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CHAPITRE III

DES ALTÉRATIONS DE LA SENSIBILITÉ

Les troubles de la sensibilité occupent une place considérable dans la pathologie synthétique. Ils exigent une étude d'autant plus approfondie , qu'on ne les a pas envisagés au point de vue qui nous occupe. On les a décrits surtout comme symptômes ou comme maladies; nous nous proposons principalement de les étudier comme éléments de maladie, c'est-à-dire d'examiner les di-

LÉSIONS DE LA SENSIBILITE

verses conditions morbides , au milieu desquelles ils surgissent. En réunissant ainsi , dans un tableau général , tout ce qui a trait aux aberrations de la sensibilité , nous pourrons saisir, tout à la fois, et l'ensemble des faits généi'aux et les détails qui appartiennent à l'histoire si compliquée des névroses des organes de la sensibilité.

Divisions. Nous étudierons : i° les troubles de la sen- Divisions, sibilité d'une manière générale ; ^2" les difl'érentes espèces d'aberrations de la sensibilité ; 3° les névroses des organes pourvus de cette faculté.

§ I". Des troubles de la sensibilité en général. Des troubles On doit donner le nom de sensibilité à la propriété que '^''J^ généïaL possède le système nerveux d'être modifié par le contact des agents externes et internes , et de porter jusqu'au sensorium la connaissance de ces modifications.

La sensation est l'exercice de cette faculté, ou mieux Définition encore l'acte par lequel le système nerveux nous fait re- sensation, connaître les propriétés physiques et chimiques des corps, sans l'intervention du raisonnement.

11 faut que le médecin prenne une idée bien juste de ces termes et de leur signification , s'il veut donner à ses études pathologiques quelque précision et éviter plusieurs erreurs.

11 est nécessaire de distinguer : 1° le sens ou l'organe Distinguer auquel est affectée la propriété de sentir; 2° l'action de dan^ia sensation, cet organe ou la sensation ; 5° le cordon nerveux conducteur et la transmission de la sensation ; 4° 1^ centre nerveux où se fait l'insertion du cordon conducteur et la perception. Pour que la sensation se fasse normalement , il faut l'intégrité et l'intervention de ces parties et de ces trois actes : sentir, transmettre et percevoir. Le plus naisonnemint. ordinairement il s'y joiht un quatrième acte , qui consiste

382 LÉSIONS DES PROPRIÉTÉS VITALES

dans une opération de notre intelligence , à l'aide de laquelle nous apprécions la sensation ; nous la comparons à d'autres; nous raisonnons : ce travail mental, qui perfectionne la sensation , en est un complément indépendant et doit en être distingué. On lui doit les sensations composées, bien difl'érentes des sensations simples, qu'il est quelquefois difficile de ne pas confondre avec elles (i). La sensibilité On peut sc demander si la sensation se développe dans esi-eiie une ueds seusitifs , commo le veut Haller, ou dans les

propriété vitale

inhérente au nerf tissus mêmes dcs appareils sensitifs qui jouiraient de la ou au tissu sensibilité , comme le tissu musculaire possède la faculté

sensible r ' ^

motrice , indépendamment des nerfs moteurs. Les nerfs sensitifs agiraient seulement, en transmettant l'excitation sensoriale, comme les nerfs moteurs conduisent l'excitation motrice. La première opinion nous paraît plus probable. Les faits pathologiques lui donnent une autorité que rien ne peut aifaiblir.

Il faut , pour que la sensation s'exécute normalement : 1° l'intégrité de l'organe de réceptivité, et par conséquent de la sensibilité spéciale dont jouit chaque sens ; 2° du nerf sensitif ; 5° de la moelle ; 4° du cerveau ; 5° des facultés intellectuelles.

Conditions Les couditious matérielles de l'organe sensible ne

nécessaires pour ^.t ■ > -ai

que la sensation peuvcut être altérées sans qu aussitôt la sensation ne se fasse gQ^^^ excitée , affaiblie ou pervertie.

normalement. t ti m i

1° condition* ^° ^ afflux du sang est indispensable pour que

normales la scusatiou s'accomplisse régulièrement. La ligature de

déstructure. ventrale, de l'artère iliaque ou fémorale chez

(1) Voyez sur ce point important : Gerdy, Physiologie philosophique des sensations et de l'intelligence , p. 13, in 8°, Paris, 1846. — Landry, Recherches physiologiques et pathologiques sur les sensations tactiles, Archives générales de médecine, t. XXIX, p. 267, et t. XXX, p. 28, 1862.

LESIONS DE LA SENSIBILITÉ. 383

l'homme et les animaux prouve que la diminution ou la a. système siispeusion de la circulation afiaiblit, éteint même com- vascuiaire

sanguin.

plétement la sensibilité des parties auxquelles se rendent les vaisseaux. Stenon, Swammerdam, les premiers, et d'autres plus tard, ont mis ce fait |iors de doute (i). Dans l'artérite et les maladies qui gênent la circulation , le fourmillement , la douleur violente , intolérable , un sentiment de chaleur et l'anesthésie incomplète ou complète, montrent, jusqu'à quel point, la sensibihté s'altère lorsque le sang n'ai^ive pl)4S, en quantité norp^a}^, 4^jis les organes des sens.

11 en est de même quand la composition chimique n. composition de ce liquide vient à s'altérer, quand ses globules diminuent : quand il s'appauvrit. Nous dirons plus loin que l'hyperesthésie est très-commune après les hémorrhagies dans la chlorose, l'anémie.

Toutes les maladies capables de troubler la nutri- c. intégrité tion des tissus y altèrent également la sensibilité; le plus "^moléculaire!" ordinairement , elles l'exaltent ou la pervertissent. L'inflammation, l'hypertrophie, les productions homologues et hétérologues s'accompagnent toujours de trouble de la sensibilité. Celle-ci se développe alors dans des tissus où elle n'existe pas à l'état physiologique (tissus fibreux , musculaire) .

2° La sensibilité peut- elle être troublée comme les 2» intégrité aytres propriétés vitales , comme l'intelligence ou la mo- *^sVn"son*a"e^ tilité, sans que les tissus soient altérés sensijjilement? indispensable Poser ainsi la question, c'est la résoudre par ra0irma- de ia*foncTon. tive. En effet , tous les jours le pathologiste est appelé à

(I) Voyez le travail de M. Buchez, Essai de coordination positive des phénomènes qui ont pour siège le système nerveux, Journal des progrès, t. IX, p. 174, 1828.

constater des altérations de sensibilité dans l'œil, l'oreille, la peau, qu'aucune lésion de texture ne saurait expliquer : on dit alors qu'il y a névrose de l'organe de la sensibilité. Le chloroforme , le froid , Féther, abolissent la faculté de sentir dans la peaa. La molécule saturnine produit le même elFet dans ce tissu, dans l'œil, et d'autres fois, au contraire, les sensibilités de la peau et des sens spéciaux s'exaltent , se pervertissent d'une autre manière. 30 condition Toutes Ics maladies qui altèrent , soit médiatement ,

normale ^ ' '

de strucuire des soit immédiatement , la texture ou les fonctions des nerfs

cordons nerveux -ii ii nz'-i • ^ ^

(nerfs et moelle), scnsibles OU de la moellc épmière , en un pomt quelconque de leur trajet, déterminent des troubles de sensation. Il faut être prévenu de ce fait, afin de rapporter à leur véritable siège les symptômes observés. La sensibilité peut être entièrement éteinte dans les ramifications nerveuses périphériques, persister encore et même s'exalter dans le tronc principal du nerf. C'est ainsi qu'on peut expliquer les douleurs violentes que les paralytiques ressentent parfois dans leurs membres depuis longtemps privés du sentiment et du mouvement. C'est également à l'irritation périphérique du nerf divisé, que les amputés doivent la douleur et les sensations diverses qu'ils croient encore éprouver dans les mains , les pieds et les parties qui sont depuis longtemps séparés du corps. Aussi l'excision et la section d'un nerf dans la névralgie sont-elles des opérations au moins inutiles , si la maladie a son siège sur le tronc principal , au-dessus de la section. On trouve dans ce fait pathologique la confirmation d'une loi posée par les physiologistes, à savoir, que la sensibilité disparaît de la périphérie au centre , c'est-àdire dans les branches terminales , puis dans le tronc , dans les racines spinales postérieures, dans les faisceaux

LÉSIONS DE LA SENSIBILITÉ

postérieurs de la moelle, et, en dernier lieu, dans l'encéphale lui-même.

