‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 156 sur 185 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Définition et objet de l'hygiène. — Pratiques hygiéniques chez les animaux. — Méconnaiss;ince des règles les plus élémentaires de Thygiène chez l'homme. — DifTérences entre les classes pauvres et les classes aisées. Solidarité qui les unit. — [m|K)i1ance «lo l'hygiène pour les pouvoirs publics. — Maladies évitabïes et leur diminution. — Divisions de l'hygiène.

Définition. — Objet. — L'hygiène a pour but la conservation de la santé. C'est à la fois une science et un art.

Son programme ne comporte pas seulement la connaissance de tout ce qui est favorable à l'intégrité de nos organes et de nos fonctions, de tout ce qui peut entraver les dernières, altérer les premiers. L'hygiène recherche aussi les moyens de prévenir les influences nocives, d'augmenter la résisUuice de l'organisme.

Contre toutes les causes extérieures et intérieures défavorables auxquelles est exposé l'être humain, celui-ci n'est pas piir lui-même sans défense, et la physiologie nous apprend à connaître nombre d'organes et de fonctions dont l'objet est précisément de neutraliser, par un jeu en quelque sorte automatique, ces influences fâcheuses. Nous citerons seulement comme exemple le rôle de certaines glandes vasculaires sanguines, les réactions vasomotrices et sécrétoires qui entrent en jeu (piand la température varie, les modifications quantitatives et qualificatives des globules sanguins quand la pression atmosphérique devient plus faible.

Mais ces dispositions sont loin de suffire h tous les cas. Rien par exemple ne met en garde et ne protège contre les modifications qui se produisent dans l'air confiné où trop de personnes ont respiré. Une eau fraîche, limpide, des plus agréables au goût peut renfermer des germes pathogènes ou des poisons. Les urines et les selles éloignent sans doute du corps humain les produits d'excrétion qui n'y pourraient séjourner

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sans inconvénient, mais ces matières ne sauraient sans danger s'accumuler dans nos habitations ou dans leur proximité. Aucune disposition protectrice non plus ne nous met à l'ahri des conséquences fâcheuses da voisinage de sujets atteints de maladies transmissibles. Nous pourrions allonger cette liste presque indéfiniment.

Pratiques hygiéniques chez les animaux. — 11 nous a paru intéressant de rechercher si chez les animaux on pouvait trouver la trace de mesures hygiéniques, destinées à les mettre à Tabri de quelques-unes de ces causes de nuisance.

On trouve chez certaines espèces animales, et notamment chez les insectes vivant en société, diverses pratiques vraiment dignes d'être mentionnées ici.

Nous signalerons tout d'abord les soins de propreté individuelle dont rinstinct existe à peu près chez tous les représentants de Tespèce animale.

Le docteur Ballion {*) qui a consacré un volume très intéressant à l'instinct de la propreté chez les animaux, s'exprime ainsi au sujet des chats :

« Une langue très dure, hérissée sur la face supérieure de papilles cornées dirigées en arrière, leur est à cet effet d'une grande ressource. Ils b promènent en manière de brosse ou plutôt de rApe sur leur pelage pour le polir et le lustrer, et grâce à l'extrême souplesse dont ces animaux sont doués, il n'est guère de partie de leur corps qui échappe à l'action de cet organe. Le chat assis et courbé en arc, une jambe de derrière dressée en l'air comme s'il avait l'arme au bras, procède, sous nos yeui, sans difficulté comme sans vergogne, à la toilette la plus intime. J'ai tu des chattes au moment de la mise-bas et après la rupture de la poche des eaux se lécher avec persistance la vulve. Est-il besoin d'ajouter que, après la parturition, leur premier soin, quand elles ont nettoyé leurs petits, est de se nettoyer à fond elles-mêmes?

« Pour certaines régions inaccessibles à la langue, telles que la face cl la nuque, les pattes interviennent efficacement grûce aux pelotes rugueuses dont elles sont munies. Les félins, humectant leur patte de salive, la passent à la façon d'une éponge mouillée, sur leur mufle et sur leur tête pour se débarbouiller. Et c'est merveille de voir comment par le fait de la rétraction desgrifles, le pied des félins, cette arme terrible, se transforme en une patte de velours pour cette délicate besogne.

