lieueocytliéinie; cachexie , dyscrasie leiichémifiues
Nous avons déjà décrit deux genres d'appauvrissement De la du sang qui représentent assez bien les états morbides anciennement connus sous le nom de cachexie. Il faut y ajouter un troisième genre d'appauvrissement qui a une existence bien démontrée aujourd'hui ; nous voulons parler de l'accroissement pathologique des globules blancs du sang. On a donné à cet état morbide le nom de leucocythémie.
On désigne sous le nom de leucémie ou leucocylhè- Définition. mie (i) une altération du sang caractérisée par l'aug-
(1) Dérivé de )>£'jxov blanc, et de aîaa sang, ou de 'XeGxoç blanc, xô-ro; cellule, et al(j.a, c'est-à-dire sang avec corpuscules blancs; ce dernier nnot est je mieux composé; il a le tort d'être un peu long. L'honneur delà dé couverte de cette maladie appartient à Virchow , et remonte à 1845 {Froriep's ttotix, n° 780, 18-45).
ALTÉKAÏlONS DU SANG.
mentation insolite et considérable des globules blancs , peut-être par la diminution des globules rouges. A cette altération correspond un ensemble de symptômes morbides qui se rapprochent de ceux qu'on trouve dans toutes les cachexies.
Division La leucémie est-elle une nouvelle espèce nosologique, des leucémies. ^^^^ entité qui a ses lésions et ses symptômes propres?
Jusqu'à présent on l'a toujours rencontrée avec d'autres altéiations appréciables; cependant nous ne rejetons pas d'une manière absolue l'existence d'une leucocijthémie idiopalhiquc. Elle est due presque toujours à une maladie de la rate, du foie ou des glandes lymphatiques, et mérite la dénomination de leucocyiliémie sxjmptomnlique. Nous avons déjà trouvé ces deux divisions dans l'histoire des anémies.
Nous examinerons successivement : i" Les caractères chimiques , microscopiques, symptomatiques, communs à toutes les espèces de leucémie; 2° nous parlerons ensuite de la leucémie idiopathique et symptomatique.
La maladie dont nous allons parler est encore à l'étude , et malgré le grand nombre de documents qui existent déjà , on doit dire qu'il règne encore une grande incertitude sur beaucoup de points. Du reste, nous avons eu nous-même occasion d'observer un assez grand nombre de fois la leucémie pour pouvoir vérifier et soumettre à un examen critique approfondi les opinions émises sur sa nature et ses causes, caracières Caraclèrcs microscopiques et chimiques du sanq. Dans
microscopiques , , , .
du sang. 1 état uormal, le sang renferme une petite proportion de globules blancs. On les trouve plus abondants pendant
Quantité i v • i
des la digestion et la grossesse. Ils deviennent si nombreux globules blancs, par l'eiïet de la leucémie, qu'ils peuvent approximative-
LEUCÉMIE. 60f>
ment se trouver dans le rapport d'un à trois ou quatre avec les globules rouges , comme chez un jeune sujet atteint d'hypertrophie énorme de la rate , dont nous venons d'examiner le sang au microscope. Les globules blancs peuvent être observés dans le sang tiré d'un doigt par une piqûre, ou dans les caillots blancs du cœur; ils sont surtout abondants dans la veine splénique.
Les globules blancs ont de 0,80 millim. à o,i2omillira. de diamètre. Ils sont très-régulièrement sphériques , pâles et remplis de granulations fines, qui rappellent assez bien celles qui sont contenues dans les cellules de pus. Ils n'ont pas tous le même volume; quelques-uns sont deux fois plus grands que les autres. En y ajoutant de l'acide acétique, on aperçoit très-bien un noyau ovalaire plus ou moins allongé , ou semblable à un fer à cheval; autour la cellule devient transparente avant de se dissoudre. Plus tard, enfin, on voit très-distinctement d'un à quatre noyaux qui se touchent et finissent par se séparer, en se disposant d'une façon différente par rapport les uns aux autres (1).
