‹ Traité de pathologie généraleChapitre 28 sur 112 · ALTÉRATIONS DE LA MATIÈRE ET DES FORCES · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS DE LA MATIÈRE ET DES FORCES

d'éléments de la maladie, lorsque nous ne trouvons au- Maladies cune lésion à laquelle nous puissions les rapporter; nous ^" troubles

, . , . , , , fonctionnels ,

sommes alors contraints de considérer le phénomène idiopathiques, morbide, quel qu'il soit, comme la maladie même, et de essentiels, suivre le conseil donné par Galien, d'appeler provisoirement maladie tout symptôme, même le plus léger et le plus minime en apparence, quand nous ne savons à quelle lésion d'organe l'attribuer. L'école empirique était donc parfaitement dans le vrai, surtout au point de vue pratique de la question, lorsqu'elle affirmait que la collection de symptômes, le concours, comme elle le disait, est la partie la plus essentielle de la maladie, celle qui en donne la notion la plus vraie et la plus certaine.

Si le symptôme sans lésion de texture appréciable peut être regardé parfois comme la maladie même, il est plus conforme à la grande majorité des faits de n'y voir que la représentation , le signe de la maladie , et par conséquent de chercher toujours à remonter jusqu'aux lésions du solide et du liquide.

§ II. Des altérations de la matière et des forces. Divisions Le corps humain est composé d'une matière hétérogène '^^^en^'cjfîes^"^ dans ses différentes parties. Il possède comme tous les de la matière corps de la nature des propriétés physiques et chimiques ^^^^ forces. qui s'altèrent dans l'état de maladie. En outre, cette même matière organisée jouit de propriétés vitales qui se troublent également. De là deux ordres de lésions : les lésions physico- chimiques ou matérielles , et les vitales.

Altérations de la matière. Les anciens se sont sou- idées générales vent occupés de la forme primitive et élémentaire du jj,térJi^ons corps humain. Hippocrate, assimilant celui-ci aux autres de la matière, corps, le croyait formé de quatre éléments qu'il suppo-

30 CONSTITUTION DE LA MALADIE

sait altérés de différentes manières dans la maladie (i). Galien accepte cette doctrine, et la développe avec une profondeur de vue qui nous étonne encore aujourd'hui. 11 déclare que les éléments qui entrent dans la constitution du corps viennent de l'univers, sont apportés dans le sang par les aliments et les boissons, séparés par les veines de l'intestin, du foie, de la rate, par les capillaires, et enfin assimilés par les solides et les liquides. Admirable physiologie qui a été confirmée par les travaux de la chimie moderne, seize siècles après avoir été expo és par Galien. Ainsi, sous un langage différent se retrouvent des idées fondamentales identiques. L'école grecque et Galien pensaient que la maladie s'attaque aux éléments du corps. Les chimistes modernes ont prouvé que cette opinion est vraie dans un grand nombre de cas. Altérations de Les altérations des propriétés chimiques consistent : la composition i" dans la lésion de composition des éléments ; 2° dans chimique, l'altération des principes immédiats; 5" des principes médiats; 4° 6t de certaines propriétés chimiques telles que l'acidité, l'alcalinité, l'odeur et la saveur (propriétés organoleptiques de M. Chevreul).

1° Alléralion ALTÉRATION DE LA COMPOSITION ÉLÉMENTAIRE. On ne

de composition counaît cucore qu'un très-petit nombre de maladies dans

élémentaire. i n

lesquelles on a constaté les changements de composition dans les éléments. Quand l'analyse fait connaître leurs proportions, elle s'appelle analyse élémentaire. Je citerai comme type de cette altération la décomposition qui a lieu dans le corps après la mort. La formation des gaz acide carbonique, azote, de l'hydrogène sulfuré et carboné, des phosphates, de l'ammoniaque, de l'acide cyanhydrique,

(1) Traité de la nature de Vhomme.

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prouve jusqu'à quel point l'affinité chimique contre-balancée par la vie devient alors prédominante. Nul doute que sous l'empire de causes que l'on ne connaît pas encore, des gaz ne prennent naissance dans le sang, ou dans d'autres liquides, et n'occasionnent de graves accidents. Les gaz de la putréfaction se montrent aussi dans les cavités thoraciques et du péritoine , dans l'utérus , et dans l'intestin lorsque des matières liquides, le sang par exemple , y subissent la fermentation putride. Il en est de même dans l'épaisseur des tissus lorsque la vie s'y éteint (gangrène, ramollissement).

Dans l'état physiologique , on voit varier les quantités d'acide carbonique que le poumon exhale. Elles augmentent chez l'homme jusqu'à la puberté ; restent stationnaires jusqu'à la vieillesse, diminuent un peu dans la grossesse et pendant la menstruation. La maladie détermine-t-elle des changements semblables? On sait trèspeu de chose sur ce sujet. On a dit que dans la période algide du choléra la quantité d'acide carbonique fournie par le poumon était sensiblement moindre.

Les quantités d'un ou de plusieurs éléments diminuent ou augmentent dans les maladies. Ainsi, la proportion de pljosphate calcique est plus petite dans certaines formes de ramollissement des os. Elle est augmentée partiellement à la surface interne du crâne chez un grand nombre de femmes nouvellement accouchées, dans réburnification des os qui suit certaine forme de l'ostéite, et dans le crâne des idiots.

Les quantités de sels en dissolution dans le sang éprouvent une diminution très-grande dans plusieurs maladies ; les urates et l'acide urique, par exemple, augmentent dans la grossesse, la goutte, le rhumatisme. Les

CONSTITUTION DE LA MALADIE

2" Altéra lion des principes immédiats.

A. Lésion de quantité.

B. Lésion de qualité.

proportions d'eau s'accroissent soit dans les parties solides, soit dans les parties liquides de l'économie, entre autres dans le sang des anémiques; diminuent dans le sang des cholériques.

2° Altération de la composition immédiate du corps. La maladie s'attaque aux principes immédiats du corps, et les altère de plusieurs manières : i° dans leur quantité ; 2° dans leur qualité; 3° dans leur siège; 4° il peut arriver qu'un principe immédiat nouveau se forme dans l'économie.

A. Allèralions de quantité. A chaque instant la maladie empêche la production des quantités normales de certains principes immédiats nécessaires à la bonne constitution du corps et à la santé. On voit la fibrine diminuer dans les muscles atrophiés, dans le sang des sujets atteints d' hémorrhagies, accrue d'une manière très-considérable dans l'inflammation. La gélatine diminue dans les cartilages dont l'ossification s'empare. Même altération pour les liquides; la proportion d'albumine est moindre dans le sang des sujets atteints de dégénérescence des reins ; le sang de^ chlorotiques est plus pauvre en hématine. L'acide urique est absent de certaines urines très aqueuses, augmentées chez les gravelleux et les goutteux , les sujets qui souffrent du foie, et les fébricitants. On voit diminuer les quantités de beurre, de caséine, de sucre, chez la nourrice malade, affaiblie par une mauvaise alimentation (1). Ces exemples suffisent pour montrer combien les altérations des principes immédiats se développent fréquemment dans les solides, et surtout dans les liquides pendant l'état de maladie.

B. Altérations de qualité. Elles sont beaucoup plus rares. La fibrine de nouvelle formation que l'on trouve

(1) Simon : in Dumas, Chimie organique, p. 0.40.

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dans le sang après de fréquentes saignées est plus molle que la fibrine normale. L'acidité ou l'alcalinité d'un liquide remplacées par un état contraire suffisent pour caractériser une maladie.

G. Âlléralions de siège. Les principes immédiats ont une c. Lésions place déterminée dans les parties solides et liquides de l'économie ; il faut donc une perturbation notable de la santé pour produire un changement dans la situation de ces principes. L'albumine qui passe du sang dans l'urine caractérise nettement plusieurs états pathologiques locaux et généraux (maladies des reins, certaines hydropisies) . Il en est de même de la matière colorante jaune de la bile qu'on trouve dans les solides et les liquides lorsque le foie est malade. Le liquide de l'hydrocèle contient de la cholestérine ainsi que les poumons des phthisiques. La matière pigmentaire ne s'accumule-t-ellepas dans des tissus malades qui ne la présentent jamais dans l'état normal? On peut citer comme un des exemples les plus remarquables de l'altération de siège, le dépôt d'urate de soude et de chaux dans le tissu cellulaire extérieur des jointures, sur la synoviale et autour d'elle chez les goutteux.

D. Développement cVtin principe immédiat nouveau. Sous nèvcioppomcm l'empire d'une maladie qu'on appelle diabète, une matière '^'nouveau '^'^ sucrée prend naissance et passe en très -grande proportion dans l'urine et dans toutes les liqueurs de l'économie. Que ce sucre se forme normalement dans le foie, et qu'il se détruise ensuite, ou qu'il se produise seulement d'une manière pathologique , le seul fait à constater en ce moment, c'est qu'il existe dans des tissus où on ne le trouve jamais quand l'économie est saine.

On vient de voir que la maladie s'attaque à la composi-

3° Altération des produits médiats.

4° Altération des propriétés physiques.

34 CONSTITUTION [)E LA MALADIE

Lion chimique soit élémentaire, soit immédiate des corps qui entrent dans la constitution de l'organisme humain. Ce fait capital , que l'antiquité a considéré comme une vérité inattaquable, avait pris dans le moyen âge des proportions trop grandes pour ne pas résister aux attaques dont elle était l'objet; mais la chimie moderne, en lui donnant pour base irréfragable l'analyse et l'expérimentation rigoureuse, en la renfermant, d'ailleurs, dans de justes limites , a dissipé tous les doutes qui pouvaient rester encore dans les esprits. La seule question qui les divise est celle-ci : les altérations chimiques sont-elles la cause ou l' effet de la maladie?

5 Altération des produits médiats ou éloignés de l'organisme. Par produits médiats , on désigne les composés ternaires , quaternaires et même des matières formées d'un plus grand nombre d'éléments et de principes immédiats. Le sang, l'urine, la bile, la salive, le lait, etc., constituent des produits médiats dans lesquels l'analyse chimique seule peut faire découvrir les altérations de quantité des éléments et des principes immédiats. Kien de plus complexe que l'étude quantitative de chacune de ces parties constituantes. La chimie pathologique à qui l'on doit des découvertes importantes sur le sang, l'urine, le lait et les liquides , est peu avancée en ce qui touche les altérations des parties solides.

4° Altération des propriétés physiques du corps. Le corps humain présente les mêmes propriétés physiques que les autres corps de la nature; une ou plusieurs d'entre elles peuvent être altérées par la maladie. Si l'étude de la lésion se fait sur le cadavre , elle prend le nom d'analornie palhologique ; sur le vivant elle conduit à constater les altérations des propriétés physico-chimiques

ALTÉUATIOxNS DE LA MATIÈRE.

que nous avons fait connaître dans le chapitre précédent. (Voyez Phénomènes morbides, p. 24.)

Des altérations organiques. Sous le nom d'altérations organiques , on désigne les changements de texture des solides et de composition des liquides dont nous venons de parler. En jetant les yeux sur le domaine de la pathologie interne, ou voit d'abord que les maladies se partagent en deux classes. Les unes s'accompagnent de lésions de structure ; les autres ne sont caractérisées que par le trouhle des actes ou des fonctions. Les premières ont été appelées improprement maladies avec malière ou lésions anatomiques. Les secondes s'appellent dynamiques, vitales, par troubles fonctionnelles.

Les maladies avec matière s'accompagnent : 1» de lésions des solides ; a° de lésions des liquides.

La lésion des solides est: i° unique, 2° multiple, 5° existe en même temps que l'altération humorale ; 4° celle-ci peut eu être indépendante. Distinguons soigneusement ces quatre catégories de cas.

ï" Maladies avec lésion du solide. Nous trouvons ici deux genres distincts de lésions : A — les unes constituent toute la maladie; JB— les autres n'eu sont qu'un élément secondaire.

A. Lésion locale unique, qui doit être considérée comme le principal élément de la maladie. La lésion locale reste parfaitement circonscrite dans le lieu même qu'elle occupe depuis le commencement jusqu'à la lin ; partout ailleurs les organes et les fonctions jouissent de leur intégrité. On pourrait l'appeler lésion-maladie, parce qu'en elfet l'altération locale est toute la maladie , et que si l'on parvient à guérir la lésion on guérit la maladie. De ce nombre sont : la luxation, la déchirure d'un tissu, une

Altérations organiques,.

Division des maladies en celles qui sont avec ou sans lésion.

\° Maladies avec lésion du solide.

A. Maladie avec lésion]

[unique qui conslilue la maladie.

CONSTITUTION DE LA MALADIE

plaie, une fracture, le bec-de-lièvre etcertaines difformités. Ces cas sontplus communs en chirurgie qu'en médecine, parce qu'ils se développent sous l'empire de causes qui surprennent l'organisme au milieu de la santé sans avoir modifié à l'avance la structure ni les fonctions du solide.

La rupture dite spontanée d'une membrane, du cœur, de l'estomac, le volvulus, une hydropisie partielle par obstacle mécanique, l'emphysème pulmonaire traumatique, sont des maladies dans lesquelles la lésion est presque toute la maladie. Il en est de même de l'ulcération simple, de l'hypertrophie d'un tissu, de certaines hémorrhagies et hydropisies par causes locales. Nous ne voulons pas dire que la lésion est tout et que le trouble des actes n'est rien ; nous examinerons ailleurs le rôle des troubles fonctionnels; nous voulons établir pour le moment que le trouble de l'acte et la lésion se passent uniquement dans un point circonscrit du corps.

