‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 164 sur 185 · PÉRIODE GRECQUE · texte numérisé non relu

PÉRIODE GRECQUE

La médecine grecque peut être divisée en plusieurs phases.

I. Phase mythologique. — Dans les premiers temps, pendant 1rs àj;es héronpies. on divinisa un certain nombre de guérisseurs et «rempiriqiies qui s'occupaient de lart de guérir et on ne compte pas moins Je 7)0 dieux, déesses, héros ou héroïnes (jui se seraient distingués dans une des branches de la médecine. 200 ans avant le siège de 'ftoie, Mélafii|K' guérit Iphiclus de son impuissance en lui donnant de la nuiille de fer: il aurait traité avec succès les iilles de Prœtus atleinles de trouhle> nerveux. Cliiron rendit la vue à Phénix et les Grecs le considéraient conum» l'invenleur de l'art de guérir. Son disciple Ksculape, dit Pindan^ 7 à 8(M) ans plus tard, dans sa troisième ode pythique, guérissait le> ulcères, les jïlaies, les lièvres, la douleur, au moyen de doux enchantements, de potions calmantes et de remèdes externes.

II. Phase sacerdotale. — r)0 ans après sa mort, ses neveux conslniisirent en son honneur un tenqde, à Epidaure. D'aulres temples furent fondés à Titane (50 ans après le siège de Troie), puis à Pergame, Cos, Cyrène. Des prêtres a[>pelés Asclépiades y exerçaient ceiiainos pratique> médicales cl puisaient leurs notions un peu élémentaires dans la tradition (pie Ion faisait remonter à la science sacerdotale do rÉgjpte. Ils

iiilerprélaiont les songes que le dieu envoyait aux malades qui passaient une nuit dans le temple; ils donnaient surtout des conseils d'hygiène, utilisaient peut-être des eaux minérales (*), pratiquaient, dit-on, dans le |>oint de coté, la saignée dont il était déjà fait mention quelque temps après le siège de Troie. (On raconte, en effet, qu'à cette époque Podalyre saigna aux deux bras la fille de Damète, roi de Carie.) Enfin, ces prêtres asclépiades prescrivaient des jeûnes, des expiations, des lustrations au milieu de temples artistiqtiement placés dans des sites soigneusement choisis. Si Fou en juge par les inscriptions trouvées dans ces temples, ils n'avaient (pie des notions médicales fort rudimentaires et, comme le montre I)areud)erg(*), la médecine grecque n'est sortie ni des temples, ni des gyumases.

m. Les Pôriodeutes. — Bien différents sont les Asclépiades, médecins descendant d'Esculape par ses deux fils. Machaon et Podalyre. Ils n'étaient pas prêtres; ils voyageaient de ville en ville. Cette coutume leur fit donner le nom de Périodeutes. Ce furent des précurseurs. Platon (^) vante leur esprit élégant et cultivé et il ajoute que, dans les explications données à leius malades, ils allaient jusqu'à la philosophie. « La médecine, dit-il encore, recherche la nature du sujet quelle soigne, la cause de ce quelle fait, elle sait rendre compte de chacune de ces choses. » Les Asclépiades prêtaient le serment (pie l'on a attribué à tort à llippocrate.

IV. Écoles médicales grecques. — Fhifin, la médecine grecque se perfectionne et constitue un art. Klle a pour base la philosophie naturelle et elle est représentée par (piatrc célèbres écoles médicales (Croton, Cyrène, Cnide et Cos) ; elle est illustrée par les hippocratistes d(mt les (loguHîs passent plus tard de la Grèce à Alexandrie.

Deux grandes écoles dérivent des Asclépiades : la première est \ école de Cnide dont Euryphon et Chrysippe publièrent les sentences qui ont en grande partie disparu et (jue l'on ne cimnaît guère que par les critiques d'IIippocrale; la seconde est Vécole de Cos, personnifiée par llippocrate, dont les données traditionnelles ont servi de point de départ -à la médecine. Elle opposait aux Cnédiennes les Coaques auxquelles le grandpère d'IIippocrate avait collaboré et qui faisaient d('»jà mention des crises, du ivgime, du pronostic.

École de Cmde. — L'école de Cnide, illustrée par Ctésias, ne s'attachait ' qu'à la prati(pie : elle c(mseillait les purgatifs, le petit-lait, le lait, l'emploi de badigeonnages et de canules dans les angines, la trépanaticm d'une C(3ledans la thoracentèse afin d'empêcher la pénétration de l'air, l'incision des reins dans la pyélile purulente survenue à la suite de calculs, l'ablation ou lacautérisali(mdes polypes; l'ouverture d'abcès de l'arrière-gorge,

{*) I>ANDLK(iis, Dos eaux miiiéralcs du temple d'Esculapo à Épidaure. Grèce méd. Syra, 1900. (•) DARENiiF.itc, hc cit., |). 81.

