‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 148 sur 185 · CRYOSCOPIE DES HUMEURS NORMALES DE L'ORGANISME · texte numérisé non relu

CRYOSCOPIE DES HUMEURS NORMALES DE L'ORGANISME

par rapport au sérum, et la digestion s'arrête quand ce milieu est redevenu isotonique par osmose du sang vers l'estomac.

Cet auteur en tire les conclusions pratiques suivantes : 1** La vitesse avec laquelle se réalise Tisotonie marquant la fin de Tacte digestif peut servir à mesurer l'énergie digestive de chaque individu;

2** Les dyspepsies seraient différenciées par la valeur du coefficient isotonique du liquide stomacal à jeun. Cette vue nouvelle peut, d'après Winter, prendre en pathologie une importance parallèle à celle de l'hyper ou de rhj-pochlorhydrie ; mais elle n'a pas été appliquée d'une façon assez suivie en clinique pour qu'on puisse en tirer quelques conclusions.

Absorption. — Les expériences de Ileidenhain montrent que les phénomènes osmotiques ne sont pas les seuls a diriger l'absorption intestinale :

Une solution isotonique au sérum injectée dans une anse intestinale de chien est absorbée.

Une solution hypotonique de NaCl devient encore plus hypotonique par lissage de NaCI dans le sang.

Une solution hypertonique diminue de concentration moléculaire mais n'atteint pas l'isotonie.

C'est seulement avec une solution très hypertonique ([u'il y a exsudation de sérum (purgatifs salins).

En détruisant l'épithélium, Ileidenhain (') a montré que l'absorption se fait suivant les lois de l'osmose.

Injectées dans les séreuses saines, les solutions salines hypertoni(|ues se diluent, les solutions hypotoniques se concentrent pour arriver à l'équilibre osmotique du sang, d'après Orlow, Hamburger, Leathes et Starling, puis leur absorption se fait. Mais, (ju'il s'agisse d'endothélium ou d'épithélium, à côté de la concentration d'une solution, il faut tenir compte de l'intervention active des cellules vivantes, intervention dont la nature nous échappe.

Co>sTA>icE DE LA coNCE>TRATioN DU SANG. — Théorics (Ic Winter. — Équilibre osmotique de Vorganisme. — Rôle des chlorures. — D'après Winter (*), à part Turine qui a un rôle dans Télimination, tous les liquides de l'organisme ont un A qui oscille autour du A constant du sang, qui serait < l'équilibre limite ». Le rein et l'estomac sont deux organes où l'équilibre osmotique des humeurs est continuellement détruit; c'est là d'une part l'une des causes des phénomènes osmotiques intra-organiques. Mais, d'autre part, intervient le rôle de NaCl. Très abondant dans les tissus et de molécule très petite par division facile en ses ions, le chlorure de sodium se porte à travers les protoplasmas pour combler les vides moléculaires, et la concentration moléculaire du sérum doit en [>artie sa fixité à la dissociation ou à la réintégration des molécules salines, suivant que le

[*) Heidemiai:i, Arch, f. die gesammte Physiol., 1H94, l. LVI. [*) WixTER, Arch. de phys., 1896.

[F. WIDAL et £. LBSNÉ ]

670 APPLIQTiONS aC>iiQLES DE LA CRYOSCOPIE.

sîing est dilué ou au contraire concentré. Ces vues théoriques de Winter sont basées sur des analyses chimiques du sénim, dont la teneur en NaQ varie sui\^nt le volume de la masse sanguine, assurant ainsi aux héma* ties un Hquide ambiant aussi isotonique que possible.

Hallion et Carrion (*) ont du reste démontré expérimentalement le rôle compensateur des chlorures ; des injections salées à des titres très différents n'ont pas modifié d'une façon durable la tension osmotique du simg. Les échanges d'eau et de NaCI entre le sang et les tissus rétablissent vite la concentration moléculaire du sérum. De même, chez Thomme, l'ingestion ou Tinjection de NaCl ne modifient pas, ou modifient seulement d'une façon passagère, la teneur du sérum en ce sel ; elles n'apportent pas de changements plus considérables dans la tension osmotique ; ces constatations, que nous avons faites avec Ravaut, ont été aussi signalées par Achard(').

