‹ Traité de pathologie généraleChapitre 34 sur 112 · ESPÈCE NOSOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ESPÈCE NOSOLOGIQUE

réaux n'a pas eu d'autre objet. On sait que, suivant Aristote, il n'y a de réel que l'individu, et qu'il faut s'étudier à le bien connaître, parce qu'il est le fondement de toute science. Le médecin doit plus que personne poursuivre cette étude pendant sa vie entière de praticien. C'est en vain qu'il aurait dans sa mémoire les archétypes des maladies, l'espèce morbide abstraite, il se trouverait, à chaque instant, en défaut, devant les malades , s'il n'était pas familiarisé par de longues observations cliniques , avec les variétés infinies qui ont fait dire avec juste raison qu'il n'existe dans la nature que des individus (i). « Des maladies du même nom , dit L, Bayle , ne se ressembleront presque jamais comme deux animaux de même espèce , et surtout n'auront jamais entre elles la similitude qu'on observe entre deux cristaux du même sel. » Cependant, pour sortir du dédale inextricable des faits individuels, il faut absolument s'élever par la généralisation à l'idée de l'espèce ; sans elle il n'y aurait point d'art du diagnostic, du pronostic ni de traitement ; sans elle point de science médicale. On n'accorde généralement aujourd'hui qu'une médiocre attention à V espèce^ et cependant elle est le seul fondement solide de la pathologie, et la source à laquelle on peut seulement puiser des idées générales et les lois qui régissent la thérapeutique.

Caractères de l'espèce. Lorsque nous retrouvons un grand nombre de fois une maladie dont le siège, la lésion anatomique , les symptômes et la cause ne varient pas , nous constituons une entité pathologique à laquelle

Caractères de l'espèce nosologique.

(1) Voyez sur ce sujet les belles pages que l'on doit à Sauvages, Nosologia methodica, § 94; et à L. Bayle, Considérations sur la nosologie, la médecine d'observation et la médecine pratique.

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nous donnons le nom de maladie ou d'espèce nosologique. Exemples : fracture, luxation, hernie, pneumonie, etc. Pour qu'on ait le droit de créer une espèce, il faut qu'on retrouve constamment une seule ou plusieurs des conditions morbides suivantes :

1" caracières i" [deuliiè de symplômes. Une maladie étant toujours spécifiques tirés ^ ^^^^ troublc dc propriété, d'acte, de fonction ou

du symptôme. i i '

de Structure, il faut s'attacher à bien saisir le phénomène fondamental, primaire , celui qui est l'élément sine quâ non de la maladie , parce que bientôt la sympathie et les troubles consécutifs feront une maladie complexe de ce qui n'était d'abord qu'un trouble limité et distinct de tous les autres. Nous conseillons donc de donner ^ pour base à l'entité pathologique l'élément morbide pri-

maire La convulsion, la douleur, la congestion du sang dans les capillaires, la présence du tubercule, du cancer, constituent, soit des troubles fonctionnels, soit des lésions qu'il faut souvent élever à la dignité de maladie, quand on ne trouve pas un autre état morbide antérieur.

Les principes que nous venons de poser sont d'une application difficile en nosologie. Où s'arrêter quand on fonde l'espèce sur le phénomène morbide? Tant de lésions ont des symptômes presque identiques, et réciproquement tant de symptômes diiférents appartiennent à la même lésion? La convulsion des mâchoires, par exemple, n'est point une maladie distincte de la convulsion des muscles de l'œil, de la face ou du tronc dans le tétanos ; ces trois symptômes ne pourront entraîner que l'idée de variétés et non d'espèces différentes. Cent cinquante pustules doivent- elles constituer une variole ou une varioloïde? Une pneumonie cessera-t-elle d'être une espèce parce qu'elle n'a pour signe que la lièvre et la do uleur

DiCicuIics extrêmes inhérentes à ce sujet.

ESPÈCE NOSOl.OGfOl'E. 100

de côté, ou bien parce qu'on n'y observe que des crachats rouillés et de la dyspnée sans fièvre, etc. L'érysipèle érythémateux , bulleux , ambulant ; la fièvre intermittente , quotidienne , simple , avec embarras gastrique , avec état bilieux, seront, aux yeux de tel pathologiste, des variétés d'érysipèle, de fièvre intermittente. Ils constitueront des espèces différentes pour celui qui accorde une valeur extrême aux symptômes. Il faudrait donc qu'on s'entendît à ce sujet et qu'on s'accordât à regarder comme espèce tout état morbide marqué par un symptôme différent de celui qui appartient à l'espèce voisine. Mais alors on multiplierait presque à l'infini les espèces. Y aurait-il utilité à en agir ainsi? Nous répondrons négativement. Le seul avantage qu'on trouverait peut-être serait de pouvoir signaler à l'attention des observateurs les différences et les afiinités les plus minimes. On voit donc qu'il est facile d'élever et d'abaisser arbitrairement les espèces dans la hiérarchie nosologique.

2° Caraclères spécifiques tirés de la lésion. La diffé- 2" caracières rence de siège et de lésion commande la création d'une ^^de'ia'iérion!^ espèce nouvelle bien plus sûrement encore que la différence des symptômes, surtout lorsqu'à chaque changement de siège , de lésion , quelque minime qu'il soit en apparence , correspond un symptôme essentiel au diagnostic, au pronostic ou au traitement; exemple : i° Laryngite, trachéite, bronchite A des grosses bronches, B des petites. — 2° Cancer A du pylore, B du cardia; — Laryngite A érythémateuse , B pseudo-membraneuse. — 0" Inflammation; i'^" Espèce, hypérémie ; 2''Esp., exsudation plastique; 3* Esp., suppuration; /i'^Esp-^ ulcération ; 5*^ Esj)., gangrène. — 4" Pneumonie A du sommet, B de la base.

