‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 145 sur 185 · L'ÉPREUVE DU VÉSICATOIRE · texte numérisé non relu

L'ÉPREUVE DU VÉSICATOIRE

pouvons conclure que l'épreuve du vésicatoire peut rendre de grands services au diagnostic, notamment pour dépister une tuberculose peu marquée ou pour reconnaître une tuberculose aiguë. Elle peut, \mr les variations des éosinophiles, donner des indications au pronostic. Mais elle ne renseigne que sur Tintensité de l'imprégnation infectieuse. Une infection intense peut être bénigne, comme par exemple une angine aiguë, qui fait momentanément disparaître tous les éosinopbiles ; une infection légère peut être plus grave, même si l'organisme résiste comme dans les tuberculoses torpides , où Ton peut trouver encore 1 5 et 1 6 pour 1 00 d'éosinophiles. L'épreuve du vésicatoire nous donne des indications, non sur le pronostic absolu de l'infection, mais sur le degré d'imprégnation de Torganisme.

FERMAND WIDAL EDMOND LESNË

Proresseiir agrôjrë à la Faculté de iiiéd*H:inc de Paris. Ancien interne (médaille d'or)

Médecin des liApitaiix. des hôpitaux.

La cryoscopie est un<» méthode née on France. Elle est sortie des travaux de Itaoult qui Ta définie Tétude du point de con<{élation des dissohilions(*).

Cette uiélliode fut d'abord uniquement appliquée à la recherche des poids moléculaires. Grâce aux perfectionnements apportés par Raoult et Fonsot, elle commença par rendre en science pure d'innombrables services. Peu il peu elle est entrée dans le domaine des sciences appliquées et elle est devenue un procédé d'investigation à ajouter aux explorations chimiques et physiques précieuses pour le médecin.

En 1891, Dreser, puis plus tard, en 1894, Heckmann, en Allemagne, Winter, en France, Ilambiirger, en Hollande, appliquèrent la cryoscopie à Fétude de certains liquides de Forganisme : sérum, urine, lait. Depuis cette époque, de nombreux travaux parurent tant en France qu'à Fétranger: les plus importants furent ceux de Hamburger, de von Koranyi, du professeur Houchard et de ses élèves, de Vaquez et Bous- (|uet(M. etc. Mulon dans une thèse récente donne une vue d'ensemble de la méthode et des résultats qu'elle a fournis en clinique. La thèse de Ih)usquet (*'), pleine de recherches personnelles intéressiuites, renferme ainsi que celle de Mulon (M nne bibliographie complète de la question.

Avant d'étudier les applications de la cryoscopie aux sciences médicales, il est utile d'entrer dans quelques détails théoriques destinés à démontrer comment et pourquoi la recherche du point de congélation a été appliquée à l'étude des solutions et en particulier à celle des exsudais et transsudats. La cryoscopie permet en effet d'évaluer la tension osmotiquc et les rapports des tensions Je solutions différentes. Or, les

(*; Raoult, Sur le* progrès de la cryosix}pie ou étude du point de congélation det di»Holulions. Grenoble. I8KÔ.

.*) Vaqiez et BocsQCKT, Pression osmotiquc chez les ôtres vivants. Applicalioii à la médecine. Pmsr médicale, 5 avril I8ÎH).

[^, UoLSijiET, Hecherchci cryoncopiques sur le nérum sanguin. La plasmolyêe et l'isotonir chez les êtres vivants. TIk'm? de Paris, 1890.

[* MuLo.x. Applications médicale» de la cryoscopie. Tlièse «le Paris. 1901.

[P. WWAL «C E LESNÉ.}

662 APPLICATIONS aiNlQUES DE LA CRYOSCOPIE.

phénomènes osmotiques expliquent une grande partie de la physioIo<^ie cellulaire normale et pathologique.

Osmose. — Ilémipei^méabilité. — Pression ou tension osmotique. — L'osmose (coo-jxo;, impulsion) est le passage réciproque de deux liquides au travers d'une membrane qui les sépare.