p) l»LATON. De rep. lib.. I, t. Y, p. 108; de Icp. lib., IX, t. M, p. 317, éd. Taucliu; Gorg., t. ill, p. 82, éd. Tauchu, in Lillré, Traduction det œuvres d'IIippocrate. Paris, 1839.

iOILBEBT et BOJNST.^

la trépanation pour certaines aflcctions du cerveau, rinsuillation d*air dans le gros intestin en cas d'ilcus, Tintroduction de substances irritant(^s sur la glotte pour provoquer la toux et la rupture « des vomiques », enfin la succussion par Féchelle (Euryphon) en cas de procidence de la matrice. Cette école ne s'occupait pas de philosophie thérapeutique, elle s'inquiétait à peine de la science des indications.

llippocrate lui reprochait de donner trop peu de remèdes dans les maladies chroniques. Les malades étaient soumis parfois à une gymnastique exagérée et l'auteur hippocratique accuse Hérodicus d'avoir tué ainsi quelques-uns de ses malades surmenés.

L'école de Cnide étudiait avec soin la diversité des maladies et Hippocrate la blAine de s'attacher à décrire les détails des maladies sans s'occuper des choses important à l'interprétation des signes et de négliger l'application de ces données à la thérapeutique. Le but du médecin, dit llippocrate, c'est de consigner par écrit tout ce qui sert au traitement. Par contre, les Cnidiens reprochaient à l'école de Cos de n'observer qu'en vue d'établir des dogmes et de s'égarer dans des abstractions métaphysiques.

École de Cos. — llippocrate, qui donna à Vécole de Cos sa grande célébrité, fonda un système dont l'idée fondamentale provient d'AIcméon et dérive par conséquent d'une source pythagoricienne. C'est sans doute pour cela, ditLittré, que les nombres jouissaient d'une grande importance et que les jours critiques furent recherchés avec tant de soin, llippocrate ne constitua pas du reste la médecine de toute pièce ; on compte parmi ses prédécesseurs 41 médecins célèbres et, au moment où il vivait, 12 de ses contemporains avaient une certaine notoriété médicale. Du temps de Solon, 608 ans avant Jésus-Christ, il existait des médecins à Athènes, disciples de Pythagorc, désignés sons le nom de Périodeules. Hippocrale lui-même voyagea en Thrace et en Thessalie. Suivant Pline et StrnlMm, llippocrate aurait puisé dans les registres publics une certaine partie de ses connaissances; il n'ignorait pas la médecine des Egjptiens, puisque Ton retrouve la loi égyptienne, citée par Aristote, dans les Aphorisnicïs hippocratiques auxquels eoUaborènuit Polybe son gendre, ses petits-HIs et les descendants du père de la médecine. Du reste, llippocrate dit luiinéniedausr« Ancienne Médecine » : « La médecine est dès longt(»mps en possession d'un principe et d'une; méthode (ju'eile a trouvés: avec ces guides de nombreuses et excellentes découvertes ont été faites dans le long cours des siècles ».

Les prédécesseurs d'Ilippocrate faisaient dériver toutes les maladies soil du chaud ou du froid, soit du sec ou de Thumide. Les liippocratistes combattent les doctrines des médecins qui n'invoquent cju'un élément unique tel que les pneumatiques (pneuma)^ les méthodi(]ues {strictum, htxnni), les iatro-cliimistes (fermentation, alcalinité ou acidité). Uippcrate fonde la pathologie humérale, il considère les modifications des «piatre humeurs (sang, bile jaune, bile noire, pituite) comme des causes

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de maladies, il se préoccupe surtout de la prognose en attribuant une part prépondérante aux différentes faces de l'état général, il repousse l'hypothèse, il veut que la médecine s'appuie sur des observations, sur des faits, sur la réalité (to eov), il reconnnande de ne jamais oublier le précepte suivant : <r Nihil temere af/irmandum, nihil contemnendum », il croit que c'est la nature qui guérit, que les médicaments ne font que lui venir en aide [rnedicus naturœ minister). Le fond du système d'Hippocrate est, en somme, un empirisme primitif basé sur l'étude de la marche des maladies et sur l'action des agents susceptibles de les modifier.

La thérapeutique est assez simple, sans être aussi pauvre qu'on l'a prétendu. « (Juid ad cognosceiidum sufficit, ad curandum etiam suf/icit », est un adage hippocratique bien connu. La doctrine thérapeutique a pour base l'axiome : « Contraria contrariis curantur ». D'après Ilippocrate, Tapplication thérapeutique devait se diviser en deux branches; la premiVr^ comprenait l'administration des médicaments proprement dits, dont l'étude faisait l'objet d'un livre hippocratique qui a disparu ; la seconde, au moins aussi importante à ses yeux, concernait la prescription du régime alimentaire. Avec les idées hippocratiques sur la vis medicatriXy le médecin devait, en effet, surveiller, ménager, conserver Tétat des forces du malade ; les relever après des saignées trop copieuses ou des purgations trop abondantes; les abandonner à ellesmêmes à l'époque des crises. Cette pensée est résumée dans cette phrase de Phrygius bien conforme à la doctrine hippocratique : « Dicta respicit virtutem, pharmacia morbum ».

