‹ Traité de pathologie généraleChapitre 16 sur 112 · AYANT-PROPOS. XXIII · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS. XXIII

est utile; puis après ces représentations théâtrales où l'homme se met en scène bien plus que son idée, tout rentre clans le silence et l'oubli. L'effet produit n'en est pas moins désastreux. A force d'entendre dire qu'il faut des applications, on abandonne les études approfondies, générales ou purement didactiques; on craint d'être accusé de se livrer à de vaines spéculations, de n'être qu'un savant de cabinet, et de négliger ce qu'on appelle le côté pratique des questions. Ainsi languissent et ne tarderont pas à dépérir les grandes et fortes méditations dont les livres anciens sont remplis, qui élevaient la médecine au-dessus des autres sciences, et auxquelles nous supplions nos contemporains de revenir. A quelques exceptions près, la plupart des ouvrages sont surchargés de détails infinis et souvent leurs auteurs ne prennent pas la peine d'y jeter quelques idées générales, d'y opérer cette synthèse, ces rapprochements qui seraient cependant indispensables pour retenir la longue et insipide énumération des symptômes , des lésions et des causes; ou bien, s'ils sont contraints d'émettre quelques propositions générales, ils les relèguent sur le second plan, s'excusent de le faire et cherchent aussitôt à en déduire des applications au traitement et au diagnostic. Aussi voit-on s'appesantir de plus en plus sur la médecine la lourde atmosphère

XMV AVANT- PROPOS.

de l'utilité, nous allions dire de l'intérêt qui environne toutes choses et qui pénètre maintenant jusque dans le sanctuaire des sciences.

Nous comprenons aussi bien que personne que les études médicales doivent tendre vers l'utilité ; celte sage direction imprimée aux sciences doit être approuvée sans réserve. Mais sans dévier de cette route, on peut se permettre ce qu'il eût été dangereux de tenter lorsque Bacon traça les immortels préceptes dont on abuse aujourd'hui. « Il n'envisage la philosophie, dit d'AIembert, que comme cette partie de nos connaissances qui doit contribuer à nous rendre meilleurs ou plus heureux. Il semble la borner à la science des choses utiles (1). » L'esprit philosophique doit, tout en respectant les données de l'observation , s'élever vers des régions plus hautes, étudier la nature pour elle-même et non pour ce qu'elle doit rapporter immédiatement à l'homme.

A-t-on d'ailleurs réfléchi aux graves conséquences que peut a\oir pour l'avenir de la médecine la funeste direction que les utilitaires cherchent à lui imprimer? S'il était vrai qu'on dût négliger les études générales, les travaux d'ensemble lorsqu'ils n'ont

(1) Discours préliminaire de l'Encyclopédie , p. 137.

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