CHAPITRE II
Susceptibilité et résistance individuelles. Part de rhcrcdité. Tempéraments. Modificateurs généraux. Gymnastique. — De l'air. — De Teau. — Aliments et boissons. Alcoo lisme. — Vêtements. Habitations.
Avant d'envisager la façon dont l'homme se comporte vis-à-vis des modifications ambiantes, il convient de ne pas oublier qu'il existe de grandes différences dans la susceptibilité et dans la résistance individuelles.
Susceptibilité et résistance individuelles. Part de Thérédité. Hodification. — Certaines de ces particularités sont communes à quantité d'individus habitant une même contrée ou des localités situées dans des conditions analogues. On ne saurait se dispenser, à cette occasion, d'évoquer le parallèle que, dans son traité de l'air, des eaux et des lieux, Hippocrate établit entre les habitants de l'Asie et de l'Europe. Après avoir attribué les dissemblances à la répartition des saisons, il montre Tin fluence des coutumes. « Dans l'origine, l'usage seul était la cause de l'allongement de la tète des macrocéphales ; mais aujourd'hui la nature vient en aide à l'usage. Dès que l'enfant vient de naître, et pendant que dans ce corps si tendre la tcte conserve encore sa mollesse, on la façonne avec les mains et on la force à s'allonger à l'aide de bandages et de machines convenables qui en altèrent la forme sphcrique et en augmentent la hauteur. D'abord c'était l'usage qui opérait de force le changement dans la configuration de la tête; mais, avec le temps, ce changement est devenu naturel et l'intervention de l'usage n'est plus nécessaire. En effet, la liqueur séminale provient de toutes les parties du corps, saine des parties saines, altérée des parties malades. Si donc de parents chauves naissent généralement des enfants chauves, de parents aux yeux bleus des enfants aux yeux bleus, de parents louches des enfants louches, et ainsi du reste pour les autres variétés de la forme, où est l'empêchement qu'un macrocéphale n'engendre un macrocéphale? »
Ces considérations sont encore vraies de nos jours et l'hygiéniste ne saurait s'en désintéresser. Sans doute, les termes du problème sont autrement complexes. Dans ces qualités spéciales à certaines races, on ne voit pas intervenir seulement les différences des climats. Il y a aussi Tinfluence de Vaccoulumance, V immunité conférée par une maladie dans Venjance. Les recherches si intéressantes de Koch et des membres de la
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mission an«;laisc nous ont montré, par exemple, que dans les pays où sévit la fièvre paludéenne, la présence d'hématozoaires est à peu près constante dans le sang des jeunes enfants. On ne les retrouve plus dans le sang des indigènes adultes. Les enfants qui ont résisté à cette infection possèdent désormais une immunité marquée. Ainsi s'explique une particularité qui, pendant bien longtemps, semblait inexplicable : la susceptibilité extrême des Européens arrivant dans ces régions et l'absence de fièvre intermittente parmi les indigènes.
Ce qui est vrai de la fièvre intermittente l'est, sans aucun doute, de la fièvre jaune et de nombre d'autres infections.
Quant à l'influence de V hérédité invoquée par llippocrate, personne ne songe aujouixl'hui à la mettre en doute, et l'hygiéniste en prend un souci de plus en plus marqué. Qu'il s'agisse de la transmission de maladies contagieuses par l'hérédité connue pour la tuberculose ou la syphilis, que l'on envisage les effets déplorables de certaines intoxications des ascendants comme l'alcoolisme, ou bien que l'on se préoccupe des effets fâcheux de certaines unions consanguines, ce sont là questions touchant l'hygiéniste au premier chef.
On ne saui'ait trop se préoccuper de prévenir les conséquences fi\cheuses de pareilles unions, et il convient de faire connaître, le plus largement possible, leurs dangers. Beaucoup de médecins et de législateurs ont jMînsé que l'on était en droit de faire davantage, de rendre ces unions impossibles en les interdisant d'une façon rigoureuse. Cette opinion, jusqu'à l'heure actuelle, n*a pas été adoptée par la majorité. Sans parler de l'atteinte portée à la liberté individuelle, on fait valoir avec raison l'impossibilité où l'on sera d'obtenir des renseignements exacts, les dangers qui résulteraient de la suppression du secret professionnel. Ajoutons que la transmission de ces affections par hérédité est loin d'être constante, et qu'en voulant pousser trop loin la sélection, on risquerait de diminuer encore la nuptialité et la natalité, qui décroissent déjà d'une façon très sensible.
