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conduit les médecms les plus ulustres à des notions plus certaines ni surtout plus utiles. Pour les méthodistes, par exemple , la fibre vivante possède la propriété de se resserrer et de se dilater; toute maladie est due à ce qu'une cause morbifique détermine l'un ou l'autre de ces états, à un degré anormal. A ce compte, les maladies sont simples et dues uniquement au strictum ou au laxum , et par conséquent à une lésion du solide.
Baglivi avec sa fibre motrice; Hoffmann avec son Doctrine moderne spasme, Cullen avec l'excitabihté , Brown la sthénie, et '^'^ f^'iof- Broussais l'irritation, développèrent la doctrine de Thémison sans y ajouter ni en retrancher. Toutes les maladies procèdent de deux éléments très-simples : de l'excitation ou de la faiblesse. Elles sont primitivement générales, et la lésion locale n'est que l'effet de la diathèse suivant Thémison. Il n'existe donc que deux éléments primitifs, prochains de toute maladie soit locale, soit générale , la sthénie ou l'asthénie. Il faut que cette dichotomie pathologique soit bien séduisante pour avoir traversé tant de siècles, tant de pays, déguisée seulement par des noms différents : les uns présomptueux (méthodisme, comme qui dirait méthode par excellence; doctrine physiologique , c'est-à-dire doctrine la seule con forme aux données de la physiologie) ; les autres inexacts
CONSTITUTION DE LA MALADIE
Doctrines chimiques.
(irritation, stimulus, sthénie). Nos livres de pathologie sont encore pleins d'expressions qui rappellent ces systèmes tombés en décadence. On y parle encore d'hémorrhagies, d'iiydropisies actives, passives, sthéniques , asthéniques, c'est-à-dire par strictum et par laxum. Les maladies La doctrine antique des éléments fut et devait être ne dépendent pas attaquée par les hommes qui, formés à l'étude de la na-
seulementde ^ ' ^ '
deux conditions turc , avaient remarqué que la maladie ne peut ])as du°soi'i'de. dépendre uniquement de deux propriétés du solide. Galion avait posé et résolu nettement la question en montrant que les maladies simples peuvent tenir aux liquides, au solide et aux forces plus ou moins altérées. Il en fait le sujet d'une diatribe fort belle contre les méthodistes et Erasistrate.
Les études iatrochimiques et les écrits de Paraceîse ne pouvaient manquer également de conduire à admettre des maladies simples et primitivement humorales. L'acidité, l'alcalinité aussi fausses que les altérations des quatre humeurs de Galien , servirent à créer des éléments morbides primitifs.
Enfm, la perturbation des propriétés vitales fut aussi invoquée par Van Helmont, Willis et les Stahliens, comme l'élément d'un grand nombre de maladies.
Si nous nous arrêtons un instant sur la signification des documents historiques qui viennent d'être rapidement exposés , nous trouvons que la vérité s'épure en traversant les doctrines et les siècles. Elle nous montre la génération des maladies sous son véritable point de vue en mettant hors de doute qu'il existe i° une première classe de maladies simples, primitives et irréductibles en d'autres maladies qui dépendent de la lésion des solides ; 2" qu'à une seconde division se rattachent celles
Vilalisles.
DES ÉLÉMENTS DE MALADIE
qui proviennent de la lésion des liquides ; 3° enfin que la troisième est due à la lésion des forces. Pourrions-nous mieux dire aujourd'hui?
Stoll n'ayant en vue que des états morbides généraux siou, capables d'influencer les maladies locales, distingue les éléments inflammatoires, bilieux, putrides et mixtes.
Selle y ajoute le pituiteux , le vermineux , le laiteux , seiie. le nerveux, le périodique, l'arthritique, le rachitique, le scrofuleux , le vénéneux, l'organique, c'est-à-dire qu'il considère comme autant d'éléments morbides des maladies tantôt locales (entozoaire) , tantôt générales (scrofule, goutte), ou des causes spécifiques (poison, miasme paludéen).
Barthez veut qu'on admette autant d'éléments qu'il y ^^rihe a d'actes dans les maladies. Cette idée qui mènerait un peu loin si elle était acceptée sans réserve ne manque pas d'exactitude et repose sur des notions physiologiques vraies qui doivent encore prédominer dans la doctrine des éléments.
Nous ferons à Bérard le même reproche qu'à Selle. 11 suffira pour le légitimer de citer seulement les noms des éléments qu'il admet : douleur, spasme, pléthore, fluxion, inflammation, érétbisme nerveux, fièvre, faiblesse , malignité, état bilieux , putride, pituiteux , rhumatismal , goutteux , scrofuleux , cancéreux , périodique, infection virulente, empoisonnement. Aujourd'hui les fauteurs de la doctrine des éléments se contentent de conserver l'inflammatoire , le bilieux , le muqueux , le typhoïde, l'adynamique, le nerveux : ce qui n'est pas assez.
On voit que sous le nom d'éléments de maladies on a désigné des conditions morbides assez différentes : 1° des actes morbides consécutifs à d'autres actes; 2" des
CONSTITUTION DJÏ LA MALADIE
Assimilation de la doctrine des éléments
à celle des chimistes.