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On ne doit pas s'en tenir à la recherche du siège anatomique, mais prendre en considération, quand on peut, la lésion qui porte sur l'élément histologique. Les espèces alors sont mieux définies ; exemple : i" emphysème vésiculaire, 2° extra-vésiculaire. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que la formation d'une nouvelle espèce est commandée par tout changement dans le siège de la maladie lorsque la structure des tissus et les actes les plus minimes ou la fonction ne sont plus les mêmes ; exemple : conjonctivite, kératite, iritis, etc.; tubercule de la plèvre, du poumon , des ganglions bronchiques , etc. ; paralysie du deltoïde, du biceps, des extenseurs, des fléchisseurs des doigts de la main. On conçoit que le nombre des espèces a dû s'accroître considérablement à mesure que l'anatomie pathologique et l'art du diagnostic se sont perfectionnés , à mesure aussi que les applications physico-chimiques à la médecine se sont multipliés. Toutes les maladies avec altération du sang , de l'urine forment maintenant un très-grand nombre d'espèces nosologiques. 3" Caractères S'' Caractères spécifiques tirés de la causalité. Nous trou- , . '""^^ ,. , vons dans la cause appréciable des maladies d'excellents

de la causalilu. ^

caractères spécifiques. Cette proposition est si évidente qu'il nous suffira de citer les exemples suivants : Délire: 1'* Espèce, dél. alcoolique; 2'^Esp., dél. saturnin ; 3"Esp., dél. quinique, et d'autres. — Vomissement : 1" Esp., vom. nautique; 2^ Esp., vom. des femmes grosses. — Névralgie : r périodique ou à quinquina, 2° continue, 3" essentielle , 4" symptomatique , etc. Souvent une cause qui ne se révèle que par ses effets (miasmatique, épidémique, endémique , contagieux) , exige la formation d'espèces parfaitement caractérisées ; exemples : choléra : 1" Esp., sporadique; 2" Esp., épidémique. — Typhus : 1"= Esp.,

ESPÈCE NOSOLOGTQUE.

non contagieux; 2"Esp., contagieux. L'hérédité, l'âge, la puberté, la grossesse , l'action de certaines causes locales, donnent en général aux maladies le rang d'espèces nosologiques distinctes (épilepsie héréditaire, puerpérale , albuminurique. )

4° Compiicatiov . Une variole compliquée d'hémorrhagies, de convulsions, diffère trop d'une variole simple pour qu'on ne doive pas en faire deux espèces distinctes. On peut en dire autant de toutes les maladies qui viennent s'ajouter à la maladie principale, ou, si l'on aime mieux, de toute espèce qui s'ajoute à une autre espèce. Nous n'hésitons pas à dire qu'il faut considérer cette espèce mixte avec complication comme une espèce à part.

5° Traitement. Il faut être très-circonspect lorsqu'on veut faire servir le traitement à la constitution des espèces, parce que l'on peut attribuer à l'action curative d'un médicament ce qui est dû à la cause spécifique ou commune de la maladie ou à toute autre inlluence pathogénique. Ainsi la névralgie , qui guérit par le quinquina ou le mercure, occupe une place distincte, à titre d'espèces, dans les maladies paludéennes et virulentes.

Toute maladie qui présente identiquement même symptôme, même siège, môme lésion, même cause, doit former une seule espèce nosologique qu'on devra distinguer de toutes celles qui ne présenteront pas exactement les mêmes caractères. Réciproquement il suflit qu'une espèce semblable à une autre espèce par le siège et par les symptômes en diffère par la nature de la lésion, la marche, la terminaison, les causes, le traitement, pour qu'on soit en droit de les séparer l'une de l'autre et d'en faire deux espèces différentes. Le vomissement gravidique est une espèce distincte du vomissement nautique ,

4" Caractères

tirés de la complication.

50 Caractères

tirés du traitement.

Uésumé :

Caractères de l'espèce nosologique.

112 NOSOLOPrîF.

le délire alcoolique du délire saturnin. Toutes ces distinctions faciles à poser en principe sont d'une application extrêmement difficile. Le perfectionnement des sciences conduisant à découvrir des dissemblances entre deux objets qui avaient paru identiques jusque-là, il nous semble que le nombre des espèces doit aller chaque jour en augmentant, et plus les espèces seront multipliées, plus elles seront naturelles et la fidèle image des individualités morbides. Les genres renfermeront tous alors des espèces plus homogènes et formeront des groupes plus dictincts les uns des autres.

Les différences qui séparent l'espèce nosologique de l'espèce en chimie, en botanique et en zoologie, sont si grandes qu'il n'y a aucune assimilation à établir entre elles, et qu'on ne peut tirer de cette étude comparative aucune lumière pour notre sujet (i).

