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DIAGNOSTIC BACTÉRIOLOGIQUE DES MÉNINGITES CÉRÉBRO SPINALES

Sans parler du pneumocoque et des espèces saprophytiques vulgaires qu'on a souvent isolés dans les cas de méningite cérébrospinale, on peul rencontrer, dans le liquide céphalo-rachidien, deux espèces microbiennes qui jouent im rôle spécial dans Tétiologie de la maladie et qu'on a désignées sous le terme commun de méningocoque.

DIAGNOSTIC DU DIPLOCOCCUS INTRACELLLLARÏS MEMNGITIDIS. 551

Le terme de méningocoque, qui est mauvais, puisqu'il prête à confusion, doit être réservé au diplococcvs inlracellularis meningitidis, et suivi dans ce cas du nom du bactériologiste qui Fa découvert, du nom de Weichselbaum. L'autre espèce microbienne, sur la spécificité de laquelle on discute encore, doit être désignée sous le terme de Slreptococcus menin" gitidis de Bonome, qui ne préjuge en rien son origine ou sa filiation.

DIAGNOSTIC DU DIPLOCOCCUS LXTRACELLULARIS MEXINGITIDIS DE WE[CHSELBAUM(«)

Ce diagnostic repose sur la morphologie du microbe, les caractères de culture sur le sérum de lapin et sur le sang gélose, sur les résultats de r inoculation dans la plèvre de la souris.

Dans le pus recueilli par ponction lombaire ou prélevé à Fautopsie, au milieu de très nombreux leucocytes polynucléaires, on obsene un diplocoque qui a beaucoup de traits communs avec le gonocoque.

11 se présente, en effet, sous forme d'éléments irréguliers présentant une surface plane ou légèrement excavée rappelant Taspect réniforme ou en grain de café du gonocoque. Ces diplocoques sont tantôt isolés, tantôt groupés en amas. Ils sont le plus souvent contenus dans l'intérieur des leucocytes polynucléaires, quelquefois à Textérieur de ceux-ci.

Comme le gonocoque, il se décolore par la méthode de Gram.

On le différenciera par les caractères de culture; il se développe très difficilement sur les milieux de culture usuels; sur gélose, il donne cependant, au bout de trois à quatre jours, une ou deux grosses colonies d'aspect éberthiforme, il ne pousse pas sur gélatine et ne donne pas de culture apparente sur la pomme de terre.

M. Netter se sert pour l'isoler du sérum de bœuf de Lœffler; avec M. Griffon l'un de nous a montré que le milieu le plus pratique pour isoler et conserver ce microbe était le sang gélose.

Cultivé en sérum liquide de lapin, le diplocoque de Weichselbaum se présente sous l'aspect d'un diplocoque encapsulé, ce qui le différencie du gonocoque.

Il s'en différencie enfin par l'inoculation à la souris, cette inoculation doit être faite, non sous la peau (elle n'est pas suivie de succès), mais dans le péritoine ou mieux dans la plèvre, la mort arrive en 36 à 48 heures, ranimai présente des noyaux d'hépatisation dans le poumon et du liquide séro-hémorragique dans la plèvre, dans lequel on voit le diplocoque caractéristique.

(*) Wiicus£LD\nf, Forischritt der Mediciii, 1887, n* 18 et 19.

[F. WiDAL et Fc BBMANÇOiTI

STREPTOCOCCUS MENINGITIDIS DE BONOME (*)

Bonome a décrit en 1889, comme agent de l'épidémie de la méningite cérébrospinale quMI observait à ce moment à Padoue, un microbe tout différent du diplocoque de Weichselbaum, ayant beaucoup de traits communs avec le streptocoque et surtout avec le pneumocoque.

Ce microbe, qui était le seul microbe que Ton put isoler dans les premiers temps de l'épidémie parisienne de méningite cérébro-spinale, a été bien étudié surtout par M. Netter (') qui le considère comme une espèce atténuée du pneumocoque.

Dans le pus, le microbe se présente sous Taspect de coccus isolé, de diplocoque ou de courte chaînette; il est entouré d'une capsule; ces caractères permettent déjà de le distinguer du diplocoque de Weichselbaura, mais le meilleur signe diOérenciel est la réaction de Gram, il se colore par la méthode de Gram, tandis que le diplocoque de Weichselbaum ne se colore pas.

Les caractères morphologiques du microbe le rapprochent bien plus du streptocoque que du pneumocoque; on le différenciera cependant facilement si Ton emploie la technique suivante indiquée par l'un de nous avec M. Griffon.

La culture sur gélose et sur bouillon ne peut servir h la différenciation car sur ces milieux il présente le même aspect que le pneumocoque.

Le meilleur des milieux de diagnostic du microbe est le sérum non coagulé de lapin (Bezançon et Griffon).