L'accord sera certainement plus parfait au sujet des mesures à prendre pour assurer le repos et la santé de la femme pendant les derniers mois de la grossesse, pour protéger le nouveau-né, dont la santé est si fragile et dont l'existence ultérieure se ressentira souvent indéfiniment des errements de la première période. De ce côté nous pouvons noter des progrès très appréciables. Des règlements et des lois protègent les ouvrières pendant les derniers mois de la grossesse. Diverses villes possèdent des établissements où elles peuvent se reposer. Un service de surveillance des enfants en nourrice permet de s'assurer que ces enfants sont bien soignés et bien nourris. Des efforts considérables ont été réalisés pour mettre à la disposition des mères incapables d'allaiter leurs enfants un lait de bonne qualité, inoffensif. Nous renvoyons aux ouvrages spéciaux pour l'étude de ces diverses questions, dont on ne saurait dire assez l'intérêt.
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Après avoir fait la part de la race, des influences locales, de rhérédité, il reste encore des diilerences individuelles fort importantes qui font que certains sujets réagissent d'une façon très différente aux diverses excitations comme aux influences morbides.
Les anciens expliquaient ces différences en invoquant les tempéramenU et ils définissaient le tempérament suivant les idées doctrinales en vogue comme indiquant la prédominance d'une humeur, d'un organe, d'un système. Aujourd'hui on ne s'arrête certes pas aussi longtemps à la définition et à l'élude des tempéraments. Si le mot est peu employé, si les explications paraissent surannées, l'idée initiale de différences individuelles dont nous ignorons encore la cause n'en reste pas moins exacte. L'un des objectifs principaux de Thygiéniste devra être naturellement de modifier ce qui pourra être fâcheux dans ces tempéraments, et dans ce but on devra s'attaquer aux divers modificateurs; l'air, la lumière, les aliments auront dans ces cas une influence évidente.
On sait quelles transformations opère le séjour à la campagne^ sur les hauteurs, au bord de la mer : colonies de vacances pour les enfants anémiés des grandes villes, séjour au bord de ia mer pour les rachitiqucs et les scrofuleux, station d'altitude pour les tuberculeux et les prédisposés. Nous nous bornerons pour le moment à rappeler quel concours précieux pourront fournir les exercices physiques.
Ces derniers étaient en grand honneur chez les anciens qui en avaient généralisé et réglé l'usage.
Athènes avait trois gymnases : le Lycée, le Cynosarge et l'Académie, placés sous la surveillance d'un magistrat élu par le peuple, le gymnasiarque. Cliaque gymnase avait un directeur ou gjmnaste chargé de ia direction méthodique des exercices et de l'appropriation à l'Age et à la force des élèves qui trouvaient dans le pédolribe un guide pour le détail des manœuvres. La gymnastique était militaire, athlétique ou médicale selon le but que Ton se proposiiit. Ce souci des exercices physiques (pic nous retrouvons chez les Romains diminua beaucoup par la suite. Il faut arriver à la lin du xvin*^ siècle et au commencement du xix*^ pour le voir revenir en honneur. Jahn, Pestalozzi, Fellenberg, Anioros furent les initiateurs de ce retour à la gynmastique. L'utilité et rinq)ortance des exercices physi(|ues sont tlevenues de plus en plus évidentes et il est juste de signaler à cette occasion l'impulsion donnée à ces éludes parles médecins et gynmastes suédois. Nous n'avons pas à envisager seulement ici les exercices de gymnastique qui mettent en jeu des groupes musculaires déterminés, mais encore tous les sports, marche, équitation, canotage, escrime, lutte, etc.
Tous ces exercices n'ont pas seulement pour résultait de développer la force musculaire et l'adresse. Ils ont une influence très marquée sur la circulation, la respiration, la digestion et le système nerveux. Ici comme partout l'abus pourrait élie dangereux et les exercices doivent être en rapport avec la force et l'Age du sujet.
Les anciens ne séparaient pas les bains des gymnases. Il y a, en effet, une relation très étroite entre les bains et ablutions qui endurcissent la peau et les exercices physi(|ues qui fortifient les muscles. Ici encore nos contemporains tendent de plus en plus à se conformer aux indications (|ue nous laissent les antiquités grec(pie et latine. On multiplie les bains publics. On développe le plus possible les bains doucbes populaires dont l'utilité est bien établie.