A cette époque reculée, les principes d'une bonne hygiène étaient appliqués avec soin. On regardait vulgairement la phtisie comme contagieuse. (Isocrate, dans son .HginétiquCy dit, en effet, que la plupart de ceux qui soignent cette maladie en deviennent victimes. Aristote fait remarquer qu'on gagne la phtisie par le voisinage, et il attribue celte propagation à ce que la phtisie rend nuisible et mauvais Tair de la respiration.) Les livres hippocratiques donnent encore des conseils d'hygiène qu'on ne désavouerait pas aujourd'hui. Kuripide disait aussi : « Celui qui veut exercer avec succès la médecine doit prendre en considération le régime des habitants d'une ville, le sol où elle est située, pour observer les maladies ». Ilippocrate insiste aussi sur le « régime salutaire » variable selon les saisons, la complexion, Tûge, le sexe, la profession (athlètes). 11 prescrit contre l'obésité l'exercice, des plats gras qui rassasient, en mangeant le moins possible, des mets apprêtés avec du sésame, des douceurs et autres substances semblables. Il recommande, parmi les exercices de gymnastique, la succussion,les mouvements des bras connue dans le pugilat, la lutte, les frictions, etc.

Avec un grand sens pratique, Ilippocrate faisait remarquer qu'il n'y a guère, en médecine, de principes généraux. Il tenait grand conq)te de la crise qu'il défmissait ainsi : « C'est ou une exacerbation, ou un alïaiblis-

IGILBERT ot B^I^'ET]

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sèment, ou une métaptosc se transformant en une autre aflection, ou la fin ». Il considérait comme remède tout ce qui modifie l'état présent; or. dit-il, toutes les substances qui ont quelques forces sont modificatrices. Il ne faut pas prescrire les remèdes naturellement forts dans les maladies faibles ; en diminuant la dose, on diminuera la force. On peut modifier l'état présent par un remède si Ton veut, et, si l'on ne veut pas, par Valiment.

Les (ouvres hippocratiques renferment aussi une série d'excellenls préceptes qui trouvent encore leur application. Nous rappellerons Fun des principaux. « Lorsque vous vous dirigez, dit-il, dans le traitement de la maladie d'après l'indication que vous jugez la plus convenable et que vous n'obtenez pas le succès que vous attendez, ne changez pas de méthode, si votre première indication subsiste. »

Mais l'école de Cos était surtout confiante dans la prévoyance et h sagesse de la nature médicatrice, déjà invoquée par Heraclite. C'est ainsi qu'Hippocrate disait : « Ne purgez et ne remuez rien dans le commencement des maladies, à moins qu'il n'y ait turgescence. Quand h maladie est dans toute sa viguem*, le repos vaut mieux que l'action. Observez les mouvements de la nature et évacuez les humeurs par la voie qu'elle a choisie. Ne remuez que les humeurs cuites et non celles qui sont crues. » Un certain nombre de ces données se trouvent dans les prénotions de Cos qui, d'après lloudart (*), ont été une véritable mine d'où Ilippocrate a extrait d'abondants matériaux et ont servi de modèles à des maximes analogues contenues dans le traité du Pronostic attribue au Père de la médecine. Enfin, Ilippocrate dépeint, d'une façon incomparable, la grandeur de la médecine et le rôle du médecin, qui doit toujours méditer le fameux aphorisme : « La vie est courte, fart est long. Toccasion fugitive, rexpérience trompeuse, le jugement difficile >».

Du régime dans les maladies. — Antérieurement il était applique avec routine : Hippocrate le réglemente avec grand soin et donne le précepte de tenir les malades atteints de fièvre à une diète rigoureuse, surtout pendant le temps où la maladie est encore pleine de force et d'activité. Les changements doivent être graduels et non subits. L'abstinence doit être observée à l'époque où le mal est à son sunnnum, car l'alimentiition, dit-il, accroît les forces du mal.

Si on doit donner des aliments, il faut que les malades les prennent avant les redoublements de la maladie. 11 faut en diminuer la quantité au moment des crises. Tout changement étant dommageable, on passera progressivement de l'abstinence à l'alimentiition. Dans radnûnistralion des aliments, on songera beaucoup moins à ajouter qu'à retrancher.

Dans le régime des maladies aiguës, Hippocrate donnait surtout des aliments de céréales (to o-it'Iov). Dans la fièvre ardente, il faisait boire Je l'eau, de l'hydromel cuit étendu d'eau autant que le malade en voulait; ^i

(*) HorDART, Études sur Hippocrate. Paris, 1840.

la houche devonait amèrc, il prescrivait des vomitifs, procurait, par des lavements, quelques déjections alvines et purgeait avec du lait d'Anesse bouilli. Il donnait du lait aux phtisiques n'ayant pas une forte fièvre, aux malades atteints de fièvres lentes et de longue durée, quand la consomption est excessive. Il est plus facile, dit-il, de restaurer avec des boissons (nutritives) qu'avec des aliments (solides).