L'analyse chimique laisse beaucoup à désirer. Les ré- Analyse sultats en sont variables et doivent l'êlreen effet, puis- ses S'iau assez que la leucémie accompagne desorganopathies de nature variables, très-diverse. Les uns ont trouvé une augmentation notable de la fibrine (5 à 7/1000) ; dans d'autres cas, elle était à l'état normal. Les globules rouges descendent au
(1) Cotte disposition a été tr(>s-bien décrite et figurée par M. Bcnnett, d.Tnt l'ouvrage important renferme une excellente description de la maladie: Leucocythemia, ur while cell blood, in-8, Edlnh.-Lond., 1852, p. y(> et suiv. — Nous devons également citer les travaux remarquables de Virchow; Gesammelte Abhnndl. zur Wissenchaft medic, extrait dans
les Archives générales de médecine, février 18SG. - Voyez encore pour la bibliographie un mémoire de M. Vidal, De la leucocythémie splénique, in-S°, Paris, 1856.
ALTÉRATIONS bù SANG.
chiffre de 67 ëtmême 49 ; lës éléments solides du fe'érUiii diminuent et l'èau augmente (de 790 à 881).
Sous beaucoup de rapports , le sang ressemble à celui des anémiques. La diminution des globules rouges , par rapport à la fibrine, nous rend compté de la coagulation rapide du sang , dont le caillot est petit, rétracté. Nous avons vu souvent , sous le rtiicroscope, de la fibrine, en réseaux élégants, qui environnaient les globules blancs et rouges.
Lésions Lesiotis aualomique^. Les organes qui offrent presque anaiomiqucs. (.Qi^gi^^Q-iment dcs lésious sont la rate, le foie et les gan- Kiies ont leur wiions IviTiphatiques. La première présente une hvper-
ùgc dans la raie, , / . ,
les gan. lions trophic souvcut cousidérablc, des altérations diverses dé lymphatiques structure , parmi lesquelles on doit citer l'induration,
et i C 1 0 1 c •
générale ou partielle, les colorations jaunes ou brunâtres, et le ramollissement. Le foie est hypertrophié, cirrhosé, cancéreux, congestionné à différents degrés. Les glandes du mésentère, et celles des autres parties du corps telles que le cou, l'aisselle, la poitrine, subissent une hypertrophie considérable. Leur tissu est blanc oU jaunâtre, moins consistant qu'à l'état naturel. Les trois Organes dont nous venons de parler, ou au moins deux d'entre eux, sont le siège d'âltérations constantes, eii sorte qu'on est fort embarrassé pour dire à laquelle de ces altérations est due la leucocythémie. Symptômes. Symplômes. La maladie atteint tous les âges et tous les sexes. Elle a pour cortège un groupe de symptômes fort variables, parmi lesquels figurent plus spécialement: iMa fièvre , qui offre des redoublements marqués, des intermittences ou les caractères de la fièvre hectique , ce qui est le cas le plus commun ; 2° des hémorrhagies, surtout par le nez, l'estomac, l'intestin; 5" des troubles
LEUCÉMIE3 éO^
gàâirb-înteâtitiàux , les vôiiiissëHients et la diarrhéé, pliis rarement la constijiation ; 4** des hydropisies Iréquentes, l'ascitë, l'œdème des extrémités inférieures et l'aiiasarqué; 5° là, pâleur, l'amaigrissement général; 5" eiifin, quelques troubles de la respiration , ou des pliénomènes accidentels, comme la jaunisse, l'albuminurie, etc.
Parmi tous ces symptômes , il n'en est pas un seul qui cài-actérise la leucémie, si ce n'est la présence des globules blancs du sang , qu'on be doit jamais manquer de rechercher pour arriver au diagnostic de la maladie.
Leucucyiliémi€idiu[jalhi(jue. Quelques auteurs ont élevé De la là leucéiiiie au rang de maladie essentielle. Nous pensons 'e"cocyiiiemie
" ^ iQiopathique.
comme ëux qu'elle se développe spontanément; mais il est impôssiblé de dire, quant à présent, dans quelles conditions morbides survient cette altération du sang. On ne sait pas plus où se passe l'évolution pathologique des globules blancs qu'on ne sait où se forment les globules rouges. On a imaginé un grand nombre d'hypothèses. son
^ 111111 • • t véritable siège
On suppose que les globules blancs naissent en quantité inconnu, insohte, et que la génération des rouges est diminuée ; que les premiers ne sont qu'une élaboration moins parfaite ou moins complète des seconds. 11 est impossible de placer le siège de la maladie dans la rate, quoique la lésion de cet organe soit la plus fréquente de toutes, car on a rencontré des cas dans lesquels cet organe était sain, les glandes mésentériques et hépatiques oflVant seules des altérations. Il faut donc rester dans une sage réservé sur la cause de la leucémie idiopathique et attendre dé nouveaux faits.