De la vai iéié J)es variêlès en nosologie. Dans la variété, les individus en nosologie. ^^^^ séparés quc par des différences légères et qui ne portent que sur des caractères secondaires, tels que l'étendue, l'intensité, le siège d'un symptôme. Quelquefois certains symptômes sont modifiés ou manquent entièrement , ou bien quelque circonstance particulière se révèle dans la marche , la terminaison , la causalité. Exemple : érysipèle du nez, des joues, éry thème solaire ; varicelle globuleuse ; roséole par l'action du copahu , érythème des moules , etc.

DéQniiion DÉFINITION DU GENRE. C'cst uue collectiou d'espèces du genre, ^.(^unies par des caractères communs tirés de l'identité de plusieurs symptômes, de siège, de lésions, souvent de

(1) Voyez un travail important de M Chevreul, Considérations générales sur l'analyse organique et sur ses applications, p. 9 et suiv., in-S". Paris, 1824.

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causes et de traitement. Exemples : phleymasies : i" de la peau; 2° des membranes muqueuses; 5° des séreuses; névroses : i° des nerfs du sentiment; 2° des nerfs splanchniques. Dans ces genres , on doit trouver un ou plusieurs caractères communs à toutes les espèces. On ne peut pas former un groupe plus naturel que celui ~qui comprend les phlegmasies des séreuses, les flux ou les hémorrhagies par les membranes muqueuses?

Qu'on remarque bien que les genres les mieux composés, c'est-à-dire ceux dont les espèces sont réunies par les affinités les plus étroites , ne doivent renfermer que les caractères génériques des maladies, mais non leurs caractères spéciaux ; c'est même une preuve que le genre est solidement et naturellement constitué. Ainsi les caractères génériques des phlegmasies des membranes séreuses (genre) étant connus , rien ne peut y faire soupçonner que l'égophonie et l'absence de vibration thoracique sont les signes de l'espèce pleurésie.

La différence de causal) té n'entraîne pas, suivant nous, l'idée d'un genre à part. Ainsi l'épilepsie saturnine, puerpérale, le tremblement alcoolique, mercuriel, sont des espèces et non des genres , quoique la spécialité de la cause soit une circonstance étiologique de premier ordre.

L'ordre occupe dans la distribution méthodique des Déflniiio maladies et à mesure qu'on s'élève le troisième rang. 11 résume les caractères communs aux espèces et aux genres. 11 constitue un degré plus élevé de la synthèse nosologique et ne doit renfermer qu'un petit nombre de caractères, mais précis, décisifs. On peut donc dire que l'ordre en nosologie est la collection des genres réunis par les mêmes symptômes, le même siège et les mêmes lésions. Exemple : j. 8

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névroses {dnsse), du sentiment (ordre), du mouvement (ordre), de l'intelligence (ordre), mixte (ordre). Dans l'ordre premier, on retrouve les caractères communs à toutes les névroses du sentiment : douleur, hypérestbésie, anesthésie, absence de lésions, sans symptôme, utilité des narcotiques et des antispasmodiques.

Lorsque les ordres sont formés d'après des affinités, vraiment naturelles, on doit pouvoir dire, sans connaître les genres , quels sont les symptômes , les lésions , la marche, le siège qui leur sont communs à tous; c'est même là un des plus grands services rendus par la nosologie. Et réciproquement on doit pouvoir s'élever aisément des genres à l'ordre qui les contient en lui attribuant le caractère de tous les autres genres.

Définition La CLASSE OU FAMILLE NATURELLE DES MALADIES OSt

de la classe, formée par la réunion des ordres, des genres et des espèces. Elle doit renfermer les caractères les plus généraux, les plus tranchés de toutes ces entités morbides.

On cherchera toujours à asseoir les classes ou familles naturelles sur l'élément fondamental qui est le même pour les espèces et les genres, ou même encore à lui assises caractères, g^er pour Caractère la nature de la maladie quand il est possible de le faire. Ainsi le signe distinctif de la classe des phlegmasies est l'hypérémie avec exsudation plastique et la formation de pus ; celui des hémorrhagies est univoque et consiste dans l' extra vasation du sang; celui des hydropisies dans l'extravasation du sérum sans fibrine. La classe si naturelle des névroses se fait reconnaître entre toutes les autres par l'absence de lésion et par le trouble des propriétés vitales. Les produits homologues, hétérologues, les monstruosités , les venins, les parasites , forment de grandes classes qui ont tou-

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jours occupé une place importante dans les nosologies.

Classifications nosologiques. On croit généralement ces ciassiflcations aujourd'hui que la classification des maladies n'est point possible et qu'il faut se contenter d'en faire l'étude suivant leur siège, et, à défaut de cette base anatomique, suivant les symptômes ou les troubles fonctionnels prédominants. On doit reconnaître que les nosologies les plus renommées sont loin de présenter, dans un ordre naturel et irréprochable, les faits dont se compose la médecine; que l'ignorance où nous sommes du siège et surtout de la nature d'un grand nombre de maladies , ^^^^ qu'enfin les variations extrêmes que subissent les symp- indispensable tômes, sont autant d'obstacles qui s'opposent à ce qu'on puisse établir une bonne classification. D'une autre part cependant, les meilleurs esprits avouent qu'il est indispensable de coordonner à l'aide d'une méthode, quelle qu'elle soit, le nombre presque infini de descriptions particulières et des faits détaillés dont se compose maintenant la pathologie. Quiconque s'est livré à l'enseignement oral ou écrit n'a pu le faire avec quelque succès qu'en suivant une méthode nosologique et en disposant tous les matériaux, soit suivant leurs affinités naturelles, soit suivant quelque autre procédé emprunté à la philosophie des sciences physico-chimiques.

