DE LA MÉTASTASE
fondées et ne peuvent , au contraire , que corroborer la doctrine des crises lorsqu'on donne à ce mot le sens rigoureux que nous lui avons assigné, et surtout lorsqu'on fait reposer son étude sur des documents certains empruntés à l'art du diagnostic moderne et à la physiologie.
§ II. De la métastase (en grec, ij.iTâd'caai;, de pOwxYjiK, De la métastase. je change de place). Résultat nécessaire de la théorie des Définition, crises telle que la comprenaient les anciens , et surtout de leur doctrine sur la nature première de la maladie , la métastase représentait pour eux le transport de la matière morbifique d'un point du corps dans un autre, tantôt k l'avantage du malade lorsque la matière quittait un organe essentiel pour en gagner un autre moins important {diadoche), tantôt au grand détriment du sujet, parce qu'elle se jetait sur un appareil dont la fonction ne pouvait être lésée sans un danger immédiat {mèlasiase) . Faisons toutefois remarquer que Galien don- sens de ce mot nait ce nom à toute espèce de changement déterminé par les efforts de la nature , et qu'il y comprenait toutes les ciises et toutes les transformations d'une maladie en une autre.
Aujourd'hui on appelle ainsi le développement rapide d'une maladie dans un point plus ou moins éloigné du lieu qu'occupe actuellement la maladie qui s'est manifestée la première. Il faut, en outre, que l'affection ainsi métastasée dépende évidemment de l'affection primitive , et que, de plus, celle-ci cesse ou diminue notablement. En d'autres termes, la métastase est la répétition sympathique de la même affection dans deux endroits différents ; exemple : la métastase de la goutte, des doigts du pied, sur l'estomac ou le cœur ; du rhumatisme musculaire sur les jointures , sur les tissus fibreux, sur les
nerfs, ou de l'arthrite sur les membranes du cerveau, etc.
Manière Qïi éprouvc de la difiiculté à distinguer, dans quelques efdMaTiunguer cas , la métastasc d'avec la propagation de la même made loui autre j^dic à dcs orgaues qu'elle peut fort bien envahir, unit a nior i e. ^^^j^gj^^ parcc qu'elle acquiert une plus grande intensité.
A une époque peu éloignée de nous, on considérait comme une métastase la péricardite et la pleurésie rhumatismales. M. Bouillaud a prouvé par ses belles recherches sur le rhumatisme qu'il ne faut voir là que des déterminations plus intenses de la même maladie. Chez quelques sujets morts rapidement avec des accidents cérébraux, on n'a trouvé aucune lésion. Le mot de métastase s'appliquerait alors rigoureusement à des cas de ce genre. Quoi qu'il en soit , les faits bien observés de métastase sont assez nombreux aujourd'hui pour que l'on ne conserve aucun doute sur ce mode de conversion des maladies. Maladies Voici les maladies dans lesquelles on a noté la métas-
qui peuvent . .
se métastaser.
1° PhiegmasiPR. '° PMegmasies. C'est surtout dans celles qui sont de nature spécifique que ce transport s'effectue le plus souvent. L'érysipèle facial se métastase sur les méninges ; on voit quelquefois dans la péritonite, dans la brûlure un peu étendue de la peau, la phlogose se porter au cerveau ou sur les plèvres. On a prétendu même que l'entéro-colite simple ou ulcéreuse pouvait être le résultat d'une affection chronique de la peau (eczéma , impétigo, lichen, etc.). Dans cette catégorie viendraient se ranger les faits nombreux de phlegmasie des yeux , de la peau, des plèvres, causée par la guérison intempestive d'exutoires anciens , d'ulcères ou de quelques maladies chroniques de la peau. 11 ne faut accepter qu'avec ré-
DE LA MÉTASTA.^E.
serve les cas de ce genre ; il en existe cependant des exemples bien avérés.
La répétition du travail morbide se fait par les lois de la sympathie fonctionnelle. L'identité de structure et de fonctions joue certainement le plus grand rôle dans son développement. Dans quelques cas, on s'est assuré que cette prétendue métastase était duo à la communication établie entre les réseaux capillaires des organes, et que c'était ainsi que l'inflammation se transmettait, de proche en proche, souvent à de grandes distances. L'irritation sympathique , dont le rôle a été si bien indiqué, quoique avec un peu d'exagération par Broussais, est la véritable cause des métastases inflammatoires.
2° Hypéri'mies et lu-morrhagies. Les congestions ont 2° nyporémies aussi une grande tendance à se montrer dans plusieurs '" '""■'•■^'^Sies organes sous l'influence d'une cause commune qui les y pousse, telles que l'altération du sang, l'adynamie et les causes spécifiques. On voit chez les femmes, dont les règles se sont arrêtées brusquement sous l'influence du froid ou de quelque autre cause, des congestions s'effectuer vers l'extrémité céphalique , le rectum , le poumon , ^ l'estomac, et y produire des hémorrhagies. Ainsi agissent encore la suppression d'un flux sanguin habituel par les hémorrhoïdes, le nez, une plaie, un ulcère, un exutoire.
3° Hyper cr mie. Après les phlegmasies et les congés- :^ i iux. tiens, il n'y a pas d'affections qui soient plus sujettes à exciter des métastases que les flux aigus ou chroniques. Il existe des exemples nombreux d'hydropisies du ventre ou de la poitrine qui se sont rapidement résorbées en même temps qu'on voyait paraître le délire , le coma et tous les symptômes d'un épanchement révélé par l'autopsie. De même on a vu des malades périr suffoqués par
suite de l'exhalation continuelle d'une grande quantité de mucosités dans tout l'appareil bronchique. Dans l'hydropisie liée à l'albuminurie , des accidents cérébraux se développent sous l'empire des mêmes causes. 4» Maladies ^aUidies (jènérales. C'est surtout dans les maladies
générales qu'apparaissent fréquemment de subites métastases. 11 nous suffira de rappeler que la goutte, dans sa forme chronique et asthénique, se transporte souvent des jointures affectées sur l'estomac, le cœur, le cerveau, et que la mort en est le résultat très-ordinaire. Aucune lésion ne peut l'expliquer.
Tliùoiie humorale Les faits de ce genre ont conduit naturellement les mé- (Jcs mélaslases. f\Qç^\^Q (]gg cloctrines humorales. Ils ont supposé ({ue la matière morbifique pénétrait en nature dans le sang, et qu'au lieu d'être exhalée par ses émonctoires naturels, la peau, les reins, l'intestin, le tissu cellulaire ou la partie affectée, elle se jetait sur un organe nnportant et y provoquait un trouble grave des fonctions. 11 ne faut voir dans ces théories que de pures spéculations destinées à expliquer des faits irrécusables. Ceux-ci resteront, parce qu'ils sont vrais; seulement leur pathogénie est encore à trouver. Le rhumatisme chronique, qui occupe les tissus musculaires et fibreux, souvent le névrilème, va produire des effets funestes, soit qu'il se métastase sur le tissu charnu du cœur, et y détermine des palpitations, des lipothymies, des syncopes mortelles, soit qu'il envahisse le diaphragme, peut-être même les poumons et d'autres viscères. Les exanthèmes, la rougeole, la scarlatine, la variole, l'eczéma, le lichen et d'autres ont été souvent accusés à tort de se transporter sur les membranes internes ou sur d'autres points. Quoiqu'il faille n'accepter qu'avec réserve des faits de ce genre, ils mé-