11 ne faut pas confondre avec les maladies locales une lésion qui, insignifiante en apparence, comme la plaie d'inoculation de la rage, de la syphilis , de la morve, sera suivie bientôt d'effets généraux terribles. Nous n'avons pas besoin de dire que la lésion n'est rien en pareille circonstance ; elle ne constitue qu'un moyen de pénétration dans l'économie. Un corps étranger, un parasite animal ou végétal sont des causes d'accidents locaux, et non des lésions maladies.

B. Maladie B- Lî'sion hcalc Unique, qui doit être considérée comme avec une lésion ^^^j èlèmenl secondaivc d'une maladie générale. Cette classe

unique qui i t

n'est qu'un elTet renferme presque toutes les maladies. Préparée ou non de la maladie. trouble partiel ou général de la circulation, de

l'innervation ou par tout autre acte vital, l'altération locale n'est plus qu'un des effets, qu'un des éléments de la

ALTÉRATIONS DE LA iMATIÈRE.

maladie. Le pathologiste qui ne saisirait pas ce double point de vue risquerait de prendre une fausse idée du mal et d'instituer un traitement imparfait. Comme exemple bien tranché de maladies appartenant à cette classe , citons certaines formes de congestions pulmonaires et hépatiques, d'hémorrhagies et d'hydropisies, la gravelle, certaines ulcérations, la gangrène, le ramollissement et d'autres maladies évidemment liées à un état général de l'organisme. On peut même, sans trop s'avancer, soutenir que les dégénérescences granuleuses des reins , la cirrhose, le goitre, le crétinisme, ne sont pas des maladies purement locales. Nous en dirons à plus forte raison autant de l'albuminurie, du cancer et des tubercules, quoique la lésion organique puisse être circonscrite dans les reins, le foie, le poumon ou dans uu organe déterminé.

2° Lésions multiples qui doivent être considérées comme 2° Maladies un élément secondaire de la maladie. Elles occupent plu- ^muiupies"^ sieurs organes ou plusieurs points d'un même système , et se présentent toujours sous la même forme. Il est facile de se convaincre, en observant les symptômes, que ceux-ci sont loin de dépendre de la lésion , du moins pour la plupart d'entre eux, et que l'influence sympathique ne peut pas non plus expliquer la forme, l'étendue, la nature des accidents. Les maladies qui peuvent être proposées comme type de ce groupe sont la goutte , la scrofule, les phlegmasies disséminées du rhumatisme et toutes les lésions des grandes pyrexies, des exanthèmes, etc. Personne aujourd'hui n'hésite à reconnaître dans les déterminations morbides propres à ces maladies les effets d'une affection générale. Ainsi, les tophus calcaires dans la goutte ; la carie, la nécrose , l'ophthalmie dans la scrofule ; les phelgmasies articulaires dans le rhumatisme ;

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3° Maladies avec lésion simultanée du solide et des liquides

la lésion des plaques de Peyer dans la fièvre typhoïde ; l'éruption cutanée dans les exanthèmes , quoique localisés et se montrant sous une forme identique, n'en sont pas moins des manifestations purement locales d'une maladie générale. Les désordres que l'anatomie et la chimie nous permettent de découvrir résident à la fois dans les solides et dans les liquides : à ce double titre les maladies appartiennent à la catégorie suivante.

5° Lésion simultanée du solide et des liquides. Malgré les travaux récents et les études microscopiques , nous admettons seulement par une analogie puissante sans doute , mais qui laisse quelque chose à désirer, que cette double altération existe dans les exanthèmes, le typhus, la fièvre jaune, la peste, la fièvre typhoïde, le choléra. Aussi ces maladies ont-elles été placées tantôt parmi les maladies du solide, tantôt parmi les altérations primitives des liquides. On peut hésiter sur le nombre des maladies qui doivent être envisagées de la sorte , mais non sur leur existence reconnue par tous ceux qui n'ont pas été exclusivement préoccupés de l'idée d'une lésion des solides ou des liquides. Qui voudrait nier que les congestions, l'angine pharyngée gangréneuse, les fièvres typhoïde , exan thématique , certaines hémorrhagies , sont sous la dépendance de la maladie du solide et des liquides?

Nous trouvons encore dans cette classe de maladies mixtes ces états morbides ou diathésiques dans lesquels on ne peut méconnaître l'intervention puissante du solide et des liquides , tels que les états puerpéral , bilieux , typhoïde , rhumatismal , goutteux , gastrique.

4° Maladie avec 4° DeS LÉSIONS HUMORALES OU DES LIQUIDES COMME ÉLÉ- ''^''Tma'aîie''^''' MENT PRINCIPAL DES MALADIES. On trOUVe daUS UU trèS-

humoraie). grand nombre de maladies les humeurs altérées à diffé-

ALIÉRATIONS DE LA MATIÈRE

rents degrés. Il faut distinguer deux cas : l'altération des liquides est l'unique élément dune malatlie locale, ou bien elle est l'élément d'une maladie générale.

A. On trouve, comme exemple d'altération humorale circonscrite et unique, les faits suivants : l'urine renferme de l'albumine dans certaines néphrites, de l'acide urique et des urates en grande proportion dans la gravelle, du sang dans l'hématurie des pays chauds, des zoospermes dans la spermatorrhée ; le lait moins de beurre ou de caséunî dans plusieurs maladies.

B. Nous donnerons, comme exemples d'altération humorale générale, toutes les maladies primitives du sang : chlorose, anémie, pléthore, scorbut, rhumatisme.

A côté de ces maladies figurent les altérations du sang par les virus animaux et hum^ains (rage, morve, syphilis), par les poisons végétaux et minéraux. Il importe de noter que, dans ce cas, tantôt les liquides seuls sont altérés et qu'on ne trouve aucun désordre dans le solide (rage, affections saturnines), et que tantôt la lésion du solide vient s'y ajouter.

L'étude des altérations conduit à une division naturelle des maladies que l'on trouve indiquée dans les plus anciens ouvrages, mais que Galien a su développer d'une manière si explicite et si complète qu'on doit lui en rapporter tout l'honneur. Elle a été reproduite invariablement par beaucoup d'auteurs qui n'ont pas même cité son nom. Il distingue : i° des maladies où les humeurs sont altérées sans que l'on découvre aucune lésion locale; 2° des maladies générales qui provoquent des lésions locales; 5" des maladies qui restent locales; 4° des maladies primitivement locales et se généralisant. Galien n'aurait pas marché plus sûrement dans la voie de la vé-

Lésion d'un seul liquide de réconomie.

Lésion de tous les liquides.

Division des maladies par Galien.

CONSTITUTION DE LA MALADIE

rité s'il avait eu pour s'éclairer le flambeau de l'anatomie pathologique.

De la valeur De LA VALEUR DES LÉSIONS MATÉRIELLES. ReCOniiaisSOnS

des lésions. ^j'ajjQrd que dans le premier des groupes que nous avons formés, la lésion et la maladie se confondent entièrement, et que clans les autres plus nombreux l'altération de texture est une partie tantôt essentielle, tantôt secondaire de la maladie. Lorsque celle-ci laisse après elle des désordres matériels, on peut soutenir qu'ils ne sont en quelque sorte que la preuve écrite des troubles fonctionnels antérieurs à la lésion , et qu'avant celle-ci les propriétés vitales , la sensibilité, la contractilité , étaient déjà altérées.

Dans ce cas, la lésion ne représenterait qu'une phase plus avancée et qu'un désordre matériel, ou tout au moins une partie constituante de l'afTection. Entre autres maladies de ce genre , nous citerons la goutte , la rougeole, le rhumatisme , la scrofule, dans lesquelles les concrétions périarticulaires , l'exanthème, la phlegmasie arthritique, la carie peuvent manquer sans que la maladie cesse d'être caractérisée par d'autres symptômes non moins manifestes.

Dans d'autres cas encore, l'altération, quoique constante, n'a été regardée que comme un élément secondaire de la maladie. Tel est précisément le rôle que l'on assigne à l'hypertrophie splénique dans la fièvre intermittente , à la lésion des plaques de Peyer dans la fièvre typhoïde, à la gangrène dans les maladies générales, au bubon dans la peste, aux hémorrhagies dans le typhus et le scorbut, etc. Il faut, en effet, reconnaître que dans tous les cas cités précédemment les lésions cadavériques ne donnent qu'une idée fort imparfaite de la nature et du

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siège de raffection. Cependant elles ont encore une grande valeur, parce qu'elles servent à caractériser ces maladies. Ainsi le bubon ne se montre jamais dans le typhus, ni les concrétions salines dans l'arthrite rhumatismale.

La preuve la plus péremptoire que l'on puisse fournir La lésion en faveur de la séparation nécessaire qui existe entre la ^^Îa'^^!j',"j5e '^^ lésion et la maladie, c'est qu'il existe un très -grand nombre de maladies sans lésion ; et elles ne sont ni moins graves ni moins bien caractérisées que celles qui s'accompagnent de lésion de texture (exemple, toutes les névroses). D'une autre part, nous connaissons parfaitement les altérations propres à un grand nombre de maladies , et cependant l'anatomie pathologique et la zoochimie ne peuvent nous révéler le véritable siège du mal. Dans la chlorose et le scorbut, l'altération du sang est démontrée par l'analyse chimique sans que nous sachions pour cela dans quelle partie du solide se passe le trouble fonctionnel primitif. Ainsi tantôt la lésion du solide, tantôt celle des liquides est manifeste sans qu'on puisse regarder l'une ou l'autre comme la cause de la maladie.

Une question fort grave , agitée dès la plus haute an- i«)?ions tiquité, partage les pathologistes modernes. La lésion da causes ou effets solide et des liquides est-elle la cause ou l'effet des trou- maladie ? bles fonctionnels ? En d'autres termes , la'maladie n'estelle d'abord et toujours qu'un trouble d'acte, une lésion dynamique, avant de devenir altération de texture?

Cherchons par l'analyse des phénomènes morbides , preuves de ceux de l'inflammation , par exemple , a découvrir la i'i„nammaiion. vérité dans une question aussi ténébreuse. Avant qu'aucune altération de texture se manifeste dans le tissu enflammé , il se produit d'abord plusieurs actes vitaux. Les vaisseaux' capillaires se contractent, puis se dila-

CONSTITUTION DE LA MALADIE

tent. Le sang s'arrête. L'apparition de la douleur prouve aussi que le système nerveux est fortement troublé; la tuméfaction et l'accroissement de la chaleur témoignent de l'activité de l'absorption et de la sécrétion. Bientôt cependant le sang s'altère; il stagne, laisse échapper de la fibrine sous forme granuleuse et globulaire, puis un produit nouveau qu'on appelle pus. La trame des tissus se ramollit, s'ulcère ou tombe en gangrène , etc.

Ce même sang , que nous avons vu malade dans la partie enflammée , s'altère aussi partout où il circule. Vous le puisez dans une veine, et vous trouvez que sa fibrine s'est accrue et que ses propriétés physiques ont changé.

La circulation générale prend une intensité insolite, la température du corps s'élève, et l'innervation, fortement troublée, est frappée tantôt d'affaiblissement et tantôt de surexcitation.

N'allons pas jusqu'à ces troubles fonctionnels généraux qui sont cependant nécessaires pour donner une idée exacte de la maladie ; arrêtons-nous exclusivement sur le travail phlegmasique local, et persuadons-nous bien que tous les actes vitaux ont été d'abord lésés avant que les altérations physiques et chimiques se soient produites. Si quelque sectateur exagéré de la lésion de structure voulait absolument expliquer le travail phlegmasique par un trouble primitif de la circulation et par quelques lésions matérielles, nous lui objecterions qu'avant eux les actes vitaux étaient déjà troublés , et que ce sont eux qui ont ouvert la scène pathologique.

Nous pourrions encore apporter bien d'autres exemples puisés dans l'histoire des flux, des hémorrhagies, des hydropisies, pour montrer que la lésion locale est sous

ALTÉRATIONS DE LA MATIÈRE

la dépendance des troubles des actes et de la fonction.

Avons-nous une idée juste et bien satisfaisante du i-a lésion locale

11 n , 1 i r 1 f est insuffisante

cancer de la mamelle quand nous avons constate la pré- po^j. expliquer sence de la cellule spécifique ? En quoi diffère le tra- piupan des vail morbide local qui détermine la formation du cancer du sein d'avec celui qui cause l'hypertrophie ou l'atrophie du tissu glandulaire ou la production d'un kyste? Personne ne saurait le dire , et cependant on est sûr qu'il n'est pas le même dans ces quatre cas. Ainsi, nous sommes toujours ramenés à cette conclusion, savoir : que la lésion de structure n'est ni le premier ni le seul élément de la maladie, et qu'il n'en est. le plus ordinairement que l'effet ; aussi devons-nous avouer que , tout eu connaissant la lésion , nous ignorons la nature du plus grand nombre des maladies et des causes qui les amènent.

Enfin , nous dirons à ceux qui seraient encore tentés de faire consister la maladie dans la lésion que , pendant l'incubation des maladies virulentes de la vaccine, de la variole , de la morve, un trouble bien profond s'établit dans le solide , les liquides et dans les fonctions , sans que nous apercevions la moindre altération de structure.

En résumé : i" dans les maladies locales avec Icsiorij deux éléments inséparables, le trouble des actes et la lésion de structure. Celle-ci a-t-elle précédé l'autre ou le contraire a-t-il eu lieu? Les deux opinions que nous avons mises en présence peuvent être soutenues. Nous inclinons vers le trouble primitif des actes vitaux.

2° Dans la maladie générale avec lésion, l'élément principal est certainement le trouble des propriétés dynamiques, et la lésion l'élément consécutif et secondaire.