Signalons encore d'autres inconvénients plus graves qui résultent du défaut de méthode.. Les élèves, obligés de faire de continuels efforts de mémoire pour retenir la description minutieuse des maladies, ne tardent pas à l'oublier. Plus tard, lorsqu'ils sont devenus praticiens, le vice de leur éducation première a des conséquences plus déplorables encore. Détournés par la clientèle des études suivies et régulières qui seules pourraient vivifier et en-

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trenir, par des acquisitions nouvelles, le feu sacré de l'art médical, ils apprennent et oublient au même instant les faits sans nombre qui passent sous leurs yeux. Au contraire, avec quelle facilité ils les retiendraient, si leur esprit était en possession d'une méthode qui permît de retrouver sans efforts les caractères principaux, les affinités et les diflérences des maladies ! Une classification bonne ou mauvaise leur donnerait ces avantages. Faisons remarquer d'ailleurs que ceux-là mêmes qui la déclarent impraticable aujourd'hui ont soin d'en composer une à leur usage , et que la loi impérieuse de la nécessité les y oblige.

Dans l'enfance de la médecine, ou rangeait les maladies suivant leur durée (aiguë, chronique) ; plus tard suivant les régions du corps plus spécialement affectées, et enfin suivant les symptômes. Ce n'est qu'à partir de l'époque où l'anatomie pathologique révéla le siège d'un grand nombre de maladies, que les classifications firent des progrès réels. Cependant il faut reconnaître qu'Aristote a l'honneur d'avoir inscrit dans son Histoire des Divisions animaux (i) la grande division anatomiqae des tissus en t^de'^GaHen similaires , simples et composés , et que Galien l'appliqua plus tard à la pathologie. Il a ouvert ainsi une voie qui est restée malheureusement stérile jusqu'à l'époque où l'anatomie morbide reprit et féconda cette donnée. Les œuvres de Galien renferment une division bien autrement importante et qui n'a point encore été dépassée : il admet 1° des maladies primitivement générales, 2° primitivement générales et accompagnées plus tard d'une lésion locale, 5" des maladies locales. Il connaissait aussi

(1) Tome I, page 2, n83; traduit par Camus.

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les lésions des facultés et les altérations humorales (bile , atrabile). Ces divisions se trouvent indiquées dans un grand nombre de ses livres (i).

La classification d'après les phénomènes morbides est Classirication par celle qui a eu le plus de faveur. Sauvages , avec les con- symp^mes. naissances étendues qu'il possédait à un haut degré, opéra presque une révolution avec sa nosologie. Assimilée aux méthodes botaniques et zoologiques dont elle diffère toutefois essentiellement, elle leur emprunte une apparente rigueur qui a fait momentanément sa fortune. Sagar, Vogel, ont suivi les mêmes errements et, on doit le dire, avec moins de succès. Cependant il faut savoir reconnaître les services immenses qu'ils ont rendus à la médecine. Si leur méthode n'indique pas la nature des maladies dans un grand nombre de cas, du moins elle nous retrace fidèlement leurs caractères les plus précis , ceux qui ne font jamais défaut , que nous sommes heureux de retrouver et de consulter en l'absence de toute autre donnée positive. Nous pourrions citer un très -grand nombre d'affections internes que nous ne connaissons encore aujourd'hui que par leurs symptômes prédominants. On a dit que la classification par les symptômes ne faisait voir que la superficie des choses, qu'elle ne nous instruisait ni du siège ni de la nature des maladies. Cette objection n'a rien de fondé. Avec les syptôines, nous trouvons le siège du mal presque aussi sûrement qu'à l'aide de l'anatomie pathologique ; et de plus, nous pouvons surtout saisir les analogies et les dissemblances qui nous échapperaient dans toute autre classification.

(J) De causis rnorburum; — D( sanitale tuendâ; — Ars medica; — Methodus medendi ; - De constilulione artis medica:; — De febribm, etc.

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Classiiîcation anatomique.

On ne songe plus aujourd'hui à décrire les maladies que d'après l'ordre anatomique. Il semble en efiet plus rigoureux de les classer suivant le siège qu'elles occupent. Les travaux de Bichat étaient faits pour donner une forte impulsion à cette méthode. En montrant que les tissus conserveut dans les différentes parties du corps où on les retrouve et la même structurée! les mêmes fonctions, il a ouvert aux nosographes une voie toute nouvelle. Les maladies des systèmes muqueux , séreux , musculaire , etc. , formèrent des groupes nosologiques parfaitement naturels, et qui subsistent encore aujourd'hui, sauf quelques modifications. Toutefois, les recherches micrographiques ont poussé un peu à l'extrême la classification anatomique des maladies. Des systèmes et des appareils, on est passé à la fibrille et à la cellule , et on en est venu à rapprocher des lésions hétérogènes, uniquement parce qu'elles résident dans le môme tissu histologique. Nul doute qu'il ne faille considérer la lésion anatomique comme une des bases les plus sûres de toute classification. Elle donne plus de rigueur à la distinction des espèces morbides, fondées sur la considération des symptômes. Mais les anciens, qui étaient privés de ce moyen d'exploration, n'en sont pas moins parvenus à distinguer d'une manière précise et durable les maladies, et à les rapporter à des types qui subsistent encore aujourd'hui, parce qu'ils reposent sur un rapprochement synthétique naturel.