Leucocylhèmie symplouialique. Celle-ci renferme à peu Leucocyihémie près tous les cas rapportés jusqu'à ce jour. Nous avons sympiomaiique. vu que les maladies les plus difi'érentes du foie, de la
ALTÉRATIONS DU SANG
Lésions rate, des ganglions, du mésentère, des glandes lympha-
anatomiques. . , , „ • » • • i
tiques externes, dj la mamelle pouvaient être suivies de l'accroissement des globules blancs du sang. Irons-nous en conclure, avec les auteurs, qui ont écrit un peu trop précipitamment l'histoire de la leucémie, que ce sont bien ces maladies qui déterminent l'altération du sang? Les lésions anciennes de la rate, du foie, les adcctions glandulaires introduisent dans la nutrition générale de tels désordres, qu'on serait surpris de voir le sang conserver sa composition chimique normale. Au milieu des troubles profonds que subissent toutes les fonctions, notre esprit ne peut encore rien démêler de positif ni remonter jusqu'à la cause. Pourquoi un cancer du foie ou de la mamelle produisent-ils la leucémie aussi bien qu'une hypertrophie chronique de la rate?
Symptômes. Si de la lésiou nous passons à l'étude des symptômes l'obscurité devient encore plus profonde. 11 a plu aux auteurs de rapporter à la leucémie l'intermittence ou la rémittence de la fièvre ; mais on la trouve dans toutes les hypertrophies de la rate et des maladies très-diverses du foie, qui ne produisent pas la leucémie. Les hémorrhagies par le nez, par l'estomac, par l'intestin ne lui appartiennent pas davantage, puisque nous avons prouvé dans notre mémoire sur les liémorrhagies de provenance hépathique qu'elles dépendent des maladies du foie (i). Nous ne pouvons pas non plus admettre que l'ascite, l'œdème et l'anasarque soient un des effets de la leucémie, car les affections du foie, de la rate ou des reins, trouvées précisément dans ces circonstances, les provoquent ordinairement. Nous ne connaissons donc
(1) Des hémorrhagies produites par les maladies du foie, Archives générales de médecine, p. 641, juin 1854.
DIMINUTION DE L'ALBUMINE. 000
jusqu'à présent aucun symptôme qu'on soit en droit de rapporter à la leucémie. Elle est la conséquence forcée , le degré ultime des altérations profondes du solide et des liquides qu'on rencontre dans un grand nombre de dégénérescences viscérales. Des analyses quantitatives rigoureuses des principaux éléments du sang sont indispensables pour que l'on puisse se faire une juste idée de la cause et de la nature de cette altération du sang.
On voit donc que, sans refuser d'admettre l'existence d'une altération du sang caractérisée par l'accroissement des globules blancs, nous devons cependant faire toutes nos réserves, en présence de l'assemblage incohérent de lésions, de symptômes, de causes dont se compose jusqu'à présent l'histoire de la leucémie.
Nous terminerons par une remarque que fera naturellement tout homme initié à l'étude de l'antiquité. Nous sommes ramenés sans cesse, par la direction positive que prend la pathologie , vers une idée que Galien avait développée avec la prévision du génie ; à savoir, que la rate est chargée d'extraire du sang certains matériaux devenus inutiles ou nuisibles, afin d'élaborer, de purifier ce liquide. Les altérations graves qu'il subit lorsque cet organe est lésé, et la leucémie spécialement, conduisent à faire un retour vers les temps passés.
s. — Des altérations il« l'albumine du sans comme élément de maladie (Dyscrasie albumineuse).
L'étude des altérations de l'albumine, quoique pour- nyscrasie
. . ^ 1 , 1 • T i 1 albiimineuïe.
suivie avec ardeur par les médecins de tous les pays, ne renferme encore que des données provisoires, sur lesquelles il est difficile de fonder une description générale. I. 3()
{ALTÉRATIONS DU SANG
Division des dyscrasies albumineuses.