« Ce n'est pas tout, les grifles elles-mêmes ont ici leur utilité. Outre l'usage que les félins en font pour se gratter, ces organes servent au besoin de cure-dents. En retour les dents s'emploient à nettoyer leurs griffes. Dents aiguës et griffes acérées se prêtent ainsi un mutuel secours.

« Enfin une queue longue et flexible, terminée dans plusieurs espèces par une touffe de poils procure à cet animaux, grâce à l'amplitude et à la vivacité de ses mouvements, une excellente époussette avec laquelle ils se battent les flancs. »

(^j pAOL Ballio», De t instinct de la propreté chez les animaux. Bazas, 1891, 2*édit. 1895.

Diverses espèces animales s'entr'aidcnt pour se donner ces soins de propreté.

On trouvera é<^lement dans le livre du docteur Ballion des détails fort intéressants sur h délicatesse de goût des animaux, les triages et apprêts qu'ils font subir à leurs aliments. Beaucoup d'espèces rejettent en effet ces derniers cpiand ils sont sales, corrompus ou altérés.

Tous les observateurs s'accordent à signaler avec admiration la propreté (les fourmilières^ le soin avec lequel les ouvrières éloignent de la demeure les matières de rebut. Voici comment s'exprime sur ce point M. Charles Janet, dont les fourmilières artificielles ont à bon droit attiré l'attention des visiteurs de l'Exposition de 1900.

« Une des choses qui frappe le plus lorsqu'on examine l'intérieur d'un nid de fourmis soit naturel, soit artificiel mais bien peuplé, c'est l'extrême propreté qui règne dans toutes les parties habitées. Les parois des chambres restent parfaitement propres; aucun corps étranger n'est laissé dans les galeries, on remarque surtout qu'il ne s'y trouve aucune moisissure. Ce n'est pas à l'action de l'acide formique que cela doit être attribué, mais à un enlèvement mécanique. »

Les fourmilières artificielles auxquelles nous faisions allusion montraient en effet avec la plus grande netteté cette propreté des alvéoles habitées, et l'accumulation des détritus dans certaines alvéoles inhabitées de la périphérie qui constituent de vraies « chambres de débarras » (D' Lemoine).

Les fourmis ensevelissent les morts à une certaine distance de la fourmilière. Dans les fourmilières artificielles où l'espace est limité, les animaux transportent les cadavres dans le point le plus éloigné de l'entrée des galeries. On trouvera dans le livre de Romanes le récit des observations remarquables de Mac Cook sur les mœurs funéraires de certaines espèces américaines.

Les abeilles nous fournissent des exemples aussi intéressants et non moins suggestifs. Voici ce qu'en dit Bûchner :

€ Ce que les abeilles ont le plus à redouter à l'intérieur, c'est un air vicié; car, vu le peu d'espace dans lequel elles se trouvent entassées, rien ne saurait être plus préjudiciable non seulement aux individus, mais à la masse en raison des affections dangereuses qui s'y répandraient. C'est pourquoi elles ont toujours soin d'excréter à l'extérieur, ce qui leur est facile en été mais difficile en hiver. A cette époque elles se serrent les unes contre les autres dans le haut de la ruche et y restent en général dans une immobilité complète; aussi une atmosphère viciée, des évaporations malsaines, en même temps qu'une nourriture insuffisante et de mauvaise qualité ne manquent-elles pas de produire leur effet sous forme d'une espèce de dysenterie qui emporte souvent en peu de temps des communautés entières. En pareil cas les abeilles profitent du premier beau jour pour se soulager et au printemps elles font en masse une longue promenade qui constitue comme un « vol de propreté. » Mais

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elles savent aussi mettre à profit les occasions qui peuvent se présenter de procéder à cette élimination dans des circonstances favorables à l'hygiène. Un ami de l'auteur, M. Henrich Lehrs de Darmstadt, remarqua que pendant une épidémie de dysenterie dont la majeure partie de son rucher eut à souffrir (les abeilles n'étant plus à même de retenir leurs excréments), une ruche avait été moins éprouvée que les autres. En Tcxaminant de près il s'aperçut que, par derrière, elle était toute maculée de déjections que déversait une sorte d'égouttoir établi par les habitants. Un morceau de l'enveloppe de terre glaise s'était détaché à cet endroit et avait mis h découvert une petite ouverture qui conduisait tout droit à la partie de la ruche où les abeilles se rassemblaient en hiver. Celles-ci n'avaient eu garde de perdre une si belle occasion de surmonter une difficulté que compliquaient encore les circonstances.