D'ailleurs, la classification anatomique est insuffisante : r lorsque la maladie est générale ; 2" lorsque la lésion est un grand nombre nulle : dans ce cas , OU est trop heureux de recourir aux

de maladies. i i , .

symptômes; 5° lorsque la lésion , quoique évidente, est tellement secondaire qu'on ne peut la faire servir à classer

Elle est impossible dans

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la maladie (exemple : goutte, rougeole, scarlatine, etc. ; 4" lorsque les lésions sont multiples ou de natures différentes ( exemple : scrofule, fièvre typhoïde, etc.). Le nombre des maladies dans lesquelles se présentent une ou plusieurs des conditions que nous venons de relater est assez considérable pour rendre impossible une classification basée exclusivement sur l'anatomie pathologique.

Nous signalerons encore d'autres inconvénients atta- Eiie conduit chésà cette méthode. En se plaçant uniquement au point des idées fausses, de vue de la lésion , on ne saurait prendre une idée juste et complète des analogies et des dissemblances qui existent entre les maladies. On se consume en efforts stériles pour remonter de la lésion aux symptômes et pour rattacher ensemble les détails infinis contenus dans la description anatomique. On s'expose enfin à méconnaître les affinités qui existent entre des maladies dont le siège seul a changé , à identifier tellement la lésion avec la maladie qu'on ne peut plus les concevoir l'une sans l'autre. N'estce pas d'ailleurs un inconvénient grave que de placer le caractère anatomique avant son caractère clinique, c'est-à-dire que de mettre la lésion avant le symptôme? Nous avouons, toutefois, que nous serions médiocrement touché de ce défaut , si la donnée clinique coexistait toujours avec une lésion. Mais il n'en est pas ainsi , puisque très-souvent une affection , nettement caractérisée par ses symptômes et ses causes , ne peut être rattachée à aucune lésion. Il faut donc regarder celle-ci comme un élément précieux qui ne doit intervenir et prendre place qu'après les symptômes , dans les oosographies.

On a beaucoup parlé dans ces dernières années de la classification classification des maladies d'après leur cause. Celle-ci ^^''^'^sique. fournit , sans doute , un moyen de rapprocher plusieurs

NOSOLOGIK.

groupes de maladies , telles que les virulentes , les venimeuses, les toxiques, les affections produites par les entozoaires et les ectozoaires ; mais elle ne peut pas aller au delà. On ne trouve qu'incertitude et erreur quand on veut constituer comme classes de maladies à part les épidémiques, les endémiques, les contagieuses, les sporadiques. Telle maladie endémique devient épidémique dans certains cas (choléra, fièvre jaune, peste); telle autre, qui est ordinairement sporadique , se manifeste à titre d'épidémique ; elle peut être contagieuse ou non dans certaines circonstances. Des causes plus facilement saisissables doivent être prises en considération pour instituer les genres et les espèces , mais non des grandes classes de maladies {telles que les maladies saturnines , mercurielles , cuivreuses, des pays chauds , etc.). ciassificaiion Les études et les découvertes dont la physiologie a été 1 hysioiogiquc. j'^j^jg^ inspiré le désir bien légitime de fonder sur elle la classification des maladies. Malheureusement elle nous laisse dans l'incertitude comme les autres , au moment même où nous aurions le plus besoin qu'elle nous guidât dans la coordination des familles. La plupart des nosoloigies qui ont paru depuis Bichat, et qui sont fondées sur la considération des appareils et de leur fonction , ne nous conduisent pas plus loin que la méthode si bien employée par Sauvage. Elles ont de plus tous les inconvénients de la classification anatomique avec des prétentions plus hautes. Quelle place assigner, d'après la physiologie, aux maladies virulentes, venimeuses, toxiques, aux produits hétérologues? Cependant nous reconnaissons que les données anatomo-physiologiques fournissent de précieux éléments de classification lorsqu'ils sont associés à d'autres.

CLASSIFICATIONS

Conditions d'une bonne classiflcalion.

Klle doit être basée ;

1° sur les symptômes ;

Pour qu'une classification soit bonne, il faut qu'elle comprenne les maladies médicales et chirurgicales, entre lesquelles il n'existe pas de séparation tranchée.

Elle doit rassembler toutes les espèces pathologiques connues, et recevoir au besoin celles que l'on découvrira plus tard. Au milieu des investigations persévérantes dont la médecine est le sujet et des variations continuelles qu'elle subit, la nosologie doit être disposée de telle sorte que les maladies puissent changer de place sans que la classification en soit altérée.

Elle doit reposer, quant à présent : i° sur les symptômes, 2° sur la lésion , 5" sur la cause, 4" sur la nature.

1° Les symptômes. Rien n'égale en nosologie la valeur des symptômes, et l'on conçoit le succès des classifications qui ont été fondées sur eux. Ils indiquent cliniquement le siège du mal , et souvent sa nature , aussi bien que peut le faire la lésion. Les symptômes qui servent à la classification n'ont pas tous la même importance. Ceux qui consistent en un trouble d'acte vital occupent le premier rang. Ainsi, les troubles de la sensibilité, de la motilité et de l'inteUigence , tels que la douleur, la convulsion , la paralysie, le délire, se rencontrent dans une classe très-naturelle de maladies qu'on appelle les névroses. Les symptômes physico-chimiques aident aussi à rapprocher les entités morbides. Les fièvres sont fondées sur l'élévation de la température du corps.