1° Dyscrasie albutnineuse idiopalliique.
Cependant, noiis devons chercher à coordonner les faits qui existent déjà dans la science , à les mettre dans tout leur jour, parce qu'ils ont déjà éclairé plusieurs parties obscures de la pathologie humorale.
Définition Nous considérerous comme une dyscrasie , comme une de la dyscrasie. cachcxie Spéciale, que nous appellerons albumineuse, un état moibide dû à la diminution primitive ou consécutive de l'albumine du sang.
1° Une première division comprend la dyscrasie albumineuse idiopalhique ou essentielle i qaï est marquée par la diminution primitive et spontanée des quantités normales de ce principe , soit qu'il ne se forme plus en quantité suffisante, soit qu'il se détruise en trop grande proportion. Dans les deux cas, il en résulte des accidents généraux qu'on observe dans la grossesse, l'éclampsie, l'inanition , la convalescence de la scarlatine , etc. Il n'existe nulle part de lésion organique qui puisse être regardée comme la cause de la lésion du sang. L'expression d'albuminurie doit être pi'oscrite pour les cas de ce genre, puisqu'il peut y avoir dyscrasie albumineuse sans albumine dans l'urine. L'albuminurie n'est qu'une des causes de la maladie.
a" Dans une seconde division se trouvent rangées toutes les dyscrasies albumineuses syinplomaliiiues d'une maladie de reins (albuminurie proprement dite), de la cachexie paludéenne , d'une maladie du cœur, des hémorrhagies, etc. Leurs symptômes ordinaires sont l'albuminurie, l'hydropisie , les convulsions. Cependant, un ou plusieurs de ces accidents peuvent manquer, sans que l'altération caractéristique du sang fasse défaut. Il faut donc s'habituer à regarder la perte d'albumine comme une affection du sang , qui peut être avec ou sans albuminurie.
2» Symptomalique.
DIMINUTION DE L'ALBUMINE
Nous décriions successivement, i° len aUhaliom et lea symp(ô»}€s covimwu à tontes les pertes d'albumine; i" les perles idiopaibiques; 5° symptonwiiqiies iCalbiDnine.
Allêraliom du, sang , communes à toutes les dijscrasies albumineuses. On porte généralement la quantité d'albumine contenue dans le sang à 68 p. looo. Elle représente les matériaux organiques renfermés dans le sérum, et forme, avec les 8 parties des matériaux inorganiques, les 8o parties des matériaux solides de ce même sérum ; elle peut s'abaisser à 6o , à 5o et même plus bas encore, à 3o et 52. Une diminution de 4 à 8 p. lOoo de sang constitue déjà une altération dont il faut savoir reconnaître toute l'influence pathogénique (i) . L'eau augmente souvent dans une proportion assez considérable, et monte aux chiffres de 86o, 890, et plus encore (chiffre normal, 790). La densité du sérum diminue aussi notablement; les globules restent à l'état normal, et quand ils diminuent , l'état anémique vient compliquer la dyscrasie albumineuse. La plus grande diminution de l'albumine se remarque dans la maladie de Briglit, lorsque l'urine entraîne avec elle le sérum du sang (y).
Les propriétés physiques du sang diffèrent de ce qu'elles sont à l'état normal : le caillot est volumineux, mou, imprégné de sérosité, noirâtre, avec une couenne imparfaite à sa surface. Si le sang est anémique en même temps, la couenne est épaisse comme dans l'anémie simple.
Altéra lions du sang.
Propriétés physiques du caillot.
(1) M. Mareska, dans une belle relation des maladies qui ont ravage les Flandres belges, à la suite de la disette de 1847 et 1848, parle des accidents formidables développés sous cette funeste influence. Plus de vingt analyses du sang ont démontré que l'albumine était tombée à 30 et 32/1000.
(2) Nous devons citer un travail important de MM. Becquerel el Vernois sur ce sujet: De l'albuminurie et de la maladie de Dright, in Mouiteur des hôpitaua!, juillet 185fi.
