CHYOSCOPIE DES HUMEURS NORMALES DE L'ORGANISME
Urines. — L'urine normale est beaucoup plus concentrée que le sérum (4 plus que lui subit des variations dans sa concentration. Dreser, Winter, V. Koranyi, Bouchard, Vaquez, Bousquet, Claude et Balthazard, etc., en ont examiné de nombreux échantillons. Pour Koranyi les limites du A de l'urine sont comprises entre — 1,3 et — 2,2. Pour Winter entre — 1,85 et — 0,55 et pour M. Bouchard entre — 0,59 et — 2,24.
Les diurétiques agissant sur le cœur (caféine), les injections salines produisant une diurèse, les libations copieuses peuvent diminuer considérablement la concentration moléculaire des urines jusqu'à — 0,18 ou — 0,16. Chez un polyurique hystérique rendant 15 litres d'urine par jour, nous avons avec M. Ravaut trouvé que Turine congelait à — 0,30.
Dans d'autres conditions au contraire, l'urine se concentre : c'est ainsi que Dreser, privant un chat d'eau pendant plusieurs jours, trouva comme point de congélation des urines émises : A = — 4,72, alors que le sérum congelait à — 0.66.
Von Koranyi, examinant les urines du jeûneur Succi, trouva comme A des urines émises au sixième jour de jeûne — 8,15 avec une teneur en NaCl de 0,26 pour 100.
Dans le courant de la journée le A pris h plusieurs heures diflcrentes ne présente pas des valeurs identiques; deux heures environ après les repas la concentration moléculaire de l'urine atteint son maximum; Balthazard (*) a montré qu'à ce moment la quantité d'urine augmentait, il en est de même de la toxicité et de la quantité d'urée excrétée. Considéré dans différents états physiologiques, voici l'état de nos connaissances sur le point de congélation des urines.
Keim (') a déterminé le point de congélation des urines de femmes enceintes et de fœtus ; les moyennes sont :
A mère à terme = — 2,035.
A fœtus =0,22.
Nobécourt et Delamare (') du 3* au 9" mois de la grossesse ont trouvé un A normal, ne dépassant pas — 1,60.
Nous avons montré avec Prosper Merklen(*) que les urines de nour rissons, par suite de leur faible teneur en NaCI, sont encore très peu concentrées : — 0,22 pendant le premier mois et — 0,41 entre un et deux mois. Ces résultats concordent avec ceux fournis par la méthode hématoly tique.
Salive. — Fano et Bottazzi (*), en excitant la corde du tympan de chiens, ont montré que la salive sous-maxillaire était hypotonique, variant de— 0,36 à— 0,42.
{•) Haitiuzxhd, Soc. de biol., 11 fév. 1901.
(«) Keim, Presse méd., 30 janvier 1901.
(') NoDi^couRT et Delamare, Soc, de bioL, 12 ocl. 1901.
(*) Lks>é et Mereleh, Soc. de bioL, 20 avril 1901.
(*) Faw et Bottazzi, Arch. ital. de bioL^ 1896.
PATnOLOClE GéXËRALE. ~ \1. 43
[F WltiAL et E. LESirÉ.}
Sabrazès et Monthis (*) ont trouve que la salive mixte d'individiLs normaux congèle entre — 0,12 et — 0,14.
Liquide céphalo-rachidien. — Les recherches que nous avons faites avec Sicard et Ravaut(') montrent que le liquide céphalo-rachidien normal est hypertonique par rapport au sérum, son point de congélation oscillant en général entre — 0,60 et 0,70.
L'hypertonie du liquide céphalo-rachidien, caractère différentiel d'avec les autres liquides de Forganisme, permet d'expliquer comment sa mas:$e augmentant il conserve une tension osmotique suffisante pour ne pas léser les éléments cellulaires qu'il baigne.
Phénobiènes osmotiques dans l'orgamsme normal. — Théories physiologiques. — La cryoscopie, en montrant que les humeurs de Torganisuie n'avaient pas même concentration moléculaire, a permis aux physiologistes de baser un certain nombre de théories sur les échanges osmotiques à travers les parois cellulaires. Peut-être même a-t-on trop laissé dans l'ombre la participation active des éléments propres de l'organisme, la sélection stéréochimique cellulaire, pour comparer de trop près les phénomènes biologiques avec ceux qui se passent dans les expériences du vase de Pfeffer ou de la cellule plasmolysée de De Vriès. C'est ainsi, par exemple, que la paroi cellulaire vivante est perméable à l'urée quel que soit le titre de la solution ; d'autre part les cellules de l'organisme sont de constitution variée et variable, et à côté des cloisons hémi-perméables il en existe de perméables permettant le passage de molécules solides entre deux humeurs de concentration moléculaire différente ou même isotoniques. La pression peut de son côté contrarier les échanges osmotiques, et maintenir l'équilibre entre deux liquides de concentration différente.
A part ces restrictions, la cryoscopie, en indiquant la concentration moléculaire exacte des humeurs, a éclairé d'un jour nouveau la physiologie cellulaire, et a permis une série de déductions utiles au biologiste et au clinicien.
Théorie de la soif. — Mayer f ) a démontré expérimentalement que chez un animal privé d'eau le A du sérum s'abaisse. Au moihent du re|)as le même phénomène se produit, tandis que le milieu stomacal devient hypertonique. Le sang, dont la concentration moléculaire augmente, excite les contres nerveux, et la soif ne serait qu'une défense de T^rgauismc demandant la dilution d'un sang trop concentré.
D'après V. Koranyi (*), la soif intense que présentent certains malades atteints d'insuffisance d'élimination rénale relèverait de ce même processus.
Digestion. — Winter rattache les phénomènes digestifs aux échanges osmotiques. L'absorption d'aliments rend le milieu stomacal hypertonique
(*) Sabrazès et Monthis, Soc. de bioL, io juin 1901.
(*j WiDAL, Sicard et IUvaut, Presse méd.^ 24 ocl. 1900.
(5) Mater, Essai sur la soif. Thèse de Paris, 1900.
(*) V. KoRAXYi, Zeits. f. klin. Med., 1898, vol. XXXIII.