2° Lésions. Elles servent à mieux déterminer le siège 2" sur les lésions; de la maladie et sa nature. 11 faut prendre garde de s'en laisser imposer par elles : mal interprétées ou séparées des symptômes et des causes, elles conduiraient à des erreurs graves. On s'exposerait, par exemple, à ranger dans les maladies de la peau la rougeole , la variole , la

122 NOSOLOGIE-

morve, les cancers , les cancroïdes, les tumeurs érectiles. Souvent une lésion circonscrite représente une maladie générale. La gangrène de la peau, les pétéchies, les ulcérations morveuses , farcineuses , ne peuvent figurer parmi les alï'ections de la peau ; les ulcérations des plaques de Peyer parmi celles de l'intestin, et l'atrophie d'un membre parmi les affections du système musculaire.

30 La cause. 3° La cause. Sur la considération de la cause reposent les classes suivantes de maladies qu'il suffit de nommer : 1" maladies venimeuses, 2° virulentes , 3° toxiques, 4" parasites. Nous avons déjà, dit qu'il nous semble impossible de grouper les maladies d'après leurs causes , du moins quant à présent. Vouloir créer une classe de maladies épidémiques, infectieuses, contagieuses, endémiques, c'est construire sur le sable. Ce caractère n'est qu'accidentel et passager pour certaines maladies (fièvre typhoïde, choléra, grippe, dysenterie, coqueluche).

4° La nature. 4» Nature des maladies. Elle est généralement considérée comme le fondement le plus solide de la nosologie, et nous aurions commis une faute impardonnable en ne plaçant pas cet élément en tête de tous les autres, si nous ne devions pas expliquer ici notre pensée. Nous trouvons dans l'inflammation quatre phénomènes caractéristiques et des actes essentiels qui sont : l'hypérémie, l'exsudation plastique, purulente; le ramollissement, l'ulcération, la gangrène; nous disons alors que la nature de la maladie nous est connue. La sortie du sang à travers les vaisseaux ou du sérum sans fibrine ni hématine , la convulsion, la douleur, le délire, nous suffisent pour nous permettre de ranger les maladies qui nous offrent ces caractères parmi les hémorrhagies , les hydropisies, les névroses. Nous nous montrons également satisfaits quand

CLASSIFICATIONS

nous édifions le groupe des fièvres, des altérations du sang et des productions homologues et hétérologues. Si c'est là ce que nous appelons la nature des maladies, nul doute que cet élément ne doive prendre la première place dans une nosologie ; mais nous ferons remarquer qu'en allant au fond des choses, c'est par la coïncidence constante d'un certain nombre d'actes morbides, de symptômes et de lésions correspondantes , que nous sommes parvenus à distinguer les phlegmasies, les hémorrhagies, les névroses. Nous n'en savons pas plus, et nous sommes loin d'avoir des notions bien claires sur le mode de production et sur les phénomènes intimes de chacune de ces maladies. 11 nous reste à savoir comment le pus est formé dans l'inflammation? Comment la fibrine sort des vaisseaux? Pourquoi c'est de la sérosité sans fibrine qui s'en échappe dans l'hydropisie? Pourquoi du sang dans l'hémorrhagie? et d'autres choses encore. Contentons-nous provisoirement de cette nature apparente. Ce que nous en aimons, c'est la fixité, l'évidence des phénomènes morbides , leur ensemble tout à fait caractéristique. Entendue de l'une ou l'autre manière, cette nature a été acceptée par les auteurs de toutes les époques comme pouvant servir à constituer des classes distinctes dans la pathologie. Les groupes des phlegmasies, des congestions, des hémorrhagies, des hydropisies , des flux, des névroses, des altérations du sang, sont aussi anciens que la médecine et antérieurs à l'anatomie pathologique.

Les classes de maladies internes qui ont été reconnues dès la plus haute antiquité , que les ennemis de toute espèce de nosologie acceptent comme les autres, et emploient souvent sans savoir qu'ils font de la nosologie, doivent être disposées de la manière suivante :

dans ce livre.

124 NOSOLOGIE

1" Classe. Névroses ou trouble des propriétés vitales. On doit mettre en tête de tout système nosographique le trouble des facultés vitales ; elles interviennent à chaque instant et à différents degrés dans la production de toutes les maladies.

Énuméraiion A Cette classc appartiennent les névroses du sentides classes j^gj^t mouvemcnt, de l'intelligence, qui forment étudiées trois ordres distincts. 11 serait peut-être préférable , à cause de l'importance de ces facultés , d'en faire trois classes à part sous le titre de névroses.^ Nous placerons en tête de cette classe l'histoire de la sympathie, de l'irritabilité , de la sthénie et de l'asthénie.

2' Classe. Des alléralions du sang. Après l'altération des propriétés vitales viennent naturellement les maladies du liquide le plus généralement répandu dans l'économie, du sang. L'étude de ses altérations, si intimement liées à la maladie du solide, constitue une classe importante , caractérisée tout à la fois par la lésion du liquide, du solide et des propriétés. On y retrouve la plupart des maladies générales et les cachexies en particulier.

5* Classe. Pyrexies. Le trouble de la calorification est caractéristique d'un groupe considérable de maladies qui ont entre elles la plus grande affinité , et qu'on appelle les pyrexies ou fièvres; nous y comprenons le groupe des exanthèmes. Nous voudrions qu'on créât un mot propre à exprimer la lésion de calorification en plus ou en moins, car si elle est accrue dans les pyrexies, elle est diminuée dans le choléra, le sclérème.

