TERMINAISONS
Rlétaplose.
Diadoche.
Métastase.
nique remplace l'aigu. Ce passage s'effectue par l'effet de causes que nous étudierons plus loin.
Un autre changement non moins essentiel s'observe ^cs dans le cours ou à la fm des maladies. L'affection pre- dans les maladies, mière , singulièrement atténuée , est remplacée par une autre qui a avec elle une relation si intime qu'on ne peut s'empêcher d'admettre qu'elles sont toutes les deux produites par la même cause et qu'elles ont même nature. Dans ce cas , on disait anciennement qu'il y avait métaptose (de ixt-zk et de iriTrTw, je tombe), diadoche, quand le changement était favorable et amenait la guérison , mctaslase , quand au contraire il était funeste ou menaçant pour la vie du sujet : nous avons conservé ce dernier terme pour exprimer cette transformation dangereuse de la maladie en une autre (voyez Mé(astase).
La dernière mutation que la maladie puisse subir, tient au développement d'une ou de plusieurs maladies consécutives à la première ayant avec elle une relation plus ou moins directe ou lui étant tout à fait étrangère. Celle-ci est la complication. Les anciens avaient pour distinguer la première une expression spéciale, êpigènèse. La méningite ou l'érysipèle survenus dans le cours d'une pneumonie constituent une compHcation, parce que jusqu'à présent nous n'avons pu découvrir aucune connexion évidente entre ces deux maladies. L'hydropisie survenant après des hémorrhagies répétées, ou dans le cours delà maladie de Bright, est une épigénèse, parce que nous saisissons un rapport de cause à effet (voyez Complication).
Un changement que nous voulons encore signaler dans le cours d'une maladie est celui qui résulte de la modification qu'elle imprime à une autre maladie ou qu'elle en
complication.
Épigénèse.
reçoit. Si cette modification est salutaire et que l'une tende à diminuer, à atténuer l'autre, à en prévenir le développement, on dit qu'il y a antarjoniitme palhologiqne. Les symptômes mixtes et l'aiïection complexe qu'engendre cette double influence pathogénique méritent d'être étudiés soigneusement.
Après toutes les péripéties variées que nous offre la scène pathologique, nous voyons enfin la maladie arriver à cet état que l'on appelle la convalescence ; ou bien la mort vient terminer cette pénible trilogie, dans laquelle le médecin, la maladie et le malade ont plus ou moins bien joué leur rôle.
Crise. g I. Terminaison par crise. Le mot crise est dérivé
de xpîaiç, jugement, judicium, judicatio. Quand on emprunte un terme médical à l'antiquité et qu'il représente toute une doclrine, il faut ou l'accepter avec son ancienne signification et les idées qui en sont inséparables, ou le changer entièrement et lui donner un sens nouveau en rapport avec les opinions régnantes et les progrès de la médecine. Nous prendrons ce dernier parti (i). Définition. La crisc cst uu acte morbide qui, survenu dans le cours d'une maladie, coïncide avec une amélioration trèsnotable des symptômes ou une guérison qu'on est en droit de lui rapporter en partie ou en totalité. Ce changement heureux peut s'effectuer graduellement ou en un temps très-court, avec ou sans matière humorale, mais toujours d'une manière sensible pour l'observateur. Ainsi compris, l'acte morbide judicatoire ne saurait être nié
(1) Nous avons consacré une grande partie de notre article Crise du Compendùm de médecine à l'exposition des doctrines antiques. Nous ne pouvons reproduire ici cette étude, qui appartient à l'histoire de la médecine.
DES CRISES
par personne. Mais il importe de dire en quoi il consiste, afin d'en apprécier le rôle dans la marche naturelle des maladies.