En 1877, Traube remarque que le courant osmotique peut se produire au travers de certaines membranes aux dépens du dissolvant seul, sans qu'il soit entraîné de matières dissoutes. Une solution saline est enfermée dans une vessie et celle-ci est plongée dans de l'eau pure. L'eau traverse la paroi de la vessie et la gonfle, tandis que le sel n'en sort pas.

En 1887, Pfeffer démontra le fait à Taide de la paroi hémiperméable ainsi préparée : on prend un vase de pile en porcelaine dégourdie, perméable à l'eau dans les deux sens. Une fois soigneusement nettoyé, ce vase est empli d'une solution de sulfate de cuivre à 3 pour 100 et placé dans une solution de ferrocyanure de potassium au même titre. Les deux liquides cheminant en sens inverse dans la paroi poreuse donnent un précipité gélatineux mince de ferrocyanure de cuivre. Cette membrane mince est semi-perméable, car elle laisse passer l'eau pure et retient toute trace de matière saline.

Remplissons exactement un vase de Pfefler d'une solution saline quelconque, fermons-le hermétiquement et, après Tavoir mis en communication avec un manomètre, plongeons-le dans l'eau distillée. L'eau pénètre dans le vase pour diluer la solution, mais comme ce vase est plein et inextensible il en résulte une pression que le manomètre mesure et qui peut atteindre plusieurs atmosphères. C'est là h pression osmotique qui pour chaque sorte de sel est parfaitement fixée et définie.

Si au vase de Pfefler on adapte une tubulure latérale, fermée par un piston mobile, on peut empêcher le liquide de se modifier, en exerçant sur le piston une pression justement égale a la pression osmoti(]ue.

Pour expliquer la pression osmoti(|ue, il est nécessaire de connaître les hypothèses émises par Vant' lloff, d'Amsterdam, sur la constitution dos solutions, hypothèses généralement admises aujourd'hui. On assimile entièrement les solutions aux gaz et les molécules des corps dissous se meuvent dans le dissolvant comme celles du gaz dans le milieu éther qui les tient en suspension. Ces molécules sont constamment en mouvement et les chocs qu'elles provoquent sur les parois du vase produisent dans un cas la pression du gaz et dans l'autre la pression osmotique démontrée à l'aide du vase de Pfefl^er. L'équilibre moléculaire est maintenu par l'existence de forces attractives s'opposant à des forces répulsives; ces dernières l'emportent dans les gaz comme le prouve leur expansibilité. Si les solutions se comportent comme les gaz, les mêmes lois peuvent être appliquées dans les deux cas. Et en eflet, des expériences ont permis (le démontrer que les lois de Mariotte, de Gay-Lussac et d'Avogadro sont communes aux gaz et aux solutions.

En somme, chaque fois que deux solutions de concentration différente

sont séparées par une paroi perméable seulement au solvant, il y a courant, dialyse ou osmose de la solution la moins concentrée vers celle (|ui Test le plus, jusqu'à ce que les doux solutions soient devenues de concentration égale. Si la solution la plus concentrée est contenue dans un vase complètement plein et hermétiquement fermé, le môme mouvement va se produire; mais, comme le vase est clos et ne contient aucun espace vide, ses parois auront à supporter une certaine pression, c'est la pression ou tension osmotique.

Osmométrie. — C'est la méthode qui a permis la découverte de la pression osmotique; elle consiste en l'emploi du vase hémiperméable de Pfeffer, muni d'un manomètre, ou osmomètre de Pfeffer. Mais c'est une méthode délicate et qui exige l'emploi de grandes quantités de solutions, souvent impraticable de ce fait.