« Quand des souris, des limaces, des sphinx pénètrent dans une ruche, elles sont vite mises à mort et recouvertes d'une couche de propolis. Si l'enveloppe de propolis ne suffit pas à empêcher la putréfaction (ce qui arrive dans le cas d'une souris), les abeilles détachent de la carcasse toutes les parties putrescibles et les portent au dehors. Les cadavres de leurs camarades sont également déposes au loin. »

Voici maintenant comment Bûchner résume ce que l'on sait sur le système de ventilation que les abeilles emploient dans leurs ruches.

« Rien de plus curieux que le procédé des abeilles qui, pendant Tété et les grandes chaleurs, ont mission de veiller au renouvellement de lair nécessaire à la respiration de la communauté et à l'abaissement de la température dans la ruche. Cette dernière précaution est d'autant plus nécessaire qu'une température trop élevée, tout en étant nuisible aux abeilles elles-mêmes, feiait fondre la cire. Les insectes proposés à la ventilation s'alignent à diflerents étages dans Tintérieur et d'un battement continu et rapide do leurs ailes, agitent Tair et produisent ensemble un fort courant qui circule par toute la niche. D'autres abeilles postées à rentrée de la ruche éventent dans le même sens et accélèrent la sortie de l'air. Le courant qui en résulte est assez fort en ce point pour eniporler de petits morceaux de papier et pour éteindre une allumette (Iluber). On le sent facilement en tendant la main.

« Les ailes battent si rapidement (lu'on ne les voit pas renuier, ce qui n'empêche pas les insectes de fonctionner assez longtemps, car Iluber dit en avoir vus à Tœuvre pendant vingt-cincj minutes d'une seule traite. Quand ils sont fatigués, d'autres viennent les relever. Malgré toutes ces précautions il paraît, d'après ce que rapporte Jesse, que par de très fortes chaleurs, les aheilles sont (|uel(|uefois impuissantes à abaisser suffisamment la température, la cire fond, et ce contre-temps, en surexcitant les abeilles, les rend d'un abord dangereux. Kn pareil cas, elles sortent en masse de la luche et cherchent à en couvrir la surface pour la protéger contre les ravons brûlants du soleil. »

^ous arrélons là nos exemples; mais il ne faudrait pas croire que ce

souci (le la propreté de rhahitation soit le privilège exclusif des deux espèces d'insectes dont nous avons parlé. Nous pourrions mentionner Ja disposition si intéressante de Thabitation de la taupe ou de la marmotte, ccrfaines habitudes des chiens, des chats ou des oiseaux, etc.

Méconnaissance des règles élémentaires de l'hygiène chez rhomme. — L'homme, ce roi de la création, fait trop souvent triste mine en présence de ces animaux qu'il considère comme si éloignés de lui. Comparez h la délicatesse de goût dont les animaux font preuve, aux triages et apprêts qu'ils font subir aux aliments, aux soins de propreté répandus dans toutes les espèces animales, la description suivante des usages des Esquimaux.

« Les Esquimaux ne se lavent que rarement. Les parasites ne ({uittent jamais leur corps, leurs vêtements et leur lit. Lorsque l'Esquimau en attrape un, il l'écrase ordinairement entre ses dents.

« Pour manger aussi bien que pour préparer la nourriture, les Esquimaux ont des habitudes fort originales. Ainsi par exemple, ils mâchent le poisson avant de le mettre dans la marmite. Les aliments cuits à IVau sont placés sur un plat en bois après qu'on a bu le bouillon avec des cuillers en bois et en os. C'est avec les doigts qu'on prend le poisson dans le plat. La chair des oiseaux est déchirée aussi avec les mains et les dents. (Juant aux provisions crues, elles sont posées directement sur le sol ou sur une vieille peau, ce (|ui n'est guère plus propre. En mangeant, les Esquimaux s'emparent d'un grand morceau de viande qu'ils tiennent entre les dents et coupent le surplus h même la bouche. A un grand dîner le même morceau de viande fait ainsi le tour de la table. La graisse restée collée à la figure est grattée avec un couteau qu'on lèche ensuite en même temps que les doigts. »