CONSTITUTION DE LA MALADIE

3° Dans les maladies locales et. générales sans lésion,

le trouble des actes est le seul élément.

Opinion § III. Altération des forces. On trouve dans les plus

des anciens anciens livres qui traitent de la médecine aussi bien que sur les troubles , . i

dynamiques. ^^^^ les plus modernes, cette pensée, savon- que le corps humain réunit deux éléments distincts , l' un matériel, l'autre immatériel, le premier passif, le second actif. Le principe immatériel a reçu différents noms. Hippocrate reconnaissait quatre qualités à matière et un principe d'action qu'il appelait xà lvopiJ.u)VTa , incilantia. Suivant Aristote , des esprits présidaient à la nutritution , à la sensation , au mouvement. Athénée et les pneumatistes ses disciples croyaient qu'une substance immatérielle non pondérable, le pneuma, est surajoutée à la matière et lui communique des propriétés Admission d'un spéciales. Galien n'a fait qu'emprunter à ces philosophes ^"^deVrcef "^"^ los ospdts uaturols , vitaux et auimaux. Embarrassé par générales la nature des phénomènes que la physique et la chimie

el particulières. -, , • . t -i i j. i

de son époque ne pouvaient exphquer, il les met sous la dépendance des facultés qu'il appelle les esprits naturels, vitaux et animaux, et qui correspondent très-exactement à nos propriétés vitales. Il suppose des facultés attractives , répulsives, assimilatrices , expultrices, ossifiques, pulsatives, etc., parce qu'il ne peut s'en passer pour se rendre compte des phénomènes de la digestion, de l'accroissement des os, des battements du cœur, etc. Il nous est facile aujourd'hui de critiquer cette multiplication des facultés, et cependant lorsqu'on examine ce que des auteurs plus modernes ont mis à leur place , on n'a pas lieu d'être plus satisfait. Bichat crée une sensibilité et une contractilité organique sensibles et insensibles. Barthez croit tout coordonner dans son système , où le prin-

ALTÉRATION DES FOUCES.

vitales.

Leur nombre est encore inconnu.

cipe vital domine d'autres facultés telles que celles d'élongation, de situation fixe, les forces motrices, toniques, sensitives.

A travers ces systèmes percent deux opinions vraies ii y a des forces quand elles nés excluent pas, l'une qui reconnaît la toute- P'^p^iéiés puissance de la matière et de ses propriétés dans un grand nombre de conditions naturelles et pathologiques ; l'autre qui admet l'intervention nécessaire des forces dans d'autres conditions. Un esprit sage ne saurait les séparer, et ne doit pas plus admettre des forces sans matière que la matière sans forces générales et spéciales.

On est arrivé à restreindre le nombre des propriétés vitales à mesure que les actes physico-chimiques ont été mieux déterminés. C'est ainsi qu'on a pu rapporter aux lois de la physique et de la chimie l'exhalation de l'acide carbonique et l'absorption de l'oxygène par le poumon, la calorification , la formation de l'image sur la rétine et un grand nombre de phénomènes de la digestion gastrique, duodénale, etc., qui, auparavant, étaient placés sous l'empire des forces vitales. Cependant le médecin est obligé à chaque instant de faire intervenir les forces quand il observe des actes qui ne peuvent être expliqués par les lois qui régissent la matière inorganique.

Ces propiiétés vitales oflrent pour caractères : i" d'être irréductibles en propriétés mécaniques, physiques et chimiques; 2" de correspondre toujours à un certain arrangement de la matière , différent de celui qui appartient aux tissus doués de propriétés également différentes, de telle sorte qu'on peut conclure à une organisation différente lorsqu'on observe une propriété différente et réciproquement à des facultés, des actes, des fonctions différents quand l'organisation n'est plus la même ; 5° d'a-

Caraclères des propriétés vitales.

46 CONSTITUTION DE LA MALADIE

voir un siège anatomique tout à fait spécial et distinct de celui qu'occupent les autres propriétés vitales.

En pathologie , nous ne devons pas aller au delà de ces trois faits qui se tiennent d'une façon si intime que l'un ne peut pas se concevoir sans l'autre. Nous ne pouvons comprendre la propriété vitale sans la matière organisée et sans une délimitation , et nous avons réuni la plus grande sonmie de probabilité lorsque nous concluons de l'altération des propriétés à la lésion de structure, sans pouvoir toutefois démontrer l'existence de celle-ci.

Galien , que l'on a accusé à tort d'être ultravitaliste déclare nettement, dans un grand nombre de ses écrits, que r altération des propriétés doit faire supposer un trouble équivalent dans la structure. Les médecins les plus sages de notre époque soutiennent aussi cette doctrine , sans laquelle l'esprit erre à l'aventure et s'égare dans les subtilités d'un langage stérile et qui heureusement tend à disparaître chaque jour des écrits modernes. Ënumération propriétés vitalcs que nous trouvons lésées par la

dos propriétés maladie sont les suivantes : i" facultés de l'intelligence; {■qui dôiîrai are chacuue d'elles ou toutes peuvent être lésées dans les conservées, dillérentes fomies d'aliénation mentale ; 2° Vexcilabililê , que nous trouvons si fortement pervertie ou diminuée dans un grand nombre de maladies; 5" les sensibililès générales et spéciales; 4° la conlraciUUé el la facuUè d'absorber, d'exhaler, etc.

Ces facultés suffisent pour expliquer les actes vitaux. On doit en retrancher la caloricité , car les travaux physico-chimiques modernes ont prouvé que la combustion et les combinaisons moléculaires en sont l'unique source (1).

(1) On doit à M. le professeur Gavarret un traité de physique médi-

Al

On les a trop restreiiUes,

La propriété de produire de l'électricité n'appartient qu'aux animaux munis d'un appareil spécial.

Remarquons que s'il y a inconvénient à trop multiplier le nombre de propriétés vitales, il ne faut pas non plus tomber dans l'excès contraire : c'est ce qui est arrivé de nos jours. On a voulu d'abord réduire la sensation cutanée à celle qui nous avertit du contact des corps. Bientôt l'étude des phénomènes physiologiques et morbides a forcé de reconnaître dans la sensibilité cutanée plusieurs espèces de propriétés : celles qui rendent la peau apte à sentir le chaud , le froid , la douleur, le chatouillement. On a trouvé dans les muscles la sensation de contraction musculaire. Nous pensons qu'en pathologie il vaut mieux s'exposer à faire des distinctions trop nombreuses plutôt que de ramener à une seule propriété des phénomènes dilférents les uns des autres. On s'expose ainsi à ne pas donner toute l'attention désirable à des symptômes délicats et d'une observation difficile.

Nous donnons aux forces dont nous venons de parler la dénomination de forces vitales , afin de les distinguer '-^^ intrinsèques,

et forces

d'autres forces situées hors du corps de l'homme , et qui ^cosmiques ou concourent à la production d'un très-grand nombre de extrinsèques, phénomènes. Nous appellerons ces dernières forces cosmiques. Ce sont : la pesanteur, le calorique , la lumière , l'électricité. Elles continuent à agir pendant la maladie, et de leurs actions combinées avec les propriétés vitales résultent des effets complexes , que le médecin doit étudier avec soin et savoir rapporter à leurs véritables causes. On pourrait appeler les forces vitales forces intrinsèques

Forces vitales

cale plein de faits intéressants, où il a montré que les combustions étaient l'unique source de lu température chez les animaux j De la chaleur produite par les êtres vivants, in-12, Paris, 1865.

CONSTITUTION LE LA MALADIE

et les forces cosmiques forces extrinsèques , pour désigner leur origine différente.

Du principe principe vital. Le principe vital est une force

que nous ne pouvons ni localiser ni isoler de l'organisation ; il ne constitue pas une entité superorganique, c'està-dire distincte de l'organisme. Pour le médecin sage, qui ne veut pas perdre de vue sa fonction d'observateur de la nature et des phénomènes, la vie commence et finit avec la matière ; mais c'est à étudier leur influence réciproque, les phénomènes que leur imprime la maladie , qu'il doit consacrer son temps. Nous avons besoin d'admettre l'existence de cette force , d'en mesurer la puissance , et de lui laisser toute son activité dans la guérison des maladies.

Cicéron caractérise admirablement le principe de la vie lorsqu'il dit : « Vis quaîdam sine ratione ciens motus in » corpore necessarios. » Le mens aqilat molem et maqno se corpore miscet de Virgile et le pneuma d'Athénée rappellent la même idée.

La maladie est tout aussi bien caractérisée par la simple perturbation d'une propriété vitale, d'un acte ou d'une fonction que par une lésion de structure. Cliniquement même, on reconnaît immédiatement l'existence d'une telle affection aux troubles que l'on voit paraître dans une ou plusieurs de ces propriétés. Que la fibre contractile cesse d'entrer en jeu sous l'influence de la volonté ou de quelques-uns des agents qui ont la propriété de l'éteindre, la maladie apparaît aussitôt d'une manière évidente pour tout le monde. Dans d'autres cas, c'est la sensibilité générale ou d'un sens spécial qui diminue ou disparaît.

Presque toutes les altérations qu'on observe dans les

maladies ont leur source dans une lésion d'une ou de plusieurs propriétés vitales. Quelle que soit la répugnance qu'éprouvent quelques auteurs à user de l'expression de propriétés vitales, il faut bien cependant qu'ils l'emploient pour rendre un fait irrécusable , à savoir l'existence des propriétés que l'on ne trouve que dans certains tissus. Elles s'imposent aussi fortement au médecin que les forces générales et particulières au physicien obligé d'expliquer les phénomènes dus à la pesanteur, à l'attraction , à l'électricité ou à la lumière.

Le pathologiste n'a besoin de raisonner ni sur la nature ni sur la cause de ces facultés; il n'a qu'à agir comme le physicien , à en observer les effets, qui sont aussi évidents que les phénomènes physico-chimiques. Ceux qui soni sous la dépendance de la sensibilité , de la motilité, se montrent de très-bonne heure dans la plupart des maladies , et l'on voit paraître sur-le-champ les phénomènes qui en démontrent l'existence. Presque toujours les fonctions auxquelles concourent des actes particuliers s'écartent de l'état physiologique, et la maladie est caractérisée , dès le principe , par quelques changements survenus dans les fonctions de l'appareil.

Qui pourrait refuser d'admettre qu'en dehors des propriétés propres à chaque tissu , en dehors des actes et des fonctions dévolues à chaque organe , à chaque appareil , il se manifeste en outre , pendant la maladie , un trouble dans la coordination, dans le consensus de toutes les parties? De même qu'on ne peut se faire une juste idée de la vie, en mettant bout à bout toutes fonctions, quelque bien étudiées qu'on les suppose et lors même qu'on saurait sûrement de quelle manière elles s'effectuent , de même , dirons-nous, l'on ne peut comprendre compléte- I. 4

50 CONSTITUTION DE LA MALADIE

ment la maladie, si l'on se borne à dire comment la circulation , la respiration et la sécràion sont troublées. 11 faut tenir compte de l'influence réciproque des fonctions lésées les unes sur les autres , et alors , sans aborder la reclierclie iuipossible et stérile de la lésion du principe vital, on peut tout au inoins s'occuper de la vitalité des solides et tacher de remonter, autaiit que possible , aux conditions fondamentales de la maladie (voy. Éléments). Nous dirons plus loin que de grands ellorts ont été tentés par d'illustres génies pour arriver à saisir ce critérium général des maladies placé tantôt avec Thémison dans les strictum et le laxum , tantôt avec Brown dans la sthénie ou Tasthénie, ou par Broussais dans l'irritation. L'immixtion de la philosophie à la médecine n'a pas eu d'autres motifs que l'espoir d'arriver aux faits principes de la vie et de la maladie. La doctrine des quatre éléments , et tant d'autres hypothèses, montrent le néant de ces recherches , mais attestent aussi la grandeur du sujet.

Qu'est-ce que La vic cst uu fait principe, une force commune à la vie? l'homme et aux animaux, qui fait ou non partie des forces

^ma^iéntues!^ générales du cosmos, donne aux organes la faculté d'être excitable par les agents extérieurs , et se manifeste par une série d'actes réguliers , harmoniques , constants , qui convergent vers un but déterminé, la conservation de l'individu et la reproduction de l'espèce. A côté de ce fait s'en trouve un autre, inséparable du premier, impénétrable comme lui, qui est l'organisation, c'est-à-dire certaine disposition de la matière avec ses propriétés spéciales (intelligence, sensibilité, motilité , etc.). La relation qui existe entre la vie ou le principe d'action et la matière organisée ou l'instrument est si étroite, si in-

time, qu'en mettant toutes les abstractions métaphysiques de côté, en s'en tenant à l'observation des phénomènes naturels , on ne peut concevoir l'un de ses éléments sans l'autre. Ce sont deux termes qui se confondent. Aussi un grand nombre de physiologistes ontils été conduits à regarder la vie connue le résultat de l'organisation , ou l'organisation en action. Quoique nous proclamions très-haut que la vie ne peut être utilement étudiée sans l'organisme, nous croyons cependant qu'il faut envisager le principe vital comme une force première qui agit par l'intermédiaire des organes et produit cette unité d'action que l'on ne peut expliquer par l'intervention isolée de chaque propriété dynamique , telle que l'irritabilité, la sensibilité, etc.

Troublea du principe vilal. Laissons de côté toute vaine dissertation sur la vie; cherchons tout simplement à constater les troubles que la maladie y fait naître. Les principaux eflets que l'on est en droit de lui rapporter sont : 1° la coordination synergique et régulière de toutes les actions partielles d'où l'harmonie et l'ordre dans les parties séparées et distinctes de la machine humaine ; 2° l'énergie du principe de conservation et la résistance aux causes morbiliques.