4° Les maladies du cerveau troublent la sensation aussi sûrement que les maladies des organes des sens, de l'extrémité des nerfs périphériques et des cordons nerveux. Une gouttelette de sang, épanchée dans un point du cerveau , en connexion avec un nerf du sentiment , suffît Dour anéantir la sensation ou l'altérer. Un ramollissement, une tumeur, une phlegmasie céphaliques ou spinales produisent des effets semblables. D'autres fois, elles causent l'exaltation et la perversion de la sensibilité cutanée ou des organes des sens.

5° 11 y a plus, l'intelligence troublée, faisant à elle seule , en quelque sorte, tous les frais de la sensation , on voit des malades atteints de folie , de délire , sans lésion, créer de toute pièce des sensations, dont la cause externe ou interne n'existe pas. Us entendent des voix menaçantes ; aperçoivent des êtres fantastiques ; sentent des odeurs sulfureuses, spermatiques , etc. L'hallucination ne tient pas , dans ce cas , au trouble de la sensation, puisque celle-ci ne peut se faire en l'absence de l'agent excitateur qui n'existe pas; elle dépend d'une opération de l'esprit s' exerçant sur des souvenirs et sur des sensations passées. (Voyez Intelligence.)

Voilà donc des maladies très-distinctes par leur siège et encore plus par leur nature , qui aboutissent toutes à des troubles intimes du sentiment.

Ces troubles, ainsi qu'on vient de le voir, ont leurs causes : \° dans la lésion de structure des organes des sens; 2° dans la lésion de leurs facultés spéciales (de voir, d'entendre, de goûter, de sentir le froid , la piqûre, le chatouillement, la douleur, etc.) ; 3° dans la lésion du

4o Condition

normale df! structure du cerveau.

5<» Intégrité des racultés intellectuelle?.

Uésumé.

LÉSIONS DES PROPRIÉTÉS VITALES

cordon nerveux ou de la itioelle ; 4° dans la lésion de structure du cerveau ; 5" de ses facultés.

Ces divisions sont nettes ; elles doivent être sans cesse présentes à l'esprit du praticien , et nous espérons que, s'il veut les inéditer, il pourra en tirer un grand parti dans l'étude des troubles nerveux si complexes que lui présentent, à chaque instant, les alïections nerveuses.

La sensation La sensibilité est une propriété très-générale qui rédépend d.- la gj(jg (^jj^jjg |g système nerveux. Toutes ses parties n'en

faculté spéciale *

et non de l'agent sont pas indifféremment le siège. Les travaux des physiod'exciiatiou. jogiytgg modernes ont eu pour but principal de localiser la sensibilité dans une partie déterminée de la moelle et du cerveau. On s'accorde généralement à mettre la source de cette l'acuité dans les cordons postérieurs de la moelle et dans leur expansion dans le cerveau. Eu outre, la sensibilité est une propriété très-générale qui se subdivise elle-même en sensibilités spéciales, aussi dilï'érentes les unes des autres que les organes eux-mêmes le sont des appareils de sensibilité. La sensibilité delà rétine ne saurait accuser que l'action du rayon lumineux ; celle de la membrane du tympan, des fosses nasales, n'est impressionnée que par les ondes sonores et les odeurs. Ces sensibilités dépendent de la structure propre de l'organe, de celle des nerfs et de la portion du cerveau dans laquelle ceux-ci vont se rendre , et non de l'excitation spécifique qui agit sur l'organe. En effet, on sait qu'un agent insolite, portant son action sur un sens spécial dont il n'est pas l'excitateur ordinaire, y détermine cependant la sensation qui lui est propre. L'électricité qui traverse l'œil, la membrane du tympan ou la langue, excite des ondes lumineuses, un bruit, des saveurs.

DES SENSATIONS MORBIDES

On doit admettre non-seulement que la sensibilité est n existe un trèsune propriété du système nerveux, mais qu'elle comprend f ^"'^ «ombro

^ r ... . (le sensibilités

autant de sensiLilités spéciales qu'il y a de sensations spéciales, spéciales. C'est ainsi que le tact a été décomposé en trois et même en un plus grand nombre de sensibilités. Nous croyons que le médecin, qui a surtout intérêt à observer les phénomènes morbides, trouvera toutes sortes d'avantages à multiplier les sensibilités et les sensations dans l'ordre pathologique. 11 devra surtout le faire, toutes les fois qu'il verra paraître une sensation distincte des autres et qu'elle lui rév élera un trouble réel de la fonction ; cependant il ne faut pas considérer comme des sensations différentes de simples perversions. Dans les désordres cérébraux et dans les maladies qui troublent à un très-haut degré le sentiment, telles que l'hystérie, l'hypocondrie, les viscéralgies , les sensations morbides deviennent si multipliées qu'on n'y retrouve à grand'peine les sensations normales. 11 s'agit maintenant de rechercher en quoi consistent les sensations pathologiques.

^ II. Des différentes espèces de sensations pa- Des sensations tholog'iques. lialler avait considéré comme insensibles pa^ho'oêiques. les tendons, leshgaments, les cartilages, les os, la membrane médullaire, les aponévroses. Il était fondé à soutenir cette opinion quand il parlait de l'état physiologique, et quoiqu'on ait depuis découvert la présence des nerfs dans des tissus où il n'en admettait pas l'existence, il n'en est pas moins vrai que ceux qu'il regardait comme privés de sensibilité ne l'acquièrent que par l'eflet de la maladie. Tous les tissus du corps , y compris les aponévroses , les tendons, les ligaments, manifestent, dans certaines conditions morbides, une sensibilité souvent très-grande. Est-elle une modification de la sensibihté non perçue que

TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ

BicliaL appelait sensibilité organique , ou une sensibilité toute nouvelle et de création morbide? Ce sont là des questions obscures que les pathologistes ne se donnent pas assez la peine d'examiner. 11 nous semble que la maladie ne peut pas engendrer une propriété vitale nouvelle ; elle ne peut qu'en exagérer ou en altérer une qui existait déjà. Par conséquent il faut croire que , quand nous éprouvons, en un point du corps habituellement insensible, une sensation quelconque, c'est que la sensibilité naturelle , obscure et non perçue par le sensorium , a acquis une grande intensité ou s'est pervertie. Sensations Lcs doulcurs viscérales , la gastralgie, les névralgies visceiac jhépatiques, cardiaques, intestinales, constituent autant de sensations insolites dans les tissus qui en sont le siège etqui accomplissent, d'ordinaire, leurs fonctions sans que l'homme en ait conscience. Dans ce cas, on ne peut faire que deux suppositions : r admettre que la sensibilité des parties qui reçoivent des branches du grand sympathique a été fortement surexcitée par la maladie, et qu'alors la sensation , n'étant plus arrêtée par les ganglions, parvient jusqu'au sensorium ; 2° ou bien que le cerveau perçoit plus vivement et accuse une impression qui, dans l'état de santé, lui arrivait confusément. La première hypothèse est la plus probable; cependant l'excitation du cerveau doit y jouer aussi un grand rôle. La phlegmasie d'un tissu servi parles filets du nerf sympathique ne peut agir qu'en développant une sensibilité anormale. Telle est encore l'action des produits homologues et hétérologues lorsqu'ils se développent dans un tissu à sensibihté obscure. Concluons donc que celle-ci peut paraître une propriété nouvelle là où elle ne se manifestait pas auparavant.