Si l'on objecte que les conditions spéciales où vivent les Esquimaux justifient dans une certaine mesure ces manquements à l'hygiène, on n'en sîiurait dire autant des Hindous dont la civilisation est si ancienne et dont est sortie la race aryeime. Or voici ce que disait Simpson en 1891, au moment d'une épidémie de choléra a Calcutta :

« Les Hindous considèrent les excréments humains comme mîilsains et ne pouvant être touchés cpie par une caste particulière. Il en résulte que les sujets des autres castes sont absolument incapables de se soustraire aux conséquences de l'accunuilation des matières fécales. Plutôt (|ue de les éloigner eux-mêmes, les Hindous respirent les émanations qui se dégagent de ces amas d'excréments. Ceux-ci d'autre part souillent le sol. Les flaques d'eau, qui servent à l'alimentation, aux ablutions et î\ tous les usages domestiques sont régulièrement infectées pjir les matériaux entraînés par les gnmdes plui(»s. Souvent du reste une fissure met directement et continuellement en contact les amas d'ordures et l'eau des puits.

« Ajoutons que dans les villages hindous (bustees), les huttes sont

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entassées ne laissant entre elles que des sentiers étroits, tortueux, dans lesquels l'air et la lumière ne peuvent pénétrer. Chacune de ces huttes renferme du reste de nombreux compartiments très étroits s'ouvrent tous sur une petite cour centrale où se trouvent le puits et la fosse d'aisajaces commune à tous les habitants. »

La comparaison entre cette capitale indienne et l'habitation collective des fourmis ou des abeilles ne tournerait pas à l'avantage de la première. On pourrait en dire autant de certains quartiers de grandes villes. Voici comment Jules Simon résumait les communications du regretté docteur Du Mesnil sur les logements insalubres de Paris :

«c M. Du Mesnil cite des chambres sous les toits n'ayant qu'une lucarne. Cette lucarne ne donne pas toujours sur la rue. Plusieurs s'ouvrent sur des cours infectes, ou sur des escaliers ou sur des couloirs. Il n'y a pas de cheminées, aucune prise d'air.

« Beaucoup de ces logements n'ont pas de cabinets d'aisances. La cour, s'il y a une cour, la rue, l'escalier, quelquefois la chambre, sont le réceptacle de toutes les ordures. Quand il y a des cabinets, ils sont insuffisants pour le service des locataires. Pas de fermetures, des trous béants. Pas d'écoulement pour les urines qui constituent une mer pénétrante. Les tuyaux de chute traversent quelquefois des chambrées sans être recouverts par aucune enveloppe. Il en a trouvé qui sont crevassés de sorte que les matières fécales se répandent au dehors. Dans plusieurs maisons, les cabinets sont placés de telle sorte que leurs exhalaisons envahissent directement les dortoirs. Dès le seuil, on est pris à la gorge. Une nuit passée dans ces logements est beaucoup plus débilitante, beaucoup plus dangereuse qu'une journée du travail le plus pénible.

« L'eau manque. 11 n'y en a pas pour laver le local, ni pour se laver soimême. Et qui songerait à se laver dans ces ordures? 11 n'y a pas non plus d'éviers ou de plombs. Quand par hasard il y en a, leur saleté est révoltante pour tous les sens.

« Le sol n'est pas toujours planchéié ou même carrelé, les immondices s'y accumulent, le couvrent entièrement. Le rapporteur cite des cours où raccurmilation d'ordures est si énorme que les pièces du rez-de-chaussée se trouvent maintenant en contre-bas. Elles reçoivent les écoulements de toute nature par leurs portes mal jointes et crevassées.

« On imagine quel peut être le mobilier. Il n'y a pas même toujours de lit. Au moment de la visite, dans une chambre habitée par une famille de six personnes, il n'y avait que deux lits à moitié pourris. Dans l'un était un enfant avec la fièvre typhoïde, dans l'autre le mari paralytique.

« Les logeurs entassent les hommes dans ces taudis, sans aucun souci des règlements; ils y entassent aussi quelquefois les bêtes pêle-mêle avec les humains. L'odeur qui se produit est indescriptible. On peut dire à la lettre qu'on y respire la mort. »

Hygiène chez les pauvres et dans les classes aisées. — SoliHaritô.

— Nous avons choisi nos exemples dans des populations primitives ou dans les classes misérables des grandes villes, et de fait ces manquements grossiers à l'hygiène sont surtout fréquents chez les sujets pauvres et sans instruction.

