DIAGNOSTIC DU CHOLÉRA
L'emploi des méthodes de laboratoire^ de peu d'utilité au cours d'une épidémie confirmée pour fixer le diagnostic de choléra, est au contraire nécessaire au début de celle-ci ou lorsqu'on est en présence de cas sporadiques.
La recherche directe du vibrion cholérique est jusqu'ici le seul procédé qui ail fait ses preuves, les résultats donnés par la recherche de la réaction agglutinante, si intéressants qu'ils soient au point de vue scientifique, n'ayant pas encore subi le contrôle de la pratique.
Le vibrion cholérique ne se généralisant pas dans le sang et restant cantonné dans le tube digestif, il faut recourir à l'examen bactériologique des matières fécales.
La technique comporte deux opérations bien distinctes : 1** Tisolement du microbe, rendu facile aujourd'hui grâce à l'emploi d'un milieu électif pour le vibrion cholérique, l'eau peptonée préconisée par M. Metchnikotf; 2® la différenciation du microbe isolé, opération délicate, et qui nécessite la mise en jeu de tous les procédés de diagnostic bactériologique, que nous avons étudiés dans un des précédents chapitres.
Examen direct des matières fécales. — Le premier temps de la technique doit être l'examen direct des matières fécales; il a une importance capitale et Ton ne doit jamais se. dispenser de le pratiquer : on recherche à la surface des selles un petit flocon blanchâtre dit grain riziforme, on en détache un fragment et on s'en sert pour faire un frottis sur deux lames ou lamelles, dont rune est colorée par le bleu phéniqué de Kuhne, l'autre traitée par la méthode de Gram. La préparation colorée par le bleu doit être examinée dans feau et ne doit pas être montée dans le baume (Koch). On voit alors au milieu des leucocytes, des cellules épithéliales et de très nombreux filaments de fibrine, des bactéries incurvées, souvent disposées à la lile les unes des autres entre les filaments lie fibrine, coiinne des poissons qui suivent le fil de l'eau (Koch). Ces vibrions se décolorent par la méthode de Gram.
L'examen direct a une très grande valeur pour le diagnostic du choléra, mais ne peut suffire et doit toujours être contrôlé, comme pour la diphtérie, par la culture du microbe.
On ne se sert plus aujourd'hui pour l'isolement des vibrions de la méthode de séparation sur phupies de gélatine, qui a permis à Koch de découvrir le vibrion indien dans les selles cholériques. On emploie la tei'hnique suivante bien fixée par M. Metchnikofl* (*) :
Les vibrions oholéri(|ues sont très avides d'oxygène et, dans les milieux de culture largement aérés, ont tendance à se porter à la surface pour y former un voile. Le procédé classique de Schottelius rejwse sur ce fait
(V Metciisikoff. Aiin. de l'Iiist. Pasteur, 18<.C» el 1894.
PATIIOLOr.IE OÉNÉRALE. — VI. 52
[F. WtDAL et F. BEEANÇOir.}
d'ohservation : dans un verre conique stérilisé, on mélange 1 dose de matières fécales à analyser à 2 doses de bouillon de viande; on porte à l'étuve à 57 degrés et Ton examine le voile formé à la surface au bout de vingt-quatre heures; s^il s'agit de choléra, le voile contient en général de nombreux vibrions. M. MetchnikofTa montré combien les solutions de peptone étaient favorables à la culture du vibrion. En combinant Tusage de ces milieux et la faculté d'aérobiose extrême du microbe, on Tisolera facilement.
Un tube de culture renfermant 10 centimètres cubes du mélange suivant :
Poptone. 10 gnmmcs.
Sel 5 —
(iélatinc. . 20 —
Eau 1000 —
est ensemencé avec une parcelle des matières fécales suspectes, un grain riziforme si possible ; il est porté à Tétuve à 57 degrés et examiné au bout de sept à huit heures. On observe alors en général un léger voile qui contient de nombreux vibrions caractéristiques; comme ceux-ci sont presque toujours associés à d'autres microbes de Tintestin, il est bon de repiquer un fragment du voile dans un nouveau tube, de façon à pratiquer une nouvelle sélection.
Au bout de deux ou trois passages, le voile ne contient plus guère que des vibrions, et il est facile d'en faire l'isolement définitif par un ensemencement sur plaques de gélatine ou, ce qui est plus rapide, sur plaques de gélose.
Le microbe isolé, on recherchera l'aspect en virgule, la mobilité; on pratiquera la réaction de Gram, on étudiera enfin, comme l'a formulé Koch, les caractères de culture sur les milieux gélatines.
Ensemencé sur gélatine en piqûre, le bacille virgule donne une culture caractéristique. Après deux jours d'ensemencement, apparait dans la gélatine une masse grise transparente, présentant la forme générale d'un cône à extrémité dirigée en bas et terminée parfois par un prolongement blanchâtre. Au bout de quelques jours, une grande partie de la gélatine se liquéfie; elle est comme laiteuse ou granuleuse dans sa partie inférieure, tandis qu'à sa partie supérieure, par suite d'une sorte de rétraction du milieu, il semble qu'il existe, cnchatonnée, une bulle d'air : la liquéfaction de la gélatine s'accomplit lentement, et il faut plus de huit jours pour que le milieu soit liquéfié. Sur plaques de gélatine, les colonies se développent de la façon suivante : au centre un petit disque granuleux; autour de ce disque deux cercles concentriques, l'un clair, non granuleux, Tautre granuleux. La gélatine est liquéfiée entre le centre et le premier cercle.
La constatation de la morphologie et de ces caractères de cultures sur gélatine a été, après la découverte de Koch, considérée comme suffisante pour établir le diagnostic de choléra.
Depuis cette époque, Tétude approfondie des vibrions isolés dans les