ALTÉRATIONS DU SANG
Symptômes Symplùmcs commufis à toutes les pertes d'albumine. La communs à louies g^^j^ diminution de ce principe immédiat est accompa-
les cachexies * ^ , . ~
albumineuses. gnée d'accidcnts graves, qui témoignent de l'action funeste exercée par le sang, sur les principaux appareils, et spécialement sur les sécrétions et le système nerveux.
i°Hydropisies. 1° Hydropisies. Le tissu cellulaire général et, vers la fin, les cavités splanchniques se remplissent de sérosité : ce que l'on a attribué à la diminution de densité du sang, et à r exosmose de son sérum, rendue ainsi plus facile. Nous montrerons ailleurs qu'il n'y a pas seulement passage mécanique , mais élaboration vitale de la sérosité épanchée, puisqu'elle contient toujours moins d'albumine que la sérosité du sang (voyez Hydropisie) . L'anasarque ou la bouffissure du visage seulement sont des signes ordinaires de la cachexie albumineuse. Ils peuvent n'exister à aucune époque de la maladie , quoiqu'elle produise alors les accidents les plus graves (délire, coma, convulsions éclamptiques, mort).
Nous n'avons pas besoin de rechercher la proportion de ces cas d'albuminurie sans anasarque; ils sont peu nombreux mais plus que suffisants pour mettre hors de doute un fait essentiel, à savoir, que l'altération du sang avec perte d'albumine peut exister sans produire l'hydropisie.
s» Albuminurie. 2° Albuminurie sans lésion. L'écoulement d'une quantité variable d'albumine par l'urine est un effet non moins fréquent de la maladie. Dans la lésion granuleuse du rein, la quantité d'albumine rendue par l'urine est considérable , et le degré d'altération du sang en rapport avec la perte; mais dans d'autres cas, le passage de l'albumine se fait sans qu'il existe le plus petit changement de texture dans la substance rénale. Celle-ci alors
DIMINUTION DE L'ALBUMINE. t)l3
se laisse traverser par la sérosité du sang , absolument comme les capillaires généraux. Il en résulte une sorte d'hydropisie rénale, qu'on ne peut mieux comparer qu'à celle qui a lieu pareillement dans le tissu cellulaire général et dans les cavités splanchniques. L'albuminurie, sans lésion de texture du rein , sert à caractériser la cachexie albumineuse essentielle qu'on rencontre pendant la parturition avec ou sans éclampsie, dans l'inanition et dans les cachexies cancéreuses.
3° Troubles nerveux cérébro-spinaux. Les médecins an- 3" Troubles glais et les allemands ont étudié avec soin cette forme de cérébrr.^pinaui. cachexie idiopathique dans laquelle l'albuminurie et les hydropisies peuvent manquer. Mais en l'absence de ces signes on en trouve d'autres non moins caractéristiques, convulsions Ils consistent en vertiges, étourdissements, amaurose, i éclampsie. bruits d'oreille, surdité, céphalalgie violente ou sourde, attaques convulsives épileptiformes , pendant lesquelles les sujets écument, perdent connaissance et rendent les urines et les fécès involontairement (éclampsie des femmes en couche). Il survient ensuite de l'assoupissement, du coma, de la sterteur, du délire et de la paralysie ; puis tout cesse pour reparaître, une ou plusieurs fois, à des intervalles plus ou moins rapprochées. Ces accidents peuvent enlever les sujets en quelques heures, se prolonger pendant plusieurs jours, et revêtir une forme chronique. Ils s'accompagnent ou non des signes caractéristiques de la cachexie, à savoir, d'anasarque et d'albuminurie.
En l'absence de ces derniers symptômes on éprouve quelques difficultés pour reconnaître la nature des accidents cérébraux. Les lésions manquent souvent; dans d'autres cas, les méninges offrejit un faible épanchement séreux auquel nous avons peine, avec beaucoup d'a.u-
ALTERATIONS UU SANG
Symptômes cacliectiqucs proprement dits.
Terminaison et mort.
Cachexie albuminense idiopalhique.
leurs, H attribuer les symptômes généraux de la maladie. Ils nous paraissent être comme eux l'effet de l'ahération du sang.
