AVANT- PROPOS. XXVII
l'estime des hommes. Peut-être trouverons-nous une autre cause de cet amoindrissement dans l'abandon du culte des lettres , qui n'est pas moins nécessaire au médecin que le culte des sciences.
Les lettres lui apprennent de bonne heure l'art de bien penser et de bien dire. L'étude des œuvres de l'antiquité, indispensable à tout homme qui exerce une profession libérale , l'est plus encore au médecin dont l'esprit et le cœur seront soumis à de rudes épreuves pendant sa longue et ditficile carrière. Il faut qu'il s'y prépare dès l'enfance par la lecture de tous les grands écrivains de l'antiquité , par des études philosophiques approfondies ; qu'il ne néglige point d'entretenir avec eux ce commerce éclairé qui lui sera si utile plus tard pour orner la science, je dirai même pour la comprendre. Les médecins les plus illustres des temps passés et des temps modernes nous offrent cette union intime entre les lettres et les sciences. 11 nous serait difficile d'épuiser la liste de ceux qui s'y sont rendus également célèbres.
On serait tenté de croire , au premier abord , que les études littéraires ne sont pas indispensables au médecin. Quelques courtes réflexions suffiront pour prouver le contraire. Si durant les premières années de sa vie le médecin ne s'adonne pas avec ardeur
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à la pliilosophie et aux leilres, il ne pourra plus le faire avec le même succès, lorsque toutes ses facultés seront mises au service des sciences naturelles qui les réclament presque sans partage, et cependant qui oserait dire qu'elles sont inutiles pour éclairer la science , lorsque les grands médecins de la Grèce , de Rome et de la France ont proclamé dans un magnifique langage, qu'on n'entend plus qu'à de rares intervalles, que les lettres agrandissent la portée de notre intelligence, et nous font découvrir un horizon que nous n'aurions pas aperçu sans elles. Aujourd'hui, plus que jamais, nous avons besoin des lettres pour atténuer ce que les sciences ont parfois de rude, et cependant on les néglige, sous le prétexte que l'observation et l'expérimentation peuvent s'en passer. Mais l'expérimenlation dont ou abuse tant de nos jours, pas plus que l'observation la plus laborieuse et la plus intelligente, ne peuvent suflire, à moins qu'elles ne soient l'une et l'autre dirigées et vivifiées par la raison. Ceux qui semblent peu disposés à accorder à cette noble faculté l'empire des sciences oublient que les plus belles découvertes, les plus grandes conquêtes intellectuelles, sont dues à des hommes qui savaient unir à l'observation un esprit fortifié par la réflexion et exercé à comprendre les idées abstraites. C'est donc aux lettres et à la philosophie que le savant doit deman-