DIAGNOSTIC DE LA TLBERCLXOSE
crachat que Ton étale en couche rnince et uniforme à la surface d'une lame, ou bien que Ton écrase entre deux lamelles; on sèche à lair, on lixeàla flamme et Ton colore par le procédé d'Ehrlich, léjçèrement modifié par Ziehl.
Ehrlich a précimisé pour la coloration du bacille tuberculeux une solution anilinée de violet ou de fuchsine ; cette solution se conserve difficilement et a besoin d'être préparée chaque fois exteniporanénient, îiussi se sert-on de la solution phéniquée de fuchsine ou rouge de Ziehl (*) qui peut se conserver plusieurs jours sans s'altérer.
Pour colorer les crachats, on dépose à la surface de la préparation plusieurs gouttes de la solution colorante; on porte la préparation au-dessus de la flamme d'une lampe à alcool jusqu'à ce qu'il se dégage des vapeurs, sans aller cependant à Tébullition; on retire alors la préparation et on ne la met à nouveau au-dessus de la flamme que lorsque les vapeurs ont cessé de se dégager; on recommence trois fois la petite opération, on lave à l'eau.
Si l'on examine la préparaticm, on voit que les bacilles tuberculeux sont colorés, mais que les éléments histologiques et les autres microbes sont également colorés en rouge.
Pour différencier le bacille, il faut utiliser la propriété qu'il possède de résister à l'action décolorante des acides dilués qui décolorent les éléments anatomiques et les autres bactéries colorés par la même tc^chnique. On se sert comme agent de décoloration de l'acide nitrique au 1/5 ou de l'acide sulfurique au 1/4. La préparation est trempée dans un cristallisoir renfermant ime de ces solutions, retirée aussitôt et lavée à grande eau; il est souvent nécessaire de répéter deux fois l'immersion dans le bain décolorant pour achever de décolorer couq)lèteinent la préparation.
Au lieu de décolorer par l'acide^ nitrique au 1/3 dont l'action est un peu brutab», on a avantage a employer la lechni(pie suivante de Kiihne rapporUîC par Borrel. Après coloration à chaud par le rouge de Ziehl, on lave à l'eau, puis on trempe la lamelle pendant i/4 de minute» dans une solution aqueuse à 2 pour KMI de chlorhydrate d'aniline fraichement préparée; la matière colorante persiste sans modificîition appréciable sur tous les éléments quels (pi'ils soient, mais ils ont été sensibilisés d'une façon diflÏTente selon leur nature, car il sullit de faire tomber sur la préparaticm quelques gouttes d'alcool absolu, puis de laver à l'eau pour décolorer tous les éléments anatomicpies et tous les microbes, excepté le bacille tuberculeux.
On peut encore substituer à l'acide nitrique ou sulfurique des acides organiques, tels (pie l'acide acétique, l'acide picriipie ; Ilauser(*) con-
(*) pour bien préparer le li<piiiie do Ziehl, il est nécessaire d'employer exactement la teclinique suivante : Broyer dans un mortier 1 gramme de fuchsine ndûne dans 10 centimètres cubes d'alcool absolu, ajouter acide phèniquc neigeux 5 grammes, puis |)ar petites portions en continuant de remuer 60 centimètres cubes d'eau distillée environ, verser dans nn flacon, rincer le mortier avec 40 centimètres cube* d'eau distillée, laisser reposer vingt-quatre heures; filtrer.
(«) IIauser, Soc. de bioL, %) cet. 1807.
[F WtDAL et F. BEIAirÇON.]
seillc (le préférence les acides tartrique, citrique et lactique à 5, à 1 0 pour 1 (H) en solution aqueuse; après avoir coloré par le liquide de Ziehl à chaud, comme de coutume, on trempe la préparation dans la solution pendant quelques minutes; le contact peut être, sans grand inconvénient, pro longé pendant une demi-heure.
Apres coloration les bacilles tuberculeux apparaissent comme des ' bâtonnets grêles ayant 1 [x 5 à 3 [a de longueur, ils ne sont pas absolument droits, mais le plus souvent infléchis, c quelquefois comme brisés et formés de segments articulés à angle très ouvert » (Strauss). Les bacilles ont fréquemment un aspect granuleux produit par lalternance de zones colorées et de zones claires fortement réfringentes, réfractaires à toute coloration, les espaces clairs étant non des spores, mais des vacuoles échelonnées le long du bacille.