Méthode plasmolylique de De Vriès. — Le protoplasma cellulaire a une certaine tension osmotique. En effet, place-t-on une cellule végétale normale en présence d'une solution très concentrée, l'eau du protoplasma traverse la membrane d'enveloppe et va comme dans le vase de Pfeffer vers la solution la plus riche en molécules dissoutes; le protoplasma se ratatine et sous la paroi se forment des vacuoles : la cellule ^aplasmolyse. C'est l'état de la plante fanée. Si, au contraire, une cellule p/asmo/j/^c'e est placée dans une solution très diluée, l'eau extérieure passe dans le protoplasma qui se gonfle et s'applique à la paroi cellulaire. La plante flétrie plongée dans l'eau recouvre par ce mécanisme sa rigidité et sa fraîcheur. Entre les deux extrêmes, c'esl-à-dire entre la solution très concentrée et la solution très diluée, il existe une solution intermédiaire dans laquelle la cellule végétale ne subira aucune modification; le protoplasma et cette solution auront même tension osmotique, ils seront isotoniques. De Vriès, avec une même cellule, a étudié pour différentes solutions salines la concentration correspondant à Tisotonie. Par ce procédé de la plasmolyse il a montré que des solutions de substances semblables sont isotoniques lors- (|u'elles sont équimoléculairesy c'est-à-dire quand ces solutions renferment pour un volume donné un poids de substance dissoute proportionnel iiu poids moléculaire de cette substance.

Cette méthode plasmolytique est d'une applicMion très délicate et longue; de plus elle ne peut servir pour l'étude de tous les sels, car si le pouvoir plasmolysant dépend du nombre des molécules, il dépend aussi de leur volume. Ainsi, par exemple, le sulfate d'ammonium a une action double de celle de l'asparagine, bien que ces deux corps aient même poids moléculaire.

Méthode hématolytique de HavibUrgei'. — Hamburger, en 1883, au

[F WIDAL et £. LESNÉ.}

66 i APPLICATIONS CLINIQUES DE LA CRYOSCOPÏE.

lieu des cellules végétales, a employé les hématies. Dans une solution très concentrée, les hématies conservent leur matière colorante, tandis qu'on solution diluée le protoplasma se gonfle et Fhémoglobine sort du globule rouge. 11 y a hëmatolyse.

Dans une solution isotonique il ne se produit aucune modification; quand il s'agit de chlorure de sodium, le titre isotonique de la solution évalué par le procédé est de 0,60 pour 100. Les résultats fournis par Hamburger sont comparables à ceux de De Vriès. Ilambûrger avait été précédé dans cette voie par M. Bouchard qui, dès 1870, cherchant un liquide indifférent pour les globules rouges, s'était arrêté à une solution de saccharose contenant 64*'', 7 de sucre de canne par litre. Cette solution, dont la densité est de 1026, n*a sur les hématies aucune influence nocive. Cela suppose que, du fait du mélange de la solution du saccharose au sang, il n'était pas survenu de changement dans la composition des globules, qu'ils n'avaient rien gagné par endosmose, ni rien perdu par exosmose (*). Malassez, en 1872, pour conserver les globules pendant leur numération, avait préconisé la solution de chlorure de sodium a 1 pour 100, dont la concentration moléculaire est de très peu supérieure à celle du sérum chez l'homme. Hamburger, se basant sur la propriété que possèdent les solutions diluées de gonfler les hématies, utilisa cette propriété pour étudier la nocivité de ces solutions envers les globules rouges. Le sang était mis en présence des solutions à examiner dans des pipettes graduées; la centrifugation amenait un dépôt des globules rouges au fond de la pipette. Le dépôt était plus épais dans les solutions les plus diluées, à tension osmotique plus faible que celle du protoplasma globulaire, car là les hématies avaient subi le gonflement le plus marqué. Les résultats fournis par « Thématocrite » ont été criticjués par différents auteurs, et en particulier par M. Malassez. A la méthode de Hamburger on peut adresser les mêmes reproches (pi'à celle de la plasinolysc.

La résistiuicc des globules est en cHet variable suivant les cas. Ainsi certains corps, tels que l'urée, les acides, les alcalis, certaines substances voisines des ferments solubles étudiées par Bardel altèrent les hématies quoi (jue soit leur titre en solution, alors même qu'ils ne s'y trouvent qu'à l'étal de traces; enfin certaines sérosités sont déjà naturellement hémoglobiniques. La méthode hématoIyti(|ue n'en a pas moins été employée en clinique par divers auteurs. C'est ainsi que Zanier (*) a vu que le liquide céphalorachidien normal ne provoque pas la dissolution des globules rouges : sa concentration moléculaire est en effet plus élevée que celle du sérum, il est hypertoniquc par rapport à ce sérum. L. Bard(*) a montré récemment qu'au cours des méningites tuberculeuses le liquide

(*) Tiailé de path. gén., t. III, I'* |MiPlie, p. 23i. (*) ZxxiER, Cenfralblatt fur PhysioL, 1896. p. ôhT».