Caractères généraux des crises. Suivant les anciens, les crises étaient annoncées, à l'avance, par des symptômes qui avaient reçu le nom indicaleurs et qui faisaient prévoir le siège , la nature et même le jour de la crise. Ce n'est qu'à l'aide d'une série de subtilités et d'un système fort commode, d'interprétation des jours indicateurs^ intercalaires, vides et décrëtoires, qu'on est arrivé à supputer l'époque de la crise, et encore fallait-il distinguer les bonnes et les mauvaises crises. Passons sur ces erreurs de quelques grands génies. On ne saurait le plus ordinairement prévoir par l'observation la plus attentive des phénomènes l'arrivée prochaine des phénomènes critiques. Cependant il faut reconnaître que, dans un certain nombre de cas, des symptômes précurseurs se manifestent. Tantôt ils consistent dans des actes morbides propres à la maladie qui acquièrent une certaine prédominance, une intensité insolite, se prolongent au delà de leurs termes naturels ou paraissent d'une façon imprévue. On voit la sueur dans la fièvre intermittente, dans la pneumonie , la fièvre typhoïde , se présenter avec les caractères que nous venons d'indiquer. Tantôt le phénomène précurseur est tout à fait étranger à la maladie , et ne peut être pris alors que pour un épiphénomène ; citons comme exemple , la pesanteur anale ou la céphalalgie et la rougeur de la face annonçant l'imminence d'un flux sanguin par l'anus ou par les fosses nasales, etc., ou bien des symptômes généraux tels que la fièvre. Au moment où nous écrivons ce chapitre , nous avons sous les yeux , à l'hôpital Necker, une jeune fille aménor-
Des jours indicateurs.
Symptômes précurseurs ou indicateurs de la crise.
rhéique depuis quatre mois, qui nous a présenté pendant quatre jours tous les symptômes soit d'une fièvre éruptive, soit d'une congestion encéphalique, soit d'une fièvre typhoïde commençante. Tout a cessé après l'apparition des règles qui, d'ailleurs, n'étaient annoncées par aucun symptôme local. La fièvre était donc le signe précurseur d'un travail physiologique analogue à celui de la fièvre de lait, et qui a fini par l'éruption menstruelle dont il n'était que le premier acte. Nous ne pourrions pas trouver un meilleur exemple de symptôme critique et de crise en même temps. La fièvre de lait est un acte physiologique du même genre auquel on peut comparer l'acte génératoire.
Des phénomènes Des phénomènes critiques. Il est difiicile de fournir,
critiques. autrement que par l'étude clinique , la preuve que les crises existent réllement. Nous ne craignons pas de faire appel, à ce sujet, à tous ceux qui ont observé un grand nombre de malades, et qui , pleins de confiance dans les ressources de la nature médicatrice, savent en attendre et en favoriser les efl'ets par une sage expectation. Tous ont vu se passer, quoique dans un nombre de cas assez restreint, les phénomènes dont nous allons retracer les phases principales. Voici en quelques mots la physiologie pathologique des crises.
paihopénio Dans une maladie quelque générale qu'on la suppose, es crises, ^^^^gg jgg fonctions ne sont pas troublées au même degré. Si un ou plusieurs appareils sont le siège de troubles fonctionnels intenses, d'autres moins lésés ou même exempt de maladies continuent à fonctionner plus ou moins complètement. Ils peuvent même , dans certaines circonstances pathologiques , acquérir momentanément plus d'énergie , suppléer les autres et contre-balancer,
DES CRISES. 205
jusqu'à un certain point, les fâcheux effets provoqués par la maladie. Nous avons montré , en parlant de la marche naturelle des maladies , que l'intervention des forces vitales convergeant vers un même but pouvait amener une terminaison heureuse. C'est précisément en donnant à certaines fonctions, ou à des organes restés intacts ou moins lésés que les autres , une suractivité salutaire que la nature médicatrice opère la solution heureuse des maladies. Presque toujours elle a lieu à l'aide d'actes pathologiques qui ne sont que l'exagération ou la perversion des actes naturels, comme lorsqu'une diarrhée séreuse ou un flux sudoral viennent juger une maladie. Ordinairement ce sont des troubles fonctionnels ou une maladie qui servent de crises : comme des hémorrhagies nasales ou hémorrhoïdales, la suppuration de la parotide, le développement de furoncles, d'abcès, etc. Nous avons montré dans une autre partie de cet ouvrage que la sympathie jouait un grand rôle dans la coordination de phénomènes critiques (voyez Sympathie). Nous allons d'abord les décrire.
Les crises n'étant que des actes morbides développés symptômes sympathiquement , elles s'annoncent souvent par des de^Ta^^iîse. symptômes généraux et surtout par un mouvement fébrile marqué. Si l'affection dans le cours de laquelle elles surviennent , est elle-même fébrile , on voit la chaleur et l'accélération du pouls acquérir une grande intensité : souvent des phénomènes d'excitation nerveuse , et même une sorte de fièvre physiologique , se développent passagèrement, lors même que la crise n'est pas fébrile par elle-même. C'est ce qui arrive lorsque des hémorrhoïdes se mettent à fluer; lorsque l'éruption des règles retardées va se faire, ou même
Symptômes locaux.
Troubles fonclioniiel:
critiques.
Flux muqueuï.