Que l'on appelle force conservatrice , médicatrice (natura nalurans) ou d'un autre nom la cause de ces états dynamiques dans lesquels tous les organes sympathisent avec l'organe lésé, conservent leur énergie fonctionnelle et même le suppléent, le nom importe peu, le fait existe en réalité. Une pneumonie qui débute avec une violence extrême et qui se résout , sans aucune espèce de traitement, dans l'espace de quelques jours , atteste un heureux état de forces générales. On peut dire sans doute

Troubles du principe de vie.

Dos forces conservatrices.

52 CONSTITUTION DE LA MALADIE

que l'innervation jouit de toute son activité normale et que les fonctions pulmonaires y puisent une réaction salutaire contre la maladie. Qu'importe l'explication , le fait qui surgit est celui-ci : la phlegmasie a trouvé les forces générales et l'innervation pulmonaire dans un état tel que la résolution y marche avec une grande rapidité, tandis que chez un autre la vie est sans résistance et que la même lésion amène , en peu de temps , une terminaison funeste. Sans doute les actes de l'appareil respiratoire jouent un très-grand rôle (mécanique, physique, chimiqu-î) ; mais où puisent-ils leur énergie, leur principe d'action si ce n'est dans le principe vital ? N'est-ce pas à son intensité différente qu'il faut rapporter en grande partie la solution plus ou moins rapide et heureuse des maladies? Le praticien éprouve tous les jours un grand embarras lorsqu'on lui demande combien vivra un malade atteint d'une lésion bien connue; malgré son habileté et son expérience il se trompe , parce qu'il ne peut mesurer la résistance du principe vital. Excitabilité. ExcitabiUlè. La matière organisée n'est apte à entrer en action qu'en vertu de cette propriété. La mise en jeu de cette faculté est connue sous le nom d'excitation. On doit lui rapporter, i" la. synergie, c'est-à-dire la coordination des actes qui tendent à un même but ; 2° la sympathie, qui est la même influence , mais transmise et disséminée, suivant certaines lois , dans l'état de maladie.

L'excès de cette propriété engendre V hyperslhênie ^ son défaut Vhyposlhcme , et son désordre Yataxie. On verra qu'il y a utilité en pathologie à les considérer comme trois manières d'être d'une force générale que l'on nomme l'excitabilité. Les maladies produisent tantôt l'une, tantôt l'autre de ces trois modifications générales.

De là cette dichotomie aussi ancienne que la médecine , sthéuie et asthénie , ou irritation et abirritation. Étudier les troubles de cette propriété indépendamment de la matière, c'est-à-dire des organes et des liquides, serait replonger la médecine dans les subtilités doctrinaires.

Propriélés vitales parliculières. Elles représentent très- Propriétés vitales exactement dans les corps organisés vivants les pro- ï'^'"'''^"'^^''''^priétés physiques particulières des corps bruts, tels que l'électricité, la phosphorescence, l'élasticité, la porosité, tandis que le principe vital représente une propriété générale que l'on peut comparer à la pesanteur. Ces propriétés particulières sont, i° les facultés intellectuelles ; 2" la sensibilité qui est propre à la fibre nerveuse ; 3° la contractilité à la fibre musculaire ; 4° 1^ faculté d'absorber ; 5° de sécréter; 6" les sensations internes, la faim, la soif, le besoin de respirer, etc. Leurs troubles sont les éléments essentiels d'un très-grand nombre de maladies et jouent un rôle si important que souvent ils les constituent en totalité ou en grande partie (névroses, troubles dynamiques).

§ IV. Altération des fonctions. Lésions cV actes et Qu'est-ce que de fonctions. Le corps de l'homme est un composé de trouble

. . . , ^ . , d'un acte ,

matière organique, inorganique et de lorces. A la pre- d'une fonction? mière, appartiennent les propriétés vitales; à la seconde, qui est commune aux autres corps de la nature, les propriétés mécaniques, physiques et chimiques. De là, trois genres d'actes différents qui se passent dans l'organisme: les actes vitaux, physiques et chimiques qui se trouvent altérés isolément ou simultanément par la maladie.

Il importe de distinguer le trouble de l'acte du trouble de la fonction. 11 est rare qu'au début de la maladie la fonction enti,ère éprouve une perturbation marquée.

CONSTITUTION DE LA MALADIE

Celle-ci porte d'abord sur un acte vital, physique ou chimique très-restreint, et qui n'empêche pas d'abord le reste de l'appareil de fonctionner si bien qu'il faut souvent une grande attention pour s'apercevoir qu'il y a déjà maladie. Plus tard, en raison de l'admirable consensus de toutes les parties, le trouble limité à un organe s'étend à plusieurs, puis à tout l'appareil. Il faut donc s'étudier à reconnaître de bonne heure les troubles des actes les plus minimes, afin de saisir promptement le point de départ de la maladie.

On ne peut constater la lésion des propriétés vitales qu'au moyen des actes qu'elles sont chargées d'effectuer. Supposons que l'excitabilité, la sensibilité , la contractilité languissent ou soient anéanties quelque part; il suffit pour s'en assurer d'examiner comment s'accomplissent l'excitation , la sensation , la contraction des parties. Au lieu de se perdre dans la recherche des forces vitales considérées d'une manière abstraite, isolées de leur support, on leur donne une forme saisissable, en étudiant leurs effets, c'est-à-dire les actes auxquels elles concourent. On doit rechercher, de la même manière, comment s'exécutent les actions physiques et chimiques. Elles sont presque toujours subordonnées aux actes vitaux, et l'on peut conclure assez bien du trouble des uns au trouble des autres. Les actes vitaux ouvrent ordinairement la scène dans les maladies internes, et les désordres des actes physico-chimiques ne tardent pas à suivre. Des diverses Lcs actes vitaux qui dépendent de propriétés particulières, et dont les troubles doivent être distingués , sont les suivants : i° trouble de l'intelligence; 2° de l'excitation (hypersthénie, asthénie) ; 3° des sensations; 4° des mouvements volontaires et involontaires ; 5° des sécré-

espècesde troubles vitaux.

tiens ; 6° de l'absorption ; 7° de la nutrition ; 8" des sensations instinctives : faim, soif, besoin de respirer, etc. On peut augmenter ou diminuer le nombre de ces propriétés sans porter atteinte au principe que nous avons déjà posé , à savoir : qu'il vaut mieux imaginer provisoirement une propriété vitale de plus pour expliquer un phénomène que de le rapporter, h tort, à un acte physico-chimique qui ne peut en rendre compte.

Les actes phvsico-chimiques que l'on trouve lésés troubles des

^ ' ' actions physico-

dans les maladies sont très-nombreux. La calorification, chimiques.

OU l'action de produire de la chalour, est physico-chimique puisqu'elle résulte de la combustion du carbone par l'oxygène, et des combinaisons qui se forment dans les vaisseaux capillaires. Le passage de l'oxygène de l'air dans le sang est une action physico-chimique qui s'explique par la loi de Magnus. On peut citer comme des actions purement physiques la réfraction que subit le rayon lumineux en traversant les différents milieux réfringents de l'œil, et la formation de l'image sur la rétine, etc. Les découvertes récentes démontrent que la nature d'un grand nombre de phénomènes de la chymification et de la chylification sont purement chimiques. On sait que dans un appareil compliqué, celui de la digestion gastrique, par exemple, il existe un nombre assez grand d'organes ; une membrane, des glandes sécrétoires, un liquide doué de propriétés chimiques, des muscles très-puissants ; or, une maladie de l'estomac peut être constituée par le trouble de la sensibilité (gastralgie ou pica), des mouvements (vomissements nerveux), ou enfin des actes chimiques ( gastrorrhée j . Ce que nous disons des maladies de l'estomac peut s'appliquer à celles des voies respiratoires, où l'on trouve altérées à diffé-

CONSTITUTION DE LA MALADIE

reiits degrés, soit séparément, soit simultanément, les actions mécaniques, physiques, chimiques et vitales. La non -oxygénation du sang, la convulsion, ou la paralysie des muscles respiratoires représentent le trouble de ces différents actes. Nous pourrions nommer un grand nombre de maladies dans lesquelles une analyse attentive nous montrerait , lésés d'une façon différente , un ou plusieurs des trois ordres de propriétés que nous venons de signaler (physiques, chimiques, vitales). Nous terminerons en citant un dernier exemple, afin de nous familiariser avec une étude souvent délicate , sans laquelle les troubles de la fonction ne seraient pas nettement décomposés dans leurs éléments principaux. Dans une pneumonie, la lésion d'un acte vital ouvre la scène (douleur pectorale), la vibration thoracique exagérée, labronchophonie , le souffle tubaire constituent des phénomènes physiques et correspondent à des actions également pJjysiques qui s'accomplissent pendant la respiration et la phonation , que la maladie a altérées. Le défaut d'hématose qui suit ce trouble est une lésion d'action physicochimique.

Le médecin doit étudier exactement les troubles de chaque acte en particulier, afin de se rendre compte du développement de la maladie, de l'intensité des phénomènes , de leur évolution , de leur cause , etc. De là découlent la physiologie pathologique des maladies et leur traitement.

Maladies Par (roiible fonctionnel, on désigne le trouble partiel

TV PC OU ^ 3ns

lésion d'organes. OU total d'une fouction avec ou sans lésion de texture des organes, de l'appareil. De là deux grandes classes de maladies, les unes marquées par le trouble fonctionnel seulement, les autres par le trouble fonctionnel et la lésion

ALrÉHATlON DES FONCTIONS.

des organes. Un des bons résultats des travaux modernes, et de l'anatomie pathologique spécialement, est la séparation des maladies en celles qui sont avec lésion et celles qui n'ont pour caractères que le trouble des actes et des fonctions. 11 faut dire cependant que l'attention s'est un peu trop concentrée sur ce point de vue exclusif, et qu'on renonce trop facilement à d'autres recherches lorsque la lésion vient à faire défaut. On néglige alors l'étude des symptômes, des actes, parce qu'on ne voit plus derrière eux la lésion , devenue en quelque sorte le critérium de toute bonne observation. Celui qui parvient à trouver une injection ou un épaississement non signalés par les autres, croit avoir rendu plus de services que s'il avait découvert un symptôme nouveau, ou saisi entre les phénomènes des différences ou des analogies inconnues jusqu'alors. Cette direction est fâcheuse, et la description graphique des maladies en souffre.

Quand les troubles fonctionnels coexistent avec une Des maladies lésion, on les décompose en un nombre variable de phé- "^^"^ nomènes qui prennent alors le nom de symptômes de la maladie, et alors celle-ci est représentée par la lésion et les troubles sont les symptômes de la lésion. Galien a établi ce principe fondamental en pathologie. Il y revient sans cesse dans un grand nombre de ses écrits. 11 répète que la maladie consiste dans un dérangement de structure, que le dérangement des fonctions n'en est que la manifestation, le symptôme, mais il ajoute, et avec lui tous les observateurs qui lui ont succédé, que dans un grand nombre de maladies on ne trouve pas autre chose que le trouble fonctionnel ; que provisoirement il faut le considérer comme la maladie même Ce provisoire continue encore aujourd'hui pour les maladies que Galien ci-

fouclioniiels idiopatliiques.

58 CONSTITUTION DE LA mLADIE.

tait déjà comme exemple : les convulsions, les fièvres et bien d'autres.

Des troubles On est convcnu de désigner sous le nom ô'idiopalhiqîies ou d'eiincntieh les troubles d'action physique , chimique ou vitale qui existent par eux-mêmes, et ne sont sous la dépendance d'aucune lésion appréciable. Lorsque la fièvre et l'hydropisie ne peuvent être rattachées à une lésion du solide ou des liquides, elles prennent alors le nom d'idiopathiques ou à' essenliellefi, et constituent alors toute la maladie; tandis qu'elles sont, dans d'autres cas, mjmplômes d'une phlegmasie ou d'une lésion du cœur. Le mot peut être mauvais, l'idée est juste, et ceux qui l'ont critiqué sont forcés de l'employer lorsqu'ils veulent désigner la chose. 11 faut l'appliquer sans scrupule non-seulement à lotit acte, à toute fonction, mais à toute espèce de phénomène morbide ou symptôme, qui ne peiivent être rapportés à une lésion soit locale , soit générale du solide ou des liquides.

L'altération Toute altération de fonction suppose-t-elle une altérade fonciioti ^-Qj^ texture? On peut répondre affirmativement quand

Buppose-l-elle

toujours on s'appuie sur le raisonnement, sur une analogie puissante, et qu'on invoque la faiblesse de nos moyens d'investigations. On est porté à donner une solution tout opposée quand on se place au point de vue de la clinique et de l'observation des phénomènes. En effet, malgré les découvertes modernes de la chimie, malgré la micrographie, le zèle et le talent des anatomo-palhologistes, il reste un grand nombre de maladies sans lésions, et parmi les maladies avec lésions il en est un plus grand nombre encore dans lesquelles celles-ci ne doivent être considérées que comme une partie tantôt essentielle, tantôt secondaire de l'affection. Nous nous sommes déjà étendus

une lésion de structure?

des maladies en idiopalhiques

fort longuement sur ce point. Ce que nous disons là n'est point une attaque contre l'anatomie pathologique. Sagement étudiée , et comme doivent le faire des hommes sans préjugés, elle conduit à des découvertes importantes. Nous ferons grâce au lecteur de tous les lieux communs débités sur les services rendus par l'étude des lésions; personne n'oserait les contester aujourd'hui.