DES SENSATIONS MOHBIDES.

L'examen de cette question est d'autant plus impor- Transposition tant que des hommes sérieux l'ont agitée de nouveau à *iessens;

" phénomènes

propos des jongleries du magnétisme. Une sensibilité magnétiques, spéciale peut-elle se développer sous l'influence d'une excitation morbide ou des pratiques magnétiques, dans un organe qui en est dépourvu normalement ? Le creux épigastrique, l'occiput, les doigts, peuvent-ils voir, lire, goûter, etc. ? Ce que nous avons dit précédemment permet d'établir que, dans un tissu quelconque, on ne peut jamais obtenir que l'espèce de sensibilité à laquelle lui donnent droit, en quelque sorte, son système nerveux et sa structure. Il est vrai que cette sorte de transposition des sens est rejetée par des hommes plus habiles ou plus convaincus. Ils se bornent à soutenir que l'excitation extraordinaire d'un sens, ne fait que donner à la faculté qu'il possède naturellement une intensité extrême. Ils expliquent ainsi ]a vision , à travers les paupières fermées ou à travers une étendue considérable de pays.

Ces assertions n'appartiennent pas plus à l'ordre des Antres jongleries

/.., • r ^ 'A \ ^^ • ±- i^dc même espèce,

faits scientifiques que les étranges hallucinations dont notre siècle vient d'être témoin. Les hommes initiés aux sciences d'observation , déploreront longtemps l'étrange spectacle donné par les espèces de convulsionnaires qui s'assemblent autour des tables tournantes , ou qui se font les apôtres des mystères, des miracles et des autres événements qui marquent si tristement notre époque. Nous recommandons aux médecins philosophes l'étude des causes qui peuvent ainsi troubler le libre exercice de nos sens et de la raison humaine. Nous leur signalons cette épidémie , plus meurtrière et plus triste que celle du choléra, parce qu'elle annonce l' affaiblissement du libre examen et de la saine raison , que peuvent seuls enfanter et

TROUBLES DE LA SENSIBILITE

Trois ordres

de sensations morbides.

Des sensations exlernes.

entretenir une instruction solide et une éducation vraiment libérale.

Les diverses sensations pathologiques internes sont la source de notions si précises, si importantes, qu'il faut d'abord mettre tous nos soins à les déterminer. On trouve d'abord :

1° Les sensations externes produites par les agents physico-chimiques du cosmos , comprenant la vision, l'audition, l'olfaction, la gustation , le toucher.

2° Les sensations internes, qui ne s'éveillent plus, comme les précédentes , à l'occasion d'un excitant externe, mais spontanément : tel est le besoin de se mouvoir, de respirer, de manger, de boire, de dormir, de se livrer à l'acte vénérien. Ces sensations , aussi impérieuses et aussi vives que les externes, se troublent aussi souvent qu'elles, 'dans le cours des maladies.

3° Outre ces deux genres de sensations, il peut s'en développer de tout à fait insolites dans des tissus où il n'en existe pas à l'état normal, comme dans les nerfs sensoriaux eux-mêmes, dans la substance cérébrale, dans le tissu musculaire, dans les membranes séreuses, dans les cartilages, les os, les membranes muqueuses, dans tous les canaux et les réservoirs, en contact habituel avec des liqueurs ou des agents qui les traversent normalement, sans provoquer aucune sensation appréciable (vessie , utérus , cœur, vésicule biliaire) . Ainsi trois sources de sensations pathologiques : i" organes de sensations externes ; 2° organes de sensations internes ; 3° organes où il n'existe pas de sensation normale , et dans lesquels il s'en développe une insolite.

A. Sensalions exlernes. On est loin d'être d'accord sur le nombre des facultés que l'homme possède, et cepen-

DES SENSATIONS MORBIDES. 391

dant le médecin a besoin de savoir quelles sont ces facultés, afin d'en rechercher les altérations pendant la maladie. Les sensibilités sont beaucoup plus multipliées que ne le pensent les philosophes, qui ont limité à cinq le nombre des facultés sensoriales.

La peau est le siège d'une sensibilité que l'on désigne sensations sous le nom de tactile ; mais elle doit être décomposée pe7u eliVgl'ége! en trois ou quatre facultés qui se trouvent séparément ou simultanément lésées dans la maladie. La peau est le siège des sensations de contact, de douleur, de température, et même, suivant quelques physiologistes, de frémissement, de vibration, de chatouillement, de poids, de résistance, de forme, d'humidité, de mouvement. Sans examiner cette question , qui nous entraînerait hors du domaine de la pathologie proprement dite, nous croyons qu'on peut limiter les sensations tactiles à celles de contact, de température, de douleur et de chatouillement. Les autres, peut-être même celle de température, résultent d'une opération intellectuelle rapide, qui s'effectue après la perception par le sensorium. Du l'este , il importe moins au médecin qu'au physiologiste de savoir, au juste, quel est le nombre exact des sensations normales qui se passent dans un tissu. Il n'a qu'à noter les perturbations qui surviennent dans ces sensations pendant les maladies, et la part qu'elles prennent dans la production des accidents. Lorsqu'il verra une sensation décomposée par la maladie, en trois ou quatre autres, il retiendra ces différences et s'en servira pour établir la nature , le siège et le traitement de la maladie. Partant de cette donnée, purement expérimentale, nous admettrons qu'il existe à la peau trois sensations distinctes qui peuvent être lésées dans l'état

TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ

morbide. Souvent la maladie présente, lésées séparément , les sensations de contact , de température , de chatouillement, de douleur. 11 y a des malades qui ne sentent pas une épingle enfoncée dans la peau , et qui perçoivent nettement le contact, le chatouillement ou la température des corps. On dit qu'il existe une analgésie (dérivé de a privatif, et de al^o<; , douleur). Chez d'autres, les symptômes sont inverses : ils éprouvent de la douleur, mais non le contact des corps ; quelques-uns sont privés de la sensation de température ; ceux-ci de la sensation de chatouillement, de vibration, de pression. Depuis quelques années, l'attention des médecins, éveillée par les travaux de M. Gerdy, s'est portée sur ces troubles (i). On en a fait une étude plus approfondie. On s'est assuré qu'ils existent dans un grand nombre de maladies qui portent, soit sur le cerveau, comme le délire nerveux, l'hystérie, l'épilepsie, le somnambulisme , la folie; soit sur les nerfs sensitifs, comme dans les névralgies et les paralysies sympathiques.

