DIAGNOSTIC DU CHOLÉRA
verses épidémies a révélé un haut degré de polymorphisme de ces brions; ceux-ci sont loin d'avoir toujours l'aspect en virgule caractérisqiie et peuvent se présenter sous la forme de bâtonnets et même de K^cobacilles. D autre part, Taspecten virgule et les caractères dos cultures ir gélatine peuvent s'observer chez des microbes qui vivent à l'état iprophytique dans l'intestin de l'homme sain et sont susceptibles de terminer des infections intestinales bénignes tout à fait distinctes du loléra.
Ces difficultés, qui ont surgi dans le diagnostic bactériologique du loléra, ont exercé la sagacité des expérimentateurs et ont été l'origine, )mme nous l'avons vu, d'une orientation nouvelle des procédés généraux [} diagnostic bactériologique.
Dés 1895, frappé de l'insuffisance des cai-actères primitivement donnés ir lui comme spécifiques du vibrion cholérique, Koch déclam que, |)our jrter le diagnostic de choléra, il fallait ajouter aux caractères tirés de la loi'phologie et de la culture sur gélatine la recherche de deux autres réacons, la réaction de la péritonite cholérique, la réaction de Tindol, et ne msidérer comme vibrions choléricpies (pie les vibrions possédant ces eux réactions.
Héaciion de CindoL — Cultivé dans do l'eau peptonée, le vibrion liolérique ré<luit les nitrates on nilrites ot donne de l'indol aux dépens es peptones contenus dans le li(piide.
Pour s'assurer de la présence de Tindol, il suffit de verser dans une ulture on eau peptonée, vieille de plusieurs jours, (|uelques gouttes l'acide sulfurique pur (dénué d'acide azoteux). On voit apparaître alors ine réaction rouge caractéristique, la réaction du roth choléi-a, ou indol litreux. Il est inutile d'ajouter à la culture une solution d'azotite de otasse, avant de verser l'acide sulfurique, connue on le pratique pour la echerche de la réaction de l'indol dans les cultures du colibacille, car il xistc déjà des nitrites dans le tube do culture.
La réaction de l'indol n'a pas, connue Ta montré M. MotchnikolV, la aleur que lui a attribuée Koch. Elle est déterminée par des vibrions non holériques, tels que le vibrion de Finkler et Prier, ot le vibrio letchnikowi; elle manque par contre dans les cultures provenant de ensemencement de vibrions nettement cholériques, tels que le vibrion e Rome.
Réaction de la péritonite cholérique. — Iluoppe et Pfoiffer ont liontré qu'on injectant 1 milligramme ot demi environ d'une culture raîche sur gélose de vibrions choléri(pios dans le péritoine de cobayes le 500 grannnes, on déterminait une péritonite aiguë, le plus souvent iiortelle, accompagnoL* d'hypothermie.
La réaction de la péritonite cholérique, à laquelle Koch a attaché une si grande valeur, no peut servir do critérium au diagnostic des vibrions, omme l'a montré Si. Motchnikolî, car la virulence du vibrion varie avec os épidémies. Certains vibrions, tels que le vibrion de Lisbonne et le
[F WtDAL et F. BBMANÇONJ
▼îbrion de Rome, bien qu'isolés de selles de cholériques ne sont pas pathogènes pour le cobaye, alors que certains vibrions tels que le vibrio Metchnikowi (vibrion non pathogène pour l'homme), et certains vibrions des eaux tels que celui des eau\ de Saint-Cloud (localité non envahie par le choléra), sont plus vinilents pour le cobaye que le vibrion indien (Sanarelli).
Le pigeon étant très réfraclaire au choléra expérimental, Koch et Pfeiffer avaient aussi érigé en principe que tout vibrion tuant le pigeon devait être considéré connue n'étant pas de nature cholérique. M. Metchnikoff a montré que cette règle présentait des exceptions puisque le vibrion cholérique d'Angers est pathogène pour le pigeon.
L'applic^ition au diagnostic des vibrions cholériques de la réaction d'immunité et de la réaction agglutinante a donné des résultats beaucoup plus sérieux, la dernière surtout.
Nous connaissons déjà la réaction d'immunité, nous rappellerons que pour le choléra elle consiste dans l'injection préalable à un cobaye d'un peu de choléra sérum (sérum d'animal vacciné contre le choléra) et dansi l'inoculation le lendemain dans le péritoine d'une dose de vibrion suspect mortelle pour un cobaye témoin. Si le cobaye résiste, cela prouve que le microbe suspect est bien de nature cholérique; s'il meurt, c'est qu'il s'agit d'une autre espèce microbienne puisque l'animal n'a pas été prénmni par l'injection de choléra sérum.