De Tair. — L*homme ne saurait vivre sans respirer. De tous ses besoins celui d'un air suffisamment ricbe en oxygène est sans contredit le plus indispensable. Aussi est-ce par Pétude de Pair atmosphérique qu'il convient de commencer. Dans Tair libre la quantité d'oxygène ne subit que des modifications peu importantes. A la suite des orages, une faible quantité d'oxygène se trouve condensée et transformée en ozone, oxydant très énergique. Bien que la proportion d'ozone en pareille circonstance reste toujours bien faible, on a cependant admis que les variations dans la (|uantité de ce gaz ont une grande influence sur la fréquence et la gravité de plusieurs maladies. Rien n'est du reste venu confirmer ces affirmations. Plus importantes de beaucoup sont les variations dans la quantité d'acide carbonique qui ne saurait atteindre 3 pour 100 sans danger pour l'existence. L'acide carbonique de l'air a diverses origines. Il est d'abord fourni par Tair expiré. Il peut avoir pour origine diverses actions chimiques et notamment la combustion, la fermentation. L'action délétère de l'air confiné n'est certainement pas le fait exclusif de la production plus grande d'acide carbonique, bien que l'on n'ait pas réussi encore à isoler, comme avaient cru le faire Brown-Séquard et d'Arsonval, le poison volatil spécifique contenu dans l'air expiré. Parmi les éléments gazeux nocifs renfermés quelquefois dans l'air, nous signalerons l'oxyde de carbone qui, «l'après les travaux de Grehant, Nicloux et Gautier existerait toujours dans l'air des villes, les vapeurs sulfureuses, sulfhydriques, nitreuses, etc., qui sont assez souvent présentes dans l'atmosphère des cités industrielles ou qui peuvent avoir pour origine diverses putréfactions ou décompositions.
Des corps pulvérulents de diverses natures sont habituellement sus- |)endus dans l'air en proportions très variables, suivant les lieux et suivant les moments. Ces poussières sont surtout abondantes dans l'air des villes, des usines.
M. Armand Gautier, qui a fait des recherches très consciencieuses sur les fumées de Paris, arrive à cette conclusion que par mètre carré il se fait par an 2 grammes de suie solide, soit 5'"',18 par jour, et si l'on répartit cette suie sur une hauteur de 6250 mètres, cela fait un millième de milligramme par mètre cube. Cette suie n'est pas exclusivement composée de carbone, on y trouve des hydrocarbures, des bases organicpies, de l'acide sulfurique, de Tacidc chlorhydrique, de l'ammoniaque, du fer, etc.
Au point de vue hygiénique, la présence de cette suie n'est point
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indifTcrcnte malgré sa faible proportion. Ces particules solides ont la propriété de condenser la vapeur d^eau autour d^elle, de former des brouillards plus ou moins légers qui arrêtent les radiations les plus réfrangibles, c'est-à-dire les rayons bleus, violets et ultraviolets qui possèdent le pouvoir bactéricide le plus élevé.
M. Gautier fait remarquer encore que la lumière agit sur la santé, qu'elle excite Talimentation et la vie, qu'on ne saurait s'en priver sans souffrir. Il est hors de doute aussi que les brouillards et fumées en pénétrant dans les bronches sont une cause d'irritation.
Nous avons indiqué la présence dans les fumées des villes, de produits volatils comme les acides sulfurique et chlorhydrique, dont la présence n'est pas sans inconvénient, même en petite quantité. Il ne faut pas oublier que dans diverses industries la proportion de ces acides ou d'autres subsUinces chimiques plus dangereuses encore peut être sensiblement plus considérable. Il y a lu une source d'inconvénients très grands et l'on comprend comment cette question des fumées des établissements industriels et des villes présente d'intérêt.
L'ordonnance de police de 1898 a interdit de produire à Paris une fumée noire épaisse et longtemps prolongée. En Angleterre, les tribunaux ont décidé que le temps de dégagement de fumée opaque par heure serait réduit à deux minutes, quelquefois môme à une minute seulement.
Il ne suffit pas seulement de priver les fumées de leurs matières en suspension, mais aussi et surtout de leurs gaz délétères. M. Géranlin a préconisé la précipitation et le lavage des fumées par intromission de vapeur d'eau sur leur trajet.