Dans la vision , l'audition , l'olfaction , la gustation, les facultés spéciales sont excitées, affaibbes ou perverties; et malgré la diversité des sensations pathologiques, on peut encore les rapporter à la sensation spéciale altérée. Dans les maladies de l'œil, la lumière détermine des douleurs, des fulgurations, la vision de points noirs ou diversement colorés, d'objets bizarres, d'anneaux, de mouches , de corpuscules , etc. Toutes ces sensations ont trait à l'acte de la vision.

Sensations B. Scnsations internes. Modifiées par la maladie, elles uZ^nes. diffèrent à un tel point des sensations instinctives qu'on

( 1 ) Gerdy, Physiologie philosophique des sensations et de Vintelligence p 40,iii-8", Paris, 1846.

DES SENSATIONS MOKBIDES. ;JH3

a souvent peine à les reconnaître. La sensation d'activité musculaire est celle qui nous avertit que la contraction musculaire a lieu dans une ou plusieurs parties du système locomoteur, par notre seule volonté et sans que nous en soyons prévenus par le sens de la vue. Cette sensation est pervertie dans plusieurs conditions morbides; et alors la contraction n'étant point perçue par le cerveau, le malade ne peut plus diriger ses membres, à moins que la vision ne vienne à son aide.

Ailleurs, dans les viscères, nous voyons la sensation de la faim remplacée par les variétés infinies de sensations morbides, qu'on appelle boulimie, pica, malacie, gastralgie.

C . Tous les organes desservis par les nerfs sympathiques peuvent être le siège de sensations morbides obscures ou vives et nettement accusées par le cerveau. Partout où les branches de ce nerf pénètrent, par conséquent dans tous les tissus qui reçoivent un vaisseau , et le nerf trophique qui l'accompagne, peut éclater une sensation douloureuse. Nous avons dit que sous l'empire du travail phlegmasique, la douleur se développait dans des organes complètement insensibles (cartilages, membrane fibreuse, ligaments). 11 importe médiocrement au pathologiste de savoir si tel tissu ne reçoit que les nerfs encéphalo-rachidiens ou sympathiques , puisque les sensations morbides peuvent se manifester dans tous les tissus. Les médecins savaient que l'utérus devient douloureux dans un grand nombre de maladies longtemps avant que les anatomistes eussent prouvé l'existence de nerfs dans le tissu de cet organe. Le cœur, le cerveau, la rate, les reins, sont souvent affectés de douleurs vives. (Voir Douleur.) Cependant on peut établir qu'il existe une grande

TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ

Des différentes

espèces de sensations

morbides] soit externes ^ soit internes.

différence entre les organes animés exclusivement par les nerfs céphalo-rachidiens et ceux qui reçoivent leurs nerfs du sympathique. Dans les premiers, la maladie s'annonce presque immédiatement par la douleur, tandis qu'elle est plus obscure, plus sourde ou nulle dans les viscères. Cependant, une fois développée, elle prend souvent une intensité extrême comme dans des douleurs hépatiques, néphrétiques, utérines, etc.

^ III. Des différentes espèces de désordres de la sensibilité. Les troubles de la sensibilité dons nous venons de retracer le tableau général doivent être maintenant étudiés, suivant qu'ils ont leur siège : i° dans les organes des sens spéciaux, tels que la peau, l'œil, l'oreille, les fosses nasales et la bouche ; 2° dans les organes de sensations instinctives, tels que les viscères , les muscles et les tissus dans lesquels ces sensations sont obscures ou nulles, à l'état normal.

Les troubles de la sensibilité, quel qu'en soit le siège, jouent tantôt le rôle d'élément essentiel de la maladie, tantôt figurent seulement à titre de symptômes. Il importe d'établir une distinction très-nette entre ces deux ordres de faits.

Rappelons d'abord qu'une première classe se compose deir^nsSmé ^^^^ altérations de sensation qui dépendent : 1° delà lésion matérielle et plus ou moins manifeste de l'organe sensitif; 2° des cordons nerveux; 5° de la moelle; 4° du cerveau. Nous ne parlerons pas de ces troubles nerveux purement symplomatiques.

Ajoutons que les maladies qui les provoquent résident dans l'organe lui-même , dans son système vasculaire, dans les nerfs qui s'y distribuent, dans le sang, dans la moelle, enfin dans le cerveau. C'est dans tous ces

Troubles

DES SENSATIONS MORBIDES

organes qu'il faut aller chercher la cause des troubles de la sensibilité.

Une seconde catégorie comprend les sensations pathologiques qui dépendent uniquement d'une maladie générale ou locale , qui exerce son influence sur un organe de sensation. Le trouble prend alors le nom de sympathique.

La troisième catégorie renferme les altérations de la sensibilité qu'on ne peut rattacher à aucune des influences pathogéniques précédentes. Elles ont reçu la dénomination de trouble nerveux essentiel ou idiopalhique, et constituent la classe importante des névroses des organes de la sensibilité. Nous ne saurions être assez explicite sur ce point que l'on a obscurci, de tant de manières, dans des écrits récemment publiés, qu'il n'est pas toujours possible de s'entendre. Pour nous, comme pour Cullen , il existe des altérations de la sensibilité qu'on ne peut expliquer par aucune cause expérimentale appréciable , et nous les retenons dans la classe des névroses. (Voyez ce mot.) Que nous importe qu'on ne puisse comprendre le désordre d'une faculté sans un dérangement correspondant dans la contexture des parties, si l'on ne peut le saisir ni le démontrer? Nous dirons, avec Galien, qu'il est idiopathique, et nous lui donnerons le nom de névrose. Dans l'état actuel de la science, celle-ci nous représente le trouble des propriétés vitales que possèdent les tissus sensibles, et rien de plus.

On a rapporté les troubles de la sensibilité générale et spéciale à trois types principaux : l'accroissement ou l'hyperesthésie , l'abolition ou l'anesthésie, et la perversion de la sensibilité. Ces divisions, généralement acceptées dans un grand nombre d'ouvrages, ne sont pas l'ex-

Troubles sympathiques de la sensibilité.

Trouble idiopathique ou névrose.

Division des troubles de la sensibilité en hypereslhésie, anesthésie, et perversion de celle faculté.

TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ

pression fidèle de ce qui se passe dans la nature. Galien, dans la description si belle qu'il a laissée des troubles de la sensibilité et du mouvement, n'admet pas qu'ils puissent dépendre de l'accroissement de cette propriété. Il la suppose avec raison toujours pervertie. Cette opinion est parfaitement fondée , dans un grand nombre de cas où nous rencontrons la sensibilité normale remplacée par la douleur, ou par des sensations qui s'écartent tellement de l'état physiologique qu'on fait réellement une hypothèse lorsqu'on admet qu'il existe, en pareil cas, un simple accroissement de la propriété vitale.

Divisions. Cependant, pour ne pas trop nous écarter des opinions généralement reçues, nous étudierons : i° la douleur en général; 2° la névralgie; 3° l'hyperesthésie; 4° l'anesthésie ; 5° la perversion de la sensibilité dans les appareils de la vie de relation et de nutrition successivement.

!• — De la douleur.

Troubles La doulcur est l'élément le plus général et le plus con-

âe la sensibilité , ^ -, ^ ^ , i t . i , , .

générale. ^taut de toutcs Ics maladies. A ce double titre, elle doit De la douleur, prendre place dans l'histoire des éléments primaires et généraux. Nous accorderons à l'étude de la douleur quelques développements, parce que les ouvrages n'en traitent pas d'une manière spéciale. Nous nous sommes servi, pour composer cet article, des matériaux puisés dans nos recherches particulières.

Définiiion, La douleur est toute sensation soit externe, soit interne, qui s'accompagne d'une souffrance locale ou générale.