V Classe. Maladies virulentes. Dans celles-ci encore, nous trouvons comme dans les pyrexies et les hémies : 1" une altération du sang et des liquides; 2° des lésions

CLASSIFICATIONS

d'organe ; 3° des lésions vitales, en un mot tous les caractères des maladies générales.

Il en est de même dans les maladies suivantes :

5^ Classe. Maladies venimeuses ou par venins animaux.

6' Classe. Maladies vénéneuses ou toxiques ; empoisonnements par des substances tirées du règne minéral , animal et végétal. Exemples : maladies saturnines, mercurielles, cuivreuses, ergotisme gangréneux, maladies alcooliques , etc. , etc.

On a réuni à tort , sous le nom de maladies toxiques ou par empoisonnement, les trois groupes précédents, qui n'ont pas le moindre rapport par les symptômes, les lésions , les causes et le traitement. A plus forte raison doit-on en séparer les maladies placées arbitrairement sous le titre de maladies par poison morbide humain , telles que la variole , la rougeole et les affections contagieuses et miasmatiques.

11 nous suffira d'indiquer sans commentaire les maladies suivantes, dans lesquelles l'altération du solide occupe une place importante.

7* Classe. Phlegmasies.

8* Classe. Hémorrhagies.

9* Classe. Hétérocrinies , comprenant les liydropisies et les flux.

10* Classe. Hélérolrophies ou altérations de la nutrition : hypertrophie , atrophie , ramollissement , ulcération , etc.

11' Classe. Homogénie ou production d'un tissu homologue : fibreux , cartilagineux , osseux , etc.

1 2* Classe. Hélérogénie ou production d'un tissu sans analogue : cancer, tubercule.

i3* Classe. Héiérolaxie. Nous comprenons sous ce

NOSOLOGIE

de celte ciassincation

titre les maladies caractérisées par un trouble des propriétés physiques des organes, tels que ; i" les rapports (adhérences, transpositions, déplacements); 2° la con/ïguralion (états simple, double des organes); 3" le volume (augmentation, diminution, oblitération, rétrécissement) ; 4" la- consistance (ramollissement, induration); 5° la couleur.

i4* Classe. Parasitisme. On trouve dans ce groupe naturel deux sortes de parasites : 1" les animaux organisés et vivants, 2° les végétaux ou épiphytes, les entozoaires et les ectozoaires.

i5* Classe. Monsiruosités et vices de conformation. Avantages Nous uo préseiiterous aucune espèce de détail sur chacune de ces classes, puisqu'elles doivent faire le sujet d'une description spéciale. Disons seulement de quelle manière cette étude sera faite. Nous placerons en tête de chaque classe nosologique l'histoire du trouble des propriétés, de la fonction ou de la structure, qui est l'élément simple , primordial des espèces morbides réunies en ordre et en genre. Une fois cette étude fondamentale terminée , nous indiquerons les caractères principaux et la distribution méthodique des genres , espèces et variétés. De cette manière , l'esprit pourra saisir facilement l'ensemble des faits particuliers appris dans les livres et recueillis au lit du malade. La loi des affinités naturelles qui les rattache se gravera aisément dans la mémoire.

Nous devons insister d'autant plus sur cette étude synthétique qu'elle constitue, suivant nous, la partie fondamentale de la pathologie générale. Nous sommes encore à chercher pourquoi les auteurs qui ont écrit sur cette science, au lieu de faire la description des maladies

CLASSIFICATIONS

spéciales qui sont du domaine de la pathologie interne , n'ont pas exposé l'histoire complète de chaque classe nosologique. Où trouver une étude générale de l'inflammation, de l'hémorrhagie, de l'hydropisie, des tubercules , du cancer, des altérations du sang , en un mot de nos quinze classes de maladies internes? Est-ce dans les livres de pathologie générale? Ils sont muets. Est-ce dans les traités de pathologie interne ? Ils n'en traitent pas pour la plupart.

11 faut en outre que le médecin , qui sait ou qui apprend, relise à propos de chaque espèce nosologique ce que la pathologie générale aurait dû lui enseigner et ce qui est commun à toutes les espèces. S'il l'ignore, il croira, en jetant les yeux sur la description de la pleurésie , de la péricardite , par exemple , que la forme et le siège de l'hypérémie, de l'exsudation plastique, de la suppuration diffèrent, et il sera obligé de faire de grands efforts de mémoire pour retenir mille détails que la pathologie synthétique lui apprendrait, en quelques lignes, dans une histoire générale de l'inflammation. Ce que nous disons de ces maladies s'applique, sans exception, à toutes les autres. Il nous paraît superflu d'insister sur ce point , qui doit frapper les meilleurs esprits.

Quelques auteurs de traités de pathologie interne ont voulu combler cette lacune en plaçant en tête de leurs ouvrages quelque partie de la patliologie générale; mais outre qu'ils ont été contraints de ne présenter que des détails fort insuffisants, ils ont envahi un domaine qui appartient à notre science. D'autres auteurs ont compris ces généralités dans les traités d'anatomie pathologique. Leur tentative n'a pas été heureuse, parce qu'ils ne pouvaient être complets; obligés d'accorder une grande place

NOSOLOGIK.