Théorie de von Koranyi. — Koranyi, par l'étude du A du sérum sanguin, est aussi frappé de la constance de ce chiffre et du peu de durée de ses variations, quand on injecte des solutions hypo ou hypertoniques. Hamburger et Winter attribuent cette invariabilité à la mobilité des molécules chlorées. Hamburger et Heidenhain à une sécrétion hypotonisante de l'endothélium vasculaire.

Koranyi admet que ce mécanisme régulateur a pour rouages les actes intimes intercellulaires se passant en divers points de l'organisme. L'évaporation cutanée et pulmonaire, l'appoit d'aliments dans Testoinae, sont une cause de déshydratation et de concentration du plasma. Cet état d'hypertonie provoque la soif, et l'eau absorbée par l'intestin rend au sérum sa tension osmotique normale. Dans les tissus, la concentration du sérum augmente pour une double raison. En effet, d'une part le sérum lixc le Co* résidu de la respiration cellulaire, mais, au niveau du poumon, Co* est chassé par 0, don régularisation. D'aulre part, par suite des phénomènes de nutrition cellulaire, les grosses molécules se disloquent en molécules plus petites et plus nombreuses, fournissant ainsi une lymphe extra-vasculaire à pression osmotique élevée. Il s'ensuit un appel d'eau qui vient par exosmose du sang et de la lymphe, et celle-ci va de plus se déverser dans le sang dont elle augmente encore la tension osmotique. Mais alors intervient la fonction rénale qui, en éliminant un liquide très hypertonique contenant les déehiîts de la nutrition cellulaire, abaisse la tension osmotique du sang et concourt à maintenir la constance de son point de congélation, condition nécessaire pour la conservation dt*s éléments cellulaires qu'il renferme et qu'il baigne.

Théorie de la sécrétion r&iiale de von Koranyi (^). — Koranyi édifie de la sécrétion rénale une nouvelle théorie qui emprunte à celles de Ludwig et de Heidenhain ce qu'elles ont de mieux démontré.

(•) IIai.lion et Carrion, Presse méd., 24 ocl. lîHK).

(*) AcuARD, PrcBse méd., 11 sojU. 1îK)l.

('•) V. KouANTi, Centr. f. Phys., 3 iiov. 1894.

CRYOSCOPIË DES HUMEURS NORMALES DE LmGANISME. 077

Tout d'abord, comme Tadmet Ludwig : « Tcau de l'urine est sécrétée au niveau du giomérule et en partie résorbée dans les canalicules urinaires d. Ce principe est basé sur les observations suivantes : chez les animaux sobres en eau et qui éliminent une urine concentrée (chien), les tubuli contorti sont longs; ils sont courts chez les animaux vivant dans Teau (grenouille), et dont l'urine est très diluée d'après Hûfner et Dreser. Les recherches de Koranyi, de Balthazard, ont montré que plus la circulation sanguine rénale est active, plus l'urine circule vite dans les canaux urinifères, et plus aussi cette urine est diluée. Elle est au contraire plus concentrée si la circulation est ralentie.

En second lieu, Koranyi admet avec Bowman-Heidenhain que, par les ^lomérules fdtrent l'eau et le NaCl, tandis que les autres substances constituantes de l'urine s'éliminent au niveau des tubuli contorti en même temps <|u'une partie d'eau y est absorbée.

Les différents auteurs qui ont étudié la cryoscopie des urines ont trouvé dans certains cas un A plus rapproché dcO/jue — 0,56, point de congélation du sérum. Claude et Balthazard (*), pour expliquer ces faits, admettent que le liquide qui fdtre au niveau du glomérule est hypotonique par l'apport au sérum. C'est une solution de NaCl du même titre que celle (]ui existe dans le sang, congelant à environ — 0,45, et dans certaines conditions pathologiques, ce point peut se rapprocher plus ou moins de 0.