Ce que nous avons dit de la sensation nous conduit d'abord à établir que, pour qu'il y ait douleur, il faut qu'il y

DE LA DOULEUR

ait perception par le seiisoriiim. Souvent la sensation est subite , instinctive , non réfléchie. Dans d'autres, un acte de notre intelligence est nécessaire pour que l'impression soit réputée douloureuse. Si l'attention est fixée ailleurs, l'esprit troublé par quelque passion , ou par une maladie , la douleur n'est pas perçue. 11 peut même se faire que, par une perversion singulière de l'intelligence, l'impression douloureuse passe pour agréable, ainsi qu'on le voit chez les aliénés qui se déchirent les membres, les entrailles , et qui chantent et rient pendant ces affreuses mutilations. On observe des effets de ce genre chez les sujets chloroformés. Ils éprouvent des sensations agréables, voluptueuses même, pendant qu'on divise les tissus. Il ne faut pas en conclure, avec quelques philosophes, que la douleur n'est pas plus réelle que les autres sensations; seulement il est utile de maintenir, dans la douleur comme dans les sensations physiologiques, la distinction qui existe entre l'impression , la perception et la sensation raisonnée sur lesquelles nous avons tant insisté.

Causes de la douleur. Les causes de la douleur se trou- causes

, , . , , . „ , de la douleur.

vent: 1° dans le stimulus externe ou interne; 2 dans l'organe sensitif ; 3° dans le cordon nerveux qui transmet les impressions; 4° dans le cerveau qui perçoit et qui juge ; 5° dans un autre organe sensible qui envoie la sensation au cerveau. Il s'agit d'étudier ces conditions morbides diverses, afin de bien saisir le mode de production de la douleur et son véritable rôle dans les maladies.

1° Siimiilus. La douleur tient tantôt à l'intensité du 'iMniensité

, , , !• • • i-, ^- tlu Stimulus.

stimulus, tantôt a son application insolite sur un tissu auquel il n'est pas destiné. Dans le premier cas, le stimulus agit d'une manière trop énergique ou trop prolongée ; ainsi la lumière , le bruit , une odeur pénétrante

398 TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ

peuvent déterminer une vive douleur dans l'œil, l'oreille, les fosses nasales, etc. Dans le second cas, l'excitant n'étant plus en rapport avec la sensibilité du tissu, il en résulte de la douleur. C'est ce qui a lieu lorsqu'un liquide ou une matière solide viennent à entrer en contact avec une membrane qui n'est pas habituée à les recevoir. La plèvre s'enflamme quand l'air s'épanche dans sa cavité; l'urine, la bile, le sang même produisent des effets semblables sur le péritoine ou le tissu cellulaire. Nous nous bornons à citer ces exemples, parce que l'étude de la douleur nous entraînerait trop loin.

Il suiïit qu'un tissu quelconque, pourvu de nerfs, soit altéré dans sa texture et dans sa fonction pour que la douleur s'y développe, tantôt spontanément, tantôt sous l'influence des excitants naturels. 11 importe de classer les faits de ce genre.

2o Maladies dts 2° Maladies qui allèrent la sensibililè. A. La sensibilité oFi^anes des sens. ^^^^^ l'orgaue peut être altérée. Elle s'exalte, se per-

A. Troubles . > i , i i . • r i •

di la sensibilité, vertit saus qu OU découvre de lésion. La peau devient douloureuse au moindre contact , le son le plus faible, la lumière la plus douce ne peuvent frapper l'oreille ou la rétine sans exciter des douleurs atroces (hystérie, névropathie). On trouve dans la névralgie idiopathique des plus petites branches la preuve que la sensibilité peut s'exagérer comme la motilité, l'excitabilité. La névrose des organes sensibles est toujours caractérisée par une douleur plus ou moins vive des parties qui en sont le siège, ainsi qu'on le voit dans toutes les grandes névroses et dans les viscéralgies spécialement. 1$. Lésions B. Toute espèce de travail morbide s'accompagne de organiques, (jQ^jg^j.^ j^q^q produit pas , avcc la même fréquence ni avec la même intensité. On doit mettre en première

DE LA DOULEUfl.

ligne les maladies aiguës qui provoquent un trouble considérable dans la circulation et les sécrétions : tels sont l'inflammation, les flux, les hémorrhagies qui ne se montrent pas sans être annoncés par une douleur sourde ou violente. Elle est moins fréquente dans les maladies qui tiennent au développement des produits homologues et hétérologues. Le tubercule, le cancer, le tissu fibroplastique ou autre prennent souvent un accroissement notable , avant toute manifestation douloureuse. Celle-ci a lieu surtout quand la tumeur comprime les nerfs, ou quand ils sont compris dans la dégénérescence.

On peut établir une dilférence marquée, sous le rapport de la fréquence de la douleur entre les maladies qui fi'appent les appareils de la vie de relation et celles qui siègent dans les organes de la vie de nutrition. Tandis que les premières ne peuvent se développer sans que la sensibilité ne soit aussitôt mise enjeu, de graves lésions peuvent détruire la presque totalité d'un viscère sans que le malade accuse la moindre souffrance (tubercules pulmonaires, cancer hépatique). Toutefois, il arrive aussi que le premier eflet de la maladie viscérale est la manifestation d'une douleur intense qui prend souvent une violence extrême, comme on le voit dans le cancer de l'utérus, de l'estomac.

3° Maladie du nerf qui Iransmel l'impression. La don- 3° Maladies leur se montre dans toutes affections qui ont leur siège '^''^ sur un point du trajet du nerf, depuis l'organe sensorial jusqu'au centre nerveux. L'inflammation du névrilème, le névrôme, la névrite, les blessures, la compression s'accompagnent de douleurs violentes. Il en est de même lorsque le nerf se trouve compris au milieu de tissus enflammés, altérés ou désorganisés. Il en résulte souvent

400 TROUBLES DE LA SENSIBILITE

une souffrance que le malade rapporte, non pas à la partie du nerf qui est lésée, mais au tissu auquel celui-ci va se distribuer. On sait qu'une forte pression exercée sur le cubital détermine une douleur dans le petit doigt. 40 Maladies des 4° MaJadies des cenlres nerveux el du grand sympacenires nerveux. ^/^jY/w^. Pour trouvcr la cause de la douleur, dans un grand nombre de maladies, il faut examiner avec soin l'état dans • lequel se trouvent le cerveau, la moelle, les nerfs ganglionnaires. Toutes les maladies qui affectent ces diverses portions du système nerveux peuvent donner lieu à la douleur, cependant celle-ci résulte plus souvent encore des lésions qui portent sur les nerfs sensoriaux , céphaliques et médullaires. L'encéphalite, la myélite, le ramollissement de la substance cérébrale et de la moelle ne se révèlent souvent par aucune douleur bien prononcée.

La douleur n'est II faut aussi considél'er, comme une cause de souffrance, pas toujours ^Q^^gg altérations viscérales dans lesquelles les bran-

rapportee a son ^

vrai siège, clics du ucrf Sympathique se trouvent nécessairement comprises. La présence des nerfs sensoriaux, qui s'unissent aux filets moteurs et tropliiques du grand sympathique, rend compte de ces douleurs. Quelquefois les malades les rapportent à un organe, quoiqu'elles dépendent d'une lésion de la partie du cerveau, de la moelle ou des ganglions dans laquelle vont se rendre les nerfs sensoriaux. 11 est bon d'être prévenu de cette source d'erreur pour l'éviter dans la recherche du siège et de la cause des maladies.