(5) L. Bard, Proct'di' clinique de déterminalioii da risotoiiicité du liquide céphalo-rachidien. Bull. méiL, 5 janvier 1901.

provoque rhématolyse, parce que sa concentration est moindre que celle (lu séruui, {/ est hypotonique par nipport h ce sérum.

La méthode hématolytique a été appliquée à d'autres liquides de Torganisme. Sabrazés et Mongour ont monfré que les urines d'adultes alimentés par le régime lacté exclusif, que les urines d'enfants nourris au sein avaient la propriété de se laquer quand on y ajoute des globules rouges. En dehors de ces sujets, d'après Sabrazés et Fouquet, seul, le nouveauné, immédiatement après la naissance, en dehors de toute influence alimentaire, excrète des urines douées de propriétés hématolytiques. Il s'agit dans tous ces cas d'urines hypotoniques ; elles doivent cette propriété à leur faible teneur en chlorure de sodium; en elTet en les rendant isotoniques au sérum sanguin elles perdent leurs propriétés hématolysantes.

Le phénomène de Thématolyse est en tout cas complexe, il n'a pas toujours un rapport très précis avec la tension osmotique et dépend beaucoup des substances cythémolitiques au contact du globule rouge et de la résistance globulaire. Vaquez (*) a obtenu des résultats intéressants sur la résistance globulaire à l'état normal et pathologique en mettant les hématies en présence de solutions salines de litres différents, puis en mesurant la quantité d'hémoglobine diffusée ou mieux en faisant la numération des globules. Pour évaluer les rapports de la tension osmotique du globule rouge et du milieu naturel ou artificiel dans lequel il baigne, la méthode qui consiste à rechercher le coeflicient d'hématolyse doit cependant céder le pas au procédé de Dreser ou examen cryoscopique du milieu.

CnvoscopiE. — Li cryoscopie ou étude du point de congélation des substances est la méthode de choix pour la recherche de la tension osmotique, car elle est simple et suffisannucnt précise. Raoult a ainsi énoncé les lois générales qui régissent l'abaissement du point de congélation des dissohitions(*) :

Première loi. — Toute substance solide, liquide ou gazeuse, en se dissolvant dans un corps défini liquide, capable de se congeler, en abaisse le point de congélation, et cela d'autant plus que la solution est plus concentrée. — En biologie, le dissolvant est l'eau, car toutes les humeurs de l'organisme sont arpieuses; le point de congélation de l'eau distillée étant 0 degré, toutes les humeurs ont un point de congélation inférieur à 0 degré, d'autant plus bas qu'elles sont plus concentrées. La différence entre le point de congélation du dissolvant pur (0 degré) et celui de la solution est désignée par le symbole A.

2' loi (loi de Blagden). — Si le corps dissous existe dans la solution, non combiné à feau, s'il nest altéré en aucune façon par Veau, rabaissement du point de congélation A est proportionnel au poids de

substance dissoute V contenu dans 100 grammes d'eau : — p = K

(*) XIII* Congrès de miderinr, nect ion d anal. path. Paris, 1900. (*) Raoclt, Ann. de phys. et de chimie, 1884, «• série, II.

[P. WIDAL et B LESNB

666 APPLICATrONS CLINIQUES DE LA CRYOSCOPIE.

K étant une constante, ce qui permet d'écrire A = PxK. Lorsque P=zl gramme, d'après cette formule, A = K, et K est rabaissement du point de congélation de la solution de 1 gramme de la substance dans 100 grammes d'eau. Prenons comme exemple une solution aqueuse de NaCl à 1 pour 100 qui congèle à — 0*,605, on peut en déduire le A d'une solution de NaCl qui renfermerait P gramme pour 100, il sera A = 0,605 X P, que P soit plus grand ou plus petit que I .