â06 DES MALADIES EN GÉNÉRAL.
lorsque la sécrétion du lait ou une diarrhée s'établissent.
En général, les phénomènes propres de la maladie s'accroissent d'abord au moment du travail critique, puis diminuent et cessent avec une rapidité extrême.
Les phénomènes locaux des crises sont trop variables pour que l'on puisse en traiter d'une manière générale; toutefois, on peut dire que, comme celles-ci consistent : 1° dans des flux, 2° des hémorrhagies, 3" des hydropisies, 4° des névroses, elles sont annoncées ordinairement par des symptômes d'hyperémie , par l'apparition d'un liquide homologue (sang, urine, mucus, sperme) ou bile hétérologue tel que le muco-pus , ou même de matière sohde comme l'acide urique, les urates de soude, de chaux (concrétions goutteuses).
On peut classer dans deux groupes principaux les actes judicatoires : i°ceux qui consistent dans l'accroissement et la perversion d'un acte physiologique ; 2" ceux qui sont constitués par une maladie.
Ordinairement la peau et les membranes muqueuses sont les deux parties sur lesquelles on voit se manifester les phénomènes critiques. Sur la peau^ ce sont des sueurs générales ou partielles, aqueuses, visqueuses, qui continuent pendant plusieurs jours et qui sont intermittentes, diurnes, nocturnes, etc.
Sur les membranes muqueuses , il s'établit des flux séreux et muqueux , tels que le coryza , la bronchorrée. Les glandes fournissent à elles seules plus de phénomènes critiques que tous les autres organes réunis. 11 nous suffira de nommer les flux salivaires, biUaires, urinaires, inlestinauXf spermaliques ^ leucorrhéiques. L'écoulement plus abondant des menstrues ou leur apparition, hors de
ts
DES CRISES
l'époque habituelle , servira quelquefois aussi à juger la maladie.
Les sueurs critiques se voient dans le cours des mala- sueurs, dies aiguës, dans la pneumonie, la pleurésie et dans quelques affections catarrhales des bronches. Les anciens les croyaient communes dans les lièvres graves ; mais, au lieu de les considérer comme critiques , on ne doit y voir que des symptômes de la maladie. Dans les lièvres typhoïdes, intermittentes, gastriques, bilieuses, la sueur, quoique souvent abondante, ne paraît pas exercer une inlluence sensible sur la terminaison du mal. Nous avons vu plusieurs anasarques diminuer rapidement après une sueur copieuse provoquée par les bains de vapeur.
L'évacuation d'une grande quantité de bile par les selles coïncide avec une amélioration très-prononcée dans les lièvres bilieuses, l'hépatite aiguë et chronique, quelquefois dans les dysenteries et les fièvres intermittentes avec gastricité. On a fait ïa même observation pour la pneumonie, l'érysipèle, la fièvre typhoïde et le typhus.
Nous ne devons pas omettre l'influence du flux bron- fiux bronchique, chique sur l'heureuse terminaison de quelques maladies des voies respiratoires et circulatoires, telles que l'emphysème pulmonaire, les lésions chroniques du cœur et des gros vaisseaux. 11 n'est pas un observateur qui n'ait vu des malades en proie à une suffocation extrême, d'abord soulagés en un temps très- court, guérir de leur pénible attaque après une expectoration copieuse de plusieurs litres de sérosité. On pourrait même considérer, comme une crise quotidienne, cette bronchorrhée abondante que nous présentent chaque matin les asthmatiques et les malades atteints de catarrhe chronique. On a cité de rares exemples d'épanchements pleuraux qui
ont disparu après une expectoration critique. Une communication pleuro-bronchique peut servir à expliquer un certain nombre de faits de ce genre que l'on trouve mentionnés dans des recueils anciens.