Nous n'avons parlé jusqu'à présent que des poussières dérivant des combustions. On trouve en suspension dans Pair quantité do poussières d'autres origines, d'abord colles qno le vont, lo brossage ou le balayage détachent de la surface du sol ou dos objets. Ces poussières gônôraloment de nature ininorale peuvent servir au transport de matériaux orj^^aniques ol |>ar suite de iniorobos. C'est à ce mode de transmission que Ton attribue dans le plus grand nombre dos cas la transmission de la tuberculose. Fliigge et sos élèves ont montré (|uo cotte dernière peut également être transmise par les gouttelettes licpiidos (jui sont projetées hors de la bouche du malade au moment do la parole, do la toux, de rôternuomcnt, etc.
Citons enfin les diverses professions dans los(|uellos il y a production abondante do poussières de charbon, do silice, d'oxyde do for, etc., |M)U>sièros auxquelles sont dues ces alloctions décrilos sous le nom de piicumoconioses qui frappent les ouvriers mineurs, les sculpteurs, les nunoneurs, les polisseurs, etc.
Prenons un autre ôlomont, la température de Tair. Cette tonipératiire à la surface du globo présente des extrùmos fort éloignés. On Ta vue s'élever jusqu'à -+- 07,7 degrés dans le Sahara, tomber jusqu'à — 71 degrés dan> les régions polaires.
Dans une même localité la température varie suivant les saisons dans des proportions plus ou moins grandes. Ces oscillations sont plus marquées dans les zones tempérées que dans les régions tropicales, aux centres des continents que sur les côtes; de là la distinction de divers (Climats.
Il n'est pas besoin de rappeler que dans la même journée la température sur le même point peut présenter des écarts considérables.
En présence de ces différences de température, la température du corps humain reste invarial)lc. Ce résultat est surtout obtenu au moyen des modifications des sécrétions, de la circulation cutanée, des combustions dans les organes. Mais cela n'implique pas que nous ne puissions intervenir plus activement et plus effectivement dans la défense.
I/étude et la prophylaxie de Tinsolation, des coups de chaleur, de la congélation, ne manquent pas d'intérêt.
Certaines maladies sont plus fréquentes dans la saison froide, d'autres pendant les chaleurs. Si pour la plupart de ces maladies Tinfluence de la température ne s'exerce que d'une façon tout a fait indirecte, il en est d'autres où la relation de cause à effet est plus évidente, où la maladie succède presque immédiatement à l'exposition au froid (pneumonie).
L'importance de la lumière ne saurait encore être aujourd'hui suffisamment indiquée. On commence, en elïct, seulement à reconnaître faction de certaines radiations solaires. Cette action ne parait pas s'exercer seulement sur les agents pathogènes, elle s'adresse sans doute aussi à des cléments cellulaires du corps humain.
11 n'est pas nécessaire de signaler l'importance que présentent pour l'hygiène les modifications dans la pression atmosphérique. Les personnes qui vivent sur les hauts plateaux, les sujets qui montent en ballon ressentent à degrés divers les consé(|uences du séjour dans un air raréfié. Les progrès du génie civil ont rendu plus fréquents des accidents dus à 1 air comprimé.
Là ne s'arrêtent pîis les modifications de l'atmosphère intéressantes, il faut y ajouter la teneur hygrométrique, l'intensité et la direction des vents ou des courants atmosphériques, la question des pluies, des neiges, les modifications électriques.
Ces diverses influences météorologiques n'opèrent ordinairement pas d'une façon isolée. Il en résulte que l'on a généralement benUicoup de peine à décider quel est, dans les influences saisonnières par exemple, l'agent essentiel.
Des eaux. — L'eau est pour nous, comme l'air, un élément de première nécessité. Elle est nécessaire d'abord pour calmer la soif, sensation inséparable de la déperdition continue du liquide par les sécrétions et excrétions, par l'expiration. Elle sert aussi à préparer les aliments, à nettoyer le corps, les objets, les locaux, etc.
Une eau doit être fraîche, transparente, incolore, dépourvue de goût et d'odeur. Ces qualités physiques d'appréciation facile ne suffisent pas
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et Ton attache, avec raison, grande importance aux résultats de rexameD chimique et bactériologique.
L'eau renferme, le plus ordinairement, une quantité assez faible de gaz, de sels minéraux et de matériaux organiques. Les sels peuvent, comme les matières organiques, mancpier à peu près complètement dans certaines eaux servant à l'alimentation : eaux de pluie, eaux de distillation, eaux venant de terrains basaltiques ou granitiques. Ces eaux chimiquement pures ne sont pas toujours d'une digestion aussi facile et il semble que Tabsence des sels minéraux leur enlève une partie de leur rôle dans la nutrition. Elles ont le grave inconvénient d\ittaquer le plomb métallique et il importe de ne pas perdre de vue celte particularité et d'éviter de leur faire traverser une canalisation dans laquelle entrera ce métid.