Elle est souvent Nous u'avous parlé, jusqu'à présent, que des maladies

due à une • i > i i • • m u

hallucination qui altèrent la texture du tissu, mais il en est d autres, ou à une illusion, piys nombreuses encore, qui s'annoncent par des douleurs sans que la substance nerveuse soit visiblement

DE LA DOULEUR. 401

lésée : telles sont les névroses des organes de l'intelli- iiaiiucinaiions. gence, du sentiment et les viscéralgies. Quelques exemples sont utiles pour montrer le mode de production de ces douleurs. Dans le délire aigu ou chronique que cause l'intoxication plombique ou alcoolique, dans différentes espèces de monomanies, il arrive souvent que le malade, au milieu de ses hallucinations, éprouve une douleur physique qu'aucun agent externe ne peut expliquer. Dans ce cas, le jugement troublé fait tous les frais de la douleur à laquelle reste étrangère la sensation. Il faut que le médecin n'ignore pas cette source fictive de douleur, afin d'apprécier, à leur juste valeur, la réalité des souffrances dont parlent sans cesse les hypocondriaques, les hystéj-iques, les mélancoliques, lorsqu'ils se sentent l'estomac ou le foie rongés par un animal , ou des élancements qui traversent les chairs , etc. L'hallucination douloureuse est un phénomène psychique curieux qui prouve que la douleur peut avoir pour cause une sensation interne, instinctive, transformée par le cerveau en délire, mais réellement éprouvée dans les tissus malades. (Voyez Troubles de Vinlelligence ; liallucinalion et illusion.)

Nous citerons encore comme un exemple curieux d'hallucination les douleurs que l'amputé ressent dans un membre qui n'existe plus : celle que rapporte au front l'individu auquel on a refait un nez avec les téguments de cette partie du visage. Dans tous ces cas, la perception douloureuse est une conception délirante uniquement due au cerveau, en dehors de toute sensation interne ou externe.

5° La cause de la douleur réside souvent dans un tissu De la douleur très-éloigné du lieu où elle se manifeste ; on dit alors que la douleur est sympathique. La céphalalgie, la névralgie de la cinquième paire, peuvent tenir à un cancer I. y 6

TROUBLES DE LA SEiNSIBILlTE^

Résumé :

Des causes deJa douleur.

Des différentes

formes de la douleur.

gastrique ou utérin , ou à toute autre maladie. On peut comparer cette sensation moi-bide sympathique à une hallucination, puisque nous percevons une sensation douloureuse qui n'a pas réellement sa raison d'être dans le tissu auquel nous la rapportons. Ce tissu est sain ; aucun stimulus n'a produit d'impression sur lui.

On voit par l'énumération des causes de la douleur que celle-ci suppose constamment la perception cérébrale, et que la source de la sensation doit être cherchée : i° dans les fdets périphériques du nerl sensorial; 2° dans le tronc qui se dirige vers le centre nerveux; 5° dans celui-ci qui est lésé matériellement ou non ; 4° dàns une hallucination ou perception délirante-, b" dans un tissu qui sympathise avec le nerf affecté.

Partout où les sensations externes et internes peuvent naître, là peut se développer une douleur. Ce n'est donc pas seulement, dans les nerfs céphahques et rachidiens qu'il faut en placer le siège, mais aussi dans le grand sympathique. Pour le pathologiste , tous les tissus malades deviennent sensibles, excepté l'épiderme, le sang et les parties sécrétées et excrétées. La douleur se montre dans les tendons, les ligaments, les os, les cartilages. Dans tous les tissus homologues de nouvelle formation, telles que le tissu cicatriciel et les fausses membranes organisées, dans lesheux où les vaisseaux peuvent arriver, ainsi que les lilets nerveux trophiques qui les accompagnent, peut se développer de la douleur. Celle-ci est idiopaUdque, sympalhique ou symploinaiique. Daus le premier cas, elle prend des noms différents suivant l'organe allécté : névralgie, dermalgie, gastralgie, gastrodynie, odontalgie , etc.

Des difjerenles formes que revêt la douleur. La sensa-

DE LA DOULEUR

tion de douleur existe parfois, mais n'est pas accusée parce que la perception est elle-même altérée (délire, hallucination, folie ou maladie grave), ou parce que la phonation et les mouvements d'expression sont aholis (altération de la.voix, paralysie, etc.). Souvent alors le visage plus ou moins convulsé exprime la douleur que le malade ne peut rendre. 11 en ainsi chez les nouveau-nés et dans toutes les maladies graves, avec stupeur et adynamie.

Absence de duultur. La douleur est un élément morbide Absence si constant, qu'une maladie est souvent méconnue ou ré- douleur, putée latente, par cela seul que les sujets ne souffrent pas ou ne peuvent témoigner la souffrance qu'ils éprouvent. La douleur est un symptôme subjectif, c'est-à-dire que le malade seul peut en porter la connaissance jusqu'au médecin.

L'absence de douleur peut tenir à des causes qu'il im- a quelles causes porte d'indiquer : i° à ce que la sensibilité est détruite ^^^^ par une lésion de structure dont les tissus sont le siège (gangrène de cause externe ou interne, ramollissement, compression, etc.); 2° à ce que les centres nerveux, (moelle etcerveau), sont désorganisés (myélite, ramollissement du cerveau, hémorrhagies avec déchirure considérable, compression); 5° à ce que le sensorium est troublé , dans ses fonctions sans que l'organe soit altéré d'une manière appréciable (délire aigu, folie, hallucination, somnambulisme, catalepsie, extase, adynamie) ; 4° à la violence d'une douleur ou d'une maladie qui, développées dans un autre point, empêchent la manifestation de la seconde douleur (duobus doloribus oburlismajor obscuralalleruin, H\pi^ocràte).Oa observe cet effet dans les maladies compliquées ; souvent la seconde et la troisième affection passent inaperçues parce que la première con-

rUOUBLES DE LA SENSIBILITÉ.

serve une intensité extrême ; 5° à l'action toxique de certains agents qui pénètrent dans le sang, tels que les narcotifjues, l'éther, le cbloroforme, avec lesquels on obtient si sûrement l'analgésie et l'anesthésie ; 6" à l'abolition de la sensibilité , sans lésion appréciable du tissu qui en est le siège; la peau ou la membrane muqueuse de la vessie, du rectum, du vagin peuvent s'enllammer sans qu'il s'y développe de douleur. On observe des faits de ce genre chez des paralytiques, les aliénés, les hystériques. 7° Il faut encore attribuer cette absence de douleur à ce que la circulation est suspendue ou réduite à son minimum, pendant la syncope, la lipothymie, après des hémorrhagies graves ; dans ce cas, la piqûre, la brûlure ne peuvent plus provoquer de douleur. Elle est encore abolie dans les tissus quand l'artère principale est comprimée ou rendue imperméable au sang. 8° Il peut se faire aussi que la sensibilité soit normalement obtuse et diminuée. Les médecins , qui pratiquent dans les hôpitaux rencontrent, à chaque instant, des sujets qui ne se plaignent d'aucune douleur, quoique des viscères importants soient malades, et que ces affections causent chez d'autres de grandes soullrances.

iniensiié Inlensilé de la douleur. La douleur n'éclate ni avec la

tie la douleur, j^^gj^g fréquence ni avec la même intensité , chez tous les malades atteints de la même affection. Certains états phy-

Diie à certaines siologiqucs y prédisposent ou la rendent plus vive : tels tiiaihôses. gQ^.j|. jgg travaux de l'esprit, les excès vénériens , la menstruation, l'état puerpéral, la névropathie si fréquente à l'âge critique, l'excitation nerveuse habituelle chez certains sujets qui l'ont reçue de leurs parents, ou chez lesquels des maladies antérieures l'ont développée. Parmi ce?; dernières, il faut ranger d'abord toutes les affections

DE LA DOULEUR

du système nerveux, les névroses, les maladies de l'utérus et l'appauvrissement du sang, quelle qu'en soit la cause. Dans ces conditions morbides, la douleur devient un élément si essentiel des maladies qu'il faut la combattre à l'aide d'un traitement spécial, et proscrire toute médication qui pourrait exciter le système nerveux.