Flux mensiruei. Le Ilux meustruel mérite bien la réputation que la médecine antique lui a faite, en lui attribuant la terminaison heureuse d'un grand nombre de maladies. Les études cliniques modernes démontrent pleinement l'influence salutaire de cette hémorrhagie soit qu'elle vienne à son temps, soit qu'elle devance l'époque où elle était attendue. Pour notre part, nous l'avons vu juger, en peu de jours, des métrites puerpérales intenses, la phlegmasie des ligaments larges et de l'ovaire , un érysipèle facial , etc. , apporter une subite amélioration dans les phénomènes propres aux maladies aiguës et chroniques. Diurèse criiique. Flux urinairc. Lcs anciens regardaient le flux d'urine comme la crise d'un très-grand nombre de maladies. Cette opinion s'explique par la fréquence des altérations physiques qu'ofl"re ce liquide. La couleur, les dépôts, les sédiments, l'énéorème, le nuage, la pellicule, leur paraissaient autant de signes indicateurs des changements heureux ou funestes qu'ils rencontraient dans les maladies. Ils y ajoutaient une confiance aveugle. Toute leur théorie des jours critiques, indicateurs des bonnes, des mauvaises crises , repose en grande partie sur l'inspection de l'urine. Il n'a fallu rien moins que les données positives et les expériences rigoureuses de la chimie moderne, que les observations patientes et éclairées des cliniciens de notre époque, pour ruiner de fond en comble l'édifice élevé à grands frais par les écoles anciennes. Dehaen a dit , et nous devons répéter avec lui , que c'est se tromper grossièrement que de vouloir prévoir
DES GRISES
l'issue de maladies aiguës et chroniques par la seule inspection de l'urine (i). Malgré les nombreuses analyses que l'on a faites de ce liquide, il est impossible de signaler une seule altération de ses propriétés chimiques que l'on puisse considérer comme critique.
11 n'en est pas de même de la quantité d'urine. On la voit augmenter rapidement et devenir si considérable, au moment où certaines aflcctions guérissent, qu'on ne peut mettre en doute l'influence salutaire d'une pareille évacuation.
On a parlé des pollutions nocturnes répétées , survenues à la fin des maladies; mais il ne faut voir dans ce Ilux spermatique que l'effet de la convalescence et le retour de l'énergie fonctionnelle dans des organes un moment affaiblis.
Maladies critiques. Un second groupe, plus nom- r.i^iiadies breux que le premier, renferme des états morbides qui, '^'^'l'ti"*^*venant à se développer dans le cours d'une autre maladie, exercent sur elle une telle influence qu'ils en amènent la guérison rapide , ou atténuent promptement ses symptômes graves. Les maladies-crises sont : i° des hcmorrhagies par le nez, par l'estomac, par l'intestin, par le poumon, par les hémorrhoïdes ; 2° des flux intestinaux; 5° des phlegmasies cutanées , du tissu cellulaire , des glandes, de la parotide, du testicule spécialement; 4° des gangrènes.
Hémorrhagics. L'épistaxis était pour les anciens H'inorriingies. l'hémorrhagie qui se montrait le plus ' fréquemment comme phénomène critique. Galien et Hippocrate l'avaient souvent vue mettre fin à la fièvre ardente ou
(1) Ratio medendi, t. I, pais I , cap. 5, p. -iS, in-12 , Paris, 17G1. I. 14
caiisus. Leurs successeurs nous ont légué ce dogme qu'ils ont entouré d'un respect que nous partageons. Cependant il faut en écarter quelques causes d'erreur, que nous allons d'abord signaler. Nous avons observé un grand cette épisiaxis nouibro de fois l'épistaxis , et en ce moment encore nous en réputée critique, avous trois exemples sous les yeux chez des malades atteints d'érysipèle de la face. L'écoulement sanguin est venu à la fin de la phlegmasie , lorsque celle- ci était en voie de résolution sur le visage et qu'elle avait déterminé probablement une congestion pareille sur la membrane muqueuse des fosses nasales. On ne peut donc pas considérer ce flux sanguin comme critique , non plus que celui dont parlent Hippocrate, Galien, Bianchi et d'autres encore, et qui survient dans le cours des maladies du foie, de l'hépatite subaiguë ou aiguë, de la cirrhose, du cancer, de l'ictère grave. Nous ne voyons guère l'épistaxis critique que dans la fièvre inflammatoire , la pneumonie, les fièvres éphémères, les maladies de croissance chez les jeunes sujets, au moment de la puberté; que dans celles qui se compliquent de chlorose , d'hystérie ; enfin, que dans la pléthore principalement, qui est le type des affections qui peuvent être jugées par une épistaxis. ( Voyez Hémorrhagie. ) Quant à l'hémorrhagie dans la fièvre typhoïde, le scorbut, les cachexies, les affections du cœur, etc., elle ne peut être qualifiée de critique à aucun titre. Nous en dirons autant de l'hémoptysie ou de l'hématémèse, qui se montrent souvent chez les sujets robustes , pléthoriques , chez les femmes mal réglées. Loin d'être une crise dans ces conditions , elles annoncent longtemps à l'avance, tantôt une altération commençante du sang ou d'un organe, ou tantôt, ce qui n'est pas moins grave, une de ces hémorrhagies supplémentaires dont les
DES CRISI'S.
organes contractent l'habitude, et qui finissent paramener une grave perturbation dans tout l'organisme.