D après Hippocrate, les trois termes de Tart médical sont la maladie, le malade, le médecin. Le malade doit combattre la maladie avec le médecin. Le devoir du médecin est d'être utile au malade et de ne pas lui nuire. Il faut non seulement faire par soi-même ce qui convient, mais encore obtenir que le malade, les assistants et les choses extérieures y concourent.

De la médication dans les maladies. — Pour les extrêmes maladies, dit Hippocrate, l'extrême exactitude est ce cpi'il y a de plus puissant. L'aphorisme : « Ajuvantibus et lœdentibus fit indicatio » lui sert de règle. Les maladies aiguës et fébriles étant celles qui emportent le plus de monde, le médecin le plus digne d'éloges, ajoute-t-il, est celui (jui sait le mieux les traiter. La médecine hippocratique avait à sa disposition une série de procédés thérapeutiques dont Fappendicc au traité du régime des maladies aiguës peut donner une idée.

Dans les maladies aiguës, telles que l'angine, Tinflammation des hypocondres, les alTections péripneumoniques et pleurétiques, le traitement capital, celui qui doit précéder les autres, ef^i h saignée, quand les autres conditions de la maladie le permettent, c'est-à-dire si l'afTection parait intense, si les malades sont dans la vigueur de l'ùgc et s'ils conservent leurs forces. En parcourant les livres hippocratiques, on voit que, suivant les circonstances, les médecins incisaient les veines soit du pied, soit du jarret, soit du coude, soit de la tête, soit la veine perpendiculaire du front. Parfois même, ils n'arrêtiiient le sang que lorsque la lipothymie survenait. La saignée devait précéder les évacuants qui, donnés d'emblée, ne faisaient (lu'alTaiblir le malade et n'ôtaient rien à Tinflammation. La saignée avec la purgation a besoin de précautions et de modération.

Dans les maladies aiguës, il ne faut user des évacuants (jue rarement et dans le début, et ne les prescrire qu'après un examen scrupuleux. Ils étaient utilisés vers la fin des maladies, car, dit Hippocrate, ce qui reste dans les maladies après la crise produit ordinairement des récidives.

Les purgatifs étaient très employés. On se servait surtout de Fellébore que Ton associait à des plantes aromatiques. L'euphorbe, la scanunonée étaient aussi vantées. Hippocrate cite un cas de mort occasionnée par des purgatifs violents. H faut, dit-il, purger les ventres, dans les maladies, quand les humeurs sont cuites ou au cinquième jour. La purgation, ajoutc-t-il, doit être bien supportée, ne pas amener d'affaiblissement et provoquer des selles telles que des œufs.

Hippocrate se propose d'obtenir la purgation de la tête par les errhins, substances causti(|ues ou irritantes introduites dans les narines.

laiLBERT et BOIN£T}

Les anciens Grecs provoquaient souvent le vomissement, même à 1 état de santé; aussi la médication vomitive fut-elle fort en honneur dans le traitement des maladies aiguës. Hippocrate emplopit la dénvation, la révulsion; il amenait les contraires par gradation et, dans cette gradation, il imposait des intermissions; il recommandait de ne pas mettre en mouvement ce qui se juge ou ce qui est complètement jugé et de n'innover ni par les évacuants ni par d^autres excitations, mais de laisser les choses en Téta t.

Le bain convient généralement mieux dans les péripneumonics que dans les fièvres ardentes ; en effet, il adoucit la douleur ressentie dans le côté, dans la poitrine, dans le dos: il mûrit et facilite Texpectoration ; il dégage la respiration, il est diurétique. Vous ne commettrez, ajoutc-t-ii, aucune faute en donnant deux bains par jour. Son aphorisme (VII, 42) est relatif à Fadministration des affusions froides dans une fièvre dont la bile n'est pas la cause. 11 employait encore contre la péripneumonie des éclegmes au galbanum et des expectorants composés d'aurone (artemisia abrotanum, Linné) et d'oxymel.

Hippocrate conseillait encore, surtout contre les douleurs de côté, le* fomentations avec de l'eau chaude contenue dans des vases d'airain ou dans des éponges, les embrocations avec du sel ou du sorgho torréfié.

Une thérapeutique plus active était couramment employée à cette époque et on pratiquait des opérations d'une certaine importance.