Au bout de 24 heures de séjour à l'étuve, la culture est déjà un peu différente de celle que donnerait le pneumocoque; elle est plus pauvre, le milieu est moins trouble, on n'observe pas ce dépôt abondant qu'on constate parfois déjà au bout de 24 heures avec le pneumocoque. Au microscope, on voit, non pas des diplocoques répartis uniformément, mais des chaînettes plus ou moins longues, mélangées à des diplocoques, isolées ou enchevêtrées, enroulées sur elles-mêmes et formant des amas de dimensions variées. La capsule est apparente mais petite, comme ratatinée autour du microbe, au lieu de présenter la netteté et Tétendue de la capsule du pneumocoque, cultivé dans les mêmes conditions.

Le microbe de Bonome qui se rapproche par sa forme du streptocoque a encore un autre point de contact avec lui, le fait qu'il cultive sur gélatine à 22 degrés (Chantemesse, Bezançon et Griffon) (').

Il s'en distingue seulement par la présence d'une capsule et par son pouvoir pathogène pour la souris; inoculé sous la peau de celle-ci, il la

(*) Bonome, SuU' Tcliologia délia méningite cerebrospinalc epidcmica. Arch. per te Se. Med., XI11, 1880.

{») Netter, Soc. méd, des hôp,, 1887. — Soc. de biol., 17 juin i899. (') Chahtemesse, Bezamçon et Geifpox, Soc. méd. des hdp.^ 9 d<?c. 1898.

DIAGNOSTIC DU STREPTOGOGCUS MENINGITIDIS DE BONOME. 555

tue à la manière du pneumocoque par septicémie; il est aussi pathogène pour le lapin.

Du streptocoque de Bonome, il faudrait rapprocher certaines espèces qui, comme lui, très voisines du pneumocoque et du streptocoque, s'en distinguent cependant par quelques caractères, nous signalerons celles qui ont un intérêt médical par suite de leur rôle pathogène.

Entérocoque (*). — Sous le nom d'entérocoque, Thiercelin a étudié un micro-organisme saprophyte du tube digestif, capable de devenir pathogène et de jouer un rôle dans la production d'entérites et même dans la méningite cérébro-spinale (Thiercelin et Rosenthal).

Ce microbe se présente dans les selles normales, sous Taspect d'un diplocoque de volume très variable, à grains arrondis ou lancéolés, ressemblant au pneumocoque et pouvant être quelquefois entouré d'une auréole ; dans certaines entérites il devient beaucoup plus abondant, et se présente sous le même aspect, mais aussi sous forme de diplocoques à éléments volumineux et aussi de chaînettes de deux diplocoques. Les formes auréolées sont plus fréquentes que dans les selles normales. U se colore par la méthode de Gram.

Difficile à isoler des selles normales, ce microbe se cultive mieux, lorsqu'il provient de selle d'individu atteint d'entérite, il donne sur gélose et sur gélatine des colonies semblables à celles du streptocoque; dans le bouillon il se développe en troublant le milieu qui s'éclaircit ensuite en formant au fond du tube un dépôt blanchâtre, d'apparence muqueuse ; dans ces divers milieux, le microbe se dispose soit en diplocoque, soit en courtes chaînettes, soit même en longues chaînettes et en amas.

Dans le sérum, du reste, il pousse en donnant des chaînettes de diplocoques, ou des diplocoques isolés nettement.

Ce microbe est très pathogène pour la souris, moins pour le lapin, très peu pour le cobaye.

L'entérocoque tient, d'après Thiercelin et Rosenthal, une place intermédiaire entre le streptocoque et le pneumocoque, ses caractères d'ailleurs très variables selon les échantillons le rapprochent tantôt de l'un, tantôt de l'autre de ces microbes.

De ce microbe et par suite du streptocoque de Bonome, on peut rapprocher un microbe décrit par MM. Leroy des Barres et Weinberg('), qui a tous les caractères du streptocoque, mais qui se rapproche du pneumocoque, par suite de la présence d'une capsule bien distincte, et le streptocoque encapsulé décrit par Tavel et Krumbeim. Nous rappellerons enfin que M. Bordet(*), inoculant un streptocoque 1res virulent dans le péritoine du cobaye, a vu ce microbe s'entourer d'une longue capsule.

(*) TniEncbiiN, Soc, de biologie, 15 avril, 24 juin 1899. — Rosenthal, Thèse de Pari$^

\*' Leroy des Barres et Weixberc, Soc. de biol., 31 dôc. 1898. /; BoBDET, Ann. de VlnsL Pasteur, mars 1897, p. 177.

[F. WIDAL ef r. BBMANÇON.J

Déjà l'un de nous avec MM. Griffon et Ravaut en 1897 (*), avait décrit une pneumopathie à microbe différent, mais voisin du pneumocoque, diplocoque à grains plus larges que longs, agminé en longues chainetles et cependant toujours entouré d'une capsule remarquable par son énorme volume. Ce microbe présentait sur les milieux de culture tons les caractères du pneumocoque, en particulier l'aspect en diplocoque encapsulé sur le sérum du lapin, il s'en différenciait cependant par son pouvoir pathogène, puisque, très peu virulent pour la souris, plus pour le lapin, il était surtout pathogène pour le cobaye, chez lequel il détermina aprè» inoculation intra-péritonéale une péritonite spéciale avec exsudât visqueux, fourmillant de chaînettes entourées d'énormes capsules.

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