Définition des éléments prochains.
complications ; 3° des symptômes prédominants (convulsion , flux) ; 4" des causes évidentes ou supposées du mal ou des symptômes (élément épidémique , périodique , contagieux) et des maladies spéciales (élément scrofuleux, goutteux, syj)hilitique) .
L'étude des sciences a inspiré le désir bien naturel de réduire une maladie à ses éléments simples et d'imiter ainsi les chimistes qui arrivent à décomposer les corps et à les réduire par une analyse immédiate à un certain nombre de corps simples ou éléments dont la réunion constitue un second et un troisième degré de composition. Ainsi l'oxygène, le carbone, l'azote sont les éléments qui en se combinant forment la fibrine, l'albumine, le caséum ou principes immédiats, qui à leur toiu' donnent naissance à des corps plus complexes que l'on appelle le sang, le lait, l'urine (produits médiats). Avant que l'analyse chimique fut perfectionnée on regardait comme simples tous ces corps. Sans aller aussi loin que les chimistes, on peut du moins, à l'aide de l'analyse, distinguer les éléments communs qui entrent dans la constitution des maladies et forment un certain nombre d'archétypes qui se retrouvent facilement malgré la variété de siège , de symptômes et de forme.
Par élcment prochain ou immédiat des maladies il faut désigner tout état morbide, local ou général, primitif, non décomposable en un ou plusieurs actes morbides et qui entre comme partie constituante de la maladie , quel que soit son siège. Cet élément est i° lésion du solide ; 2° lésion du liquide ; 3° lésion de propriété vitale. Il doit être idiopathique , irréductible en une autre lésion ou en un autre trouble fonctionnel.
Voici le tableau des éléments primaires auxquels nous
DES ÉLÉMENTS DE MALADIE
avons consacré la plus grande partie de notre livre. Nous sommes convaincu que celui qui sait, comme celui qui ne sait pas , s'évitera bien des fatigues et parviendra facilement à saisir ce que les maladies ont de commun et de spécial, s'il veut méditer avec soin l'histoire générale des principaux groupes nosologiques que nous étudierons plus loin. Suivant nous, voici ceux à l'étude desquels doit être consacrée la pathologie générale :
1° Éléments prochains consistant dans un trouble des propriétés vitales. i° Irritabililè : sthénie , asthénie, ataxie , sympathie ; 2° Contraclilité : spasme , paralysie ; 3° Sensibilité : hypéresthésie , anesthésie , douleur ; 4" Troubles de Vintellirjence : délire.
2° Éléments^ prochains consistant dans une altérationdu sang. Pléthore, anémie, défibrination, perte d'albumitie, altération du sang parles virus, les poisons, les venins.
5° Éléments prochains consistant dans une lésion simultanée des liquides et des .so//de,s. État puerpéral : pyémie ; état typhoïde, bilieux, scrofiileux, rhumatismal, goutteux.
4° Éléments prochains consistant dans une altération locale commune à tous les solides. 1° Lésion de calorification : fièvre ; y° Lésion de circulation : hypérémie, anémie ; inflammation ; hémorrhagie ; 3° Lésion de sécrétion : hydropisies , hétérocrinies , acrinie ; 4° Lésion de nutrition : hypertrophie , atrophie , ulcération , induration , ramollissement, gangrène; 5" Formation cXun produit morbide homologue ou hétérologue : tubercule , cancer.
1° Pour qu'une lésion soit réputée élément primaire de maladie, il faut ; 1° qu'elle puisse exister seule, n'avoir été précédée par aucun autre acte morbide, et par conséquent constituer toute la maladie. La convulsion d'un muscle, la douleur, l'hypérémie, la pléthore, l'anémie,
Énuméralion
de tous les élémenls.
Caractères des élémcnls.
CONSTITUTION DE LA MALADIE
l'accroissement de température, sont, à tous les titres, des éléments primaires et prochains de maladie.
2° Les éléments primaires sont communs à un grand nombre de maladies dilï'érentes par leur siège et même leur nature. La douleur, la chaleur fébrile , la convulsion, se retrouvent dans l'inflammation, dans leshémorrhagies, dans la lièvre typhoïde ; l'adynamie, l'ataxie, l'état bilieux, la gangrène, se montrent aussi, dans la plupart des maladies locales et générales , très-dillérentes les unes des autres.