Ainsi donc, un premier fait capital et qui domine lapa- Division thologie tout entière est celui-ci : Les troubles fonrjionnels nont pas besoin pour exister qu il se développe prèa- et en

I 17 . n • n -^1» i-T • i> symplomaliques.

labiement une lésion matérielle, soit a un solide, soit, diin liquide.

Il faut aller plus loin et ériger en loi générale un fait non moins décisif, et qui doit figurer en tête de toute la pathologie spéciale et générale; voici cette loi :

// n existe pas un seul acte morbide , un seul trouble Dogme fondafonctionnel, un seul symptôme, une sevle maladie, que ne Zgil^-\il'Y^fp^9 puisse produire à lui tout seul, et en l'absence de toute es- de maladie que ne pèce d'altération de texture, un simple trouble d'acte ou de un simple trouble fonction, ou si l'on aime mieux : nous ne connaissons pas 'lyamique aussi

. . bien qu'une lé-

une seule maladie avec altération d organe qui ne pwsse sion matérielle. être provoquée également sans altération de ïergane, par le seul fait de la lésion de sa fonction et des propriétés vitales.

Une proposition aussi fondamentale que celle-ci ne saurait être trop longuement motivée. Produisons donc un grand nombre d'exemples à l'appui , et n'hésitons pas à aborder de front les difficultés qu'elle soulève.

Commençons par l'étude des maladies locales, dans Preuves à rappui lesquelles la similitude semblerait au premier abord plus propo^sulon difficile à établir. La névrose du cœur ou du poumon, Maladies locales.

CONSTITUTION DE LA MALADIE

par exemple, peut simuler une lésion organique à tel point que les méthodes les plus rigoureuses d'observation ne pourront lever les doutes. On ne trouvera qu'une névrose pour expliquer tous les signes d'une hypertrophie cardiaque dont l'existence a été admise pendant quinze ou vingt années. Une phthisie pulmonaire peut être imitée complètement par une névrose de l'appareil respiratoire. Qui ne sait qu'on a pu croire à une phthisie laryngée lorsqu'il n'existait qu'une simple névrose des nerfs laryngés ? Toutes les maladies cérébrales et de la moelle épinière , sans en excepter la congestion, l'hémorrhagie, le ramollissement , les paralysies partielles, générales, le délire aigu et chronique, donnent lieu à des symptômes tout à fait identiques à ceux que nous observons en l'absence de toute altération de texture. Passons rapidement sur ces faits, que ne seront pas disposés à contester ceux qui savent combien le diagnostic des affections cérébrales est difficile.

Maladies donnant H est bien plus remarquable encore de voir les mêmes

lieu •

à la formation pi'oduits morbides se former également dans des cas de produits où l'orgaue est lésé et dans d'autres où il est sain. Le

morbides. -i i

sang sort-il seulement des vaisseaux lorsque les tissus sont altérés? Ne le voyons-nous pas faire irruption de la même manière, par le seul effet d'un trouble dynamique? Est-ce que l'albumine ne s'échappe pas des vaisseaux sans que le rein soit lésé dans sa structure? La sérosité du sang, son urée, la matière colorante de la bile, apparaissent dans des lieux où nous pouvons trouver, nous dirons presque indifféremment, les tissus malades ou sains. Le trouble vital peut donc seul nous expliquer la formation d'un très-grand nombre de produits morbides. Les congestions sanguines, l'hémorrhagie, l'épanché-

ment de sérosité, la fièvre, les convulsions et toutes les altérations imaginables de la sécrétion normale des glandes, se montrent à nous avec ou sans aucune altération de texture.

Nous pourrions, à plus forte raison, dérouler ici le tableau innombrable des phénomènes morbides qui sont tour à tour avec ou sans lésion : le délire, la dyspnée, le vomissement, l'accélération du pouls, leptyalisme, le flux urinaire, lacté, spermatique, etc.

Nous ne connaissons que trois produits pathologiques. Trois exceptions

1 1 ^ 1 1 i 1 • X à la loi générale

le pus , le tubercule et le cancer, que ne puissent en- pogée. gendrer ou imiter d'autres maladies par trouble dynamique, et encore l'on sait que cliniquement une erreur de diagnostic est très-facile.

Ainsi, l'on peut établir qu'on connaît à peine deux ou trois maladies qui font exception à la règle que nous avons posée. Toutes les autres sont avec lésion ou sans lésion, sans que leurs symptômes, leur marche, leur durée, leurs causes , diffèrent très-sensiblement. Il faut bien que cette vérité ait frappé les observateurs les plus anciens, puisqu'ils l'ont inscrite dans la science en appelant essentiels et symptomatiques le groupe des symptômes et les maladies qui sont sans lésion, ou qui se rattachent à l'existence d'un désordre matériel.

Toutes les maladies , la phthisie , la pneumonie , par exemple, ne sont pas idiopathiques ou symptomatiques; mais tous leurs symptômes, à peu d'exceptions près, correspondent à des phénomènes morbides qui peuvent être idiopathiques, c'est-à-dire exister par euxmêmes sans avoir besoin de la lésion et ressembler tout à fait à ceux que celle-ci détermine. Voilà le véritable sens qu'il faut attacher à ces mots.

62 CONSTITUTION DE LA MALADIE

Les troubles A ce sujet s'élève une question difficile qui agitera endynamiques ^^^.^ longtemps Ics esDuits? Si nous trouvons des

sonl-ils cause o i a , . ,.

de la lésion maladies ou tout au moins des troubles fonctionnels laioe'<i'^^*>"'P^*^"'"- patiiiques qui imitent si complètement les symptômes des lésions qu'on ne peut établir entre eux aucune diflérence capitale , sommes-nous sûrs que dans une maladie à lésion c'est bien celle-ci qui provoque les symptômes plutôt que le trouble fonctionnel? La lésion pourrait bien être, comme le symptôme, le résultat du trouble dynamique ou vital? Contentons-nous de bien poser ces deux grandes questions et abandonnons-les à ceux qui les poursuivent sans succès depuis un si grand nombre d'années.

Disiinciion Faisous uue distiuction importante dans les troubles des troubles dynamiques; les uns sont primitifs et constituent les

dynamiques j a • i i i i i

en primitifs éléments esscnticls de la maladie ; les autres sont conséci consécuiiis. ^^^^^f^ ^q[i ^ d'autres troubles dynamiques, soit même à des lésions d'action physique et chimique. Les premiers sont les seuls auxquels puisse s'appliquer ce que nous avons dit précédemment des maladies idiopathiques. Ils consistent dans les troubles dynamiques généraux tels que ceux qui résultent de la mise en jeu de l'excitabilité, du principe vital, ou dans des troubles partiels qui dépendent des propriétés vitales particulières telles que la sensibilité, la contractilité , l'intelligence, etc.

La lésion d'acte ou de structure est-elle ou non précédée d'abord d'un état morbide général? On peut faire trois suppositions : i° toute maladie est d'abord générale ; 2° toute maladie est primitivement locale, et ce n'est que consécutivement qu'elle se généralise; 5° les maladies sont les unes locales, les autres générales. Cette dernière opinion est la seule qui soit vraie.

De l'affection. On a adiuis de tout temps que la maladie pouvait tenir à une lésion toute locale, comme dans un grand nombre de maladies chirurgicales et médicales, dont le nombre est cependant restreint. Cette opinion est établie sur une base inébranlable. Galien lui-môme , si essentiellement humoriste , admet une classe de maladies primitivement locales.

Les anciens appelaient aflection -i;:àOo<:, TcaOTitia, affectio, Qu' esl-ce que l'état général qui provoque l'état local auquel ils réservalent le nom de maladie vÔ7o^, vô(rri[xa, morbus. Ainsi pour eux l'ailection était très-distincte de la maladie.

Voici les cas dans lesquels on doit accepter l'existence d'un état général primitif ou aflection. Les exanthèmes, la rougeole , la scarlatine , la suette, la variole, sont des alFections. Celui qui voudrait en faire des maladies de la peau serait peu écouté aujourd'hui. Il faut encore citer le cancer, le tubercule, le typhus, la fièvre typhoïde, la peste, la lièvre jaune, le choléra, le rhumatisme, la goutte, qui, avec des lésions locales très-caractérisées , n'en sont pas moins des maladies générales. Les maladies spontanées du sang méritent bien la dénomination d' affection , car on ignore l'état morbide des solides qui leur donne naissance.

La maladie ou la délermination morbide locale , pour ne la maladie, me servir de l'expression de Cullen, caractérise un trèsgrand nombre d'aljecUons. Le ramollissement des plaques de Peyei" ne permet de confondre la fièvre typhoïde avec aucune autre maladie. 11 en est de même du bubon dans la peste, des hémorrhagies dans la fièvre jaune, etc. <^)uelquefois la lésion manque dans les cas les plus violents; cependant l'ailection générale n'en reste pas moins bien caractérisée, ce qui prouve que la lésion n'est qu'un

CONSTITUTION DE LA MALADIE

effet local et l'un des éléments de la maladie. La rougeur cutanée fait défaut dans quelques cas de rougeole et de scarlatine ; les pustules dans la variole sans que ces malades soient moins reconnaissables à l'aide des autres symptômes; dans ce cas, l'élément général subsiste. L'inverse a lieu : l'éruption cutanée paraît sans la fièvre; l'élément général manque. D'où nous concluons que dans un grand nombre de maladies, la lésion et l'affection, c'est-à-dire l'état local et l'état général, se complètent l'un l'autre, et que la plupart des maladies sont réellement constituées par ces deux éléments réunis.

L'affection est souvent caractérisée par un simple trouble dynamique, et il n'existe pas la moindre lésion de structure. Le choléra détruit la calorilication , la rage provoque des convulsions générales , les miasmes et les virus frappent d'adynamie et d'ataxie tous les systèmes sans laisser trace de leur passage. Du reste, on ne s'accorde pas sur le nombre des maladies et des affections ; les uns considèrent comme affections ce que d'autres appellent maladies. Les plilegmasies , les flux, le croup, l'angine couenneuse, la coqueluche, l'érysipèle, certaines espèces de gangrène, de ramollissement, etc., sont-ils des maladies ou des affections?

Les maladies locales sur lesquelles il ne reste aucun doute sont les névroses partielles du sentiment , du mouvement , de l'intelligence , la production de tissus homologues dont nous avons déjà parlé [v oh' Lésions) . Des maladies De LA MALADIE GÉNÉRALE. Quand on cherche à en regéneraies. ^^acer avec quelque rigueur les caractères , on rencontre des difficultés de plus d'un genre que n'ont pas toujours soupçonnées les auteurs qui parlent le plus souvent des maladies générales sans prendre le soin de les définir.

On les considère comme caractérisées par la dissémination des lésions ou des troubles fonctionnels dans un grand nombre de points de l'économie, et surtout par l'action de la cause morbifique qui porte à la fois sur le solide et les liquides. Faisons d'abord remarquer que les aflections ne produisent souvent qu'un désordre matériel très- circonscrit : tels sont, par exemple, les affections tuberculeuses du poumon et des méninges, le cancer de la mamelle et de l'utérus. D'une autre part , on rencontre des maladies qui, par l'étendue et la généralisation des symptômes, imitent complètement les affections. Les névroses mixtes du mouvement , du sentiment et de l'intelligence, comme l'épilepsie, l'hystérie, la nosomanie , troublent à peu près toutes les fonctions , et cependant on s'accorde à les placer au rang des maladies locales.

11 faut bien que les différences qui séparent l'affection de la maladie soient légères dans un grand nombre de cas pour qu'on se dispute encore sur la détermination des espèces morbides qui doivent être réputées maladies générales ou locales. L'inflammation, l'hydropisie, la coqueluche, un grand nombre de gangrène, de ramollissements, d'ulcérations , ont été rangés tantôt parmi les premières, tantôt parmi les secondes. On s'accorde à regarder comme maladies générales les fièvres et les altérations du sang. 1° Ces dernières surtout peuvent leur servir de type, puisqu'il n'est pas une seule molécule organisée que ce liquide ne vienne baigner et modifier d'une manière quelconque. Dans cette classe rentrent les maladies virulentes, venimeuses et toxiques. 2° Les pyrexies et les exanthèmes oflrent les mêmes caractères au plus haut degré. 5" Nous plaçons dans une troisième catégorie quelques troubles du système nerveux, tels que la névrosthénie, Tadyna-

Des maladies qui méritent ce nom.