La diarrhée passe pour être salutaire dans la variole Diarrhée, chez les enfants (Sydenham) , quelquefois dans la rougeole, pendant le travail de la première dentition. On a vu une diarrhée séreuse mettre fin à une ascite (i) , à un épanchement de la plèvre, suspendre momentanément la marche du diabète sucré et de l'anasarque albuniinurique , etc.
Nous admettons avec peine qu'une phlegmasie do la onHrums
^ ,„ x • XI j 1 i" • 'i* I "1 .'uilres maladies
peau , un erysipèle de la face, un mrpetigo du cuir chevelu, une herpès labialis, et k plus forte raison un exanthème cutané, la roséole , l'érythème, l'urticaire, puissent être placés parmi les accidents critiques d'une autre maladie , par exemple d'une pneumonie , d'une fièvre typhoïde , d'une cirrhose, par cela seul qu'on a,nra noté une amélioration ou un arrêt subit dans le phénomène propre ou l'afTection primitive. De pareils phénomènes critiques ressemblent beaucoup plus à des complications.
On a aussi très-longuement agité la question de savoir nés parotides si le développement d'une parotide , d'une escarrhe gan- " gréneuse dans le cours des maladies ataxo-adynaniiques, d'abcès multiples dans la convalescence de la variole ou d'une fièvre grave , devait être regardé comme une crise. Si l'on exige, avec nous, pour qu'il y ait crise, que la maladie se termine heureusement, ou du moins qu'elle perde de son intensité, on ne peut alors donner ce nom à la parotide, à la gangrène et aux abcès dans les maladies indiquées; car, le plus ordinairement, les sujets meurent, ou leur état s'aggrave, et, dans tous les cas, devient plus
(I) Andral , An antiquûrum doclrina de friMufi et dicbitscriticis admillendn ; thèse de roncours, p. 5Ï), m-h", Pafîs, Ifi^i.
pénible. La guérison coïncide rarement avec le développement des parotides et des gangrènes, du moins dans nos climats. Nous en dirons autant des suppurations profondes des membres, de la gangrène des lèvres , des Iiémorrhagies sous-cutanées , etc. , etc.
Des jours Les crises dont nous venons d'admettre avec restriction criiiqucs. i']jeureuse influence reviennent-elles à des époques prévues et toujours les mêmes pour chaque maladie? Nous ne rappellerons pas ici les efforts incroyables , les subtilités et les erreurs sans nombre que des hommes du plus grand mérite , des génies immortels , ont accumulés pour faire triompher la doctrine des jours décrétoires. Placer Hippocrate , Galien, Paracelse, Van-Swieten, Stahl, Cullen, parmi ses défenseurs, c'est lui donner une autorité bien grande ; mais heureusement qu'on peut leur opposer des hommes tels qu'Hérophyle, Asclépiade et les méthodistes, Celse, Van Helmont, Bordeu, Corvisart , sans compter les incertains , ceux qui , après avoir approuvé les jours critiques, comme Galien, ont fini par s'écrier avec lui : « Ce que j'ai dit sur cette matière, je l'ai dit comme malgré moi, et pour me prêter aux vives instances de quelques-uns de mes amis (i). » Combien de gens se décident pour des motifs semblables, mais n'ont pas la franchise de l'avouer comme Galien! Répétons donc avec Corvisart : a que la distinction des jours est imaginaire, chimérique et mensongère, et qu'on ne peut établir sur cette doctrine aucune règle pratique, et qui soit justifiée par l'observation (2). »
(1) Extrait d'un admirable travail de Bordeu dont on ne saurait trop recommander la lecture : Recherches sur les crises, Œuvres complètes, t. 1 , p. 21G, in-8% Paris, 1818.
(2) Corvisart , Recherches sur les crises; — De la percussion, par Avenbrngger ; in Encyclopédie des sciences médicales, p. 229, in-8°, Paris, 1838.
DES GRISES
Les crises ne se manifestent pas avant la période d'état des maladies; ordinairement c'est dans leur décroissance et aux approches de la terminaison qu'alors la nature médiatrice reprend le dessus, parce que les fonctions le moins troublées retrouvent leur énergie , que celles qui l'étaient fortement, n'agissant plus par sympathie sur les autres avec autant de violence , leur permettent de revenir à l'état normal ou du moins à celui qui en est le plus rapproché.