à la description des altérations de texture, il ne leur en est resté qu'une trop petite pour les symptômes , la marche, le diagnostic, l'étiologie et la thérapeutique. D'ailleurs ces dernières parties sont la propriété exclusive de la pathologie générale. Ni l'anatomie pathologique ni les traités spéciaux ne peuvent les revendiquer. On s'accorde à regarder la pathologie générale comme la science qui a pour mission de rassembler dans une vaste synthèse toutes les généralités dont il vient d'être question. Nous avons cherché, pour notre part, à atteindre ce but dans cette première partie de notre ouvrage qui leur est spécialement consacré.

La classification que nous avons indiquée ne nous appartient pas : elle est celle de tous les pathologistes anciens et modernes. Les noms à l'aide desquels on a désigné les classes , le nombre des espèces qu'on y a placées ou qu'on en a retirées, l'ordre dans lequel on les a disposées , ont changé ; mais les divisions fondamentales sont restées sensiblement les mêmes , parce qu'elles sont fondées sur la nature même des choses. 11 ne s'ensuit pas que notre classification soit irréprochable : comme toutes celles qui ont été proposées jusqu'à ce jour, elles renferment arbitrairement certaines entités, en laissent d'autres en dehors. Où mettre la goutte, la scrofule, le rachitisme, le choléra, le diabète, le rhumatisme? L'ordre anatomo- physiologique avec son apparente rigueur ne réussit pas mieux que les autres classifications à trouver une place j)our ces maladies. D'une autre part aussi plusieurs classes rassemblent sous un titre spécieux des maladies fort différentes et qui n'ont de commun qu'un acte morbide. Tel est le groupe des pyrexies , où nous trouvons : 1° les exanthèmes ; 2° les énanthèmes ; 5" les fièvres pa-

l'EHENNlïÉ DES ESPÈCES.

roxystiques ; 4° les fièvres continues. Tel encore le groupe des hétérogénies , qui contient deux produits dissemblables , le cancer, le tubercule. Du reste, il ne faut pas se préoccuper outre mesure de ces difficultés ; elles ne pourraient arrêter que le médecin qui voudrait absolument donner à la nosologie la belle simplicité et la rigueur de la nomenclature chimique, minéralogique ou botanique.

Quelque imparfaite que soit une distribution nosographique elle est toujours supérieure, pour un traité de pathologie interne, à l'ordre anatomique dans lequel on s'expose à réunir des entités hétérogènes , la rougeole et la scarlatine, par exemple, dans les maladies de la peau, à les passer sous silence ou à s'exposer à des redites sans fin. Cette supériorité est beaucoup plus contestable lorsqu'il s'agit de l'enseignement oral , de calhedrâ; on abandonne alors toute préoccupation nosologique pour s'emparer plus vivement de l'attention des auditeurs. On réunit dans un même groupe toutes les maladies du même appareil entre lesquelles existent de nombreuses afiinités de symptômes, de causes, de diagnostic, de traitement. Nous avons professé pendant quinze ans la pathologie interne, tantôt suivant l'ordre naturel des maladies , tantôt suivant l'ordre anatomo- physiologique, et après avoir hésité longtemps , nous avons fini par ac corder la préférence à cette dernière méthode, en y faisant toutefois des infractions commandées par l'étude des maladies générales qu'on ne sait où placer. Les mêmes raisons n'existent plus dans la pathologie générale exclusivement destinée à la synthèse et à la coordination.

De la pérennité et du degré de fréquence des Péimnité espèces nosologiques. Les maladies que nous observon.-^ aujourd'hui ont-elles existé dès les temps anciens? I. 9

et immiiabilité des types.

NOSOLOGIE

Quelques-unes ont-elles disparu? D'autres se sont-elles développées pour la première fois? Telles sont les questions importantes qu'il convient d'agiter et qui ne peuvent l'être avec quelque succès qu'à l'aide de documents pris dans l'histoire de la médecine.

Il faut d'abord remarquer avec Daniel Leclerc que parmi les maladies décrites dans la collection hippocratique les unes ne portent pas de nom propre , mais sont identiques à nos maladies et faciles à reconnaître (cancer de l'estomac) : d'autres ont changé de nom (la mélancolie) ou bien ne peuvent plus être rapportées aux maladies observées dans les temps modernes. Aniiquiié Oi P<^"t discuter longtemps sur l'antiquité de certaines Je certaines maladies saus arriver à une certitude complète. La peste d'Athènes a été identifiée avec la variole; le scélétyrbe avec le scorbut ; les épidémies de charbon avec celles de la peste ; le phrénitis avec la méningite ou avec la fièvre pernicieuse délirante; tandis que d'autres auteurs se refusent très- positivement à admettre cette assimilation. Il est des auteurs, dit avec raison Griiner, qui regarderaient comme déshonorant pour l'antiquité s'ils ne parvenaient pas à démontrer que toutes les maladies actuelles ont sévi autrefois (i . D'autres, au contraire, veulent qu'elles soient de provenance moderne. On pourra débattre encore longtemps cette question pour un grand nombre de maladies, pour la lèpre, le choléra, la maladie des Scythes, le rachitisme, la chlorose, la gale, la leucée, la lèpre des Juifs, etc., etc. Le doute ne semble plus permis pour la variole , la scarlatine , la rougeole , qui parurent vers la fin du sixième siècle (570) , pour la

(1) Grimer. Antiquitates morborum, p. 16, in-S», Vralislav, 1774.

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