5* loi. — Pour un même dissolvant^ rabaissement du point de congélation de deux solutions de volumes légaux est le même si les poids des substances dissoutes^ quelles qu elles soient^ sont entre eux comme les poids moléculaires de ces substances, — Cette loi déjà entrevue par de Coppet a été établie par Kaoult en 1882. Prenons un exemple : la molécule d'urée pèse 60 et celle d'albumine 6000 ; cette loi signifie que pour avoir une solution d'albumine ayant même point de congélation qu'une solution d'urée à 60 graumies par litre, il faudrait dissoudre dans 1 litre d'eau 6000 grammes d'albumine. A dépend non de la nature et du volume^ mais du nombre de molécules dissoutes^ et le A de deux solutions est le même si ces deux solutions sont équimoléculaires.

A cette troisième loi se rattache la principale application de la cryoscopie : la détermination du poids moléculaire des corps. Si, en effet, on désigne par A l'abaissement du point de congélation, par P le poids de substance contenu dans 100 grammes d'eau, par M le poids moléculaire, on a :

-Jm=k,

où K est une constante établie pour chaque dissolvant, soit 18,5 pour l'eau. On en déduit :

4" loi (Raoult). — Quand plusieurs substances se trouvent dans une dissolution, rabaissement du point de congélation est le total des abaissements propres à chaque substance,

La cryoscopie permet donc de déterminer le poids moléculaire des substances en solution dans un liquide défini, d'établir si plusieurs solutions de corps différents contiennent le même nombre de molécules; enlin et siu'tout, d'évaluer la tension osmotique des solutions et les rapports des tensions de solutions différentes, puiscpie, nous l'avons vu, la tension osnîotique d'une solution est fonction de sa concentration moléculaire.

Critique des lois de la cryoscopie, — Si les lois de la cryoscopie sont vraies avec tous les dissolvants, elles souffrent quelques exceptions quand il s'agit de l'eau, et c'est précisément ce liquide qui existe dans tous les exsudais et transsudats de l'organisme.

Nous avons vu que le A d'une solution était proportionnel au poids de substance dissoute et nous renseignait sur le nombre des molécules en dissolution, mais il n'en est pas toujours ainsi. Par exemple certaines solutions aqueuses de Na Cl ont un point de congélation plus bas que ne Favait fait prévoir le calcul en partant du A d'une solution concentrée; il semble qu'il y ait dans la solution un nombre de molécules plus considérable que celui qu'on était en droit de supposer. Pour expliquer ces faits, Arrhémius émet l'hypothèse que certaines molécules se sont dissociées spontanément en leurs ions. A mesure qu'on étend la solution, le nombre des molécules dissociées en ions libres augmente et chacun inter>'ient comme une molécule. C'est ainsi qu'une molécule de NaCI se dissocie en Na et Cl ; chacun de ces ions compte comme molécule dans rabaissement du point de congélation, et la molécule de NaCI agit comme deux molécules d'une substance organique, ces dernières ne se dissociant |ms. Dans une solution saline chaque molécule est donc comptée deux fois dans le résultat fourni jwr la cryoscopie. Mais le fait est peu important au point de vue biologique, il suffit de savoir qu'un ion libre agit comme une molécule, non seulement dans une solution dont on recherche le point de congélation, mais aussi dans l'organisme pour les échanges osmotiques. Vaut' Hoffa en effet énoncé la loi suivante, relativement à la pression osmotique :

Loi de Vant' Uoff{^). — Des volumes égaux de solutions iso toniques diverses renferment le même nombre de molécules ou fragments de molécules et ont par suite même point de congélation. — Du reste les erreurs provenant de cette exception ne sont pas considérables. Quand il s'agit de solutions siilines aqueuses, et ce sont celles qui présentent les plus grands écarts, la différence entre le A calculé et l'abaissement

mesuré au thermomètre dépasse rarement ^t et pour les matières orga-

niques—. Dans les dilutions d'urine, la différence peut être sensible,

comme rindi(|ue cet exemple choisi parmi plusieurs autres que l'un de nous a publiés avec Bousquet (*).

A ol>soi-vé.

rrinc nonnale — 1,73

\ vol. urine -f- 1/2 vol. eau. . — 1,17

A part ces cas, les écarts sont rarement supérieurs à 0'*,02. L'approximation est par conséquent très suffisante. Du reste cette méthode des

(*) Mém. de l'Acad. roy. (1rs science» de Suède. Stoïkliolm, 1886.