Sédimentation des crachats, — Lorsque les crachats contiennent peu de bacilles, il y a avantage à pratiquer la sédimentation des crachats : remploi des appareils de centrifugation facilitx^ra beaucoup cette technique : la sédimentation et la centrifugation ne sont possibles cpie si Ton a au préahhh homogénisé les crachats, parla méthode deBiedert(*) : on prend 15 centimètres cubes de crachats environ et Ton ajoute 50 centimètres cubes d'eau, puis 8 îi 10 gouttes de lessive de soude, on ajoute encon» 100 centimètres cubes d'eau environ et Ton fait bouillir dans une capsule à ébuUition jusqu'à ce que le liquide soit devenu fluide et homogène.
Chez les enfants, on devra recourir pour l'examen des crachat* siût au prélèvement avec un tampon des mucosités pharyngées, soit, surtout, comme la indiqué Meunier, au lavage de l'estomac pour retirer les mucosités dégluties.
On a cherché h tirer de Tétude des crachats tuberculeux, non seulement un moyen de diagnostic, mais encore un moyen de pronostic, bas«'* sur le nombre plus on moins considérable de bacilles tuberculeux quv renferment les crachats. Dillërentes échelles, en particulier l'échelle dv GaflTvy, ontétéétîiblies d'après le nombre de bacilles qu'on peut obsener dans un champ microscopique à un grossissement déterminé; nous ne croyons pas (|u'on puisse établir ainsi de relation précisi» entre la gravitr de la tuberculose et le nombre des bacilles: par contre, il semble démontré (pie la pr('sence de bacilles en amas, formant de véritiibl(»s colonies, impliipie un i)ronostic sérieux, car elle indique qu'il y a fonte du parenchyme et par conséqu(»nt lésion en évolution.
L'examen des crachats tuberculeux montre, si on a (mi soin de recolorer la préparation |wir une solution aqueuse de bleu de méthylène, ;i côté du bacille tuberculeux, en plus ou moins grand nombre, desmicrolu^s saprophytes, tels que le streptoco(pi(», le pneumocoque, le rnicrococcus tetragenes, le bacille pyocyani(pie, le coccobacille de PfeilTer, etc. On a attribué à la présence de ces microbes un rôle dans l'évolution de la
;• nicMRT. Drri. Uin. UW/*.. I88(J, ii- i^ cl iT»: l8îH.ir^.
IIIAGXOSTIC m LA TUBERCI LOS>:. MO
tuberciiloso et par siiito on a voulu attacher à leur constatation un pronostic sévère; la présence de ces microbes in(li(pie surtout qu'il y a stagnation des crachats dans h»s voies respiratoires et n*iinplique nullement qu'il y a infection associée.
Recherche du bacille dan» les matières fiscales. — l^après Girod<% on peut trouver dans les selles des gnimeaux blanc jaunâtre qui paraissent correspondre à des débris de tubercule caséiOé. Ce sont ces débris que Ton examinera de préférence; sinon on examinera le liquide diarrhéique. Le bacille ne peut être mis en évidence que par les réactions histo-chimiques; Tinoculation au cobaye est d'ordinaire suivie d'insuccès, les animaux mourant de septicémie par suite de la présence des bactéries intestinales dont la virulence est souvent exaltée.
Recherche dans les urines. — Les bacilles de Koch sont en «général rares dans l'urine, aussi est-il nécessaire de soumettre l'urine alacentriliigation et à n'examiner (|ue le dépôt. Si Turine est purulente, on pourra la soumettre comme les crachats à rhomogénisation, puis à la centrifu- <;ation.
La centrifugation permet enlin d'inoculer le dépôt sous la peau du colxiye en évitant les causes de mort qui résulteraient de l'inoculation à l'animal d'une trop grande quantité d'urine.
Inoculation des produits tuberculeux aux animaux, — La sensibilité extrême du cobaye à l'inoculation du bacille tuberculeux fait de cet animal un véritable réactif de la présence du bacille tuberculeux; le lapin, bien loin d'être follement tuberculeux comme l'avaient soutenu les contradicteurs de Villemin, est au contraire très résistant au bacille tuberculeux et ne peut servir au diagnostic de la tuberculose.