Chez un assez grand nombre de sujets la douleur a la vivacité

, , 1 . t ^• ' • 11 , • , 1 (les sensations.

n est pas plus vive en réalité, mais elle est exprimée plus fortement et dépeinte sous des couleurs exagérées. Les hypocondriaques, les hystériques, les gens pusillanimes ou à esprit cultivé et exalté, décrivent, avec un soin minutieux et une emphase extrême, tous les tourments que la maladie leur fait endurer. Ce n'est pas. sans peine, que le médecin peut réduire leur récit à ses véritables proportions et se faire une juste idée de la douleur. En général, les hommes supportent moins bien la douleur que les femmes ; celles-ci ont plus de courage, se plaignent moins, résistent mieux aux affections douloureuses.

Il est difiicile de rapporter les différentes formes de la ces diverses douleur à des types invariables. Cependant on s'accorde delentaiions à distinguer les formes suivantes : (A) sensation de cha- douloureuses, leur ou de froid continue, légère ou intense ; (B) sensation de contusion, de poids, de pression, de serrement;

(C) élancements rapides, insupportables, comme dans les névralgies: sensation de perforation, de dilacération , de distension, de picotements comme par des aiguilles;

(D) de pincement; (E) de chatouillement, de fourmillement, de prurit (douleur prurigineuse), etc. C'est avec ces sensations diverses que l'esprit inventif du malade compose un tableau dans lequel figurent les variétés presque infinies de la souffrance. On peut en lire l'énumération minutieuse dans les traités d'homœopathie, et voir jus-

TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ

qu'où peut aller le ridicule dans ce genre. Il faudrait s'arrêter à toutes les formes de la douleur si elles correspondaient à des conditions morbides toutes spéciales, mais il est impossible de fonder sur elles le diagnostic des maladies. Contentons-nous de rappeler qu'en général , les souffrances les plus vives appartiennent aux névroses des organes de la sensibilité et aux troubles fonctionnels des viscères de la vie de nutrition. La névralgie des nerfs céplialique et rachidien , les viscéralgies nous offrent le type des douleurs les plus violentes que l'on connaisse. On peut s'en former une idée en citant, d'une part la névralgie frontale, faciale, sciatique , et de l'autre la gastralgie, les coliques saturnines, la colique sèche des pays chauds, l'angine de poitrine, etc. Les douleurs dans la pneumonie et la pleurésie, quoique très-vives, ne sont pas comparables aux précédentes.

Voici maintenant quelques autres particularités qui ont leur importance. Tantôt, la souffrance vague se généralise presque partout. Le malaise, la courbature fébrile, une sorte de découragement, d'affaissement sentis par le malade méritent, à juste titre, le nom de douleur. Elle est obscure Elle indique que le principe pensant, que le moi est influencé par un travail morbide qui se passe dans les organes, et qu'il serait encore impossible de localiser. Tantôt la douleur est limitée à un point qui a une forme et une étendue parfaitement distinctes. Elle peut suivre le trajet d'une ou de plusieurs branches nerveuses; être linéaire, comme dans les névralgies; rayonner comme dans la colique néphrétique; tantôtelle se dirige des branches principales vers les rameaux ou suit une marche inverse, etc. Ordinairement, les douleurs qui se développent dans les viscères animés par le nerf sympathique

Quelques particularités de la douleur.

et mal dessinée

dans quelques cas

Localisée.

DE LA DOULEUR. 407

n'ont pas de trajet distinct ; elles s'étendent à tout l'organe comme dans la gastralgie, l'entéralgie, l'angine de poitrine, les douleurs utérines. Quelquefois la douleur est disséminée sous forme de points, au nombre de deux ou trois (névralgie ) , ou bien elle couvre une assez grande surface. Cependant elle demeure toujours partielle ; la Disséminée, douleur n'est jamais générale, elle peut seulement parcourir successivement tous les tissus, ou se développer simultanément dans plusieurs à la fois, ainsi qu'on l'a observé dans certains cas de névralgie qu'on a appelée universelle, et dans la névropathie hystérique et de l'âge critique.

Ordinairement, la douleur se manifeste spontanément spontanée, dès qu'un travail morbide s'établit quelque part. Dans d'autres cas, elle n'a lieu qu'au moment où l'on vient à presser avec la main, soit médiatement, soit immédiate- Provoquée, ment, sur les tissus affectés. Elle reste parfois latente jusqu'à ce qu'on l'ait provoquée par une manœuvre de ce genre; aussi ne faut-il jamais manquer de la rechercher ainsi dans les maladies qui attaquent les viscères situés profondément. Dans d'autres cas, elle ne paraît que pendant que l'organe est en fonction, c'est-à-dire en contact avec son stimulant habituel. Il faut donc s'enquérir avec soin de ce qui se passe durant l'exercice de la fonction. La gastralgie se montre, chez un grand nombre de malades, pendant la digestion, et la douleur des muscles atteints de rhumatisme, pendant la contraction seulement,

Marche et durée. La douleur la plus continue est tou- Marche ot durée jours rémittente, c'est-à-dire qu'il survient des paroxysmes Se'^doiielir pendant lesquels elle s'exaspère, puis diminue ensuite. Il n'y a pas de douleur violente qui soit parfaitement

408 TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ

continue, à moins qu'elle ne dure un temps très-court. Comme toutes les sensations qui ont leur temps de sommeil et d'activité, comme tous les actes qui sont sous la dépendance du système nerveux, la douleur affecte une marche rémittente et intermittente. Elle commence d'abord faiblement, s'accroît , finit par acquérir son maximum d'intensité, puis après un temps variable et presque toujours assez court elle diminue ou s'apaise entièrement. La pleurodynie que l'on observe dans la pneumonie et la pleurésie, les élancements du phlegmon n'ont pas une marche plus exactement continue que les autres douleurs. On nomme accès ou paroxysme le temps durant lequel la souffrance se manifeste ainsi. Douleurs La douleur revêt la forme inlermillente sans que l'inniermiuentes. ^oxicatiou paludéenne y prenne la moindre part. Cette intermittence est tantôt régulière et tantôt irrégulière, sans type déterminé ; contrairement à ce qui a lieu dans l'état physiologique, le système nerveux, dont l'activité devrait cesser pendant la nuit, est au contraire surexcité. La douleur se montre alors pendant la nuit (douleurs syphilitiques, névralgiques, rhumatismales, goutteuses, infection purulente, phthisie), ou devient plus vive le soir (névralgie frontale, faciale) , le matin et à d'autres heures du jour. La périodicité parfaite, soit quotidienne, soit doul3le tierce, soit tierce des douleurs névralgiques, céphaliques appartient fréquemment, mais non toujours à l'infection paludéenne. L'efficacité du quinquina, en pareille occurrence , n'est pas la démonstration certaine de leur origine spécifique, puisque le même agent peut réussir dans la curation des douleurs périodiques non paludéennes.