Dans les formes aiguës et chroniques de la perte d'albumine on observe, outre les trois groupes précédents de symptômes, qui sont les plus importants de tous, ceux qui appartiennent à l'anémie ou à ce qu'on appelait anciennement la cachexie; teinte terreuse sub-jaunâtre de la peau, ou décoloration grisâtre sans transparence, flaccidité extrême des chairs, avec ou sans bouffissure du visage, bruits de souffle intermittents, continus comme dans l'anémie, palpitations, dyspnée au moindre mouvement, faiblesse extrême, courbature, céphalalgie, affaissement moral, hébétude, voix cassée ou affaiblie, sentiment de froid surtout aux extrémités, marasme souvent porté à l'extrême, avec infiltration de la partie inférieure des jambes, tendance au sommeil, à l'assoupissement, pouls petit, faible, d'une lenteur très-marquée, si ce n'est vers la fin, où il s'accélère et s'accompagne de chaleur et de sécheresse de la peau, comme dans l'état fébrile le plus prononcé ; l'urine est pâle, anémiqu'e, albumineuse ou non.
Dans la forme aiguë la mort est ordinairement produite par des accidents cérébraux, ou par le progrès de l'hydropisie qui envahit les grandes cavités splanchniques. Dans la forme chronique le marasme, la diarrhée, une phlegmasie intercurrente du cerveau, de la plèvre, du poumon entraînent souvent la mort des sujets.
1'* ESPÈCE. Dyscrasie alOumineus<\ idiopalhique ^ .s/)onlanèe^ primilirr. Nous ne connaissons, quant à présent, que les conditions morbides suivantes, au sein desquelles la dyscrasie albumineuse prend naissance, sans qu'on découvre aucune altération appréciable :
DIMINUTION DE L'ALBUMINE
1" La grossesse pendaLUt laquelle l'albumine du sang causes, diminue très-sensiblement; cette lésion existe quelque- Grossesse, fois seule, et concourt au développement des symptômes anémiques qu'on observe toujours. Souvent elle s'accompagne d'anasarque, d'albuminurie et d'éclampsie. Nous étudierons ailleurs^ l'influence pathogénique de cette altération du sang. (Voyez État p^terpèraL)
2° La brusque altération des fonctions de la veau. On suppression
. de l'exhalatio
a tenté, a 1 aide d enduits imperméables appliqués a la cuunée. surface de la peau des animaux, de diminuer la sécrétion d'acide carbonique et l'exhalation cutanée. On a prétendu que la composition chimique du sang s'altérait, et que l'albuminurie, avec ou sans maladie rénale, était souvent la suite de cette lésion ( i ). La lecture attentive de ces expériences intéressantes ne nous a nullement convaincu. D'ailleurs il faudrait que le sang eût été analysé, et il ne l'a point été, dans les cas de ce genre. Cependant on est porté à croire que les accidents convulslfs, l'anasarque et l'albuminurie qu'on voit paraître subitement chez des sujets exposés à un froid intense et humide, tiennent à une altération du sang qui a été provoquée elle-même par la diminution rapide des fonctions de la peau. Ces faits sont encore à l'étude. (Voyez Hydropisie.)
On doit rapprocher des cas de ce genre les anasarques scarlatine, sans albuminurie qui se déclarent dans la convalescence de la scarlatine. L'altération des fonctions de la peau est la cause probable des phénomènes morbides qui ne s'expliquent par aucune lésion du rein ni d'un autre organe.
(1) Fourçault, Causes générales des maladie» chroninucs y p. I i2, in-S", Paris. m\.
ALTÉRATIONS DU SANG
Inanition.
Cachexie albumineiise des alTaniés.
Altération (lu sang et des organes.
5° L'inanition. Lorsque la nourriture de l'homme devient insuffisante ou malsaine, le sang s'altère profondément dans sa constitution propre, et la cachexie albuminurique est une des manières d'être de cette altération. Elle se traduit souvent, mais non nécessairement, par l'hydropisie. L'historien Joseph raconte que cette maladie fut très-commune pendant le siège de Jérusalem. Grégoire de Tours dit aussi que, pendant les grandes calamités qui désolaient si souvent la France à l'époque où il écrivait, un grand nombre de malheureux mouraient hydropiques. Ces accidents ont été encore indiqués par Gaspard, par Peddie, par MM. Warlomont et Mareska. Nous emprunterons à ce dernier auteur les principaux traits du triste et véridique tableau qu'il a retracé de la disette des Flandres (i).