CONSTITUTION DE LA MALADIE

mie, l'ataxie, et enfin des maladies dont la nature est entièrement ignorée, comme la scrofule, la goutte, le rhumatisme, le rachitisme , la diabète, l'albuminurie. Presque louic Nous uc limiterons pas à ces seules maladies celles qui miadie locale ^q^j^ générales. Noire conviction intime est

peut elre aussi o

maladie générale, que dcs maladies qui sont ordinairement locales peuvent, dans d'autres conditions, dépendre d'un état morbide général. Ainsi les pneumonies, l'angine gutturale, simple ou gangréueuse, la bronchite épidémique, les diarrhées , les dysenteries, sont souvent des maladies locales; mais dans d'autres circonstances, des causes cosmiques, telles que des épidémies, provoquent ces mêmes maladies. On les voit alors revêtir une autre forme, présenter d'autres symptômes, une autre marche, exiger enfm un autre traitement que les mêmes maladies observées dans d'autres conditions. Ce ne serait peut-être pas aller trop loin que de dire qu'à l'exception des maladies produites par des causes externes , par des parasites ou par des lésions physiques, chimiques et mécaniques, toutes les maladies réputées locales peuvent être à un moment donné des maladies générales. Si nous prenons l'inllammation pour exemple , il nous sera facile de montrer que la phlegmasie pseudo-membraneuse du larynx ou du voile du palais, est tantôt maladie locale, tantôt l'eliét d'une maladie générale; nous en dirons autant d'un certain nombre d'hémorrhagies, d'hydropisies, de maladies de la peau. Le tubercule chez l'adulte pourrait passer poui- une maladie de l'appareil respiratoire , tandis que chez l'enfant il se montre partout.

lefmTdkrsont ^'^^t quo le pathologistc s'habitue à envisager ainsi générales dii.is les affectious internes , sans quoi il court risque de mé-

l'enfance cl dans a. i . . •'•

la vieillesse. Connaître les connexions intimes qui rattachent les mala-

(lies locales à la souilrance de l'organisme entier. 11 pourra se convaincre alors qu'aux deux extrêmes de la vie, dans l'enlance et chez le vieillard , les maladies restent rarement circonscrites dans un tissu ou dans un appareil, et que la localit^ation est souvent diilicile , sinon impossible. Aux autres époques de la vie, les maladies conservent plus longtemps leurs limites primitives , et encore doit-on remarquer qu'il est bien rare qu'une maladie qui occupe un organe essentiel dure un certain temps sans qu'on voie bientôt ses irradiations sympathiques se transmettre au loin et généraliser le mal : nouvelle preuve à ajouter aux autres que la maladie est bien plus souvent générale que locale, et qu'il est dans son essence de troubler les forces et la matière en même temps , quoique à divers degrés.

Une distinction importante à l'aire dans les maladies Des maladies générales repose sur leur mode de développement. Celles prll^uives qui présentent d'emblée les caractères qu'elles auront jus- et consécuiives. qu'à la lin sont les seules qui méritent de retenir le nom de maladies générales primitives ; les autres sont consécutives à la lésion d'un organe. La pléthore est toujours une maladie générale primitive. Au contraire, l'anémie, l'adynamie, la diminution de l'albumine du sang, constituent des maladies généi ales, tantôt primitives, tantôt consécutives à une lésion connue et localisée.

Voici les caractères généraux communs à toutes les af- caractères fections : i" On ignore complètement le siège et la nature '^gén'éSr du trouble ou de la lésion qui en est le point de départ ; par conséquent le nom d'essentiel, d'idiopathique , lui convient parfaitement. 2° Il existe une altération simultanée, q uoiqu' à dilTérents degrés, des propriétés vitales, des fonctions et des organes. 5" On trouve une lésion presque constante du sang, des liquides qui en émanent et du solide

os CONSTITUTION DE LA MALADIE.

qui les fournit; ce qui leur a fait donner le nom de maladie de toute la substance {inorbus loUus suhstanliœ). 4° Plus ordinairement il y a prédominance des troubles des propriétés et des actes vitaux , qui peuvent cà eux seuls constituer l'alfection , et qui , dans tous les cas , dépassent en intensité et en fréquence , les lésions matérielles qui peuvent faire défaut sans que l'alfection cesse pour cela d'être nettement caractérisée. 5° On constate une seule ou plusieurs altérations dans les organes. Qu'elle soit unique ou multiple, elle se présente toujours de la même manière et avec une constance telle qu'on a pu admettre un rapport de cause à effet. Aujourd'hui personne ne doute que ces lésions ne soient liées à la maladie générale et placées entièrement sous sa dépendance (exemple : les exanthèmes, l'altération de l'intestin, les hémorrhagies, les gangrènes dans les pyrexies) . 6° On est dans l'impossibilité de saisir l'enchaînement physiologique des désordres et de les rattacher soit à un trouble fonctionnel, soit aune lésion que l'on pourrait regarder comme les causes essentielles de la maladie. Toutes les hypothèses proposées tour à tour pour expliquer les fièvres, les exanthèmes, les maladies virulentes, etc., témoignent de la grandeur et des difficultés du sujet, mais n'ont point éclairé la pathogénie des maladies générales. 7° Notons enfin l'action inconnue, mais spécifique, des causes qui consistent tantôt dans des agents spéciaux fournis par le cosmos (miasme , principe infectieux), par l'homme sain ou par l'homme malade (typhus , dysenterie) . 8" La transmission par voie de contagion , d'infection ou d'inoculation de ces principes. Tels sont les principaux caractères que l'on retrouve dans y affection.

L'esprit ne peut rattacher, par aucun lien naturel, les

CAUSE ET NATLiKE DE LA MALADIE.

uns aux autres, les différents groupes dont se compose la grande classe des maladies générales. Les unes ont une marche aiguë , régulière, des périodes distinctes qu'elles accomplisseni toujours à peu près dans le même temps (pyrexies, exanthèmes) ; les autres se développent lentement et à la manière des affections les plus chroniques. On les voit mettre plusieurs années pour parcourir leur période. De ce nombre sont la scrofule , la goutte , le rachitisme. Les unes appartiennent à l'enfance , les autres commencent dans la période moyenne de la vie (goutte) .

Les maladies générales les plus anciennement connues ont été rassemblées dans les groupes suivants : i° les pyrexies; 2° les exanthèmes; 5" les maladies virulentes; 4" venimeuses ; 5° toxiques ; 6° les altérations du sang ; 7° des maladies assez différentes et provisoirement placées les unes à côté des autres, comme la scrofule , le rachitisme, le goitre, le crétinisme, la goutte, le rhumatisme, le diabète, l'albuminurie, etc. La cause, la nature et la physiologie pathologique de ces affections sont couvertes encore d'une obscurité qui est préférable aux hypothèses que les vitalistes, les humoristes et les solidistes ont imaginées tour à tour pour se rendre compte de leur développement.

§ V. Des causes et de la nature de la maladie.

Nous ne voulons que marquer ici la place d'un sujet qui doit être traité longuement quand nous aurons terminé l'histoire de la maladie et des maladies (voyez Êiiologie).L3i notion de la maladie n'est complète que lorsque nous connaissons sa cause visible.

L'analogie la plus sévère a conduit les observateurs de causes situées tous les temps à admettre que si la santé a sa cause dans ''^"^ cosmos les conditions régulières du cosmos et de l'organisme, la

CONSTITUTION DE LA MALADIE

maladie doit également tenir au trouble survenu dans ces mêmes conditions. La recherche des causes jette une vive lumière sur la constitution de la maladie ; nous ne voulons parler ici que des causes évidentes , déterminantes , éloignées , qui sont en petit nombre lorsqu on les compare à celles dont nous ignorons la nature. Cependant le peu que nous en savons nous révèle souvent dans les maladies un élément important qui suint pour les caractériser. Dès la plus haute antiquité on a fondé sur la cause des distinctions qui méritent encore d'être conservées. Les maladies virulentes , contagieuses , épidémiques, infectieuses, venimeuses, les empoisonnements, ont toujours formé des groupes morbides qui se distinguent des autres par la nature de l'agent morbifique. Causes situées La matière où se passe l'action est aussi une des Porganisme causcs de la maladie. Cette grande vérité proclamée par Galien mérite quelques 4éveloppements , parce qu'elle éclaire beaucoup l'étiologie des affections internes. Quand la maladie vient à se déclarer, elle trouve les organes et les fonctions , la matière et les forces dans deux conditions différentes : i° à l'état sain, 2° ou dans un état qui peut être : A disposition à la maladie ; B maladie même. Examinons ces deux cas qui renferment l'ensemble des faits et jettent une grande clarté sur la notion de la maladie.

inHuence i» ^Jiai de mnté. Chaque organisme a, pour me ser- ^ saTifsur^""^ vir de l'expression de Galien , sa diathèse, c'est-à-dire sa T'ibè^ manière d'être qui , tout en restant physiologique , n'est physiologiques, p^s la même chcz tous les sujets , et qui doit par conséquent influer beaucoup sur les deux éléments de toute maladie, la lésion de structure et la lésion dynamique. Il nous suffit de rappeler que la race , le tempérament ,

CAUSE ET NATURE DE LA MALADIE

la constitution, l'âge, le sexe, les idiosyncrasies , certains états physiologiques , la menstruation, la grossesse, modifient les qualités du solide et du liquide et l'intensité des forces qui les régissent ; de là les dilîérences considérables signalées par les auteurs les plus anciens. Quoique renfermées dans les limites de l'état physiologique, elles n'en ont pas moins une grande influence sur la maladie.

L'intensité de telle ou telle fonction , les irradiations lentes ou rapides, locales ou générales, l'énergie du principe vital , la résistance aux causes morbifiques se traduisent dans l'état de maladie par les mille variétés déformes, de symptômes, de sympathies qui donnent à la même affection une physionomie très-diflerente selon chaque sujet, selon sa diathèse ou manière d'être normale de sa constitution.

2° Êlat morbide. Le support peut être déjà malade mnuence au moment où se déclare la maladie , et alors viennent i'organis™e

' malade.

s'ajouter en quelque sorte les symptômes du malade à ceux de la maladie. Des états morbides héréditaires, tels que la scrofule , la tuberculose , la syphilis , les dartres , la goutte , le rhumatisme, ou bien des diathèses morbides acquises, donnent à la matière et aux forces des caractères spéciaux qui s'ajoutent à ceux dont s'accompagne la maladie actuelle.

Ainsi, d'un côté nous trouvons l'état antérieur du solide, des liquides et des forces dans une parfaite intégrité , mais différant suivant les individus , et ces différences se traduisant à l'instant où paraît la maladie par des caractères spéciaux qui constituent toutes les variétés , tous les cas particuhers de la maladie ; d'une autre part nous constatons une manière d'être

CONSTITUTION DE LA MALADIE

toute pathologique qui donne à son tour à la maladie quelque chose de spécial. Nous n'avons pas à nous occuper ici de ces diathèses, nous avons voulu seulement marquer l'influence considérable de la matière et des forces sur la maladie.

De la cause Par cause de la maladie , cause véritable , première , J'iamalaL. prochaine , contenante , immédiate , on a désigné l'action Définiiion. morbifique qui provoque les troubles de fonction ou de structure. Pour ne pas rester dans le vague , citons la cause inconnue qui détermine chez l'homme le mieux portant, et en dehors de toute influence appréciable, une maladie telle que le choléra, la fièvre jaune, la peste, la suette , la coqueluche, la fièvre typhoïde, les tubercules , le cancer. Semblable à ces êtres de raison qu'on a appelés miasmes , contagion, qu'on n'a jamais vus, mais qu'on admet parce qu'ils produisent une maladie toujours identique à elle-même, la cause prochaine est en quelque sorte le principe spécial, la condition morbifique sine quâ non de la maladie (i). L'inflammation du poumon , la cirrhose , la maladie de Bright, la goutte, etc., reconnaissent une cause spéciale prochaine, suffisante pour la produire en dehors de toute espèce d'intervention.

Cette cause prochaine est donc celle qui est toujours suivie du même effet, c'est-à-dire de la même maladie. 11 y a autant de causes de maladies que- de maladies même. Malgré la différence de siège , si la nature n'est pas différente , la cause prochaine reste identique ; ce sont d'autres causes qui amènent la différence de siège. Ainsi l'inflammation doit avoir une cause prochaine , unique , qu'elle siège dans le poumon , le foie , les mem-

(1) Gaubius, Pathologie générale^ p. 29. Traduit par Sue, in-12, Paris, 1770.

CAUSE ET NATURE DE LA MALADIE. 73

branes ou ailleurs. De môme les différences qui existent entre les maladies font supposer qu'elles se développent sous l'empire de causes prochaines, différentes.

La cause prochaine de la maladie a, comme cette der- '-'le a sa source

. , ••11 . 11 ''""^ ''^ cosmos

mère, son origme dans le corps (microcosme) ou dans le ou rorganisme. milieu ambiant (macrocosme) . Comprise ainsi que nous venons de le dire , elle est synonyme de nature intime , d'essence de la maladie; nous ne lui accorderons pas de plus longs développements.

La nature d'une maladie est la cause expérimentale la cause des lésions de structure, d'actes et des phénomènes que ^''Manirrc"(ie nous observons dans le solide ou les liquides. Pour trou- la comprendre, ver cette cause , on étudie la succession des phénomènes jusqu'à ce qu'on ne puisse aller au delà d'un d'entre eux, qui est alors réputé phénomène producteur ou cause des autres. «L'expérience, ditBarthez, ne peut nous faire connaître en quoi consiste essentiellement l'action d'une cause de phénomène. Elle ne peut manifester que l'ordre et la règle que suivent dans leur succession les phénomènes qui indiquent cette cause (i). » Barthez a exprimé en un magnifique langage et avec une netteté très-grande les vrais principes qui doivent présider à l'établissement d'une science. Pourquoi ne leur est-il pas resté toujours fidèle? Telle est en effet la seule direction légitime que l'on puisse donner à la recherche des causes , si l'on veut qu'elle aboutisse à quelque découverte utile. Il est donc bien entendu que par nature d'une maladie nous devons seulement comprendre la cause expérimentale et sensible des changements survenus dans la structure, les propriétés et les actes du corps humain.

()) Nouveaux éléments de la science de l'homme, t. I, p. 5, in-8°, Paris, 1806.