Nous savons déjà, à un point de vue plus général, que la réaction d'immunité de Pfeiffer n'est pas absolument spécifique puisque pour ne prendre que cet exemple, connue l'a montré M. Roux, le sénim antitétanique est efficace contre le venin des serpents; elle n'a pas non pluï^ pour le choléra une valeur diagnostique absolue, comme l'a cru Pfeiffer; M. Sanarelli a montré, en effet, que le sérum des animaux vaccimV contre le choléra de Hambourg (*) ne préserve pas les cobayes contre le vibrion de Massaouah, (|ui semble bien cependant être de nature choléricjue.
La réaction agghitinante, dont la recherche est d'une extrême simplicité, a beaucoup plus de valeur pratique et est dans l'étal actuel de la science" le procédé le meilleur qui puisse permettre de distinguer un vrai vibrion cholérique d'un faux vibrion.
Le sérum des animaux vaccinés contre le vibrion indien, ou le vibrion de Hambourg, agglutine en eflel tous les vibrions cholériques connus, excepté le vibrion de Massaouah, alors qu'il n'agglutine pas les vibrions saprophytes des eaux cl le vibrio Metchnikowi.
Il faut se rappeler cependant (|ue la réaction agglutinante n'a pas pour le diagnostic de la nature cholérique d'un vibrion la valeur qu'elle possède pour le diagnostic du bacille d'Kbertli.
Comme l'a vu l'un de nous avec M. Nobécourt, le choléra sérum ne
(') Seul vil)ri(ni clioli>rii|uo qui a servi à Pfeiirer.
{)ossède pas un pouvoir agglutinatif v\^l vis-à-vis des divers vibrions humains ; et un sérum de cobaye qui possédait un taux agglutinatif à peu prés identique pour divers échantillons provenant d'épidémies européennesy Hambourg, Constantinople, Paris (1884), présentait un pouvoir beaucoup plus faible, quelquefois presque nul, vis-à-vis d'un échantillon isolé des selles d'un choléri(|ue de Flnde.
Ces variations du pouvoir agglutinatif d'un même sérum vis-à-vis des divers échantillons de vibrions choléri(|ues nous montrent que la séroréaction n'est que bien difTicilemcnt susceptible d'applications cliniques, nous rappellerons cependant que MM. Aehard et Bensaudc (*), appliquant au diagnostic du choléra la méthode de sérodiagnostic que nous avons proposée pour la fièvre typhoïde, ont pu constater dans lî2cas de choléra sur 13 l'existence de la propriété agglutinante dans le sérum dilué au 20^, vis-à-vis du vibrion indien; il faut se rappeler cependant que le sérum d'homme normal peut agglutiner le vibrion cholérique et que Pfeiffer et Kolle ont obtenu l'agglutination du vibrion indien avec im sérum d'individu sain dilué au 10*^.
DUGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE DE LA DYSENTERIE
La dysenterie épidémique est due à un bacille décrit pour la première fois par Cliantemesse et Widal, en 1888 (*). Ce microbe fut retrouvé par eux dans les matiè^s fécales de cinq malades atteints de dysenterie des pays chauds. Us purent l'isoler également dos parois du gros intestin et des ganglions mésentériques à l'autopsie d'un de ces malades mort à la suite d'une poussée aiguë de dysenterie contractée en hido-Chine. Chantemesse et Widal ont décrit tous les caractères de ce bacille qui pouvaient être reconnus à l'aide des procédés d'investigation alors en usage et ont insisté sur ce fait qu'ils ne l'ont jamais trouvé dans les garde-robes de rhonnnc sain.
Le même bacille a été rencontré ensuite par Arnaud, par Kruse et Pasiiuale, par Celli. Roger a également constaté, dans les selles des dysentériques, un bacille dont il a minutieusement étudié la toxine. Moreuil et Rieux, Flexner et Strong, Vedder et Duval ont retrouvé également le tiacille de la dysenterie dans les selles des malades atteints de cette jiifection.
Shiga, dans (52 cas de dysenterie observés au Japon, a retrouvé le bacille (le Chantemesse et Widal. Les caractères qu'il lui assigne dans son important mémoire publié en 1898 dans le Centralblatt fiir Baktério- Uxjie sont ceux décrits par ces auteurs en 1888. Le mémoire de Shiga
'■}) AcuARD Cl He.ns\li>e, Vrcsse méd., 26 sept. 18% et Soc. iiM. des hôp., 23 avril 1807. *) CuA5TEHESSE ot WiiiAL, Lô microbc de la dysenterie ùpidémique. Bulletin de l'Académie Je médecine, 17 avril 1888.
[F. WIDAL et F BEMANÇONI
marque une étape importante dans l'histoire de ce microbe. La puissance fermentative de ce bacille sur les sucres y est étudiée avec grand soin et la propriété que possède ce microbe d'être agglutiné par le séniiii des dysentériques y est mise hors de doute.
