‹ Traité de pathologie généraleChapitre 39 sur 112 · DE L'INCUBATION · texte numérisé non relu

DE L'INCUBATION

variable, durant lequel un observateur attentif et même prévenu ne découvre absolument aucun phénomène appréciable. On l'appelle incubation. Cependant la semence morbifique s'incorpore à la substance des tissus, puisque la maladie se révèle bientôt par les symptorpes qui lui sont propres. On ne saurait donc méconnaître l'existence d'une modification toute spéciale qui s'opère dans l'organisme affecté, et constitue un état morbide général sur lequel nous reviendrons plus loin.

11 est bien difficile de dire en quoi consiste la modification indiquée, l'espèce de diathèse, comme le dirait Galien , qui n'est plus la santé et qui n'est pas encore la maladie. Un virus, tel que le rabique, le syphilitique inoculé et circulant dans les vaisseaux , doit altérer les propriétés physico dynamiques de la matière vivante ; ce[)endant cette altération reste latente, ignorée du malade, qui n'en éprouve aucune espèce de malaise, et du médecin , qui n'en trouve aucun symptôme et ne peut par conséquent soupçonner l'existence de la maladie. Celle-ci, a-t-on dit, est en puissance {in polenlia).

Les maladies dans lesquelles l'incubation est évidente sont les affections virulentes, venimeuses, les exanthèmes, les fièvres et toutes les maladies générales qui se développent spontanément ou de toute autre manière. Nous voyons figurer dans cette classe la fièvre intermittente, jaune, le typhus, la suette et toutes les affections épidémiques, accidentelles ou saisonnières (grippe, dysenterie, choléra, etc.)

Une seconde classe renferme des maladies locales dans lesquelles l'incubation est encore manifeste : telles que l'érysipèle, le rhumatisme , la pneumonie, et peut-être toutes les phlegmasies, les flux.

Définiliou.

Sa nature entièrement inconnue.

Maladies à incubation.

DES MALAUIKS EN (JKNEliAL

K lie n'a pas lieu Oii liG retFoiive plus Cette période dans les allections da..s les maladies extcmes Caractérisées par la seule lésion des propriétés

iraumaliques. ^ .

physiques, et surtout les maladies chirurgicales qui surprennent le corps au milieu de la santé la plus parfaite (plaies, fractures, luxations). Si l'on en excepte cette classe de maladies , presque toutes les affections internes sont marquées par une période d'incubation. Citons pour exemple la pneumonie produite par le froid. Avant les signes locaux se développent la période d'incubation, pendant laquelle ont lieu des modifications dynamiques dont noti-e intelligence ne peut se former la moindre idée. Nous ignorons la nature des changements qui se passent dans l'organisme et qui aboutissent tantôt à une phlegmasie du poumon , tantôt à celle de la plèvre , des bronches, des jointures, à un flux, à une névralgie, sans que nous sachions pourquoi, i.'incubaiion L'iucLibation implique toujours l'idée d'un état général ne peut pas .Hre antérieur à la maladie, que celle-ci soit générale ou lo-

locale, . ^ °

cale. On doit se demander s'il n'y aurait pas pour quelques maladies locales une incubation également locale. On l'observerait dans le chancre syphilitique, dans la pustule maligne, où le virus ne produit d'abord qu'une maladie locale que l'on peut guérir sur place par la cautérisation, tant que l'absorption et l'infection du virus n'ont pas eu lieu. Il faut revenir sur ces idées qui commencent à être fortement ébranlées depuis quelque temps. On ne doit réserver le nom d'incubation qu'au temps qui s'écoule entre l'absorption du virus et la manifestation des symptômes locaux.

De quelques H faut encore distinguer d'autres modes d'incubaparTicuii'ers ^^01^' Entre la cicatrisation du chancre et l'apparition des d'inrubaiion. accidents secondaires d'une part, ou entre ceux-ci et les

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tertiaires d'une autre part, il se trouve une incubation souvent de plusieurs mois ou de plusieurs années, durant laquelle on ne peut soupçonner la présence du virus syphilitique. Il faut bien donner à ces époques silencieuses, latentes de la maladie, le nom d'incubation qu'elles méritent à tous égards.

Ce serait aller un peu loin que de considérer comme des incubations de maladies l'apyrexie des fièvres intermittentes ou l'intervalle qui sépare les attaques d'épilepsie, de catalepsie, d'hystérie.

