‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 116 sur 185 · DIAGNOSTIC DES INFECTIONS A STREPTOCOQUE · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC DES INFECTIONS A STREPTOCOQUE

La méthode du sérodiagnostic n'étant pas applicable aux infections à streptocoque, le diagnostic bactériologique repose uniquement sur la constatation du microbe avec cette réserve qu'il est souvent nécessaire de discuter si le streptocoque isolé a bien réellement joué un rôle dans révolution de la maladie.

Ainsi le fait de la présence constante du streptocoque à la surface de la cavité buccopharyngée (Widal et Bezançon) et dans le tractus intestinal rend singulièrement difRcile l'appréciation du rôle joué par ce microbe dans la pathogénie des angines ou des entérites.

Pour les angines, par exemple, si, en prévision de la diphtérie, on a ensemencé IVxsudat à la surface du sérum de bœuf gélifié, s'il ne s'agit pas de diphtérie, on trouvera toujours, en plus ou moins grande quantité, le streptocoque; le développement de ce microbe sera bien plus intensif si l'ensemencement a été fait sur gélose, et Ton sera tenté de porter, comme c'était la règle il y a quelcpies années, de ce seul fait, le diagtiostic d'angine h streptocoque.

L<î jour où il fut bien démontré que le streptocoque est un des microbes constants de la cavité buccopharyngée (*), l'isolement sur les tubes de culture fut considéré comme insuffisant: il fallut chercher d'autres moyens de diagnostic ; on crut les trouver dans une analyse méthodique des caractères morphologiques ou biologiques du microbe isolé. M. Veillon (*) pensa qu'on pouvait distinguer par l'examen bactériologique le streptocoque qui vit à l'état saprophytique dans la salive du streptocoque patho gène, la constatation du second seule entraînant le diagnostic d'infection à streptocoque. C'est là une opinion que nous n'avons cessé de combattre (^) estimant qu'il n'existe pas de caractères distinctifs suffisants

(•) Widal ol Bezarçox, HulL de la Soc. mid. dei hôp., 1804, p. 630.

(*) Veillon, Thi'.se de Pari», 1894.

(5) Widal et Bezaxçon, Soc. méd. des hôp., 13 mare 1890. — Arch, de méd. exp., 1896.

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pour différencier le streptocoque salivaire du streptocoque pathogène. Si l'on étudie en effet, comme nous l'avons fait, un très grand nombre cFéchantillons de streptocoques pathogènes de toute provenance, on retrouve entre ces microbes de sources différentes, et même quelquefois pour un même microbe dans les ensemencements successifs, des variations bien plus grandes qu'entre le streptocoque de la bouche normale et le streptocoque pathogène.

La recherche de la virulence du microbe isolé sur les tubes de culture n'est pas un meilleur moyen de distinguer le streptocoque pathogène du streptocoque salivaire et l'on ne saurait souscrire à cette opinion qui admet que ne doivent être considérés comme agents de la maladie que les microbes isolés qui, inoculés aux animaux, déterminent chez eux des lésions expérimentales, les microbes dénués de toute virulence étimt de simples saprophytes. S'il est certain que le streptocoque isolé de la bouche dans les cas d'angine est quelquefois virulent, le fait est rare et le plus souvent, comme nous l'avons observé, le streptocoque est absolument dénué de virulence pour les animaux de laboratoire. Nous savons, d'autre part, combien, en matière de recherche de virulence, sont infidèles nos procédés d'investigation, Tisolcment sur les milieux artificiels faisant perdre très rapidement à beaucoup de microbes pathogènes tout ou partie de leur virulence, les conditions de réceptivité de Tanimal étant, d'autre part, toutes différentes de celles de l'homme et certains microbes |Kithogènes provenant de lésions très graves se monti*ant non pathogènes pour les animaux.

L'examen direct de Texsudat permet d'évaluer plus exactement que la culture la part que le streptocoque prend dans la production de la lésion ; il montre, en effet, si le germe est presque à l'état de pureté, s'il est associé à d'autres espèces microbiennes et, dans ce cas, s'il est prédominant.

L'emploi systématique de l'examen direct a permis de reviser le groupe des angines dites à streptocoques, et démontrer le rôle du pneumocoque, du pneumobacille de Friedlaender, du bacille fusiforme, des levures, à côté de celui du streptocoque qui reste d*ailleurs l'agent le plus inq)ortant des infections buccopharyngées.

Dans les exsudais pathologiques le streptocoque se présente en général sous un aspect caractéristique de microcoques arrondis, agminés en chaînettes, qui permet facilement de le distinguer; il faut cependant se rappeler que, dans le pus ou dans la lymphe érysipélateuse, le streptocoque* peut se présenter sous l'aspect de diplocoque ou de courtes chaînettes, î que ce n'est que par la culture qu'on peut le différencier du staphylo^ coque.

Le groupement en chaînettes n'appartient pas d'ailleurs seulement au streptocoque et s'observe aussi dans certains cas pour le pneumocoque, en particulier dans le pus. Les chaînettes de pneumocoque sont en général entourées d'une capsule. L'inoculation du pus à la souris ou l'ensemen-

[F. WIDAL ef F. BEMANÇON.^

ceincnt dans le sérum de lapin jeune tranchera d'ailleurs le diagnostic.

Ce polymorphisme du streptocoque se retrouve à un plus haut degré dans les cultures.

Dans les cultures en milieu solide (gélose), le streptocoque se groupe souvent en amas qu'on pourrait confondre avec les grappes de staphylocoque ; en général cependant le diagnostic se pose parce qu'on voit de la périphérie de l'amas se détacher des chaînettes; l'examen du liquide de condensation dans ce cas montre d'ailleurs des chaînettes caractéristiques.

Dans les milieux liquides, l'aspect est plus caractéristique et le groupement en chaînettes domine ; mais il faut être prévenu du polymorphisme du streptocoque et se rappeler que, comme nous l'avons montré, dans le même tube de culture on peut rencontrer à la fois des longues et des courtes chaînettes, des chaînettes formées de grains extrêmement fins et d'autres formées de grains plus volumineux, des chaînettes où tous les éléments ont le même diamètre et d'autres où, au milieu de grains de petite dimension, sont intercalés de volumineux éléments.

L'isolement du streptocoque est en général facile, il pousse facilement sur la gélose, à condition cependant que les tubes qui servent à Fisolement soient bien humides.

Lorsque le microbe est à l'état de pureté dans un produit pathologique, il vaut mieux ensemencer celui-ci directement dans un milieu liquide, dans le bouillon ou mieux dans le mélange de bouillon et de liquide d'ascite ou dans le sérum de lapin ; on dépiste ainsi quelquefois des streptocoques qui seraient passés inaperçus, si l'on avait fait l'ensemencement sur la gélose.

L'inoculation des cultures aux animaux sert surtout à apprécier le degré exact de virulence du microbe qu'on avait inoculé. L'animal de choix est le lapin, l'inoculation doit être faite sous la peau de Voreille, à la dose de 1 centimètre cube de culture en bouillon ou mieux en bouillon ascite. Par ce procédé on obtient toute une série de lésions, depuis Térythèiiie jusqu'à la septicémie, en passant par Térysipèle et la suppuration.

La constatation de Térysipèle de Torcille a surtout une grosse valeur diagnostique; on ne portera le diagnostic d'érysipèle que si l'on constate la chaleur, la tuméfaction diffuse, la rougeur, et aussi la procidence de l'oreille.

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