‹ Traité de pathologie généraleChapitre 35 sur 112 · PÉRENNITÉ DES ESPÈCES · texte numérisé non relu

PÉRENNITÉ DES ESPÈCES

suette anglaise (i4^6), la syphilis (i^gA), et surtout pour la vaccine , qui sont de création toute récente (i ) .

11 ressort de ce premier aperçu que les maladies ac- Apparition de tuelles n'ont pas toujours existé et qu'elles se sont déve- S'ef iaconnult loppées spontanément au milieu de conditions hygiéniques nouvelles dont il est souvent impossible d'indiquer la nature. Ou pourrait soutenir, il est vrai, qu'elles ont été importées d'une contrée lointaine par voie de contagion ou d'épidémie. Le choléra est l'exemple le plus terrible et le plus saisissant que l'on puisse citer, La fièvre jaune n'a-telle pas paru en Espagne, la peste à Marseille et dans Leur origine

. T n> 1' or 1 1 exotique.

d autres contrées de 1 Lurope / La peste nou-e, la suette, la coqueluche , la grippe ont traversé et décimé à plusieurs reprises l'Europe entière, sans laisser pendant quelque temps le moindre vestige de leur passage. Qui nous dit que des alléctions de cette nature ne se sont pas manifestées à des époques très-reculées et qu'après avoir sévi une ou plusieurs l'ois elles n'ont pas disparu complètement ou regagué pour toujours les hem qui leur servaient de berceau ? On pourrait donc supposer que les maladies nouvelles ne sont que des espèces morbides inconnues dans les contrées où on les rencontre pour la première l'ois. La variole, par exemple, aurait été observée, de tout temps, en Chine, si l'on doit en croire quelques auteurs. On pourrait en dire autant du choléra , de la lièvre jaune et de la peste , ces trois maladies endémiques à

(1) Voyez sur ceUe maUère un grand nombre de traités intéiessants : i/ead, in opéra omnia, Medica sacra , sive de inxignioribus qui in bibliis memorantur commentarius, 1. 11, in-8°, Paris, 1751; — Grùncr, Anliquitales morboïum, dejàcité;— Auy. Krauss, Disquisilio historico-'mKdica de natura morbi A^/^^;^^e/u^itw. Stuttgard, i831i-l.iUié, OEinres complètes d'Hippocrate, i. I , p. 535; — Hccker, De peste Antouina comment., Berlin, 1835.

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l'eiiiboucliure de trois grands fleuves (Gange, Mississipi, Nil) et étrangères à l'Europe. A ce compte nos maladies récentes ne seraient que des maladies étrangères importées et inconnues seulement dans notre Europe. Maladies L'origiuc exotique ne peut être assignée qu'à un petit

"pi-odù!te!"^ nombre de maladies. Il faut expliquer par une génération spontanée la plupart de celles que nous considérons comme nouvelles. Les causes de cette génération résident dans les révolutions que subit le cosmos et plus encore dans les conditions hygiéniques mauvaises que l'homme fait naître autour de lui. Au premier ordre de causes appartiennent les grandes épidémies qui dépendent d'un principe morbifique inconnu disséminé dans l'atmosphère, et dont l'apparition, les ravages et souvent la brusque cessation échappent à toute explication plausible. Presque toutes les maladies nouvelles sont nées de cette manière, ont continué à se montrer à différentes époques ou disparu entièi-ement. La peste d'Athènes et la peste noire sont des maladies de ce dernier genre.