Aussi ne sera-t-on pas surpris d'apprendre que la morbidité et la mortalité sont, toutes choses égales d'ailleurs, beaucoup plus fortes chez les pauvres que chez les riches. Voici quelques chiffres très démonstratifs.

A Paris, la mortalité annuelle pour 1000 est de 10,8 chez le riche, 45 chez les pauvres.

A Berlin les chiffres respectifs sont de 7,5 et de 105: à Trieste, de 25 et de 134.

La différence est au moins aussi marquée si Ton n'envisage que la mortalité infantile.

Berlin, 5,5 pour 100 enfants riches, 3i,5 pour 100 enfants pauvres; Bruxelles, (i et 54.

Il ne faudrait pas croire toutefois que Vhygiène soit en raison directe du bien-être et de la civilisation.

Dans les classes aisées, certaines imperfections existent que Ton ne trouve pas dans les classes pauvres. Telles rinsufTisance d'exercice, Fabus de Tâlimentation carnée, le séjour dans une atmosphère moins pure qu'à la campagne. Faut-il insister sur l'abus des rideaux, des tapis et des tentures qui retiennent les poussières et s'opposent à l'action bienfaisante de l'air et de la lumière?

U hygiène nous fait du reste voir^ plus que toute autre science, quelle solidarité étroite unit non seulement les habitants d'une même ville^ d'un même pays, mais encore ceux de toute la surface du globe.

Les maisons insalubres qui confinent souvent immédiatement aux habitations les plus modernes et les plus confortables, sont une source de dangers de tous genres pour les hSbitants de ces dernières.

L'eau captée en apparence avec le plus grand souci à grande distance d'une grande ville peut être contaminée par les déjections des habitants d'un hameau situé au voisinage de la source. Niera-t-on, en pareil cas, l'importance pour les citîidins du respect de l'hygiène par les villageois?

Les grandes maladies épidémiques, qui à maintes reprises au moyen âge décimaient les populations, sont devenues de plus en plus rares et les foyers où le fléau se maintient à l'état endémique sont pour la plupart situés dans des régions lointaines, peu habitées et n'ayant que peu do . relations avec le reste du monde. I^a persistance de ces foyers n'en constitue pas moins un danger perpétuel pour tous et leur suppression doit être une des principales préoccupations des habitants dans toutes les régions du globe, quel que puisse être leur éloignement.

Importance de l'hygiène pour les pouvoirs publics. — On voit que la solution de toutes ces questions d'hygiène n'intéresse pas seulement des particuliers pris isolément, mais qu'elle a un intérêt général. Nous

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ajouterons que pour la plupart d^entre elles on ne saurait obtenir satisfaction qu'en unissant les eflbrts et que l'intervention des collectivités devra le plus ordinairement être mise à contributioUt qu'il s'agisse de trouver les forces ou les crédits nécessaires ou d'obtenir les sanctions législatives ou pénales dont on ne saurait se passer. On a pu dire avec raison que l'hygiène était un des chapitres essentiels de Téconomie politique, que la préoccupation d'assurer les progrès de Thygiène devait être l'objectif principal de la politique. Disraeli n'a pas craint de dire au Parlement anglais : « La santé publique est la base sur laquelle repose le bonheur du peuple et la force de l'Etat ».

Nous choisirons quelques-uns des documents que l'on a fait connaître de divers côtés et dont l'objet est précisément de montrer quel profil matériel TÉtat peut retirer des progrès de l'hygiène. Pour cela on cherche à déterminer ce que font perdre les décès prématurés, les journées de maladie, etc.

Le gouvernement allemand a, comme Ton sait, imposé à ses ouvriers l'assurance obligatoire contre les maladies. En 1891, les caisses d'assurances comptaient 16 millions et demi de membres. Les caisses ont eu à soutenir 2 millions de malades. Pour chaque malade on a dû payer en moyenne la subvention pondant 17 jours. La somme versée de ce chef pour frais de maladie a été de 111 millions de francs. Si l'on tient compte de ce fait que l'Empire allemand comptait 44 millions d'habitants, on peut estimer que pour tous les habitants de l'Empire allemand les frais de maladie pendant cette année se sont élevés à 812 millions.

Il convient de faire aussi la part de la somme perdue pendant ce temps, en raison de la suspension du travail. Cette somme n'est pas inférieure à 313 millions. Ce qui ajouté à la somme précédente fait déjà plus d'un milliard.