Des phénomènes morbides distincts des crises. On a abusé
, , . .11, disliiicles
étrangement du mot crise en 1 appliquant a des phéno- de la mènes morbides qui lui sont étrangers. On a considéré compucaiion. comme critiques tantôt les symptômes mêmes de la maladie, tantôt des épiphénomènes ou des complications. On a voulu voir, par exemple, des crises dans les éruptions cutanées, l'épistaxis de la fièvre typhoïde, dans la sueur de la suette et du rhumatisme, dans les gangrènes et les hémorrhagies des fièvres graves. On s'est appuyé , pour soutenir cette opinion, sur les changements heureux qui surviennent au moment où ces phénomènes se manifestent. Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que des signes d'amélioration coïncident avec les symptômes mêmes de la maladie, à une époque souvent variable de son développement?
Les déterminations morbides propres cà une affection peuvent prendre une intensité fort grande sans être considérées pour cela comme critiques. L'apparition d'un érysipèle en un point du corps peut coïncider avec la disparition de la même maladie sans être réellement critique. Il en est de même d'une violente arthrite rhumatismale qui fait cesser les douleurs dans les autres jointures , et à plus forte raison de l'endo-péricardite
rompliculiori.
OU de la pleurésie, à l'apparition desquelles les autres phéiiomèiies locaux du rhuinatisine se taisent parfois complètement. Dans tous ces cas et dans d'autres semblables le rôle des crises est nul.
i>e la Le développement d'mie maladie intercurrente est sou-
vent suivi de l'apaisement, de la cessation même des piiénomènes morbides antécédents. Cette influence réciproque exercée par deux maladies l'une sur l'autre n'a aucun rapport avec les crises.
On ne doit pas non plus regarder comme critique la propagation d'une maladie par voie de continuité ou de toute autre manière dans un autre lieu. Ainsi l'arthrite , l'orchite ou l'ophthalmie succédant à une blénorrhagie ne sauraient être réputées critiques.
La méiasiase esi La métastasc OU le transport d'un lieu dans un autre de la cause morbifique et l'amélioration qui peut s'en suivre sont des formes que peut revêtir l'acte judicatoire. Nous en retracerons l'histoire plus loin. (Voyez Terminaison.) Disons seulement ici que, d'après la définition que nous avons donnée de la crise, il faut que la métastase s'opère d'une partie importante sur une partie qui l'est moins, et que l'échange entre les deux maladies soit à l'avantage du malade. Cette métastase était appelée par les anciens diadoclie, mot pour lequel nous demandons l'indulgence du lecteur. La métastase heureuse n'est pas autre chose que la crise.
io Maladies Maladies qui ne peuvent être jugées par une crise. Il ne faut pas croire que toutes les maladies puissent se terminer par jugement . Parmi celles qui y sont absolument réfractaires, citons d'abord toutes les maladies organiques, le tubercule, le cancer, les productions homologues; en second lieu, les lésions physico-chimiques,
une manière d'être de la crise
réfractaires aux crises.
DES CRISES
comme les déplacements, les ruptures, ou bien encore les maladies vermineuses. Nous n'avons pas besoin de prouver que des mouvements critiques seraient impuissants pour améliorer, et à plus forte raison pour guérir des allections aussi profondément enracinées. Nul doute cependant que la nature ne travaille à en arrêter parfois les progrès pour quelque temps, mais il ne faut pas voir là une crise.
Un second groupe renferme les maladies générales -° '^'aiadies dans lesquelles la lésion est aiguë , passagère , profonde ^"î se terminer ou légère, et qui peuvent rapidement cesser sous l'em- i'^"" pire de la nature médicatrice. Celles qui se prêtent le mieux à ces changements sont d'abord les fièvres continues, les hydropisies, les hypercrinies des membranes et des glandes, les hémorrhagies , les phlegmasies et les névroses. Cherchons si l'on peut établir quelques relations générales entre la nature et le siège de la maladie productrice de la crise, et la nature des phénomènes critiques. Quelques exemples nous permettront de résoudre plus nettement les questions qui se rattachent à cette étude difficile.
Les fièvres , ces maladies de toute la substance , nous Fièvres, présentent plus souvent que d'autres des terminaisons qu'on peut rapprocher des crises. Ainsi, la fièvre éphémère, l'inflammatoire cessent souvent après un ou plusieurs jours de sueurs copieuses ; les fièvres bilieuse et gastrique après un flux bilieux abondant , et après des évacuations alvines composées d'une bile âcre et irritante. Nous imitons souvent , sans nous en rendre bien compte, cette tendance naturelle de la maladie, quand nous traitons la fièvre bilieuse et la gastrique par des purgatifs et des vomitifs.