Les médecins hippocratiques ouvraient Vempyème par la cautérisation ou l'incision. Le sujet réchappe, dit Hippocrate, si le pus est pur, blanc et sans mauvaise odeur; mais il périt si le pus est sanguinolent et boueux. Hippocrate, dans son chapitre sur les plaies de tète (t. IH, p. 241), recommande de trépaner de bonne heure et il défend de scier tout d'aboni Tos jusfpraux méninges; mais, si on trépane à une période avancée, il faut, (lit-il, pénétrer jusque dans le crâne. 11 traitait encore rempyème par la scille, la dysenterie par la garance et les fèves d'Egypte (nymphiva nelumbo, Linné).

(iontrr \hydropisie, il donnait le corps pulvérisé de trois cantliarides mélangé à trois verres dVau. 11 évacuait aussi le liquide aseptique jwr une incision que Ton pratiquait soit à côté de romhilic, soit en arrièro au liane, (liiez Tenfant, il faisait des mouchetures et il reconunandail les bains de vapeur.

hans les maladies du foie, Hippocrate prescrivait l'opopanax, et contre Vicicre il enq)loyait des bains cliauds, des diurétiques, des pnrgîUifs rholagogues. Quand on ouvre, dit-il, un abcès du foie par cautérisiition ou incision, si le pus coule pur et blanc, les malades réchappent, mais, s'il est semblable à du marc d'buile, les malades succombent.

Hippocrate formulait encore une série de médicaments, aujourd'luii iiuisités, contre les hémorroïdes, Vexophlalmie, 11 faisait usage du froid dans l(;s hémorragies actuelles ou imminentes, dans les inflammations plilogisticpies, dans Vérysipèle non ulcéré.

LA THÉRAPElTIQliE A TRAVERS LES AGES. 795

En résumé, Vliippocratisme se compose d'une méthode et d'une doctrine. Li méthode soustrait la médecine à l'empire des systèmes philosophi(|ues (|ui régn<iient jusqu'alors et la place sur le terrain de l'observation et de l'expérience raisonnée : « nihil tetnere affirmanduniy niliil contcmnendum ».

La doctrine admet l'existence d'une force, d'une unité vitale, d'un principe simple et multiple dans ses eflets, qui préside à toutes les fonctions, engage la lutte contre les agents morbifiques et tâche d'en dcbarrasser l'organisme en favorisant l'effort critique de la nature ; « il produit les contraires dans l'économie du corps et fait la vie de tout et des parties » (Hippocrate, de Y Aliment. § 7). Ce dogmatisme est, du reste, le ibnd du vitalisme et de Thippocratisme moderne.

C'est cette force vitale (»'jo"i;) qui empêche les causes nocives de devenir nuisibles en mettant en jeu les forces expulsives des organes sécréteurs et im processus de coction (ttsttti;). Il consiste en une élaboration que subissent les humeurs viciées. L'organisme les élimine pendant la crise. Si les causes nocives ne disparaissent pas par le processus de coction, les humeurs, suivant la doctrine hippocratique, se gâtent ; ime dyscrasie s'étid)lit et la force vitale n'arrive alors à s'en débarrasser que piu- le fonctionnement exagéré du cœur, des poumons et d'autres organes, |)ar la fièvre, par l'élimination rénale, intestinale ou cutanée de la matière peccante. xVussi Hippocrate considérait-il la fièvre, Taccélération du pouls, (le la respiration, la diarrhée, la transpiration comme les manifestiitions de la force vitide qui devenait une « vis medicatrix naturw ». Natura sanat, medicus curât est la formule <pii résume le mieux ce point de la doctrine hippocratique. « La nature, dit-il, est le médecin des maladies, la nature même, sans instruction et sans savoir, fait ce qu'il faut. » (C livre des Épidémies, 5* section, t. V, p. 315, traduction de Littré.) La thérapeutique doit donc associer l'art aux efforts de la nature sans jamais la contrarier. Quo natura vergit, eo dvcendum, D'après Hippocrate, le médecin « interpres et minister naturœ » doit praticpier l'expectation t;int (pie la force vitale conduit normalement et à Ixm terme le processus morbide. Il la seconde par les soins proprement dits, rhygiène diététique, la balnéo- et l'hydrothérapie; il vient en aide à la force vitale de l'organisme au moyen des divers traitements médicam(Miteux.

Au d(*but de la maladie, le médecin doit se garder d'intervenir à tort {nil nocere) et de troubler la force naturelle. Parfois il est nécessaire d'en diminuer l'intensité. Le |)rincipal rôle du mtHlecin consiste, dans les cas où la crise ne se fait pas, à retirer des organes inqxirtants les humeurs nocives afin de les diriger (»n dehors ou vers des organes de moindre inq)ortance : pour remplir ce double but, la thérapeutique avait à sa disposition la saign('»e, l(»s vomitifs, les purgïitifs, la révulsion, les dérivatifs, les exutoires, etc. On nobtient la guérison des maladies quVn ajoutant (des pro|>riétés médicamenteuses) ou en soustrayant (des propriétés morbides)

taiLaEBT et BOiNET}

794 THÉRAPEITIOUZ GÉNÉRALE.

« a juvantibus et lœdenlibus fit indicalio ». Le médicament n'était pas, pour llippoerate, le point principal du traitement; c'étaient le choix judicieux du moment, Topportunilc des circonstances dans lesquelles il fallait intervenir qui lui importaient le plus. Occasio prœceps, disait-il fort judicieusement. Dans les cas graves, il conseillait une intervention très énergique, « ad extremos morbos^ extrema remédia exquisite optima ».