[•) Li£syt el UovsQOET, Toxicité urinairc et isotonic. Prtêie tnéd.j 20 mai 1000.

[F WIDAL et E LSairÉ]

A calciil»^

IHfférencf.

dilutions est exceptionnellement employée dans les applications cliniques de la cryoscopie, et pour éviter Terreur il sera toujours facile de contrôler expérimentalement une dilution isotonique calculée et de la modifier ensuite selon les résultats de Fexpérience.

Dans la quatrième loi énoncée, il est dit que rabaissement du point de congélation d'une dissolution de plusieurs substances est égal au total des abaissements propres à chaque substance. Cette loi offre évidemment des exceptions quand les substances en contact sont susceptibles de se combiner pour former des molécules moins nombreuses. Elle est cependant généralement adoptée par les physiologistes quand il s'agit des humeurs de Torganisme. Roth, élève de Koranyi ('), a composé des urines artificielles en préparant des solutions de Na Cl et d'urée. Les erreurs ne dépassent pas ici 0",02 entre le A calculé et le A observé.

Dans les applications médicales de la crjoscopie, on peut ne pas tenir compte de ces exceptions; les résultats sont très suffisamment exacts, car on ne recherche pas en clinique la précision d'une expérience de physique. On ne fait pas le calcul complexe du nombre réel des molé> cules en dissolution dans une humeur et on élimine l'erreur due aux ions en admettant que le A est proportionnel au nombre des molécules en solution, et exprime directement ce nombre en dissolution dans un volume donné. C'est ainsi que Claude et Baltliazard(') admettent que le nombre de centièmes de degré dont est abaissé le point de congélation représente le nombre de molécules dissoutes dans 1 centimètre cube de la dissolution; soit une urine congelant à — l^^oO, elle contiendra par convention 130 molécules par centimètre cube; elle en contiendra 150 si elle congèle à — 1",50.

En somme :

V La cryosco|)ie des humeurs indique directement leur concentration.

"2^ La cryoscopie indi(|ue la tension osmotique des humeurs.

a. Deux solutions équimoléculaires ont même A; deux solutions équimoléculaires sont isolonicpies, ont même tension osmotique. donc : deux solutions ayant même A sont isotoniques.

b. Deux solutions non équimoléculaires n*ont pjis le même A, ne sont pas isoioniques, n'ont pas même tension osmotique : celle qui contient le plus de molécules a un point de congélation plus abaissé, une pression osmotique |)lus forte, elle est hy|>ertonique. Inversement, [>ar rapport à celle-ci, l'autre solution est hypotonique.

Telles sont dans leurs grandes lignes les résultats fournis par la cryoscopie. Cette nouvelle méthode permet d'étudier la constitution intime des humeurs, et donne des renseignements utiles sur les éclianges osinotiques qui jouent en physiologie et en pathologie un rôle des plus importants.

;*; Cilé in V. Korasyi, Zeitê. f. A7t/i, Med.. 1897, II.

\'* La cryoêcopic de» urinet .ColL les Actualités médicales], 1901.

MËSLRE DE LA TENSION OSMOTIQUE. 009

Déteriiinatio.^ du point dk congélation. — Pour délerininer le point de congélation d'une solution, on emploie un tippareil, le cryoscope^ essentiellement composé de deu\ parties :

a. Un système réfrigérant;

h. Un thermomèti'e précis et sensible.

Les dispositifs très complexes de Ponsot ou de Raoult permettent d'arriver à des approximations au 1000'' de degré près. Mais cette précision nécessaire en physique ne Test plus cpiand il s'agit d'étudier les applications cliniques de la cr>'oscopie.

li^appareil qu'on emploie communément dans les laboratoires est celui de Beckmann modifié et simplifié par Bousquet.

Il se compose essentiellement d'une conserve en verre dans laquelle on place un mélange réfrigérant. La source de froid choisie habituellement est un mélange à parties égales de glace piléeet de sel marin. La conserve porte à sa partie inférieure une tubulure permetUint de faire écouler Feau de fusion de la glace qui élèverait la température du mélange réfrigérant.