Flux. Souvent c'est sur l'organe vicaire de celui qui est ma-
lade que s'effectue le mouvement critique. Ainsi, les maladies de la peau peuvent être jugées par une diarrhée intense, un flux biliaire ou d'urine. 11 en est de même de riiydropisie du tissu cellulaire. On observe la même solidarité fonctionnelle et pathologique entre la peau et les séreuses, et entre celles-ci et les membranes muqueuses. L'épanchement pleural et ascitique disparaît dans quelques cas avec une grande promptitude, après desselles séi'euses, abondantes, ou un flux d'urine considérable. iii;iuorrhaaiLs. Lcs hémorrhagies sont très-rarement jugées par les crises, et si les anciens ont rapporté tant d'exemples d'une terminaison aussi heureuse, c'est qu'ils ont pris pour telle ou la reproduction , dans un organe moins important , de l'hémorrhagie , d'un phénomène plus grave ou quelque complication ; car on sait que pour eux la crise pouvait être heureuse ou funeste. Aujourd'hui, avec nos connaissances plus précises sur la cause des hémorrhagies, nous avons peine à admettre qu'une altération du sang ou une lésion d'organe assez grave pour produire le flux sanguin puisse s'arrêter par l'effet d'un autre acte pathologique judicatoire. Nous en excepterons toutefois le flux hémorrhoïdal et nasal, qui peut être l'agent de la crise dans les congestions encéphaliques , pulmonaires et utérines.
iiiiiiimmaiion?. Tant qu'uuc inflammation n'est encore qu'à sa période d'hypérémie, elle peut être rapidement modifiée par une hémorrhagie ou une hyj)ercrinie des membranes muqueuses ou séreuses survenues spontanément. Plus tard, dans la période de la suppuration , la même terminaison peut s'effectuer encore, quoique plus difficilement. Nous examinerons plus loin la doctrine des métastases, et
DES CRISES
nous chercherons alors si le pus en nature peut être transporté d'un pohitdans un autre. Nous devons cependant ne pas laisser le lecteur sous le coup de cette mauvaise doctrine , et déclarer que jamais le passage du pus dans le sang ne peut avoir lieu sans produire les accidents les plus terribles , et qu'il n'est permis , à aucun point de vue, de le faire rentrer dans l'histoire des crises. (Voyez Pycmie.)
Les névroses sont, après les fièvres, les maladies CIUl IVévroscs, nous olFrent le plus fréquennnent des transformations critiques. Ne voit-on pas un accès de névralgie faciale jugé tout à coup par l'apparition des menstrues chez une aménorrhéique ou une femme bien réglée ; la névralgie, la convulsion ou la paralysie rhumatismales cesser après une sueur abondante ou tout autre Ilux ; le délire saturnin alcoolique ou belladonique après une transpiralion copieuse; une violente névralgie de la cinquième paire après un flux de larmes ou une sialorrhée?
Nous réservons une mention spéciale à la goutte et au couite. rhumatisme parce qu'ils sont plus sujets que toute autre lummaiisme, maladie à des terminaisons critiques. L'urine se charge d'acide urique en grande abondance et le malade est souvent délivré de son accès. Cependant disons que depuis quelque temps on considère cette diurèse comme habituelle , et que l'on attribue précisément les accidents à ce qu'elle cesse chez les goutteux. Les dépôts calciques autour des jointures ont paru aussi, à quelques auteurs, offrir le caractère critique.
Le retour de l'écoulement des lochies ou du lait su]')primé pendant une fièvre puerpérale ou toute autre maladie, chez une femme récemment accouchée, peut être mis au nombre des crises. Cependant oji a beaucoup
abusé de cette intervention de la nature médicatrice en lui rapportant à tort ce qui est l'effet de la diminution même des accidents puerpéraux.
Ces exemples suffisent pour montrer que ce n'est pas au hasard et indifféremment que l'acte judicatoire s'établit sur tel ou tel tissu. Veut-on saisir quelques lois générales qui président au choix que fait, en quelque sorte, le phénomène critique? On ne peut rien dire de général à cet égard. Les études cliniques ne sont plus faites dans cette direction et la thérapeutique active et souvent inopportune , trop souvent mise en usage , rend rares les occasions qu'on a d'étudier la marche naturelle des maladies.