L'excès de sels calcaires a des inconvénients d'un autre ordre. L'ean encrasse trop vite les récipients dans lesquels on la fait chauflTer. Elle se prête mal au lessivage.
Les sels de fer, assez souvent présents dans certaines eaux, n'ont pas seulement le défaut de leur communiquer un goût particulier et d'altérer leur couleur; ils favorisent le développement de certaines algues du genre crenothrix.
Une proportion marquée de matériaux organiques traduit ordinairement une souillure de l'eau par des matières fécales. Elle peut avoir pour origine la décomposition de produits d'origine végétale (tourbières).
On a attaché une grande importance aux gaz dissous dans l'eau et attribué à la présence de ces gaz la digostibilité de l'eau. Cette opinion a fait repousser la stérilisation par la chaleur et l'ébullition. On est un peu revenu de cette opposition. 11 est du reste facile de rendre à Tenu bouillie la majeure partie de ses gaz.
Après avoir attaché une importance énorme aux résultats de Tanalyst» chimique, beaucoup d'hygiénistes considèrent celle-ci comme moins utile que Tanalyse bactériologique. Celle-ci, comme Ton sait, peut étn^ (|uantitative ou qualitative. Dans le premier cas, on détermine le nombn* (le bactéries contenues dans un centimètre cube d'eau. On euqdoie pour cela la méthode des cultures fractionnées de Miquel et surtout la métho<]o des plaques de gélatine de Koch.
L'analyse (piantiliitive a surtout une valeur comparative. Elle pennet de contrôler et les variations de souillure d'une même eau et l'eflicacité (les procédés d'épuration employés. Elle demande une attention très grande au moment d(*s prélèvements et (hi trans[)ort.
1/analyse cpuditative recherche dans l'eau les bactéries pathogènes, b constatation de ces dernières est très délicate et, si un résultat positif a une valeur décisive, un n'sultat négatif n'impli(pie nullement que les bactéries pathogènes mancpient constauunent et ne pourraient être constatées à un autre moment. Si la présence d'un vibrion cholérique ou d'un bacille typhique bien caractérisés a une valeur décisive, on ne sau-
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rail en dire autant (Kim autre micro-organlsnie, le coli-bacille, qui pour beaucoup d'auteurs a paru être un témoin d'une souillure de l'eau par les déjections. Le coli-baciile est un organisme des plus répandus et il peut avoir une tout autre origine que les déjections de l'homme ou des animaux domestiques.
Sans refuser aux éléments précités une grande valeur, il convient d'insister sur l'utilité et même la nécessité d'un examen sur place qui permettra de reconnaître diverses sources de pollution; cet examen n'envisagera pas seulement ce qui se passe à la surface du sol, il tiendra un compte non moins sérieux des conditions géologiques du terrain au niveau duquel émerge l'eau cpie l'on se propose de capter.
Dans maintes circonstances on sera amené «V répéter les examens de façon à pouvoir déterminer les conséquences des grandes pluies, de la sécheresse, etc. On s'assurera du degré de perméabilité du sol en déversant à sa surface des substances colorantes (fluorescéine), des émulsions de bactéries faciles à reconnaître (prodigiosus, levure de bière), etc.
Les eaux que l'on fait ser\ir à l'alimentation ont des origines très diverses : eaux pluviales recueillies dans des réservoirs métalliques ou dans des citernes, eaux de cours d'eau ou d'étangs, eaux de sources, eaux de puits, eau provenant de la distillation de l'eau de mer, etc.
Les eaux de cours d'eau sont sujettes à des pollutions sérieuses, surtout s'il s'agit de rivières ou de fleuves servant h la navigation. Elles ont besoin d'une épuitition.
Les eaux de puits valent ce que vaut la nappe d'eau dans laquelle elles s'alimentent. S'il s'agit d'une nappe suffisamment profonde recouverte par un terrain sablonneux sans fissure, l'eau pourra présenter de grandes gîiranties à la condition que les parois du puits seront étanchées et que les infiltrations de surface ne pourront y pénétrer.