Fixité I •

de la douleur.

La persistance des douleurs, en un point limité, té-

DE LA DOULEUR

moigne presque toujours d'une lésion profonde et durable, cependant elle peut ne constituer qu'un phénomène nerveux, ultime , que le temps finit par dissiper. Dans la marche ordinaire des maladies aiguës et chroniques, la douleur ouvre la scène et disparaît bien avant que la terminaison heureuse ou fatale ait eu lieu. Dans tous les cas, elle s'offre au pathologiste, comme le signe le plus précieux qu'il puisse consulter pour découvrir le siège des maladies ; souvent sur elle seule repose pendant longtemps le diagnostic. Sa valeur pronostique est moindre. Les affections les plus doidoureuses sont loin d'être • les plus graves et les plus rebelles.

Éléments morbides associés à la doideur. Convulsion. Éicmcnifi L'effet le plus constant de la douleur est de provo- "'"'"bidcs

•I i qui coexislenl

quer dans les tissus contractiles adjacents des mouve- avec la douleur, ments convulsifs, soit cloniques, soit toniques ; ils sont convulsion, dus à l'action réflexe de la moelle épinière. Presque toutes les affections douloureuses sont en même temps spasmodiques. Nous en trouvons de fréquents exemples dans toutes les viscéralgies (névrose gastrique, intestinale, vésicale, cardiaque), et dans la névralgie du nerf trifacial. Souvent même, l'intensité et la durée du spasme sont proportionnées à la violence de la douleur; d'autres fois les mouvements convulsifs qui s'emparent des muscles tiennent à l'intensité de la perception cérébrale. En général, les sujets, dont l'intelligence est développée ou le système nerveux surexcité, ne peuvent ressentir la douleur la plus légère, sans être pris de mouvements violents et désordonnés de toutes les parties de l'appareil musculaire.

On doit aussi lui attribuer une fâcheuse influence sur néiire. les actes intellectuels. On voit le délire l'insomnie ,

TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ

Fièvre hectique (le douleur.

Symptômes concomitants

dans les névralgies.

les convulsions, éclater à la suite de l'amputation et des grandes opérations chirurgicales, ou bien un état de collapsus et d'insensibilité presque complète leur succéder. En un mot, chaque fois que la sensibilité s'épuise par des sensations trop fréquemment répétées ou trop violentes, des troubles graves se montrent dans l'intelligence, l'excitabilité générale et partielle et dans la motilité. Aussi ne peut-on parler, avec trop d'admiration, de la découverte merveilleuse de l'éther, du chloroforme, et de leur emploi comme anesthésiques dans la pratique chirurgicale. Nul doute qu'on ne puisse conjurer ainsi les dangers qui tiennent à l'épuisement nerveux.

Les douleurs violentes peuvent porter au suicide ou à la mélancolie : on en a de nombreux exemples. Si elles sont longues, chroniques, elles finissent par altérer le travail de la digestion et de l'assimilation , par amener l'anémie, le marasme, et une sorte de fièvre que Broussais appelle hectique de douleur. Quoique plus rare qu'il ne le croyait, elle a une existence réelle. La chaleur et la sécheresse habituelles de la peau, l'insomnie, l'excitation générale, la perte d'appétit, le mouvement fébrile caractérisent cette fièvre, que l'on rencontre dans les névralgies rebelles de la face, dans la sciatique et les vieilles céphalées.

Dans les viscéralgies la violence des douleurs amène des troubles encore plus marqués et plus nombreux. Les sensations internes se pervertissent; les sécrétions se suspendent ou s'altèrent: sont remplacées par des flux insolites; la nutrition se trouble également, ainsi qu'on en voit de nombreux exemples dans les dyspepsies et les entéralgies. La preuve que la douleur a une très-grande part dans la production de ces désordres, c'est qu'on

DE LA DOULEUR

agent curalif.

parvient à les arrêter par l'opium et les antispasmodiques.

Indications thcrapeiitiqiies. Souvent l'on fait intervenir indications volontairement la douleur, dans la curation des maladies, ^'"^"p^"^''!"^''' Elle constitue l'agent principal de certains modes de révulsion. Lorsqu'on emploie les vésicatoires , le moxa, la La cautérisation transcurrente, les sinapismes, les frictions ''''eo.nmeTrènf ^ irritantes, en un mot tous les agents capables d'exciter fortement la sensibilité, on se propose de substituer à l'irritation nerveuse, qui s'est développée dans un organe malade , une autre irritation qui détermine tantôt la congestion sanguine seule, ou avec elle un flux de matières séreusef? ou muqueuses , tantôt l'inflammation dans ses formes exsudatives ou suppuratives , quand le tissu , sur lequel on révulse, peut supporter impunément un travail de ce genre.

Dans toutes les aiTections douloureuses, l'indication la plus pressante et qui n'admet que de rares exceptions consiste à faire cesser ou à diminuer la souffrance. Le chirurgien la redoute dans les opérations ; la découverte du chloroforme et de l'éther lui a rendu, sous ce rapport comme sous tant d'autres, les services les plus grands. Nous ne connaissons pas de maladie interne dans laquelle la douleur n'apparaisse comme un élément morbide fâcheux , dont il faut chercher à délivrer, avant toutes choses, le malade.

Cette indication est plus pressante encore lorsque la maladie a développé une surexcitation nerveuse, lorsque le sujet affaibli par de longues souffrances, par des flux abondants, des hémorrhagies, ou la suppuration, ne peut plus résister à la douleur. A toutes les époques de la médecine, on a toujours posé, en règle thérapeutique in-

Apaiser la douleur

dans tous les cas .

Surtout clipz les sujets aiïaiblis.

412 TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ

variable, que la douleur, est un élément morbide funeste qu'il faut éloigner à tout prix. Lorsqu'on y est parvenu, la maladie reprend une marche plus franche, parcourt ses périodes avec plus de régularité et se termine heuou reusement. La douleur, compagne ordinaire des mouvelorsqu'ii existe ^muts spasmodiques, empêche les flux de s'établir, re-

les mouvements • c. i i i • j.

spasmodiques. tcntît d une manière fâcheuse dans les organes sams, et s'oppose ainsi à la solution et à la terminaison critique des maladies.

Les anesthésiques sont encore utiles chez les sujets que la surexcitation habituelle de leur système nerveux rend incapables de résister longtemps à la douleur. Ils tombent avec une promptitude extrême dans une adynamie alarmante que l'on fait cesser avec des substances narcotiques. Les femmes du monde, celles qui ont été éprouvées par des névroses, ou dont la constitution est affaiblie par des maladies chroniques de l'utérus, se laissent facilement affaisser sous le coup de la douleur. C'est au médecin sagace à distinguer tous ces cas, afin d'unir aux anesthésiques les substances corroborantes et un régime fortifiant.

combaiire On trouve d'autres malades chez lesquels la douleur niypersihcnic. |g résultat d'uue hypersthénie , d'un excès de force.

Les narcotiques seuls ne pourraient guérir : on leur associe alors, avec le plus grand succès, une médication contre-stimulante. Combien do douleurs vives exaspérées par les toniques et les excitants cèdent aux boissons aqueuses , au petit lait, aux bains et à une diète lactée !

Lorsque la douleur constitue toute la maladie, comme dans la névralgie , lorsqu'elle en est l'élément principal , comme dans l'hyperesthésie, la gastralgie, l'entéralgie et tant d'autres névroses caractérisées surtout par la souf-

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