Plus prudent que ses successeurs, il négligea les classifications soiis prétexte que, « ne connaissant pas les parties, nous ne pouvons connaitrr le tout ». Tel est le résumé succinct des règles thérapeutiques de la doctrine hippocratique, dont un certain nombre méritent encore d'être suivies.

Après llippocrate, l'école de Cos fut représentée par Dracon, Tressalc, Polype son gendre, auquel on attribue quelques écrits de la collection hippocratique, Dioclès de Carysle, surnommé le jeune llippocrate, et Paxagore, de Cos, le dernier des Asclépiades. Jusqu'à Técole d'Alexandrie, on enseigna à peu près exclusivement l'ancien dogmatisme, qui admettait que la santé dérivait de la proportion exacte des quatre humeui's cardinales (sang, bile, pituite, atrabile) et que la maladie provenait d'un des quatre éléments suivants : chaud, froid, sec, humide. La littérature médicale se résumait à la collection hippocratique, dont le deuxième livre est le plus important. 294 ans avant J.-C, les Asclépiades d'Épidaure étaient si réputés qu'ils furent priés d'envoyer une mission à Rome, qui était alors ravagée par la peste, et un temple fut fondé dans une île du Tibre, à l'endroit où se blottit un serpent, consacré à Esculape, qui s'était échappé du navire dans lequel ces prêtres médecins avaient été transportés.

PKRIODK ANATOMIQUE.

École d'Alexandrie. — A l'époque hippocratique se rattache Vecolr d'AlexanlriCy qui s'étend de 520 avant J.-C, époque de la fondation do la bibliothèque d'Alexandrie, jusqu'à Galien, c'est-à-dire 200 ans après J.-C. Elle n'enrichit la thérapeutique d'aucun axiome nouveau ; elle puisa surtout ses principes dans les livres hippocratiques. Le traitement était hygiénique, pharmaceuti([ue, chirurgical. Cependant les médecins do l'école d'Alexandrie traitaient avec plus de soin (|ue les Asclépiades los maladies aiguës et avaient sur eux l'avantage de ne pas négliger la thérapeutique des maladies chronicpies. Néanmoins cette éccde d'Alexandrie, qui se consacra surtout à l'étude de l'anatomie et de la physiologie, se préoccupait davantage de discussions scolastiques, de spéculations théoriques que de pratique; elle restait figée dans son stérih» respect pour llippocrate et ses dogmes sur lesquels était basé le radoualwne ou dogmatisme.

LA TlifiRAPEUTiOUE A TRAVERS LES AGES. 795

Fondée par Héropliile, trois siècles avant J.-C, cette doctrine dérivait de ridée du « général », émanation de l'école de Cos. Elle considérait l'observation, la connaissance de la cause ou des causes du désordre comme le point de départ du traitement des maladies.

Vempirisme, la doctrine rivale, édifiée par Philinus de Cos, disciple d'Hérophile, Sérapion d'Alexandrie^ Héraclide de Tarente, s'appuyait sur l'idée du « particulier », importée par l'école de Cnide. Ce système repose sur Tobservation des faits qui sont, ensuite, comparés entre eux et interprétés par analogie. Les résultats de Texpérience guidaient seuls la thérapeutique.

Intermédiaire entre les deux doctrines précédentes, le méthodisme fut imaginé par Thémison. Cette doctrine solidisK; attribuait h tous les corps solides la propriété de se resserrer et de se relâcher. Le dérangement du strictum et du laocum entraînait les maladies, et la tliérapeutique se bornait à donner des remèdes destinés à combattre le trouble que l'on supposait être en jeu. Véclectisme, fatigué de l'incertitude des doctrines précédentes, choisit les idées qui lui semblent justes en prenant pour guide les données de l'expérience et de la raison ; il se dispense de tout principe fixe et ne se dirige que suivant l'opinion personnelle. C'est, comme on Ta dit, l'autocratisme individuel érigé en dogme. La thérapeutique subit les mêmes variations.

Èrasistrate, grand anatomiste, fut le premier médecin solidiste. Il n'admettait ni l'usage de la saignée, ni celui des purgatifs; il recommandait remploi d'un régime propre à relâcher le ventre et des clystères. A l'exemple de son maître Chrysippe, il remplaçait la saignée par la ligature des membres. H détestait la polypharmacie, il s'élevait contre les médecins qui vont chercher des médicaments dans les trois règnes de la nature, il employait surtout la ptisane; il ouvrait l'abdomen, les abcès du foie et se servait du cathéter. Les lithotomistes de Fécole d'Alexandrie n'incisaient la vessie que par le petit appareil. Hérophile fut partisan des vertus spéciales de chaque médicament et considérait presque toutes les plantes, même les plus vulgaires, comme pourvues de quelques vertus particulières. 11 écrivit un livre de diététique. Zenon de Laodicée découvrit de nombreux médicaments composés. Ctésias fit des travaux sur les plantes, les onguents, les aliments.