Les eaux de source ne sont autres que les émergences naturelles d'<»aux profondes. Elles ont été considérées longtemps comme offrant une garantie absolue. L'expérience a montré qu'il convient de se méfier des sources émergeant dans un terrain calcaire, fissuré; et que l'on peut prendre pour des sources des affleurements de cours d'eau superficiels qui se sont enfoncés au niveau de gouffres.
Nous n'aborderons pas dans ce chapitre la question du rôle de l'eau dans la transmission des maladies infectieuses ou parasitaires — question qui a déjà été traitée dans le tome II. Nous nous bornerons à étudier les différentes méthodes auxquelles on a recours pour empêcher la transmission des maladies par l'eau. On peut s'adresser à la iiilration, aux agents physiques, aux agents chimiques.
On distingue la filtration en grand à l'usage des villes, ou la liltration en détail au domicile des consommateurs. Pour cette dernière, les meilleurs filtres sont ceux en porcelaine dégourdie, en terre d'infusoires. Ces filtres, s'encrassant vite, ont besoin de nettoyages fréquents. Ils demandent naturellement une grande surveillance.
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Pour la filtration en grand on s'adresse aux bassins de sable. Ces filtres ont une efficacité marquée. Ils donnent toute garantie a la condition d'être bien surveillés. Il est nécessaire que la filtration soit lente, de façon à ne pas produire de solution de continuité à la pai*tic supérieure de la surface du filtre. Il faut que les bassins soient fréquemment nettoyés. On enlèvera la couche superficielle du sable sur lequel se sont déposées les bactéries. Il est nécessaire que le nombre des bassins de filtrations soit assez- grand pour suppléer les bassins soumis au nettoyage.
On voit que ces bassins de fdt ration demandent une surveillance sérieuse.
Au lieu de fdtrer Teau, on peut la débarrasser de ses bactéries par Tébullition ou au moyen de divers appareils fondés sur le principe de 'échangeur. Ces appareils donnent une eau privée de germes.
Enfin on peut recourir à divers agents chimiques. On renoncera àTalun mais on pourra s'adresser au permanganate de potasse, au chlore et à l'eau chlorée, au brome, à l'ozone. D'autres agents chimiques, sans détruire toutes les bactéries, détruisent les bactéries pathogènes, tels les acides tartrique, citrique, etc.
Aliments et boissons. — Un chapitre important du tome III est consacré à Tétude des aliments. On y trouvera tous les détails sur la composition des aliments, la ration d'entretien chez Thommo, l'inanition totale et l'alimentation insuffisante, l'alimentation surabondante. Nous n'avons donc pas à nous en occuper ici. Nous indiquerons seulement les précautions qu'il convient de prendre pour (pie ces aliments ne puissent devenir la cause de maladies.
La viande peut renfermer divers parasites comme la trichine, les cyslicerques, et Fingestion de cette viande déterminer Tapparition de la trichinose, des ta'ttias, du botriocépliale. La viande d'animaux atteints de charbon, de morve, peut devenir une source de transmission. Il en est de même dans la tuberculose, bien cpie le plus grand nombre des auteurs s'accordent a considérer la viande des animaux tuberculeux comme peu dangereuse. Une surveillance attentive des abattoirs et des marchés diminue dans une large mesure les dangers de ce côté. Et d'un auln* côté, la cuisson, si elle est suffisante, atténue considérablement la nocivité. C'est ainsi que la trichinose qui s'observe en Allemagne où lou mange la viande de porc à peu près crue, est à peu près inconnue (M1 France où on la fait cuire.
La viande n'est pas toujours consommée» dans les jours cpii suivent immédiatement l'abattage. Dans ce cas, tantôt elle a été conservée en nature ou simplement après addition de sel, salpêtre ou substances chimiques: tantôt elle a été fumée, bouillie ou placée dans des boîtes de conserve. Dans ces diverses circonstances la viande subit des altération> plus ou moins manjuées et, en général, d'autant plus redoutables que l'on a pris moins de précautions. Des accidents des plus sérieux qui
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revêtent Taspect clinique, ici du choléra, là de la fièvre typhoïde, ailleurs d'une intoxication, peuvent en résulter. Ces accidents sont dus à des bactéries ou à des poisons produits par des hactéries aérobies ou anaérobies. L'étude de ces accidents, celle des moyens à employer pour éviter CCS altérations de la viande est des plus importantes. Il convient de rappeler ici que, dans maintes circonstances, les viandes qui ont provoqué ces accidents provenaient d'animaux malades : vaches atteintes d'infection puerpérale, veaux atteints de diarrhée, etc.