On a proposé encore d'appeler incubation le temps qui Maladies à courtes s'écoule entre la naissance de l'individu et le développe- ^ncubaifo"ns^. ment d'une maladie incontestablement transmise par voie d'hérédité; exemple : l'épilepsie, la folie, la phthisie, le cancer. Cette doctrine conduit à admettre que les semences de ces maladies sont apportées en naissant , et qu'elles restent à l'état latent jusqu'à ce qu'une cause tout accidentelle et secondaire les en fasse sortir. Ce fatalisme pathologique n'est pas sans fondement; l'expérience nous montre les redoutables maladies que nous venons de nommer se développant chez les enfants souvent à la même époque que chez le père, la mère ou un autre ascendant. De même la syphilis héréditaire ne se déclare souvent qu'après une assez longue période d'incubation. Sans nous prononcer d'une manière absolue sur Tassimilation que l'on a prétendu établir entre toutes ces espèces d'incubations, nous ne pouvons cependant nous empêcher de reconnaître qu'il existe la plus étroite analogie entre les maladies à courtes et celles à longue incubation.

L'incubation est tantôt très-courte, tantôt fort longue. Elle est de quelques heui-es dans le rhumatisme, la pneu-

Causes qui raccourcisseni ou allongent la durée de l'incubation.

4" Spécificité de l'agent.

2' Action de l'organisme.

3» Action de plusieurs causes de nature spécifique.

des états épidémiques et sporadiques.

monie ; de sept à huit jours dans les exanthèmes ; de une à trois semaines dans la syphilis ; de plusieurs semaines à deux mois dans la rage , peut-être dans la morve et le larcin , etc. Elle est nulle dans une brûlure , une luxation , une fracture.

Plusieurs causes interviennent pour raccourcir ou allonger la période d'incubation.

1° La nature propre de la maladie. La spécificité inconnue de chaque cause morbifique entraîne avec elle une durée qui est différente dans chaque maladie. On sait qu'en moyenne l'incubation dure de cinq à huit jours pour les exanthèmes, la syphilis, etc. Semblable en quelque sorte à la graine des plantes, la semence morbifique exige pour germer un temps qui est subordonné à la nature de chaque germe et du terrain qui le reçoit et va le féconder. Il faut donc faire jouer un rôle important au support de la maladie.

2" V organisme, suivant son degré d'énergie, suivant certaines aptitudes, retarde ou accélère l'évolution morbifique, et partant change la durée de l'incubation. La résistance que le corps oppose au développement de la maladie peut en retarder l'apparition.

D'autres causes agissent encore, probablement en vertu de leur spécifité, pour diminuer ou accroître la durée de l'incubation. On ne saurait refuser cette toute puissance aux épidémies, aux constitutions médicale et saisonnière, qui raccourcissent ou abrègent la durée de l'incubation, comme celle des autres phases des maladies. On voit débuter parfois ces affections avec une rapidité foudroyante et s'annoncer par des symptômes si violents qu'on ne peut faire qu'une des suppositions suivantes : i" ou l'agent spécifique est si énergique qu'à'peine absorbé il déter-

DE L'1^'CUBATI0N.

mine , presque sans incubation , la maladie et souvent la mort, comme on l'observe dans les épidémies de choléra, de fièvres typhoïdes, deméningites cérébro-spinales, etc. ; 2" ou bien, ce qui est moins probable, l'incubation est très-longue et a eu le temps d'attaquer les sources de la vie lorsque débutent les premiers symptômes. Si nous comparons à ces formes épidémiques de l'incubation celles qu'on observe dans les mêmes maladies lorsqu'elles régnent à l'état sporadique, nous constatons de grandes diiférences. Dans celles-ci fincubation est longue et suivie également de symptômes prodromiques distincts. Nous ne devons donc pas repousser comme entachées d'inexactitude les descriptions anciennes de maladies qui offraient une longue incubation que nous n'observons plus aujourd'hui. Nous voyons les mêmes changements s'effectuer sous nos yeux , dans la même aiîection , pendant des épidémies dilïérentes.