V école empirique représentée par Philinus de Cos et Sérapion d'Alexandrie, Héraclide, de Tarente, envisageait la médecine comme un art d'application, lui donnait comme base l'expérience seule, repoussait les hypothèses, l'induction et le raisonnement. Les praticiens s'adonnaient îi l'étude des drogues souvent actives que les incursions d'Alexandre avaient fait connaître et se préoccupaient peu d'expliquer leur mode d'action. Avec la matière médic^ile, ils cultivaient avec soin l'étude des symptômes caractéristiques des maladies. « C'est la pratique et non la théorie qui fiiit le laboureur et le pilote », disait une de leurs formules favorites. Quant à la partie scientifique. de la médecine et à la thérapeutique

iOXLBERT et BOINET

générale, elles n'existaient pas pour les empiriques (Dezéiincris) (% Ils avaient essentiellement une science de détails. Leurs ouvrages sont à peu près perdus et ne sont plus représentés que par les fragments contenus dans Celse, Galien, Cœlius Aurelianus. Sérapion fit des recherches sur les médicaments; Héraclide apporta de nombreux i^erfectionnements à b matière médicale: il employait l'opium avec prédilection, il donnait de Tassa fœtida dans le tétanos. Milhridate, Zopyre utilisaient une multitude de remèdes; Nicandre écrivit un livre sur les poisons et les antidotes; il connaissait les propriétés de Taconit, de la ciguë, du colchique, de la jusquiame. Théophrasle décrivit les vertus médicinales de plus de 500 plantes. Plus tard, la polypliarmacie fut poussée à l'extrême et les antidotes tels que la mithridate et la thériaque ne contenaient |)as moins de 40 à 50 substances.

En résumé, la secte empirique n'avait d'autre but que de guérir les malades sans se préoccuper des questions théoriques. Sa thérapeutique était, du reste, fort analogue à celle des dogmatiques.

Le méthodisme^ créé par Thémison, de Laodicée, Thessalus, de Tralles, et SoranuSj d'Éphèse, conseillait d'appliquer les moyens euratifs le plus près possible de l'endroit affecté. Le moyen le plus prompt de guérir l'intlammation, consiste à tirer du sang de l'organe entlammé. Thémison fut le premier à utiliser les sangsues; il ponctionnait les hydropisies.

Les purgatifs, disait Cœlius Aurelianus, bouleversent l'estomac, mais il faut faire à l'extérieur, principalement vers le creux épigastrique, des applications de sangsues, de ventouses scarifiées et, si la maladie est aiguë, ces moyens doivent être précédés de la saignée. Les sinapismes, les cautères, les vésicanls doivent être applicpiés avec prudence et ne pas être employés trop tôt sous peine (rangnienter le mal que Ton vent guérir. Ces médecins niélhodislos avaient une aversion contre Tusi^ge intérieur des excitants (|u'ils considéraient comme incendiaires. Leurs indications tliémpeutiqnes se réduisaient à resserrer au moyen des astringents, des bains froids et acidulés, de l'air froid, etc.; ou à relâcher en employant les saignées, les ventouses, les émollients, les boissons tièdes et laxatives, les sudonfi(|ues, l'exercice poussé jiis(|u'à la fatigue. Dans le IraiteiiienI des maladies chroni(pu^s, ils prescrivaient un régime très sévèn et même la diète pendant 8, 12 et 15 jours. Assez souvent, ils faisiuent vomir lis malades, leur donnaient de gi-andes (piantités d'eau et les sounu^tlaieiil à une fiute transpiration. C'était au fond une méthode perturbatrice ré;rularisée. Les métliodistes n'ignoraient pas les inconvénients de l'opium d des préparations narcoti(|ues dans la plupart des inllannnations et sur-

(*) l)t:zKiMKiu<. Dictionnaire hisfmif/iir dr la méd., 182S. — Sprk.ncel, His foire de la tnédrcinr, Iraiiiulion <Ic (ioiinion. l'aria, ISIT). — I)amhi. Lk Cikhc, Histoire de la médecine, ITiT». — UF:N(>r\r.i». Histoire de la médecine, l*a^i^, 1S4(). — Cii. Dakkmdehg. Histoire des gcicma médicales. I'ari>. IS70.

tout dans celles do rcncéphale. Ce fut Thémison qui employa surtout le diacode.

