CRYOSCOPIE DES HUMEURS NORMALES DE L'ORGANISME
quand on aura à faire un lavage de séreuse (péritoine) ou de muqueuse (fosses nasales, intestin). On évitera ainsi aux malades soit des sensations désagréables, soit des troubles consécutifs à l'adultération des épithéliums et endothéliums par une solution anisotonique, eau bouillie ou boriquée saturée (*).
Dans la rachi-cocaïnisation, Guinard (') attribue la céphalée et la réaction leucocytaire signalée par Ravaut et Aubourg(') à l'usage de solutions de cocaïne diluées, anisotoniques (le A de la solution à 1 p. 100 = — 0,15). En effet, suivant les recherches de Guinard et Ravaut, l'emploi d'une solution de cocaïne concentrée au dixième, congelante — 1**,01, permet d'obvier a ces inconvénients. Ajoutée à très faible dose au liquide céphalo-rachidien de l'opéré, cette solution n'augmente pas la tension et ne modifie pas sensiblement la pression osmotique. Les malades ainsi traités ne présentent pas de réaction méningée, et n'ont plus ni céphalée, ni hyperthermie, ni sueurs, etc.
Peut-être, dit Rousquet, pourrait-on retenir les notions de tension osmotique dans la confection des pansements humides pour plaies. Préobrajenski(^) avait déjà insisté sur les phénomènes d'osmose et de capillarité (|ui doivent se faire de la plaie vers le pansement pour être favorables ; et, de fait, on a obtenu des eiïets très satisfaisants par Temploi de pansements humides confectionnés avec des solutions hypertoniques de borate ou de bicarbonate de soude.
Injections intra^veinenaes expérimentales. — Osmonocivitë. — Les mêmes troubles de cytolyse ont attiré l'attention des expérimentateurs quand, par injection intra-veineuse, on recherche la toxicité d'un liquide, soit qu'il s'agisse d'un sel dont on veut déterminer le pouvoir toxique, soit qu'il s'agisse d'humeurs de l'organisme, d'urines en particulier. C'est uniquement par troubles osmotiques que l'eau distillée tue le kilogramme de lapin à la dose de 122 centimètres cubes.
En Allemagne, Hymans van den Rergh(*) et Posner(*);en France, (Iharrin et Levaditi("), llallion ("), montraient l'influence de la concentration moléculaire des solutions sur leur toxicité. Mais M. le professeur Bouchard, dès 1885, lors de ses recherches sur la toxicité urinaire, avait déjà signalé que, grâce aux substances dissoutes, l'urine peut être moins toxique que l'eau distillée.
M. Bouchard a fait rechercher par deux de ses élèves, Claude et Raltha-
(*) Deimerris. La notion ilo l'isolonie dans 4cs rapports avec certains faits de thérapeutique journalière. Soc. méd. de chir. de Varié. 15 fév. 1901. «
(•) G0I5ARD. 14- Congrès français de chirurgie, 1901.
(5) Ravaut cl Aidourg, Liquide ccplialo-rachidien après la rachi-cocaïnisalion. 5^. de hioL^ 30 juin 1901.
(♦) Ann Inst. Pasteur, sept. 1807.
(») Hymaxs VAX DEX Beruii. Zeit. f. klin. Med., 1898, p. 55.
(®) PosxER, Sot". mè(i. de Berlin. In Semaine médicale^ lô dèc. 1899.
(^) Charrin el Levaditi, Soc. de hiol, 1" juillet 1899.
(••) IUlliox, Soc. de biol., 1" juillet 1899.
[F WIDAL 9t E LESNÉ.}
zard('), quelles modifications il fallait ajouter à la méthode instituée par lui et universellement admise pour la mesure de la toxicité des urines. L'urine congelant en effet en moyenne à — 1,75 est loin d'être isotonique avec le sérum sanguin du lapin, animal choisi pour les expériences. Ces auteurs considèrent donc que la toxicité d'une urine comprend la toxicité vraie et Vosmotoxicité. L'un de nous(*), faisant à la même époque des recherches parallèles sur le même sujet, a proposé le terme A'osnwnO' civité adopté depuis, car il ne s'agit pas d'action toxique, mais d'action nocive sur les éléments cellulaires par osmose.
Claude et Balthazard effectuent la correction correspondant à l'osmonocivité à l'aide d'une formule et d'une table de valeurs déduites de leurs expériences. Mais, corriger un résultat expérimental in vivOj à l'aide d'une formule quelque large qu'elle soit, nous parait être un procédé à rejeter, car dans une toxicité globale, de nombreux facteurs toxiques sont inconnus qui ne peuvent être compris dans cette formule.