On est porté à supposer que trois conditions organico- ■ dynamiques influent sur le siège et la nature des crises : 1° La première consiste dans l'intégrité ou l'énergie accrue d'un appareil qui, respecté par la maladie, suj^plée aux fonctions troublées ou suspendues. Il serait difficile d'admettre qu'un appareil affaibli par une maladie antérieure, par la maladie actuelle ou par toute autre cause, pût s'élever à la dignité et à la force nécessaires pour opérer une crise. 2° La seconde , plus importante encore, est représentée par les connivences sympathiques de chaque maladie. Celui qui tracerait pour un ou plusieurs appareils le tableau des sympathies que la maladie des autres organes peut y provoquer ferait une œuvre profitable à la thérapeutique et surtout à l'histoire des crises. Celles-ci sont commandées dans chaque affection par les nouvelles sympathies qui s'établissent entre les divers appareils. 5° La troisième condition consiste dans la synergie normale des organes ; celui qui sympathise le plus avec l'organe affecté devient le siège naturel, et, en
DES CRISES
quelque sorte obligé physiologiquenieut , du mouvement critique.
La crise et la maladie provocatrice sont souvent de nature très-difl'érente. Ainsi une phlegniasie peut être jugée par un flux d'urine. Cependant, d'ordinaire, une hydropisie se termine par un flux urinaire ou muqueux; ime phlegmasie par une hémorrhagie ou une hypérémie , maladies qui s'en rapprochent sous plus d'un rapport.
On a distingué les crises en parfaites et imparfaUes, nés crises suivant que la maladie est jugée définitivement ou seule- împarfaues ment améliorée par le travail morbide critique. Celui-ci aboutirait souvent à une entière solution du mal si le médecin ne venait pas le troubler ou même l'arrêter par une médication inopportune. En pareil cas, l'expectation est non-seulement la meilleure, mais aussi la plus nécessaire de toutes les thérapeutiques.
Deux doctrines opposées peuvent être soutenues au De la cause sujet du mode de production des crises. Les anciens, '^s»*^"»^*étonnés de voir un certain nombre de maladies se terminer par des flux abondants , par des évacuations de pus, de bile , de sang , ont été conduits à en placer la cause dans la présence d'une matière morbifique qui devait être expulsée de l'organisme , et ils se sont appuyés sur des raisons fausses que nous n'avons pas besoin de relater, 11 faut seulement remarquer que, jusqu'à une époque très-rapprochée de nous, on a dû être frappé de l'écoulement abondant et rapide qui survient , avec tous les signes d'une grande amélioration , dans la période de déclin des phlegmasies , soit qu'elles occupent les membranes séreuses et muqueuses ou les tissus glandulaires. On a été porté tout naturellement à expliquer leur formation à l'aide des doctrines humorales que l'antiquité nous avait
léguées. Bichat et Broussais ont prouvé que l'irritation inllammatoire ou sécrétoire fait naître sur place les prétendues humeurs qu'on supposait arriver de très-loin. Cependant la théorie physiologique des crises est encore à trouver.
La crise opère L'hv pcrcrinio succédauée , supplémentaire d'un trauno révulsion ^^.^ pathologiquo quclcouque , peut se développer dans une dévcrsaiion. tous los tissus sécréteurs du corps et se substituer ainsi à ce travail morbide. Tantôt il se fait dans les tissus élémentaires semblables et à une très-courte distance des parties malades , tantôt dans un point très-éloigné. Dans ce dernier cas , il s'opère une véritable révulsion au profit de la maladie et de l'organisme. Il se passe ainsi des changements identiques à ceux que nous observons quand nous plaçons un vésicatoire pour enlever un épanchement pleural , ou quand nous provoquons une forte diarl'hée dans une hydropisie. On est étonné que des faits aussi vrais , aussi irréfragables aient été niés récemment au sein d'une société savante; on s'en console, il est vrai, en pensant que ce sont des hommes entièrement étrangers à la pathologie interne qui ont soutenu de pareilles hérésies.
Les adversaires de la doctrine des crises ne lui ont porté aucune atteinte sérieuse quand ils sont venus dire qu'elles ne sont pas nécessaires à la terminaison des maladies , qu'on a pris des symptômes et des épiphénomènes pour des mouvements critiques, ou bien que leur apparition annonce seulement le rétablissement d'un acte pathologique supprimé par la maladie, comme lorsqu'on voit, dans le cours des accidents puerpéraux, le flux lochial ou lacté, reparaître et ce retour coïncider avec l'amélioration ou la guérison. Toutes ces objections sont