CONSTITUTION DE LA MALADIE

La cause De même qu'on ne doit pas remonter clans les sciences doU^rZi'prendre p^ysiques au delà du fait principe fourni par l'expérimenla nature tatioii , de même , en pathologie , il est utile de ne pas dé-

de la maladie. • ^ i> i i„

passer le lait évident pour courir après 1 essence de la maladie ou sa cause première , comme on le disait anciennement. C'est pour avoir abandonné la méthode expérimentale que l'on a attribué les maladies tantôt à un principe inconnu, à l'âme, à l'archée, au pneuma ; tantôt aux quatre humeurs et aux quatre éléments , à un principe acide ou âcre ; plus tard , à la surabondance de l'électricité, du calorique, à la fermentation., etc. Un reste dans le vrai quand on se contente de dire que la maladie est une névrose, une hémorrhagie , une hydropisie , un flux , une inflammation , parce qu'on ne dépasse pas la limite atteinte par le phénomène visible. L'altération connue du sang ou d'une humeur naturelle , la congestion avec certains caractères sont autant de causes que nous considérons, à juste titre, comme indiquant la nature de la maladie ; mais ce ne sont encore que des causes expérimentales. Les meilleurs esprits savent s'en contenter, et les considèrent comme suffisantes pour caractériser la nature des maladies. Si l'on objecte que telle n'est pas leur vraie nature , qu'il existe avant cette cause d'autres troubles plus intimes , et qui les précèdent dans leur développement, nous demanderons qu'on nous les montre expérimentalement; sinon, nous sommes décidés à ne pas admettre toutes les hypothèses que l'on a décorées du nom de causes premières. On n'a fait faire de véritables progrès à la pathologie qu'à partir de l'époque où l'on s'est contenté de suivre avec rigueur le mode de ^dS ancier s^^ccesslou des phénomènes. L'école empirique a donné sur ce sujet, cet exemple , qui a été suivi , depuis la restauration des

CAUSE ET NATURE DE LA MALADIE

sciences , par les plus illustres génies , tels que Bacon , Descartes et presque tous les médecins de ce siècle. A l'aide de la méthode analytique et de l'étude des phénomènes morbides, on est parvenu à fonder les groupes naturels de maladies (inflammation, hydropisie, flux, etc.) qui restent encore aujourd'hui pour attester que la connaissance des phénomènes est encore ce que nous possédons le mieux. La nature des maladies doit provenir de cette source.

La médecine n'a rien de mieux à faire que de suivre la mi teria méthode marche usitée dans les sciences physiques , et de leur icî'ldelceî emprunter la méthode expérimentale dont elles ont tiré physiques, un si grand parti. La méthode expérimentale nous enseigne à observer d'abord les phénomènes avec rigueur, à les vérifier un grand nombre de fois , à les contrôler, à les reproduire dans des expériences , et à en découvrir ainsi la cause de production. Quand on ne peut les rattacher à une cause déjà connue , on établit une loi partielle. On peut ainsi en instituer provisoirement un certain nombre, jusqu'à ce qu'on découvre une loi plus générale qui en comprenne plusieurs ; on possède alors une théorie des phénomènes. Galilée trouve dans la pe- Des lois partielles

• , , , , et des lois

sauteur la cause de la chute des graves vers la terre; générales, bientôt Képler, Newton, s'assurent que le mouvement de la lune autour de la terre est un eflet de la même cause. Les travaux des astronomes ne tardent pas à établir que le mouvement de la terre autour du soleil est un effet de la même loi , et ils finissent par déduire la théorie complète de tout ces phénomènes , c'est-à-dire la loi des lois qu'ils posent dans ces termes : « Les corps s'attirent en raison inverse de leur distance et en raison directe de leur masse. » On peut en dire autant pour la lumière dont

76 CONSTITUTION DE LA MALADIE

on a une théorie complète. Grâce aux admirables découvertes de Descartes, de Savary, de M. Foucaut, toutes les lois particulières des phénomènes de lumière s'expliquent par l'hypothèse de l'ondulation. An contraire , on n'est pas en possession d'une théorie complète de la chaleur, on n'a que des lois partielles sur la conductibilité des corps , sur le rayonnement, sur la tension des vapeurs. Appiicaiion Appliquons ces données à la recherche de la nature de -

e celle méthode , i t t ^• n

à la recherche quolqucs maladics. L inflammation a pour causes prodc la maladie, chaînes l'accumulation de la bile et du sang , suivant Galion ; le strictum, suivant l'école méthodique ; l'irritation, mnammaiion. suivaut Broussais. Voilà autant de vaines spéculations indignes des sciences naturelles , et qui ne doivent pas arrêter l'observateur décidé à s'en tenir aux phénomènes. Il doit procéder autrement : il rencontre dans tous les tissus une maladie qui s'accompagne de rougeur, de tuméfaction , de chaleur; en y regardant de plus près , il aperçoit la dilatation des vaisseaux capillaires, la stase du sang, bientôt suivie de l'émission de sérosité, de fibrine, et enfin d'un globule appelé pus. Il se contente alors de ces phénomènes, au delà desquels ses sens ne peuvent pas aller, et il se décide à les réunir sous le nom générique d'inflammation. Toutes les fois qu'il les voit reparaître avec ces caractères , quels que soient les tissus frappés , il les rapporte à cette cause , et déclare que leur nature est inflammatoire. Il ne faut pas croire que la cause de l'inflammation est trouvée. Avant le premier phénomène, avant la congestion des capillaires, il existe très-certainement une cause qui, si elle était découverte, constituerait la cause prochaine de l'inflammation. On posséderait alors la loi de toutes les inflammations. L'irritation , le strictum ou tout autre nom imposé au phénomène produc-

CAUSE ET NATlîUE DE EA i\L\LADIE.

niallieurcuscs de syslématisaliou.

teur serait une cause analogue à la pesanteur en physique.

Nous en dirons autant de la cause des hémorrliagies , Temativc des hydropisies , des convulsions. Nous n'en connaissons que quelques lois partielles. Ceux qui s'indignent de ne pas posséder le fait-principe peuvent, à leur aise, imaginer des théories transcendantes sur la nature des maladies. Loin d'avancer la science, ils ne font que l'entraver dans sa marche , et tromper, pour un instant, quelques esprits superficiels. Les tentatives que l'on a faites pour tout ramener à l'irritation , au principe vital , etc. , n'ont pas été couronnées de succès , et doivent ôter aux plus sages l'envie de recourir à de pareilles hypothèses. Bornons-nous à constater les phénomènes chimiques et dymiques, à déterminer leur mode de succession , et alors, peut-être , pourrons-nous fonder une physiologie pathologique expérimentale et rationnelle. Nous voyons tous les jours proposer des explications dans lesquelles on croit avoir signalé la cause prochaine du mal. Le plus ordinairement , elles ressemblent à celles dont Molière s'est tant moqué, ou assignent au phénomène principal une cause inintelligible et purement imaginaire.

Le groupement des maladies , sous le titre de névrose , La seule chose d'hémorrhagie, indique leur nature, c'est-à-dire qu'il rapprochement fait connaître l'affinité naturelle et l'origine commune des phénomènes d'un certain nombre de phénomènes morbides. Les névroses du mouvement , par exemple , ont pour caractères l'absence de lésion , le trouble de la motilité , les convulsions , l'action de causes spéciales qui agissent sur le système nerveux, l'influence heureuse exercée par les narcotiques, etc. Les maladies qui nous offrent toutes ces conditions réunies sont alors rapprochées sous le titre de

78 CONSTITUTION DE LA MALADIE

névroses. Ce n'est pas, sans doute, aller loin que de remonter ainsi jusqu'au phénomène principal ; mais il faut savoir s'en contenter.

La nature d'une liémorrhagie est suffisamment connue lorsqu'on sait qu'elle dépend d'une lésion du sang, d'un vaisseau ou d'un tubercule. Cependant on ne peut se vanter de connaître la loi générale qui préside à sa production. Les mots de sthénie, d'asthénie, d'activité, de passivité , ne nous apprennent pas grand' chose , parce qu'ils ne désignent pas la cause expérimentale des phénomènes.

La cause d'une maladie est une lésion de structure ou une lésion d'action physique, chimique ou vitale. La connaissance d'une de ces causes suffit momentanément pour nous éclairer sur sa nature.

La physiologie pathologique ou la pathogénie est conla piiysioiogic sacréo à la recherche des causes des maladies et du mode pathologique. génération de leurs phénomènes. Pour qu'elle rende quelque service , il faut qu'elle découle de l'étude de la physiologie , qu'elle n'en soit que la déduction et l'application rigoureuse à l'homme malade. Aussi voit-on se refléter sur elle l'état plus ou moins avancé de la biologie : même obscurité ou môme lumière , suivant les progrès de cette dernière science. Celui qui hasarde une hypothèse sur la nature d'une maladie doit en chercher la confirmation dans les données les pi us certaines de la physiologie , et celle-ci à son tour ne peut légitimer une théorie qu'en la mettant d'accord avec les faits pathologiques. ' Nature JS alure de la maladie d'après son sicye. La notion de nades maladies ture implique la connaissance du tissu, de l'organe, de

d'après , .

leur siège, l'appareil, du système ou des liquides spécialement affectés. L'étude des symptômes et des lésions y conduit. A me-

Qu'cst-ce que

CAUSE ET NATURE DE LA MALADIE

Altération des solides ; des liquides; des forces.

sure que les moyens d'investigation se sont multipliés et ont acquis plus de rigueur, on est parvenu à déterminer non-seulement l'organe, mais encore le tissu élémentaire allecté. Le microscope a été très-utile à ce double point de vue. De son côté la chimie a rendu les mêmes services en faisant connaître les changements qui portent sur la composition élémentaire et les principes immédiats des liquides.

En s'en tenant uniquement au point de vue du siège des maladies, on trouve que les maladies aflectent : i°les solides; 2" les humeurs ; 5° les facultés. Galien a solidement, et l'on peut dire définitivement, établi sur cette triple base la division générale des maladies. 11 l'avait reçue d'Hippocrate, qui avait fondé sur elle une pathologie qui doit exciter encore l'admiration des médecins. Erasistrate et ceux qui se déclarèrent comme lui exclusivement en faveur du solidisme, ont méconnu toute une classe importante et nombreuse de maladies. L'humorisme moderne, éclairé par les travaux de la physique et de la chimie , a repris de nouveau possession d'un domaine qu'on ne saurait dorénavant lui ravir.

Les maladies du solide sont très-nombreuses, souvent partielles ou disséminées sur une foule de points. Elles peuvent affecter un vaste système organique, le nerveux, le musculaire, le séreux, ou plusieurs organes à la lois; ou au contraire n'atteindre qu'une seule fibre.

Les maladies générales du solkle peuvent être consécutives à la lésion des humeurs. On a même prétendu que telle était leur cause constante. Si parce mot, altéra- celles du liquide, lion des humeurs, on ne prétendait désigner que le sang, nul doute que le solide ne soit souvent altéré consécutivement à ce liquide, lorsque celui-ci a reçu, par

La maladie du solide est antérieure à

CONSTITUTION DE LA MALADIE

Division des maladies par rapport à leur siège.

Du siège analoniiqtie des maladies.

exeinple , du pus , un virus, un venin , et môme certams agents miasmatiques, épidémiques et contagieux. Mais dans un grand nombre de maladies, telles que le rhumatisme , la goutte , la scrofule , le cancer, les tubercules , tout porte à croire que le solide est altéré avant les humeurs , et que la mauvaise crase de celles-ci dépend de la maladie primitive des tissus et des organes. Nous traiterons plus amplement cette question ailleurs. (Voy. Altér allons du sang.)

On peut , par rapport au siège de la maladie , établir 1° des maladies primitives du solide; 2° des maladies primitives du sang ; 5° des maladies mixtes qui sont précisément les maladies générales dont nous avons parlé ; 4" des maladies des liquides consécutives à la lésion du solide , ce qui est le cas le plus ordinaire.

En pénétrant plus intimement dans cette question , on constate d'abord un fait de la plus haute importance : les maladies du solide affectent tantôt le tissu élémentaire et fondamental de l'organe, les tubes nerveux, par exemple, dans l'encéphalite et le ramollissement cérébral, la fibrine du sang dans l'inflammation ; tantôt plusieurs tissus en môme temps , le tissu cellulaire , les vaisseaux et ce qu'on appelle le parenchyme de l'organe. Dans une phlegmasie de la plèvre les tissus cellulaires séreux, vasculaires sont affectés; dans la pneumonie c'est la vésicule et le tissu ambiant. En un mot, la maladie a pour effet de s'attaquer à un élément, plus spécialement, à plusieurs, ou à tous, soit primitivement, soit consécutivement. Anciennement on ne connaissait pas assez la structure intime des organes pour assigner aux maladies un siège aussi limité; aujourd'hui on tombe peut-être dans une exagération contraire en voulant trop

CAUSE ET NATURE DE LA MALADIE

circonscrire la lésion dans une fibre , une vésicule , une humeur. D'ailleurs la détermination du siège élémentaire n'est pas indispensable pour bien connaître la maladie. Les affections les mieux connues , la fièvre intermit- l' esi inconnu tente, le choléra, la peste, la fièvre jaune, la pellagre , Ses maïaS l'hystérie , l'épilepsie , n'ont pas encore de siège distinct, et cependant sont des maladies bien caractérisées. Nous nous en tenons aux apparences et nous nous contentons de peu quand nous faisons de la fièvre typhoïde une lésion de plaques de Peyer; de la rougeole et de la scarlatine, des exanthèmes ; de l'albuminurie une maladie des reins; du scorbut, de la chlorose et de l'anémie une maladie du sang. Sans doute cette localisation atteste un progrès dans notre science, puisqu'elle nous fait con- ' naître l'organe plus spécialement affecté et un peu le mode suivant lequel il l'est. Mais il y a loin de là à la découverte du véritable siège du mal. La preuve que nous ne touchons encore qu'à la superficie des choses, avec notre prétention à la rigueur des sciences exactes , c'est que nous n'avons pu encore trouver le siège même apparent des maladies générales , et le nombre en est grand, car elles forment plus de la moitié de la pathologie. Souvent quand nous croyons avoir découvert le siège de certaines maladies nous n'avons aperçu que le gros des lésions. Savons-nous quel est l'élément altéré dans la cirrhose , la dégénérescence des reins , dans la formation d'un grand nombre de produits homologues et surtout hétèrologues? Nous approuvons toutefois les tentatives même exagérées de localisation , parce qu elles forcent l'observateur à remonter autant que possible jusqu'à la molécule vivante qui est affectée et à ne pas se contenter d'un à peu près qui doit être banni des sciences natu-

i CONSTITUTION DE LA MALADIE.