Ce fut encore par l'effet de la rareté extrême des subsistances que la maladie se développa en iSZjy et 18^8. Les lésions qui appartenaient spécialement à la cachexie albumineuse étaient les suivantes : les matériaux solides du sérum s'abaissèrent à 3o et 32 dans vingt-deux analyses du sang; les globules restèrent à leur chiffre normal ou s'abaissèrent quelquefois jusqu'à 100. On trouvait le cerveau pâle , de la sérosité épanchée dans les ventricules, ainsi que dans la plèvre et le péricarde; le cœur était mou, blanchâtre; caillots fibrineux dans les cavités gauches ; poumons infiltrés de sérosité; muscles pâles ; tout le corps exsangue et privé entièrement de graisse.
(i) Académie de médecine de Belgique, séance du 25 mai 1850, compte rendu très-détaillé in Gazette médicale, p. 781 , même année.— Voyez aussi le mémoire de M. Warlomont, Sur une épidémie de fièvre éruptive obsenée à l'hôpital militaire et dans les prisons de Bruxelles en 1847.
DIMINUTION DE L'ALBUMINE
Les symptômes de la cachexie albumineuse ne furent symptômes, pas moins caractéristiques que les altérations cadavériques : couleur pâle ou terreuse de la peau , membranes muqueuses des lèvres et de la bouche, décolorées, visage bouffi, œdème des extrémités, haleine fétide, prostration extrême des forces, hébétude, indifférence pour tout ce qui entourait le malade , somnolence , besoin du repos d'où il ne sortait qu'avec peine pour prendre les aliments qu'on lui offraii ; bouche mauvaise, langue sale; anorexie; dégoût pour la nourriture, quelquefois gastralgie et appétit surexcité ; respiration lente , profonde, suspirieuse; pouls petit, lent ou fréquent; bruits de souffle dans les vaisseaux ; chaleur du corps abaissée surtout aux extrémités. Vers la fin , le marasme était porté à un tel point que l'on apercevait les os, et que les muscles ne pouvaient soutenir les malheureux qui, d'ailleurs, ne cherchaient plus à faire le moindre effort pour changer de position. Ils se refroidissaient graduellement et périssaient sans agonie. La diarrhée en emporta un trèsgrand nombre; d'autres succombèrent à un typhus exempt de toute lésion intestinale. Les hémorrhagies étaient rares : nouvelle preuve que la lésion du sang qui fait la dyscrasie albumineuse peut rester indépendante jusqu'à la fin de la défibrination qui produit le scorbut, et de la diminution des globules qui engendre l'anémie.
Tous ceux qui ont observé, soit en Angleterre, soit Développement dans d'autres pays, les effets de l'inanition chez les pau- iTceL^In^cuL vres qui viennent mourir chaque jour dans les maisons maladie, de Charité ou de Force ont retrouvé ces mêmes symptômes. Souvent ils se développent lentement , d'uue façon insidieuse, parce que l'inanition étant incomplète permet au malheureux, non pas de vivre, mais de mourir
ALTÉRATIONS DU SANG
Cachexies albumineuses symplomaliques.
Dyscrasie symplomalique d'une alléralion
du sang cl des organes circulaloires.
Cachexie paludique.
Cachexies spécifiques.
graduellement et en détail. On trouve encore des philanthropes assez maladroits pour nier la mort par inanition. Ils l'attribuent sans doute à la maladie ou à quelques mauvaises passions dont les ailamés se sont rendus coupables.
Dans la dyscrasie idiopathique dont nous venons de mettre le triste tableau sous les yeux du lecteur, l'altération du sang est facile à concevoir. La digestion gastrointestinale ne fournit plus à ce liquide les matériaux nécessaires pour nourrir et stimuler convenablement les organes. L'albumine n'est point reproduite, et cependant il s'en dépense une certaine quantité pour les besoins de la réparation. L'albuminurie et les hydropisies, quand elles existent , en soutirent une autre quantité.
2" ESPÈCE. Dyficrasie albumineuse sijmptomatique. Elle a pour caractère d'être sous la dépendance d'une maladie évidente qui altère le sang.
1° Discrasie par alUralion du sang. Nous placerons en première ligne les affections qui s'attaquent directement au sang lui-même , telles que les hémorrhagies traumatiques, puerpérales ou provoquées par l'art lorsqu'elles sont abondantes , trop répétées : celles que produisent le cancer gastrique, utérin, les tubercules du poumon, etc. Après avoir causé d'abord l'anémie, elles déterminent la cachexie dont nous racontons l'histoire , en diminuant les quantités normales d'albumine.