PfûhK Drigalski, Schmiedicke ('), à propos de l'épidémie de Doberitz en 1901, ont étudié le bacille dysentérique, qu'ils ont pu isoler des selles et leurs conclusions confirment celles de leurs prédécesseurs.
Dopter, dans une épidémie récente observée à Vincennes (août 1902), a isolé des selles des dysentériques des échantillons du bacille spécifique. 11 a pu identifier ces microbes grâce* à leurs qualités biologiques et à l'aide de Fagglutination.
La recherche du bacille de la dysenterie doit actuellement être tentée chez tous les malades soupçonnés atteints de cette maladie. La constatation de ce microbe fortifie le diagnostic et montre qu'il s'agit bien do dysenterie bactérienne épidémique.
La recherche de Fagglutination avec le sérum des malades peut rendre des services sur lesquels nous aurons à nous étendre plus loin.
C'est dans les selles glaireuses et sanguinolentes que le bacille de In dysenterie doit surtout être cherché. On le trouve surtout au début de la maladie, dans les 5 ou 6 premier jours. A partir du 10* jour, on réussit plus difOcilement à l'isoler. Dans les cas chroniques on le trouve par périodes, surtout au moment des poussés aiguës.
Un fragment de glaire, après avoir été lavé plusieurs fois dans de l'eau stérilisée, est ensemencé successivement par frottement sur plusieurs plaques de gélatine et sur plusieurs plaques de gélffBc ordinaire. Apres quinze à vingt heures de nombreuses colonies de bacilles dysentériques sont déjà développées ; elles ne déterminent jamais la liquéfaction de In gélatine.
Drigalski a fait surtout usa»(e d'une gélose nutritive colorée an tournesol et additionnée de lactose. Il utilise ainsi le principe biochimique basé sur ce fait que des espèces bactériennes non identiques se comportent différemment au contact de certains sucres. Sur la gélose ainsi sucrée et tournesolée, cet auteur a trouvé que les colonies de bacilles dysentériques apparaissent bleues connue celles du bacille typhique. tandis que les colonies de colibacilles a[)paraissent rouges.
D'après Drigalski, sur gélose alcaline additionnée de maltose et de tournesol, les cultures de bacilles dysentériques restent bleues tandis (|ue celles du bacille typhique et du colibacille rougissent.
Le bacille dysentérique est un hiHonnet très peu mobile, caractère sur lequel avaient déjà insisté Chantemesse et Widal. 11 ne possède que par exception de rares cils, il ne donne pas d'indol, ne coagule pas le lait et donne sur gélose une culture sèche.
Entin, et c'est là le caractère essentiel, ce bacille est agglutiné [Kir le
(*) VerôffeuUichtmgcn mis d. Gehiete des Miiitâr-sam'tâtwelscfi. Ilefl 20. 1ÎK)2.
DUGNOSTIG DU CHARBON. 503
sérum de malades atteints de dysenterie. Shiga tout d'abord et Pfûhl ensuite ont étudié avec le plus grand soin l'agglutination avec le sérum des dysentériques ; ils ont constaté que dans les cas positifs le taux agglutinatif variait entre 1/50 et 1/500.
Dopter, dans Tépidémie qu'il vient d'étudier, a constaté également que les bacilles isolés par lu» des selles glaireuses étaient agglutinés nettement par le sérum des dysentériques, à l'exclusion de tout autre sérum. D'autre part, il a trouvé que le pouvoir agglutinant, faible ou nul dans la dysenterie bénigne, était bien accusé dans les dysenteries moyennes et graves. Dopter n'a jamais trouvé l'agglutination que vers la deuxième semaine après le début de la maladie. Le phénomène persistait habituellement pendant la convalescence et même souvent après la guérison.
Ce pouvoir agglutinant du sérum des malades est un argument décisif en faveur de la spécificité du bacille de la dysenterie.
En clinique, quand on suit le malade dès les premiers jours, le diagnostic est fait avant qu'on ait examiné le sérum. L'étude du sang peut présenter cependant son intérêt lorsque le sujet est soumis à l'observation du médecin à la fin de la maladie ou même après la guérison; elle peut permettre d'établir avec exactitude le diagnostic rétrospectif. Enfin il est bon d'avoir alors au laboratoire un sérum dysentérique humain ou expérimental pour identifier les espèces bactériennes isolées des selles suspectes.
Ajoutons que Flexncr et Strong ont vu se développer une dysenterie typique chez des hommes ayant absorbé une culture de bacilles spécifiques.
Depuis les tnvaux de Kartiilis, divers observateurs ont signalé des amibes dans quelques cas de dysenterie. S'agit-il, dans ces cas, d'une maladie spéciale tout à fait différente de la dysenterie bactérienne? S'agitil d'une infection associée ou surajoutée? Ce sont là des questions encore à élucider.