L'hygiéniste ne prendra pas moins d'intérêt à toutes les questions qui se rattachent à l'étude du lait et des produits qui en dérivent : beurre et fromage. Nous retrouvons ici tout d'abord la transmission de la tuberculose par le lait. Cette transmission doit d'autant plus préoccuper que beaucoup de vaches laitières sont tuberculeuses comme l'indiquait déjà Bouchardat. Grâce à la tuberculine on pourra ne garder que des vaches laitières non tuberculeuses. D'autres maladies : la scarlatine, la diphtérie, la fièvre typhoïde, la fièvre aphteuse peuvent être transmises par le lait. H suffira pour prévenir ces maladies de surveiller attentivement rhygiène de la ferme et de ses habitants, de ne faire usage que de lait bouilli. La diarrhée des nourrissons est due à l'usage de lait dans lequel se sont multipliées des bactéries. On arrive à la prévenir, ou tout au moins à la rendre beaucoup moins fréquente, en recueillant le lait avec soin, en pratiquant la stérilisation. Nous mentionnerons ici une affection spéciale, le scorbut infantile, qui succède quelquefois à l'usage de lait stérilisé ou maternisé.
Une autre série d'accidents peut survenir dans le cas d'ingestion d'aliments empruntés au règne végétal. Rares aujourd'hui dans les pays civilisés, les épidémies d'ergotisme étaient communes au moyen âge et jusqu'à la fin du xvm® siècle lorsque de mauvaises récoltes obligeaient h consommer des farines altérées. L'Italie, la Roumanie, la Bukovine et certaines parties de l'Espagne et jadis du sud-ouest de la France connaissent la pellagre due à l'ingestion du maïs altéré. Au même groupe étiologique appartiennent encore le lathyrisme et peut-être le béribéri, cette aflection singulière qui ne se voit guère que chez les consommateurs de riz.
Une maladie bien redoutable, le scorbut, frappait jadis avec une violence extrême les navigateurs, les armées assiégées, les prisonniers. On sait aujourd'hui qu'elle a pour cause la privation d'aliments frais, et la marine commerciale anglaise l'a vu disparaître à la suite de l'usage obligatoire de jus de citron dans toutes les navigations de long cours.
Des questions non moins intéressantes se rattachent à l'étude des récipients destinés à la conservation des aliments, des ustensiles employés dans la cuisine. Les boîtes de conserves doivent être étamées à l'étain fin et la soudure placée en dehors, de façon à prévenir les dangers de l'intoxication saturnine. Celle-ci peut être la conséquence de l'usage pour la cuisine de poteries émaiilées avec un enduit renfermant de la litharge ou du massicot. Les meules (|ui servent à moudre la farine sont parfois
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composées de segments unis par un ciment renfermant du plomb ou des sels de plomb. Dans ce cas, la farine peut être une cause d'intoxication. Nous pourrions multiplier ces exemples. Le cuivre insuflisamment êlamé peut, dans certains cas, être cause d'accidents. D'autres intoxications peuvent résulter de Faction des substances colorantes toxiques que Ton peut ajouter à des substances alimentaires.
L'étude des boissons ne saurait être séparée de celle des aliments. L'usage modéré du vin, de la bière, du cidre est sans inconvénient et procure même une stimulation utile. Leur abus est une cause de maladie. Plus nuisible encore est l'abus des eaux-de-vie et des alcools fabriqués par l'industrie. Les conséquences de l'alcoolisme sont des plus dan«{ereuses non seulement pour l'individu, mais encore pour la race. Aussi a-t-on de plus en plus conscience de la liante importance de la lutte contre ce fléau qui, malheureusement, a progressé dans la plupart des pays, et dont Gladstone dit avec raison qu'il fait de nos jours plus de ravages que ces trois fléaux historiques : la famine, la peste et la guerre. A cette lutte ne doivent pas seulement participer les initiatives privées. Le concours des autorités est indispensable.