5° L'élément peut appartenir à une maladie toute spéciale par son siège et sa nature, qu'il sulïit alors pour caractériser : telles sont, par exemple, l'hypérémie avec exsudation plastique ou suppuration dans l'inflammation; l'accroissement de chaleur dans les lièvres; la douleur dans la névralgie; la convulsion dans la chorée; le tubercule dans la phthisie pulmonaire , etc. • 4° Les éléments prochains servent d'archétype aux
maladies composées qu'ils forment en se combinant un à un , deux à deux ou en plus grand nombre. Exemples : inflammation, lièvre typhoïde, maladie purulente , etc. La maladie est Lcs maladies sont composées de plusieurs éléments presque toujours pnmaires réunis. 11 est rare de n'en trouver qu'un seul.
composée ^ .
do plusieurs Dans la névralgie de la 5*^ paire , la douleur, élément ôiemenis. pnmaire de la maladie, s'accompagne de convulsions, de lésions de sécrétion , de modifications de température , etc. ; par conséquent de trois ou quatre éléments. La lièvre intermittente est marquée par la chaleur, la fréquence du pouls, l'hypertrophie splénique, l'altération du sang; le cancer du foie par l'élément principal, le développement de la cellule cancéreuse, puis par l'altération du sang, des congestions, des hémorrhagies.
DES ÉLÉMENTS DE MALADIE
On ne peut donc pas dire que la maladie ne se compose que d'un seul élément ; mais l'un d'eux est toujours prédominant ou phénomène producteur et initial. Sous ce rapport , on doit établir de grandes différences entre les maladies formées d'un petit nombre d'éléments et celles qui en contiennent un grand nombre. On n'a qu'à comparer, pour s'en faire une juste idée, l'hypercrinie d'un tissu sans autre lésion avec la fièvre typhoïde. On ne trouve dans la première qu'une lésion de sécrétion ; dans la seconde , l'altération du sang , des liqueurs sécrétées , l'hypertrophie des glandes de l'intestin, la congestion des poumons et de la rate, l'hémorrhagie intestinale, sans compter l'adynamie, l'ataxie, les convulsions et tant d'autres éléments.
L'inflammation est une maladie composée; nous y L'innammaiion constatons comme élément primaire l'hypérémie avec ex- "'"^
^ ^ composée.
sudation pîaslique ou purulente, sans laquelle l'inflammation ne pourrait exister; d'autres éléments , tels que la douleur, la convulsion, la sécrétion séreuse, figurent également , mais à titre d'éléments secondaires. Ils peuvent manquer sans que la phlegmasie cesse d'être bien caractérisée. Citons comme exemple de maladie formée par un seul élément primaire , la névralgie sciatique , le flux diabétique ou la contracture idiopathique des doigts de la main. Toutes les classes de maladies qui figurent dans le cadre nosologique , et dont le nombre en définitive a peu varié, sont caractérisées par un élément prhnaire, auquel ensuite se subordonnent le genre, les espèces et les variétés. D'autres éléments primaires ou des actes morbides secondaires entrent dans la composition de ces derniers.
L'enchauiement des symptômes et la physiologie pa- Distinction entre thologique sont éclairés par la distinction que nous nous TOmpos^er*^
9(j CONSTITUTION DE LA MALADIE.
efforçons d'établir entre la maladie simple et la maladie composée. Toutes les fois qu'un élément morbide primaire existe seul ou qu'il s'accompagne d'actes unis à l'élément primaire par des liens physiologiques presque indissolubles , la maladie doit être réputée simple. On doit l'appeler composée quand plusieurs éléments primaires s'y ajoutent et forment un ensemble morbide complexe : telles sont, par exemple, les fièvres typhoïde, jaune, intermittente pernicieuse, la gastralgie , l'hystérie, la métrorrhagie puerpérale , etc.
Dos maladies LeS maladies compliquées diffèrent des composées en ce compliquées. l'acte, la lésiou d'acte ou de structure qui compliquent l'affection principale n'ont pas de corrélation absolument nécessaire avec l'élément primaire et constituant. Il faut avouer, toutefois, que la séparation entre ces maladies n'est pas facile à établir. La pleurésie tuberculeuse renferme deux éléments : l'ia formation d'un produit hétérologue ; -2° une hydropisie ou une phlegmasie adhésive. On peut, dans ce cas, dire que la maladie est composée. Cependant on pourrait aussi regarder la pleurésie comme la complication des tubercules. Dans la méningite tuberculeuse, l'exsudation plastique ou l'hydropisie font partie essentielle de la maladie qui est composée et non compliquée.
Pour résumer tout ce qui appartient à ce sujet , nous dirons que , de même que la fonction d'un organe est décomposable en actes , et ceux-ci réductibles en un certain nombre de propriétés vitales, de phénomènes, etc., de même la maladie est décomposable en un certain nombre de lésions. L'une d'elles représente l'élément immédiat , primitif, irréductible de la maladie ; les autres sont consécutifs. L'ensemble de ces organopathies , in-
NOSOLOGŒ.
dissolubles, forme ce qu'on appelle une maladie. Elle est simple, élémentaire, si l'on ne peut la décomposer en d'autres actes morbides; composée, si elle résulte du trouble de plusieurs fonctions.
Chaque élément primaire, dont nous avons reconnu l'existence , sera décrit en tête du groupe nosologique qu'il sert à caractériser. C'est ainsi que l'étude des troubles de la sensibilité, du mouvement, de l'intelligence, de l'irritabilité, de la sympathie, sera comprise dans l'histoire des névroses. On trouvera de même les désordres de la circulation et de la sécrétion mentionnés dans la description de l'hypérémie , de l'inflammation , des hydropisies , etc.