L'inoculation des produits suspects sera faite sous la peau du cobaye si Ton suppose qu'ils contiennent en dehors du bacille tuberculeux d'autres micro-organismes, dans le péritoine s'ils ont été recueillis aseptiquement et sendjlent dénués de tout germe d'infection secondaire.
Lorsque^ l'inoculation a été faite sous la peau du cobaye, par exemple lors(|u'on veut s'assurer (pie des crachats ne contiennent pas de bacilles tuberculeux, il se fait au point d'inoculation, par suite de la présence des microbes d'îissociation, un clapier purulent qui n'a aucune tendance à cicatriser et constitue le chancre d'inoculation.
Ia\ tuberculose, connue Ta montré M. Arloing, affecte chez le cobaye la voie lymphatique; quinze jours après l'inoculation, les ganglions inguinaux correspondant au côté inoculé se tuméfient, puis, vers le vingtième jour, les ganglions sous-lond)aires du même côté; il se fait ainsi une tuberculos(* ascendante, imilatérale, bientôt suivie d'une période de dissémination : la rate se prend d'une fayon extrêmement précoce et est im d<îf5 sièges d'élection du bacille, puis le foie, les ganglions rélrohépatique<, et enluî les ganglions du côté opposé.
La mort survient à une é|)o(pu' très variable : trois semaines à six mois après l'inocidation, le plus souvent im à (huix mois: h l'autopsie, on
[F WIDAL et F BBIANÇON ]
trouve les ganglions tuméfiés, remplis de pus caséeux, pauvres en bacilles, la rate extrêmement tuméfiée (jusqu'à GO fois, observation personnelle) est infiltrée de granulations tuberculeuses ou farcie de masses caséeuses. Le foie est criblé de masses caséeuses de couleur jaunâtre.
Lorsque la tuberculose évolue assez rapidement, en deux ou trois semaines, les lésions viscérales se bornent au foie et à la rate; il n'en çst plus de même dans les cas où la tuberculose a eu une marche plus torpide. Aux lésions précédentes s'ajoute une localisation sur les poumons; les manifestations ressemblent alors à celles qu'on observe dans la tuberculose expérimentale du lapin.
Lorsqu'on se trouve en présence d'un exsudât que Texamen direct et la culture ont montré ne contenir aucun microbe autre que le bacille de Koch, par exemple le liquide séro-fibrineux de la pleurésie franche ou de la péritonite tuberculeuse à forme ascitique, on a avantage à faire l'inoculation dans le péritoine du cobaye. L'inoculation peut être faite immédiatement après la ponction, avant qu'il ne se soit produit de coagulation.
I^ dose de liquide à injecter doit être faible, car les exsudats sont rapidement toxiques lorsqu'on dépasse certaines doses. On injecte en général 10 centimètres cubes de liquide par iOO grammes d'animal; ce chiffre est trop élevé, d'après M. Le Damany {*), qui dit avoir eu des accidents avec des doses de 20 centimètres cubes chez des cobayes pesant 500 grammes.
Pour éviter cet inconvénient, M. Le Damany a proposé do faire des injections successives de liquide, de façon à inoculer une grande quantité d'exsudat. Ces injections ne peuvent être faites par la méthode ordinaire à cause de la coagulation ; aussi M. Le Damany a-t-il conseillé de recueillir le liquide dans un certain nombre de tubes à essai, contenant chacun 10 à 20 centimètres cubes. Tous les quatre à sept jours, le contenu de chaque tube, liquide et coagulum, est inoculé.
Pour inoculer le liquide pleural avant que le coagulum ne se soit formé, nous avons inoculé avec M. Ravaut (*) le liquide sur place au cobaye, aussitôt après son issue de la plèvre : on se sert d'une seringue de Roux de 20 centimètres cubes et de deux aiguilles qu'on laisse en place, l'une dans la plèvre du malade, l'autre dans le péritoine du cobaye : on transvase ainsi, au moyen de la seringue, très rapidement, le liquide à inoculer. La dose de liquide à injecter varie de 20 à 60 centimètres cubes.
L'inoculation de produits tuberculeux dans le péritoine des cobayes détermine la mort en trois à six semaines : l'èpiploon est réti-acté, transformé en une masse fibro-caséeuse, le foie et la rat^ sont criblés de tubercules.
{») Ir Damany, Tfiès ' de Paris, 1897. (*) IlAVAiT, Thfse de Pari*, 1902.