Et dans cette évaluation n'entrent pas en compte les pertes dues aux décès.

Rochard a Itût pour la France des calculs analogues. Fixant, coinnie l'avaient fait Chadwick et Farr, un chiffre de la valeur moyenne de l'existence de la vie humaine, il admet ([u'en 1880, où il y a eu 858237 décès, on peut évaluer le capital perdu par cette disparition à 940 millions. Un milliard si l'on y ajoute les frais de sépulture.

D'un autre coté, il chiffre à 708 millions la somme perdue du fait des maladies.

On voit quel profit réaliserait la société du fait de la diminution des maladies, de la prolongation de rexislence.

Ces deux objectifs sont loin d'être irréalisables. En voici la preuve :

En Angleterre, la mortidité annuelle était par 1000 habitants de 70 aa xvif siècle, de 22 il y a 25 ans, de 18 à Theure actuelle.

Dans les autres pays européens, la diminution est également générale, sans cependant être aussi grande que dans le premier.

En France, de 23 il est descendu à 21,73 (1891 à 1897); en Italie, de

50 (1872-1880), h 24,9 (1891-1897); en Allemagne, de 26,8 (1841- 1850), à 22,64 (1891 à 1897); en Autriche, de 32,55(1806-1870), à 29,84(1891-1897).

Maladies ôvitables. — L'analyse des statistiques nous permet d'établir quels sont les principaux éléments de cette diminution générale de la mortalité. Klles montrent en eflet que dans une même localité, dans un même pays, certaines causes de mort entrent pour un chiffre à peu près invariable dans le total des décès annuels, que d'autres au contraire présentent des variations sensibles. Ce sont ces dernières qui peuvent être surtout modifiées et contre lesquelles doit porter avant tout l'effort des hygiénistes.

C'est ainsi qu'en 1858 Greenhow et John Simon ont pu affirmer que la mortalité annuelle en Angleterre dépassait au moins d'un quart ce qu'elle eut du être.

Ces auteurs font, en effet, remarquer que, tandis que la moyenne des décès dans l'Angleterre et la principauté de Galles était de 22,6 décès par 1000, on comptait 64 circonscriptions où le chiffre était de 15 à 17. Comme on ne saurait dire que dans ces 64 circonscriptions la mortalité était trop faible, on doit trouver que dans les 564 autres la mortalité était trop forte.

Si l'on entre dans le détail dos causes des décès, on reconnaît que beaucoup d'entre ces causes pourraient et devraient diminuer ou disparaître.

Une seule cause de mort peut être dite normale, physiologique^ cesl la vieillesse. On ne saurait évidemment fixer rigoureusement l'àge auquel la débilité progressive des organes et appareils permet de considérer le terme de l'existence comme régulier. Il y a, sur ce point, de grandes différences individuelles. On peut, toutefois, fixer cet âge h 80 ou à 75 ans. Or, sur 100 décès il n'y en a pas 10 chez des personnes ayant atteint ou dépassé 75 ans.

Considérons encore comme au-dessus des efforts de l'hygiéniste et comme irréductibles, les décès par ti*aumatisme, par malformations ou débilité congénitales, par maladies diathésiques héréditaires, par alimentation insuffisante.

Il y aura lieu, en revanche, de considérer comme susceptibles de diminution, voire de disparition, trois groupes de maladies qui occupent, dans les statistiques des décès, des places prépondérantes.

Ce sont d'abord les maladies contagieuses; ce sont, ensuite, les affections engendrées par la malpropreté, filih diseases. C'est enfin un groupe en apparence assez incohérent englobant des maladies très diverses, mais qui ont ce trait commun de présenter une répartition tout à fait inégale sur les divers points du territoire.

Dans leur deuxième groupe, Greenhow et Simon signalent :

Le choléra, qui, dans certiûnes localités, n'a causé aucun décès, tandis <|u'ailleurs il a fait mourir 4,03 habitants sur 1000; les affections diar-

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rhciques, qui varient de 0,4 à 3,45; les fièvres continues, 0,21 à 2,09; la variole, 0 à 1,46.

