loin d'être exempts d'in- développement flammation , périssaient souvent à la suite d'un travail de riniiammaiiou de cette nature développé sourdement dans quelque p^us'^grà've. viscère. L'altération anémique du sang nous permet de mieux comprendre aujourd'hui l'influence pathologique qu'elle exerce sur le développement des phlegmasies. En effet, la diminution des globules fait prédominer l'élément fibrineux, absolument comme dans l'inflammation, avec cette difl'érence que celle-ci élève le chiflVe de la fibrine, d'une manière absolue, tandis que l'anémie ne l'élève que relativement , parce que les globules diminuent. On explique ainsi la forme et la consistance du caillot, qui est pour ainsi dire deux fois couenneux, couenneux par l'anémie, couenneux par la phlegmasie; la violence des symptômes fébriles , la chaleur cutanée, la fréquence du pouls et les réactions vives qui se passent du côté du cerveau et de tout le système nerveux. Il est rare que la phloqose anémique ne prenne pas, dès le

ALTÉRATIONS DU SANG

principe, une marche at9,xo-adynamique très-alarmg-nte. Ceux qui ont observé le rhumatisme articulaire chez des individus très-anémiés, savent combien les accidents sont mobiles, changeants, disposés à s'arrêter court, pour recommencer ailleurs. Souvent aussi les phlegmasies excitent une suppuration prompte, des ramollissements et des symptômes de résorption purulente La phlébite capillaire a une grande tendance à se développer chez les blessés et à la suite des opérations graves , parce que les malades, affaiblis p^-r dos pertes de sang, de longues suppurations, par la douleur, la diarrhée, en un mot tontes les causes d'épuisement, et par conséquent d'anémie, sont prédisposés, par l'état de leur sang, à contracter des inflammations suppuratives. Si le chirurgien ignore ce fait important et croit que la faiblesse s'oppose au développement de l'inflammation, il commet une erreur grave, que le médecip sait éviter depuis longtemps.

L'anémie n'empêche ni la fièvre, ni l'hémorphagie, ni l'hydropisie; mais elle ne les produit jamais. Nous nous sommes expliqués trop souvent sur ce point pour avoir besoin d'y revenir.

Indications Indications thérapeutiques. On doit établir d'abor^ que érapeuiiques. j'g^^^^^jg contre-iudique l'emploi de la saignée dans le traitement des maladies, lorsque celles-ci sont inflammatoires , parce que la saignée a pour effet d'accroître sûrement l'état anémique et d'agir dans le même sens que lui. Il faut donc chercher une autre médication qui puisse remplacer le traitement antiphlogistique. Nous avons yu plusieurs fois le rhumatisme articulaire , traité par des saignées répétées , se perpétuer et niettre les malades en danger de mourir, parce que l'anémie et le rhumatisme s'accroissaient à mesure qu'on saignait davantage. Sans

LIEUCÉMFE.

doljte on ne peut pas défendre , d'une manière absolue , les déplétions de sang lorsqi^e l'cwémie complique une phlegmasie ; mais il faut être très-circonspect dans l'emploi de ce moyen thérapeutique.

L'indication h remplir pour mettre fin h l'anémie idiopathique, la seule qui doive nous occuper ici, est de rendre au sang sa constitution propre, à l'aide d'agents qui paraissent jouir de cette propriété. Les ferrugineux ont une réputation justement acquise , mais à laquelle il ne faut se confier, qu'à la condition d'en soutenir les effets par une excellente alimentation, par l'exercice musculaire et la stimulation du système nerveux opérée à l'aide, soit des toniques, soit des bains froids, de l'hydrothérapie et de toutes les influences qui agissent favorablement sur les facultés morales et affectives.

Page 1