Viennent ensuite les altérations du sang par le miasme paludéen lorsqu'il a longuement détérioré la constitution. On a donné le nom de cachexie paludéenne à cette maladie générale. Faisons remarquer qu'elle peut être due à une anémie ou à une leucocy thémie. (Voyez ces mots.)
On doit plaçer dans cette même classe les cachexies
DIMINUTION DE L'ALBUMINE
saturnine , mercurielle et même syphilitique parvenues à un degré extrême d'intensité.
Les maladies du cœur déterminent souvent, à une époque avancée , un trouble mécanique si grand , dans la circulation capillaire, que des désordres graves ne tardent pas à éclater. Sans parler des hydiopisies et de l'albuminurie qui enlèvent au sang des quantités très-grandes d'albumine, il faut encore fa,ire la part de la congestion pulmonaire, qui gêne fortement l'hématose, et de l'hypérémie hépatique. Cette dernière donne lieu à une teinte subictérique et à la pénétration de la bile dans le sang ; elle doit contribuer à la cachexie qui ne tarde pas à enlever le sujet.
2° Dysrrasie par altéralion du rein. Nous devons mettre oyscrasie en seconde ligne les maladies du rein que MM. Bright , (i-LTe^ m^adie"du Ghristison, Andral, considèrent comme la cause la plus remcommune de la diminution de l'albumine. La perte continuelle et considérable qui se fait par le rein , pendant plusieurs mois, quelquefois plusieurs années, s'accompagne toujours de la cachexie albumineuse et souvent d'hydropisie. On voit le chiffre de l'albumine du sérum tomber à 5o° et même à 42°. La sérosité du sang perd beaucoup de sa densité. Les globules restent à leur chilfre normal; plus souvent encore ils diminuent, et alors la cachexie albumineuse se complique d'anémie. On conçoit que les symptômes de l'une et l'autre affection , qui diffèrent à peine, prennent alors une grande intensité. Nous admettons aussi que la congestion simple, mais répétée, du rein, peut amener une déperdition considérable de l'albumine du sang. symptomaiique
3° Dyscrasie par alléralioii des organes digeslifs. Les '^'""'^ maladie
. ' des organes
cancers de 1 estomac, de 1 mtestm, la gastralgie simple , digestifs.
\ ITÉRATIONS DU SANG.
hystérique, hypocondriaque, causent, même indépendamment de toute hémorrhagie , de trop graves désordres dans la nutrition pour qu'on ne voie pas paraître la cachexie albumineuse sans albuminurie. Le même effet est dû à une diarrhée longue et incoercible ou à une dysenterie violente.
Dyscrasie 4° Dyscrasie par maladie du foie. Toutes les maladies sympiomaiique f^-g caucer, lacirrhose, les hydatides , l'hypertro-
d une maladie ' ■> j ' j i
du foie. phie et même les congestions chroniques ont, pour résultat très-ordinaire, la cachexie albumineuse. Nous l'avons observée dans toutes les affections qui viennent d'être indiquées, et dans l'ictère lié à des congestions chroniques, à une cholécystite simple ou entretenue par la présence de calculs biliaires. Nous ne connaissons pas de maladie qui excite la cachexie au même degré et aussi sûrement que les lésions hépatiques. La teinte de la peau est pâle, anémique, très-souvent aussi avec coloration ictérique.
De l'hydroémie MM. Andral et Gavarret ont trouvé une diminution notable d'albumine chez les moutons , parqués dans des lieux humides et nourris avec des herbes de mauvaise qualité. Ils deviennent hydroémiques. Dans cette maladie , l'albumine est abaissée en même temps que les globules; l'urine ne contient pas d'albumine. Il y a hydropisie. On sait que dans cette affection les canaux biliaires contiennent des milliers de douves {disloma hepalidis) . Nous devions opérer ce rapprochement, puisque les affections chroniques du foie chez l'homme sont presque toujours suivies d'un état cachectique à peu près semblable.
Nous signalerons enfin, pour terminer, la tuberculisation même limitée, soit du poumon, soit du cerveau, et à plus forte raison la cachexie tuberculeuse générale , enfin
des moutons.