L'un de nous, dans le même but, a proposé de ramener l'urine à Tisotonie avec le sérum de l'animal en expérience, — 0,59 chez le lapin, par l'addition d'eau distillée, ou par addition de NaCl dans certains cas exceptionnels où les urines sont hypotoniques. Soit une urine congelant à — I968, le calcul de la dilution est le suivant :
Dans l'urine il y a donc 2,84 fois trop de molécules pour qu'elle soit isotonique au sérum sanguin. Pour la ramener à l'isotonie, il faudra ajouter à 1 partie d'urine 1,84 partie d'eau distillée, puis prendre le A du mélange et en général ajouter une certaine quantité d'eau, car il ne s'agit pas seulement d'une solution de substance organique, et d'après la loi des ions relative aux solutions salines, le A observé est inférieur au A calculé (^). Dans le cas actuel on devra, pour que le mélange ait A = — 0,59, prendre 10 centimètres cubes d'urine et 19 centimètres cubes d'eau distillée.
Cependant la méthode des dihitions est passible de deux objections. Tout d'abord certaines urines très hypertoniques doivent être tellement diluées que les accidents pléthoriques apparaissent chez l'animal avant même que la dose toxique ait été injectée. La seconde objection a été formulée par Quinton (*) et est basée sur certaines propriétés de Turée signalées par De Vriès et Grijins (^). 0"el que soit le titre de la solution d'urée, la solution se comporte vis-à-vis des globules sanguins comme si l'urée n'existait pas; il y 3 donc dans Turine toute une partie de Tabaisse-
{*) Journal de phys. et de paih. gén.y \h mai 1899 cl 15 janvier 1900.
(«) Lesné, Thèse de Paris, 1899.
(') Lesné et Bousquet. Presse méd., 26 mai 1900.
(*) QuiMON, Soc. de bioL, 9 juin 1900.
{») De Vriès et Griji>s, Arch. /". ges. Physiot.y Bd XIII, p. 88.
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ment du point de congélation due à Purée et qui n'a aucune action nu point de vue de Fisotonie. (Une solution d'urée à 1 pour 100 congèle à
— 0,286; Raoult). Une urine et un sérum ayant donc même point de congélation «e sont pas isotoniques et une urine peut, de ce fait, après dilution, devenir hypotonique et hématolysante. Ce fait nous explique les résultats contradictoires de quelques expériences. Certaines urines (Lesné, Léon Bernard) (*) sont plus toxiques après qu'avant dilution, tandis que d'autres déjà hypertoniques perdent de leur toxicité une fois additionnées deNaCl. Enfin, en dehors de Faction osmonocive par défaut de concentration, les urines ont une action globulicide vraie pour les liématies du lapin, indépendante de Tisotonie et due à une ou plusieurs substances globulicides (').
n s'ensuit que l'on s'est élevé contre la correction de l'osmonocivité. Bosc et Vedel (') injectant après des solutions toxiques simples des urines artificiellement préparées admettcmt qu' « il n'y a pas de relation directe entre l'éloignement des solutions de leur état isotonique et leur degré de toxicité », et, à la suite des objections formulées plus haut, préconisent la recherche de la toxicité urinaire < avec l'urine injectée en nature ».
Il est bien évident qu'une urine hypertoxique reste toujours hypertoxique, qu'une urine hj-potoxique reste de même hypotoxique même après correction isotonique, mais pas toujours dans des limites restreintes, et les phénomènes d'osmonocivité jouent parfois un rôle important dans la toxicité globale d'urines normales ou pathologiques comparées entre elles. L'osmonocivité existe réellement, mais si, quand il s'agit de solutions bien définies, cette correction est facile h déterminer, il n'en est plus de même quand on s'adresse à l'urine, mélange de substances organiques et inorganiques dont plusieurs nous sont totalement inconnues. Le problème est beaucoup plus complexe et ne pourra définitivement être tranché que par de nombreuses expériences et une connaissance approfondie des éléments constituants de l'urine et de leurs propriétés physiques. En tout cas, la notion de l'osmcmocivité n'a pas apporté de troubles sensibles aux résultats obtenus sur la toxicité des urines.
2*" Molécule élaborée moyenne à T état normal et à V état pathologique.
— Parmi les données les plus intéressantes tirées de la cryoscopie sont celles qui se rapportent au calcul des constantes moléculaires. C'est à M. Bouchard que nous devons l'introduction de cette notion dans l'étude des troubles de la nutrition. Cette partie de la cpiestion est complètement traitée par M. Bouchard dans un autre volume de ce traité et le lecteur voudra bien s'y reporter (*).
:>) Revue de méd., 10 fév. 1900.
(') Ph. pAtiMEz, Aclions exercées sur les globules rouges par les liquides normaux et pathologiques de l'organisme. Thèse de Paria, 1902.
(') Bosc cl Vedel, Journal de phys. et de imth. gén., nov. 1900. (♦] Bouchard, Traité de paihol. gén., l. III, p. 258.
[F. WIDAL et E. LE8NÉ.}
6H2 APn^HIATIONS aiMQUES DE IX CRYOSCOHE.