Comment ce liquide filtrant au niveau du glomérule, hypotonique par mpport au sérum, va-t-il, par son passage dans les tubuli, devenir une urine dont la tension osmolique sera supérieure et de beaucoup à celle du

Ici intervient Yéchange moléculaire i\u\ tient une large place dans la théorie de la sécrétion rénale de Koranyi. L'analyse démontre que, par rapport aux autres substances dissoutes, le NaCl est moins abondant dans l'urine que dans le sérum et que, d'autre part, il manque à Turine par rapport au sang autant de molécules chlorées (|ue l'urine contient de molécules non chlorées. Selon Koranyi, l'échange moléculaire se passe au niveau des tubuli contorti, entre le sang des capillaires et la solution de NaCl venue du glomérule, de telle façon que pour chaque molécule de matières exlractives venue du sang dans Vurine^ une molécule de chlorure de sodium passe des canalicules dans le sang. Ainsi s'expliquerait la constatation de Ludwig : le liquide recueilli dans un bassinet dont l'uretère avait été lié était très riche en urée et ne contenait plus que des traces de chlorure de sodium.

Mais, tandis que in vitro ces échanges moléculaires produiraient l'équilibre osmotique, dans le rein, le courant ininterrompu de Turine d'abord, l'activité propre de la cellule épithéliale ensuite, empêchent Tisotonie du sang et de l'urine ([ui acquiert une tension osmotique supérieure à celle du sérum.

(') Cladok et Balthazard, La cryoscopie des urines (les Actualités médicale»]^ iOOi.

[F. WIOAL «C £. LTSirjâ]

678 APPLICATIONS aLMQUES DE LA CRYOSCOPIE.

En résume, la sécrétion rénale, d'après Koranyi, comprend deux temps :

1^ Au niveau du gloniérule, fdtration d'une solution pure ou presque pure de chlorure de sodium dans Teau, hypotonique au sérum ;

2° Au niveau des tubuli, résorption d'eau et échange moléculaire.

La sécrétion rénale diminue donc la tension osmotique du sang, comme le démontre du reste l'examen comparé du sang de la veine et de Tartère rénale.

Grâce à cette sécrétion, pour laquelle un seul rein sain peut suffire, le sérum conserve son équilibre osmotique

As =^0,56.

Applications de la cryoscopie a la clinique et a l'expérimentation. — Partant des données précédentes, indispensables à connaître, il est facile d'en déduire tout le parti que peut en retirer le clinicien.

1** Injections inlra-veineuses. — Lavages des séreuses et des muqueuses. — Les expériences de De Vriès et celles d'Hamburger démontrent l'action nocive qu'exerce sur les cellules vivantes une solution mise en leur présence, quand elle n'est pas isotonique avec le liquide qui les baigne habituellement. Les phénomènes de cytolyse peuvent donc jouer un rôle important quand, dans un but expérimental ou thérapeutique, on fait une injection intra- veineuse.

Injections thérapeutiques. — Le sérum artificiel qu'on injecte dans les veines d'un malade doit avoir le même point de congélation que le sang, soit — 0,56; telle est la solution de NaCl à 0,93 pour 100. Cette solution stérilisée à l'autoclave se concentre et atteint le titre de i pour 100 (*): c'est du reste une solution de même concentration qu'avait déterminée Malassez, quand, cherchant un liquide conservateur des hématies, il avait examiné au microscope leur degré de résistance dans diverses solutions. Les sérums à 7 pour 1000 sont hypotoniques par rapport au plasma. A part certains cas exceptionnels pathologiques dont nous parlerons plus loin et dans lesquels le sérum congèle à un point très inférieur à — 0,56, on [)eut se contenter du sérum physiologi(jue à 1 pour 100, sans quil soit nécessaire de déterminer le A chez chaque malade, puis de préparer la solution isotonique à lui propre. Du reste, la résistance des hématies permet une certaine marge et la solution de NaCl a une certaine élasticité (le concentration moléculaire, étant donnée la faculté qu'a ce sel de se dissocier en ses ions.

On appli(|uera les mêmes règles aux sérums artificiels contenant d'autres substances que le chlorure de sodium : la solution isotonique do bicarbonate de soude est à 1*^',15 pour 100 et celle de benzoatc de soude h 2^'^pour 100.

Cette même donnée de Tisotonie sera encore indispensable à retenir

*j Vaqdk/ ol RoirsQCET. Soc. bioL, 4 fév.. 1800. — Kali.ion cl Carriox. Soc, bioL, 2 juin 1îH)0.

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