Leurs causes. L' homme qui ne peut échapper à cette redoutable influence pathogénique reçoit, en outre, les atteintes de plusieurs maladies nouvelles qui dépendent du milieu ambiant. La plus grande partie des affections ignorées des anciens et qui ont sévi avec tant de fureur pendant le moyen âge provenaient des souffrances de toutes espèces que produisait alors la mauvaise constitution des sociétés. Guerres continuelles, fanatisme religieux, violences, émigrations, disette, asservissement et ignorance du peui)le, telles sont les causes qui , en troublant l'ordre physique et moral , ont donné naissance à des maladies qui ont cessé ou qui tendent à disparaître avec les causes mêmes qui les ont engendrées. Citons comme exemples :

PÉRENNITK DES ESPÈCES.

le mal des ardents, la lèpre des croisés, les convulsions de Loudun , de Saint-Médard , des céréales, la gangrène des extrémités, la chorée épidémique, le tarentulisme. Chaque fois que l'homme donne un libre cours à ses mauvaises passions ou que la nature subit des révolutions profondes, les maladies anciennes se reproduisent ou de nouvelles paraissent. On dit que la goutte est un mal ignoré dans les pays sauvages, et qu'elle s'y manifeste dès que la civilisation inti'oduit l'usage du vin , d'une nourriture succulente, des vêtements et du reste. On assure que les Américains n'ont connu la syphilis qu'après l'arrivée des Espagnols. Les maladies alcooliques , saturnines, mercurielles , sont les produits funestes que l'homme reçoit des arts en échange des jouissances qu'ils lui procurent.

Les maladies endémiques , le goitre, le crétinisme, le O" p^ui rachitisme, les lièvres paludéennes, peuvent être entiè rement supprimés de la pathologie d'une contrée , ou , au maladies contraire, prendre un accroissement très-considérable, selon que les habitants observent ou négligent l'hygiène. Nous voyons des maladies presque inconnues de nos prédécesseurs acquérir un degré de fréquence tel , qu'on pourrait presque les considérer comme des maladies récentes. Les maladies nerveuses les plus variées sont décrites par les auteurs de la seconde moitié du dernier siècle. Le nôtre n'a rien à lui envier sous ce rapport. Et de plus, tous les jours, des espèces pathologiques naissent ou du moins prennent plus d'intensité , plus de fréquence. A-t-on jamais observé plus de chloroses, d'affections utérines, d'anémies, qu'à notre époque? En supposant que l'art plus rigoureux et plus facile du diagnostic nous permette de les découvrir aisément, toujours

faire disparaître certaines

NOSOLOGIE

est-il que les espèces nosologiques, loin de diminuer, se multiplient chaque jour. La pathologie humaine compte , parmi les affections mieux connues, la maladie de Bright, les désordres produits par un grand nombre d'entozoaires, de parasites végétaux , la leuchémie , l'atrophie musculaire et une foule de névroses partielles du sentiment, du mouvement, de l'intelligence. Triste richesse dont la science médicale peut s'enorgueillir, mais qui coûte cher à l'espèce humaine, parce qu'en trouvant la maladie , la médecine est loin d'avoir trouvé le remède ! Distribution Distribution géographique des espèces pathoiodes espèces giques. Le mode de répartition des espèces morbides à la "^du "lobc^^ surface du globe , à la manière des animaux et des plantes, a été étudié par les anciens. Les médecins des écoles grecques étaient périod eûtes, c'est-à-dire voyageurs. A ce titre, Hippocrate a pu , mieux que personne , faire connaître les maladies qu'il avait observées non-seulement en Grèce et en A.sie , mais en Thrace , en Macédoine et au nord du Pont-Euxin. Aussi pouvons-nous comparer ensemble les maladies dont les Scythes et les autres peuples étaient affectés. Cette pathologie comparée a été faite encore par Galien , Celse, Gœlius Aurelianus, et les éléments en existent dans un grand nombre de monographies. Mais ils n'ont pas été rassemblés de manière à constituer une histoire spéciale , et cependant ce sujet est assez important pour que le médecin y consacre tous ses soins (i). De la géographie géographie médicale est cette partie de la pathologie

médicale. ' °

(1) On doit à M. le docteur Boudin des travaux nombreux et d'une grande utilité sur cette partie de la pathologie générale. Il faut même rfoonnaître que lui seul , en France , s'en occupe avec un soin digne d'éloge : Essai de géographie médicale , in-S". Paris , 1843 ; — Études de géologie médicale, sur laphthisie pulmonaire et la fièvre typhoïde, in-8, 18'iS; — Statistique deVétat sanitaire et de la mortalité des armées de

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