L'incubation ne se révèle par aucun signe appréciable. L'incubaiiou est Les auteurs qui y ont placé les symptômes précurseurs ^^â'^période ne s'en font pas une juste idée. Elle est mesurée par fin- prodromique. tervalle qui sépare l'action même de la cause morbiiique et l'apparition du premier symptôme qui indique et fait reconnaître la maladie. Elle fait réellement partie de Vaffeclion, c'est-à-dire de l'état général qui prépare et détermine la maladie (voyez les différences qui existent entre la maladie et l'affection). C'est en ce sens qu'on aurait pu ranger l'incubation dans la première période de l'affection. Faisons remarquer que l'action d'une cause morbifique sur l'économie ne suffit pas pour faire déclarer qu'il y a maladie, car nous voyons tous les jours des hommes exposés à un foyer infectieux ou épidémique, recevoir, à coup sûr, l'influence du miasme contagieux ou

DES Maladies en général.

infectieux sans contracter pour cela la maladie. Il faut donc que l'organisme soit apte, disposé à conserver d'abord et à couver ensuite {incubare) le germe spécifique jusqu'à ce que celui-ci éclose. N'allons pas plus loin sur ce sujet, qui est devenu, sous la plume des médecins métaphysiciens, un sujet inépuisable de rêveries indignes d'esprits sérieux.

Influence Quand une maladie à période d'incubation se cléve- '^^'^mauTies'^'^'^ loppc pendant le cours d'une autre maladie dans laquelle à incubation, cellc-ci mauquo, on acquiert la certitude que l'organisme a subi une influence spéciale. On voit la maladie primaire s'arrêter dans sa marche, s'exaspérer, ses symptômes devenir anormaux , se compliquer de phénomènes insolites jusqu'au moment où la maladie à incubation produit ses signes caractéristiques. Si ce sont deux maladies à incubation, elles s'influencent réciproquement à un haut degré, ainsi qu'on le voit lorsqu'un exanthème se complique d'un autre exanthème. Cependant il ne faut pas croire, et c'estun fait de la plus haute importance que nous signalons ici , que deux maladies ne puissent avoii-, en même temps , sur le même sujet, chacune leur incubation. Nous avons vu la varioloïde se développer concurremment avec la vaccine, par conséquent après une période d'incubation qui a dû exister à la fois pour les deux maladies. On sait également que l'incubation syphilitique n'empêche pas l'incubation rabique de s'effectuer régulièrement. Ainsi , de même que l'organisme peut servir de support à deux maladies, de même aussi les germes de celles-ci peuvent se développer en môme temps. Remarquons qu'il résulte toujours de leur influence réciproque des changements dans la durée de l'incubation, et plus tard dans la violence des symptômes. Il reste beaucoup à faire sur ce sujet,

PÉRIODE D'INVASION

qui olTre un vaste champ à rexpérimentation et à l'étude clinique.

Les symptômes qui mettent fin à la période que nous venons d'étudier sont ordinairement généraux, et consistent surtout dans les troubles du système nerveux (adynamie, convulsions, délire) ou des troubles de la calorification (fièvre) . Une seconde catégorie de maladies donne lieu à des symptômes locaux de prime abord; exemple : chancre dans la syphilis; pustule dans la morve ; ce qui revient à dire que , parmi les maladies générales, les symptômes d'invasion ou prodromes sont généraux, beaucoup plus rarement locaux.

§ III. De la période d'invasion. Que la maladie soit précédée ou non de ce temps pendant lequel la cause morbifique agit d'une manière latente sur l'organisme et prépare l'explosion des premiers symptômes, elle est marquée par une période constante qui mérite d'être conservée et qu'on appelle période d'invasion, de début.

Nous désignons ainsi le temps qui s écoule depuis l'apparition du premier phénomène morbide jusqu'au développement du symptôme qui nous fait reconnaître l'espèce nosologique. On appelle cette période, le prodrome, (Trpo, avanti etopofio;, course), la période initiale, de début, d'invasion. Les symptômes ont reçu le nom de symptômes précurseurs, avant-coureurs delà maladie, prémonitoires (médecins anglais). Que de subtilités, de distinctions puériles ou fausses introduites dans un sujet si lumineux quand on ne consulte que l'observation !

Elle nous apprend d'abord que le prodrome est un véritable état morbide et non un état imaginaire que l'on a comparé à la convalescence. Il est marqué par des phénomènes faciles à constater. Souvent pénible et même

De la période d'invasion.

Définition.

C'est un état morbide bien caractérisé.

mortel , il peut , durant les épidémies , faire périr des malades tout à fait au début.