Division des maladies

tirées de leur cause.

Maladies par cause externe ou Iraumaliques.

Maladies héréditaires.

Maladies diatliésiques primordiales.

relies. A mesure que celles-ci se perfectionnent , nous nous rapprochons de plus en plus de la connaissance de l'altération première, et par conséquent de la cause de la maladie. Toutefois il faut éviter l'erreur à laquelle pourrait conduire cette doctrine si elle nous faisait croire que les maladies à leur origine sont toutes dans le solide ou dans les liquides. Nous avons vu que le trouble des propriétés vitales concourt au moins autant que celui de texture à nous révéler le siège des maladies et nous permet de les classer suivant leurs affinités naturelles (voyez Nosologie).

De la nature des maladies Urée de la cause. Nous ne voulons plus parler de la cause expérimentale des maladies, mais seulement des causes soit externes, soit internes qui les produisent, et dont la connaissance est indispensable pour les diflérencier les unes des autres.

1° Les maladies naissent quelquefois au milieu de la santé la plus parfaite, parce qu'un agent du monde extérieur est venu changer les conditions normales de la structure , comme dans les plaies, les fractures, la pénétration de corps étrangers. Ces maladies traumatiques forment une classe à part et sont du domaine de la chirurgie.

2° Les maladies dont la cause réside dans le corps humain dépendent : i" d'une diathèse héréditaire soit générale, soit partielle ; comme exemple de la première, nous citerons : la scrofule, le tubercule, le cancer; de la seconde, l'hypertrhopie cardiaque, les maladies de l'estomac.

5" L"n troisième groupe de maladies se compose de celles qui, indépendantes de toute action exercée par l'organisme du père ou de la mère, paraissent tenir à une

CAUSE ET NATURE DE LA MALADIE. 83

diathèse générale ou partielle apportée en naissant. Pourquoi tel individu est-il plus spécialement alleclé d'une maladie de l'estomac, des reins, de l'utérus, qu'un autre ? A ce point de vue . les maladies méritent d'être distinguées en celles qui sont purement accidentelles et eu maladies par prédisposition congénitale. Ces divisions jettent un grand jour sui la nature des maladies en montrant qu'elles n'ont pas toujours leur source dans une cause extérieure , mais bien dans un état primordial de la matière et des forces vitales , soit transmis par les parents , soit indépendant de cette cause. Dans les maladies diatliésiques , un produit organique ou inorganique nouveau peut se former et se déposer au sein des organes ; tels sont le caucer, le tubercule, les concrétions. Un fatalisme plus rapproché de la vérité que l'opinion contraire nous porte à croire que la matière organique du corps de Tbomme est vouée à la destruction, et qu'elle renferme en naissant le germe de certaines maladies organiques ou un état diatbésique constitué par une siujpie faiblesse des oi ganes qui prépare la maladie et en facilite le développement à l'occasion de la moindre cause ou même sans cause appréciable.

4" A cùlé ae ces maladies, dont nous connaissons main- 40 Maladies tenant l'élément essentiel , se placent naturellement celles i^'"" ^^^^^ ,

^ défaut de l'activilo

qui proviennent de l'exercice exagéré, insullisant, intem- lonciionnciie. pestif , d'une fonction ou d'un de &es actes. L'accomplissement d'une fonction dépend de l'état anatomique de l'organe qui fellectue, de ses propriétés dynamiques et de l'intensité des agents chargés de les mettre en jeu. Voilà les trois causes de la santé et de la maladie. La dernière sera examinée plus loin ; nous avons seulement à cœur d'établir que l'exercice d'une fonction qui s'établit,

CONSTITUTION DE LA MALADIE

8*> Maladies par causes cosmiques.

6» Maladies spécifuiues, conlogiciiscs, virulentes, vénéneuses.

s'exagère ou s'éteint, engendre des maladies dont le point de départ est dans l'appareil, et qui ont pour élément la lésion d'action seulement. Dans cette catégorie se trouvent les maladies si nombreuses qu'amènent la dentition, la puberté, la grossesse, la ménopause, l'âge, l'exercice des fonctions du cerveau et des organes génitaux.

5° Maladies par causes cosmiques. Les maladies par causes cosmiques sont celles qui naissent d'un dérangement dans les qualités ou la quantité des agents naturels qui entourent l'honime ; que ces dérangements dépendent de l'homme lui-même ou de la perturbation naturelle et imprévue de ces agents. Ces maladies exigent toujours une disposition morbide préalable, une sorte de réceptivité. Nous trouvons développées sous l'influence de ces causes : i°les maladies endémiques parmi lesquelles il faut citer le bouton d'Alep, la pellagre, le crétinisme, le goitre, le béribéri , le mal des Barbades, la fièvre intermittente, la fièvre jaune, la peste et le choléra; 2° les maladies provoquées par l'air, les impondérables et quelques agents dont nous soupçonnons l'existence uniquement par leurs effets. Au nombre des maladies ainsi produites, nous trouvons les affections épidémiques et saisonnières. Tout indique en elles une altération générale et primitive soit des liquides, soit des solides (pneumonie catarrhale, angine pseudo-membraneuse, grippe, suette). On y retrouve toujours la lésion d'acte ou la lésion d'organe, quelquefois ces deux éléments réunis.

G° Maladies spécifiques, contagieuses, virulentes, vénéneuses. Viennent enfin les maladies générales provoquées au milieu de la santé la plus parfaite par la pénétration dans l'économie d'un agent mêlé à l'air ou introduit par

CAUSE ET NATL'RE DE LA MALADIE

la peau ou la membrane gastro-intestinale. Ces maladies sont marquées tantôt par la lésion simultanée des solides et des liquides, tantôt par des troubles fonctionnels seulement (rage, ergotisme convulsif, alcoolisme, tremblement mercuriel, convulsions saturnines).

Les maladies virulentes, venimeuses et toxiques forment trois groupes naturels entièrement fondés sur la spécificité de la cause. Elles ont été distinguées à toutes les époques de la médecine et ont toujours servi à renverser les théories exclusivement fondées sur le solidisme, le vitalisnie ou rhumorisme. Elles fournissent les plus solides arguments que l'on puisse invoquer en faveur de la fusion nécessaire de ces trois doctrines appliquées à l'étude de la nature des maladies.

Nature des maladies^ tirée du traitement. L'efficacité Le traitement d'un traitement dans une maladie indique sa nature. Cet îneni'ia naiuredu axiome répété encore par plusieurs systématiques est '«a'- hausses doc-

trîncs 3ccrédilécs

loin d'être vrai. Il doit être restreint dans des limites à ce sujet, étroites, si l'on veut qu'il conserve quelque valeur. Lorsque la nature d'une maladie est inconnue, l'efficacité du traitement est loin de jeter sur elle une bien grande clarté. Que nous apprend la guérison de l'entéralgie saturnine par les purgatifs, de la fièvre intermittente par le quinquina, de la syphilis par les mercuriaux? Dans tous ces cas, la spécificité nous est plus sûrement révélée par la cause évidente que par le traitement. Cependant celui-ci nous éclaire parfois sur l'identité dénature de deux affections. On obtient la guérison de l'entéralgie saturnine et de celle des pays chauds par les purgatifs et l'opium. Les symptômes nous en avaient déjà appris davantage. Il y a plus, si l'on s'en tenait à l'axiome en question, on pourrait conclure que deux nialadies identiques sont de

CONSTITUTION DE LA MALADIE

nature cliiïérente, par cela même qu'elles guérissent par des médications très-dilîérentes ; ce qui serait le contraire de la vérité. La pneumonie simple, qui est très-sûrement une inflammation pour tout le monde, n'en guérit pas moins par la saignée, le tartre stibié, les vomitifs, le vésicatoire. Le rhumatisme, maladie inflammatoire par excellence, est traité avantageusement par la saignée, le sulfate de quinine, roj)ium, le colchique, etc. C'est précisément dans les cas où nous avons le plus besoin de savoir la nature d'une maladie pour la bien traiter que notre thérapeutique reste vacillante, incertaine : citons , comme exemple , le traitement du choléra , de la fièvre jaune, de la peste, de la fièvre typhoïde, de la rage et de tant d'autres? Nous sommes portés à croire que la nature vraie ou supposée des maladies et l'indication des traitements sont sorties d'une môme source, de 1 identité des phénomènes et des causes, et qu'elles ont été connues l'une et l'autre bien avant qu'on eût essayé une médication quelconque.

Le traitement empirique ne peut jeter aucune lumière sur la nature des maladies. 11 faudrait la perspicacité du sphinx pour découvrir, dans la préservation de la variole par la vaccine, la nature de l'affection, dans les succès obtenus par le quinquina la nature de la fièvre intermittente. Concluons que le traitement est une pierre de touche délicate , difficile à manier, et qui peut , entre les mains des hommes intéressés h faire triompher un système, conduire à des doctrines très-fausses. N'a-t-on pas vu dans la même maladie , la fièvre typhoïde par exemple, l'efficacité de la saignée, des purgatifs, du quinquina, des antiseptiques, des stimulants les plus énergiques, être invoquée tour à tour pour prouver que cette affec-

DES ÉLÉMENTS DE MALADIE. 87

tion estime phlegmasie, une infection putride, une fièvre

essentielle, adynamique, une maladie du sang, etc.?

§ VI. Des éléments primaires, universels, com- Historique

muns de la maladie. La doctrine des éléments qu'on a de la doctrine

(les éiéiutiûts*

cru à tort d'invention moderne est aussi ancienne que la médecine. En voyant l'infinie variété de symptômes et de causes, la nature si différente des maladies, les hommes doués d'un esprit supérieur se sont demandés s'il ne serait pas possible de les ramener toutes à un petit nombre d'éléments.

La chose essentielle à savoir, dit Galien , est de déter- Grande pensé miner à combien de types on peut ramener les maladies générales primaires et simples, qui sont comme hs éléments des autres (i). Tel est le problème nettement posé par cet homme éminent qui n'a fait, d'ailleurs, dans cette circonstance, comme dans beaucoup d'autres, que s'inspirer des idées d'Aristote. Malheureusement, pour le résoudre, on a entassé hypothèse sur hypothèse, depuis la doctrine des intempéries chaudes et froides, du strictum et du laxum plus ou moins métamorphosé par Cullen , Hoffmann, Baglivi, Brown et Broussais, jusqu'aux théories chimiques de Paracelse et au vitalisme de quelques modernes. Nous n'avons pas l'intention de reprendre les discussions auxquelles ont donné lieu ces doctrines, ni de chercher la nature première des archétypes morbides. Une telle étude est louable sans doute , mais les méthodes d'observation ont prouvé qu'elle ne peut conduire à aucun résultat positif. Traçons cependant l'historique des doctrines qui ont régné à différentes époques sur ce su-

(1) « Quot sint iiniversi primi et simplices iiiorbi et vcluli aliorurn elenienta; deinceps vero tertio, quot sint li qui ex eorum compositionc proveniunt. » Galien, De differentiis morborum , \\h. 1.

CONSTITUTION DE LA MALADIE

jet. Il est impossible de les passer sous silence , parce qu'elles ont introduit dans la médecine des idées qui sont restées les mêmes , malgré les transformations apparentes qu'elles ont subies.

Les anciens qui ont abordé et souvent résolu les questions les plus difficiles de la pathologie générale ont pensé qu'il existe, dans la constitution des maladies, des éléments primitifs et simples semblables à ceux qui composent les corps de la nature.

Exposition Galien,- dont l'esprit étendu se laisse entraîner modes éiémenis. mcntanémeut par les subtilités de sa théorie des quatre humeurs, redevient praticien quand il dit qu'on trouve rarement des maladies simples ; que la maladie engendre la maladie, un phénomène un second, celui-ci un troisième, et ainsi de suite : « Rarô moi^biis aliquis sincerus invenilur. » Il croyait que la prédominance du sang, de la bile, de l'atrabile et de la pituite auxquels il attribuait les qualités particulières de chaleur, de sécheresse, d'humidité, de froid, devait produire quatre maladies sijnplcs : chaudes, sèches, humides et froides; puis, en se combinant entre elles, quatre autres maladies comjmsées. Ce que l'on n'a pas assez remarqué, c'est que Galien revient sans cesse sur cette idée, qu'on a cru à tort d'origine récente, savoir que les altérations humorales entraînent des lésions de structure et même des troubles des forces, ou ce qu'on appelle aujourd'hui des troubles fonctionnels. Il admet des maladies primitivement générales qui résultent de ce que les humeurs sont altérées dans leurs qualités propres et dans leurs proportions. Dans ce cas, la localisation n'est pas possible; d'autres fois la maladie est encore générale, mais produit quelque part une lésion comme dans le phleg-

DES ÉLÉiMENTS DE MALADIE. SU

mon. Enfin il peut se faire que la maladie, après avoir été locale à son origine, devienne ensuite générale. On ne peut pas être partisan plus déclaré de la lésion matérielle. Ainsi, pour Galien, les principes ou les éléments simples de toutes maladies soit générales , soit locales , sont les altérations d'une humeur qui surabonde ou qui est en moindre quantité.

Nous allons voir que la recherche des éléments n'a pas Doctrine

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