Au lieu de glace et de sel marin on peut employer, comme source de froid, l'évaporation de Uétlier ou du sulfure de carbone, le vase de verre sera aloi*s hermétiquement fermé par un bouchon laissant passer deux tubes dont l'un plonge dans le liquide et communique avec l'air extérieur, et dont l'autre, s'ouvrant dans la partie supérieure du vase, au-dessus du niveau du liquide, est relié à une trompe à eau. L'évaporation produite |>ar cette aspiration détermine un refroidissement que l'on peut accélérer ou ralentir en réglant ras])iration. Ce mode de réfrigération dont se servait Raoult permet de mener l'expérience très lentement, ce qui a une cerUiine importance pour les déterminations ultra-précises. Dans les expé; riences physiologiques on peut fort bien utiliser le froid plus intense produit par le mélange de glace et de sel marin, ce qui simplifie d'autant l'instrumentation.

Dans ce mélange réfrigérant plonge verticalement une éprouvette remplie au tiers d'un mélange à parties égales d'eau et de glycérine, et c'est dans ce milieu glycérine préalablement refroidi que va plonger le tube à essai à parois épaisses qui contiendra le licpiide à examiner. Le milieu glycérine a pour but de répartir la réfrigération sur toutes les parois du tube à essai et d'empêcher qu'elle ne soit plus marquée en un point qu'en un autre.

Dans le liquide à examiner sera placé un thermomètre cryoscopi(|ue ; il doit être gradué de — 5* à -+- 5" et divisé au moins en cinquantième de degré; les divisions sont alors assez distantes pour pouvoir en apprécier la moitié, c'est-ànlirc i/lOO'' de degré, résultat amplement suffisant pour les déterminations physiologiques.

Enfin un agitateur composé d'un fil de platine enroulé en spirale peut se mouvoir autour de la cuvette du thermomètre. Voici la technique à suivre pour déterminer un point cryoscopique.

Après avoir préparé la réfrigération, on place dans le tube de labora-

[r. WIDAL et £. LESNÉl

670 APPLÎCATiONS CLINIQUES DE LA CRYOSCOPfE.

toire, préalablement rincé à Veau distillée et séché, le liquide à examiner. La ([uantité de liquide nécessaire dépend du thermomètre employé; on doit en prendre une quantité au moins égale au poids du mercure contenu dans le réservoir du thermomètre, en général 10 centimètres cubes.

On vérifie soigneusement la continuité de la colonne mercurielle. On introduit alors dans le liquide le thermomètre entouré de Tagitateur qui doit se mouvoir librement autour du réservoir. A partir de ce moment jusqu à la fin de r opération , cet agitateur doit être mis en mouvement, alin que la température soit rigoureusement la même dans toute la masse du liquide. On voit bientôt descendre lentement la colonne mercurielle ; presque toujours il se produit une surfusion plus ou moins notable, la colonne mercurielle atteint un minimum, puis elle se relève et s'arrête enfin en un point où elle reste un temps variable mais suffisant pour l'observation, c'est le point de congélation, température à laquelle commence la solidification. Pour éviter Terreur possible due à la surfusion, il est préférable de précipiter la solidification à la fin de Fespérience. Pour cela, sans cesser d'agiter, on projette une petite parcelle de glace pure dans le liquide loi^sque la colonne de mercure reste fixe pour la première fois, ou bien, connaissant approximativement le point de congélation du liquide, lorsque la surfusion a atteint 1/2 degré. La température remonte alors brusquement, puis lentement, et se fixe en un point qui est le point de congélation.

Cependant le chifîre qu'on a ainsi lu sur le thermomètre n'est pas exactement le point cryoscopique ; il faut une correction, car le zéro du thermomètre, pour des considérations de pression atmosphérique par çxemple, subit des déplacements au-dessus ou au-dessous du zéro indiqué sur la tige. Il suffit donc de temps à autre de vérifier le zéro du thermomètre; pour cela rien n'est plus simple; on cherche le point de congélation de l'eau distillée qui est exactement (0**). Si ce point est situé au-dessous du zéro de la tige on retranchera le chiffre trouvé de celui du A du liquide examiné ; si au contraire il se trouve au-dessus, on ajoutera sa valeur.

Page 1