Symptômes Cherchons d'abord en quoi consistent les symptômes précurseurs, (j'i^^asion. Chcz les hommes intelligents qui savent rendre compte de leur état, on voit qu'une partie des symptômes avant-coureurs appartient à cette catégorie des sensations internes qui nous révèlent notre existence et le mode suivant lequel s'accomplissent nos fonctions. Le malade a déjà conscience de l'état morbide qui commence, et dont les premiers signes sont le malaise généra] , une Troubles : sorto d'inquiétude , d'inactivité des fonctions, surtout de <<>Deiasensibiiiié celles qui sout dévolucs au ccrveau et à la moelle ; d'où

et de ^

Pinteiiigence. la tristosse , la Crainte, l'insomnie , les rêves pénibles, la lassitude, la courbature portée jusqu'à l'endolorissement, les troubles de la sensibilité générale et spéciale , la céphalalgie, la pesanteur de tête , l'assoupissement.

2» De la motiiiié. A côté do cos troubles, nous trouvons ceux de la motilité qui ne leur cèdent en rien pour la fréquence et l'intensité. On observe des convulsions générales ou partielles ; la chute des forces portée au point de forcer le malade à prendre le lit.

3° De la caiori- Parmi les symptômes précurseurs figurent, en troiflcation. sième ligne, dans un grand nombre de maladies, la fièvre marquée par un frisson vague ou général , léger ou intense, la chaleur cutanée, l'accélération du pouls, la congestion des capillaires , les sueurs.

ioDeiadigesiion. Les fonctions de l'appareil digestif sont troublées de bonne heure et à un haut degré chez un grand nombre de malades. On voit l'appétit diminuer ou cesser ; la soif, les vomissements, la diarrhée survenir. Les troubles digestifs sont remarqués de bonne heure par les sujets attentifs à leur santé ou qui savent obéir aux impulsions

PÉRIODE D'INVASION

de l'instinct; très-tard , au contraire, chez ceux qui leur résistent par défaut d'instruction ou par gourmandise. En résumé , les symptômes d'invasion appartiennent presque tous à la catégorie des troubles généraux.

Il faut, pour fixer la durée d'une maladie, s'entendre sur la détermination des symptômes qui doivent en marquer le début. Sans ce point de départ, on ne peut rien dire de précis sur la marche naturelle des maladies , sur le degré d'efficacité des traitements, ni sur l'action comparée des diverses médications et de l'expectation.

On a proposé de faire dater la maladie du moment où Manière de fixer se montre la fièvre; mais celle-ci ne peut servir qu'à de^iSsion. marquer le début des maladies fébriles, et encore est-elle un signe fort incertain. Le malaise , la diminution des forces , l'alitement qui annonce un degré plus marqué de la faiblesse, sont d'excellents signes de tout état morbide, mais ils appartiennent aussi bien au prodrome qu'à la maladie constituée. Un peu tardif chez les artisans, chez les hommes d'une grande énergie morale ou pressés par la nécessité, l'alitement indique souvent la fin de la période d'invasion; chez d'autres, moins résistants, elle en est le premier signe. Nous dirons donc, d'une manière générale , que la chute des forces , la cessation du travail , l'alitement, l'abstinence volontaire, constituent des degrés de plus en plus intenses de l'état morbide précurseur et appartiennent bien à cette période des maladies.

Il y ades symptômes précurseurs locaux, à siège bien déterminé et même assez caractéristiquespour que l'on puisse annoncer la nature et le siège de la maladie future, sans que ces symptômes cessent pour cela d'appartenir à la période d'invasion. Ordinairement ils sont trop vagues

pour qu'ils puissent faire soupçonner la nature de la maladie imminente. Exemple : céphalalgie, fourmillements, blaettes dans la congestion et l'hémorrhagie cérébrale.

Tantôt les symptômes précurseurs persistent pendant toute la durée de l'alTection. Exemple : la fièvre, la courbature, la faiblesse intellectuelle et musculaire, l'anorexie dans toutes les maladies générales.