Dans le troisième groupe, ils indiquent la tuberculose pulmonaire, dont la part, dans la mortalité annuelle pour 1000, varie de 2,29 h 5,88; les aOections pulmonaires non tuberculeuses, 0,66 à 8,69; les maladies infectieuses de l'enfance, 6,94 à 21,49; les convulsions de l'enfance, 2,8 à 38,3; les aiïcctions thoraciques de l'enfance, 2,13 à 28,97.

On voit quelles réflexions intéressantes pouvait suggérer l'analyse approfondie des statistiques mortuaires, quelles espérances elle pouvait faire naître, quel encouragement elle apportait aux efl'orts des hygiénistes. C'est en se basant sur ces enquêtes que le gouvernement anglais a été amené à faire, en matière de législation et de travaux sanitaires, cet efTort si considérable et de conséquences si importantes non seulement pour ce pays, mais encore pour le monde civilisé tout entier.

Si nous envisageons isolément quelques-unes des maladies que John Simon qualifiait d'évitables, nous pouvons montrer par leur diminution graduelle la légitimité de cette épithète.

Voyons d'abord les ravages causés par le choléra en Angleterre au moment de ses diverses incursions européennes.

En 1848-1 «49 le total des d»Hès a été de 55 181

En 1853-1851 — 2i MO

En 18tt5-1866 — 10 675

En 1873-1875 — »

En 188M887 — .

En mn-imo — lio

La fièvre typhoïde, qui par la continuité de son action est une cause de mortalité aussi importante cerliiinement que le cboléra, a diminué de tous côtés dans dos proportions bien sensibles.

En Angleterre, en 1878, la proportion des décès par 1 0(K) 000 d'habitants étuit de 306; en 1888 de 172, en 1897 de loO.

A Berlin, la fièvre typhoïde entrait dans la mortalité générale dans une proportion :

En 185i-186(), de 38.8 pur 1000

Kn 1800-1870, de 30,t>6

En 1870-1880.de t>3,05 —

En 1880-181H), de 7.13 —

A Munich, la même maladie causait :

En 1858 3,34 dêeès par UK) 000 hahitants.

En 1887 OJO —

La scarlatine marque une décroissance sensible en Angleterre.

En 1878 753 décès par 1 million.

En 1888 22() —

En 1807 147 —

Comme pour la fièvre typhoïde, il s'agit ici d'une décroissance régulière progressive et où l'on ne saurait invoquer Tinfluence du hasaixl.

Dans un autre groupe de maladies, dont John Simon déjà faisait pressentir la diminution probable sous Tinfluence des efforts de Thygicne, dans la tuberculose, une diminution de même importance est appréciable dans diverses statistiques.

En Angleterre, la tuberculose sur 1 million d'habitants causait :

De 1861 à 1870 2475 dùciis.

De 1871 à 1880 2116 —

De 1881 à 1890 173i —

Dans rÉtat de Massachusetts, par lUOOO habitants :

De 1851-1855 41,1 |>ar 10000 habitants.

De 1856-1860 38.0 —

De 1861-1865 56.5 —

De 1866-1870 53,4 —

De 1871-1875 5i,6 —

De 1876-1880 51.0 —

De 1881-1885 31,4 —

De 1886-1800 27,3 —

De 1891-1893 23,6 —

Nous aurons l'occasion de montrer la disparition à peu près complète de la variole en Allemagne et dans tous les pays où Ton pratique la vaccination d'une façon sérieuse ; celle de la lèpre en Norvège ; de la fièvre intermittente en Angleterre et dans maintes parties de la France.

Divisions de l'hygiène. — On a de tout temps distingué l'hygiène privée et Thygiène publique. I.a première a pour objet la conservation de la santé de l'homme envisagée isolément, la seconde celle de la collectivité. En réalité, la démarcation entre Thygiène de l'individu et l'hygiène de l'espèce n'est jamais nettement tranchée, et, dans aucun traité d'hygiène, l'auteur n'a jamais pu s'y conformer d'une façon rigoureuse.

Ce ne sont pas, tant s'en faut, les seules distinctions que Ton a pu faire. Il existe une hygiène de l'homme aux divers âges, une hygiène de la femme enceinte et de l'accouchée, une hygiène des sujets prédisposés ou entachés de diverses tares héréditaires ou acquises, une hygiène spéciale aux diverses professions, une hygiène militaire, navale, coloniale. Nous ne saurii)ns, évidemment, épuiser ni même esquisser chacun de ces divers chapitres. Force nous est de nous contenter d'une sorte de sommaire.

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