L'exemple de la Suède et de la Norwège où, grâce à l'application du système de Gothembourg, la consommation d'alcool est tombée de 46 et 16 litres par tête en 1850, à 6*'*,8 et 3 litres, montre qu'on peut réussir dans cette croisade si nécessaire. On sait que la base du système de Gothembourg, introduit par le pasteur Sigfrid Wieselgren, donne aux communes le droit de concéder le monopole de la vente en détail des spiritueux à des Sociétés par action constituées dans un but philanthropique et s'interdisant tout gain et tout avantage personnel. Dans ces débits, la même personne ne peut consommer qu'un seul verre d'eau-devie et encore doit-elle l'absorber debout et immédiatement. 11 n'y a ni tables, ni sièges d'aucune sorte. La Suède ne compte plus que 58 cal)arets exploités par des particuliers, contre 988 appartenant à des Compagnies. La Norwège ne compte plus un soûl cabaret privé et n'en a en tout que 227. La proportion des cabarets à la population en Suède n'est plus, à la campagne, que de 1 sur 25 307 habitants et, dans les villes, de 1 sur 1114. En France, à l'heure présente, la proportion est de 1 par 82 habitants, en Belgique, 1 pour 55. Les quelques chiffres (|ui suivent sont bons à retenir et permettent de faire apprécier le péril créé par l'alcoolisme.
La durée moyenne des maladies chez des membres de Société do secours umtuels est de 7 semaines et demie chez des abstinents, de 26 semaines dans des Sociétés de non abstinents (Drysdale). Celle des décès pour 1000 de 8,05 chez les clergymen, 9,70 les agriculteurs, 25,57 les cabaretiers, 54,5 les domestiques de café et dhôtel.
Legrain a examiné la descendance pendant trois générations dans 215 familles d'alcooliques. 11 a trouvé les proportions suivantes :
Alcooliques 50 pour 100.
Di'générês 60 —
Fous moraux, criminols 14 —
Enfants à convulsions 22 —
Épilcpiiques 17 —
Aliénés 52 —
Rochard a fixe a 1 546 862 796 francs les dépenses annuelles provoqués par Talcool en France :
Pour de l'alcool consommé 128 295 584
Jours (le travail perdus (à 2 francs par jour) . . 1 «UO 147 500
Frais de traitement et de chômage 70 842 000
Frais de traitement pour aliénés 2 652 012
Suicides, morts accidentelles 4 022 000
Il y aurait encore lieu d'ajouter pour frais de répression de crimes et délits commis par les alcooliques : 8 895 000 francs.
Vêtements. Habitations. — L'hygiène fournit également des renseignements importants pour le choix et la composition des vêlements. Les fourrures, la laine, le coton, la toile, la soie |)rotègent le corps humain contre le froid et Thumidité. Les tissus protègent d'autant plus qu'ils sont moins bons conducteurs de calorique, et ils doivent cette propriété à la quantité plus ou moins grande d'air emmagasiné dans leurs pores. Aussi les tissus de coton protègent-ils le mieux contre le froid. Ils doivent à celte même porosité de mettre plus longtemps à l'abri de la pluie. La couleur des vêtements n'est pas non plus indifférente. En été les vêtements seront clairs et mieux blancs, parce qu'ils se laissent moins traverser par les rayons chauds du soleil. En hiver, il importe que les vêlements ne causent aucune gène aux mcmvements, qu'ils permettent l'accomplissement sans entraves des fonctions de la respiration, de la circulation et de la digestion. Certains détails de l'habillement, port du corset, formes des chaussures, elc, pèchent notoirement contre les exigences de l'hygiène.
On peut placer ici les soins de propreté corporelle, les ablutions, les l>ains qui, à certaines époques reculées, étaient cerlainement plus en usage qu'au moyen âge et même au siècle présent.
L'habitation doit être suffisamment spacieuse, claire, chaude, sèche. Elle ne doit pas contenir d'air altéré, de souillures ou de germes morbides. Pour cela, il faut que le sol sur lequel elle est bâtie soit sec, qu'elle ait une bonne exposition, qu'elle soit construite en matériaux secs et poreux, qu'elle soit recouverte d'un toit imperméable. Il faut empêcher que des poussières et des souillures ])uissent s'accumuler sous l'entrevous des planchers. La hauteur des pièces, leur cubage doivent êlre suffisants. I! faut que l'air s'y renouvelle. La ventilation insensible par les parois ne suffit pas. Suivant les cas, on pourra se contenter de l'aération par les fenêtres ou faire arriver de Fair du dehors i)ar aspiration ou par
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propulsion. Il faut que le chauiïage n'amène pas la viciation de l'air par l'arrivée en trop grande quantité d'acide carbonique ou d'oxyde de carbone. Des précautions du même ordre doivent être prises vis-à-vis de l'éclairage. Il convient d'éloigner de l'habitation les eaux ménagères, les débris de la cuisine, les matières fécales.