Tantôt ils ne font qu'une courte apparition. Exemple : douleur lombaire dans la variole : les vomissements dans un grand nombre de maladies. Quand les symptômes prémonitoires persistent pendant toute la durée de l'affection , ils ne prennent d'ordinaire un notable accroissement que pendant la période d'augment et d'état. Plus rarement ils diminuent ou même cessent. Nous reviendrons ailleurs sur la valeur des signes prodromiques au point de vue de la diagnose et de la prognose. Nous n'avons en ce moment qu'à étudier leur marche générale. La période La période d'invasion caractérisée par les symptômes ^'confond précédents se continue d'ordinaire, sans transition apprésouveniavec ciable , avec les périodes ultérieures de la maladie, ou

la période i • n . i> • u .

d'accroissement, bien elle cst interrompue par 1 arrivée d un signe qui fait reconnaître de suite l'espèce pathologique : tel est l'exanthème dans les fièvres éruptives. Si la maladie est avec lésion , le premier symptôme statique ou dynamique, qui en révèle l'existence , annonce la fin de la période d'invasion. Un trouble fonctionnel bien limité aura la même valeur. On éprouve plus d'embarras quand la maladie reste générale. On doit regarder comme arbitraires et incertains les signes de la période d'invasion dans la fièvre typhoïde, le typhus, la fièvre bilieuse et un grand nombre de maladies primitivement chroniques, telles que la chlorose , la pléthore.

PÉRIODE D'INVASION

Limites de la période d'invasion.

celte période.

Une fois que les altérations locales de structure ou de fonction sont appréciables dans les maladies, la période d'invasion cesse. Le rhumatisme est caractérisé par l'apparition de douleurs articulaires, l'inflammation par l'accroissement de la fibrine et par la congestion. On peut en dire autant de l'écoulement sanguin dans les hémorrhagies par cause générale.

On observe une période d'invasion : i" dans toutes les Maladies qui ont maladies générales ; 2° dans toutes les maladies locales qui sont évidemment ou très-probablement le résultat d'une affection (phlegmasie, cancer, tubercule, goutte). Les maladies tout à fait locales n'ont pas de période prémonitoire; il en est de même des maladies chirurgicales. Nous avons dit que les maladies à incubation se traduisent souvent, d'une manière violente et caractéristique et sans signes avant-coureurs : telles sont les maladies virulentes, venimeuses, inoculées. Cependant avant que se déclarent les symptômes convulsifs qui caractérisent la rage, on observe de l'insomnie, de l'inquiétude, de l'agitation et des rêves pénibles pendant plusieurs jours. Dans la vaccine, dans la variole inoculée, la fièvre d'éruption est précédée de quelques symptômes souvent fort légers.

La durée de la période d'invasion est très-variable ; elle comprend quelques heures seulement ou plusieurs jours. Dans la phlegmasie du poumon, le frisson, la fièvre, la courbature se montrent peu de temps avant le point de côté et les crachats sanglants. Dans la fièvre typhoïde, les symptômes précurseurs durent souvent huit jours et plus. Cette période est de quelques minutes dans les maladies qui régnent sous forme épidémique et chez certains malades, tandis qu'elle est de plusieurs jours

Durée de l'invasion.

iU DES MALADIES EN GÉNÉRAL.

dans d'autres conditions étiologiques. Dans le premier cas, la maladie est dite sans invasion ou foudroyante. L'invasion paraît quelquefois manquer dans des cas où la marche du mal est insidieuse, mal dessinée, et fait explosion tout à. coup avec ses caractères spécifiques (exemple : perforation spontanée, étranglement interne, rupture cardiaque). Nous voyons l'invasion s'allonger, d'une manière presque indéterminée, dans les maladies chroniques, parce que les symptômes précurseurs et propres se touchent et se confondent. Cependant il est encore possible de les séparer en prenant pour limite la lésion ou le trouble localisé le plus significatif.

Pour résumer les caractères de l'invasion, on peut dire que presque toutes les maladies de cause interne et générales ont des symptômes précurseurs ; que ceuxci sont presque toujours généraux, qu'ils sont communs à un grand nombre de maladies. Ils ont un prix inappréciable aux yeux du praticien , parce qu'il peut dans quelques cas diagnostiquer de bonne heure la maladie, l'empêcher de se développer ou en atténuer la gravité. Il importe de les chercher, parce qu'ils contreindiquent l'emploi de toute médication qui pourrait entraver la marche des phénomènes et troubler les opérations de la nature. On voit trop souvent des médecins inexpérimentés saigner ou faire vomir dans le prodrome d'une fièvre éruptive.

^ IV. Des périodes d'accroissement , d'état, de déclin (incrementum , status, decrementum).

De la période i" Période (V accroissement. Une fois que la maladie

d'âccroisscmcii l •

■ est caractérisée par ses symptômes propres, on la voit s'accroître plus ou moins rapidement et marcher d'un pas tantôt égal et régulier, tantôt par saccades et par

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