Les méthodistes tirent de la diathèse l'indication du remède le plus propice; ils font encore entrer en ligne de compte les forces du malade, son âge, son idiosyncrasie, ses habitudes, son genre de vie, la nature du pays, etc. Dans cette école dogmatique, la théorie de la matière médicale et de la thérapeutique était fondée sur les qualités élémentaires. Les médicaments devaient agir sur les humeurs cardinales. Les discussions portaient surtout sur la révulsion et la dérivation. Les uns étaient d'avis d'évacuer le superflu des humeurs par Tendroit le plus voisin du siège de la maladie; les autres, au contraire, par les parties les plus éloignées. Ces médecins avaient tellement simplifié la médecine que Thessale, de Tralles, se vantait de l'enseigner en six mois ; aussi Galien appelait-il ses élèves les ânes de Thessale.

PÉKiODE GRÉCO-LATiNE

Migration de ia médecine grecque a Rome. — La médecine d'Alexandrie fut transportée à Rome par le médecin et l'ami de Cicéron, Asclépiade, de Bithynie, qui fut le promoteur du méthodisme \ il préférait les moyens hygiéniques aux médicaments très actifs ; il accordait une grande importance au changement de régime; il fut, le premier, à conseiller les douches, il employait souvent les bains froids, il donnait rarement des purgatifs, il s'élevait contre l'abus qu'on en avait fait, il les remplaçait volontiers par les clystères; il conseillait les frictions, les exercices, le changement d'air, il insistait sur les avantages de la diététique, il prescrivait peu de vomitifs, il pratiquait la saignée dans les états inflammatoires, il fut le premier à préconiser la bronchotomie dans l'angine. 11 qualiflait la thérapeutique prudente et circonspecte d'Hippocrate de méditation sur la mort, il avait recours à des médications altérantes et perturbatrices, il voulait qu'on guérît sûrement, rapidement et agréablement. Parmi les représentants de cette école, nous citerons Musa qui sauva l'empereur Auguste par les bains froids et qui traitait avec succès les rhumes par la jusquiame, la ciguë, l'opium; Andromaquc, médecin de Néron, qui composa le fameux électuaire, la thériaque; Dioscoride, qui vécut sous Néron, du temps de Pline, et fut le plus illustre des médecins grecs qui ait écrit sur la matière médicale; il eut le tort d'indiquer que tel remède est applicable à telle affection sans spécifier la nature de la maladie et sans déterminer les indications. Il a écrit cinq livres de matière médicale et un traité sur les remèdes faciles à se procurer; le premier il a fait mention des plantes aromatiques. Arétée de Cappadoce, un autre médecin grec qui vivait vers la fin du premier siècle après Jésus-Christ, employait une thérapeutique généralement énergique; il avait recours à la saignée pratiquée sur les veines du bras, du pied, de

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la langue, du front, des narines; il utilisait aussi les ventouses scarifiées, les sangsues, Tartériotomie ; il usait volontiers de la méthode répulsive (sinapisines, vésieation par la cantharide, ustion) ; il traitait les maladie aiguës par une diète sévère.

Celse était un de ces pliiliah^es dont Galien fait mention, qui avait plus étudié la médecine dans les livres qu auprès des malades (in Daremberg, loc. cil,), il excellait surtout dans les questions d'hygiène, mais il montre son inexpérience dans les chapitres consacrés à la chinirgie ou aux problèmes difficiles de la médecine. Il a surtout bénéficié de la perl<î des ouvrages dans lesquels il avait puisé. 11 a été pourtant sumomini* VHippocrate latin, le Cicéron des médecine, à cause de Télégance et de la pureté de son style ; il emprunta aux différentes écoles les données qui lui paraissaient suffisamment établies et donna un exposé net el complet de la médecine à son époque. On lui doit une série de préceptes fort judicieux et qui sont applicables même aujourd'hui. Nous citerons parmi les principaux : •

jEslimatio causse sœpe morbum solvit.

Quem morborum origo et initia fefellerunt, is minus recte curam suscipit,

Abstinentia et quiète mnlti magni morbi curantur.

Optimum medicamentum est cibus opportune dalus.

Ces dernières phrases montrent le rôle prépondérant qu'il accoitlait à rhygiène et à la diététique. Il était partisan de Vempirisme. « Ce n'est (pi'après avoir trouvé les remèdes que les hommes ont commencé à raisonner sur leur manière d'agir. »

Dans son premier livre, il examine successivement la manière de vivre qui convient aux personnes bien portantes; les précautions que doivent prendre les personnes délicates, les règles particulières suivant la différence» des teni|)éraments, des sexes, des Ages el des saisons de l'année: il énumère les moyens diététi(|ues et le régime à opposer aux troubles gastro-inleslinaux, les précautions qu'il faut prendre contre les mahidies contagieuses.

Son second livre est consncré à l'étude des moyens de traitenieiil applicables aux maladies (saignée par la lancette ou par les v(»ntonst\>, lavements, purgations, vomitifs, frictions, onctions, diète absolue el relative, sudation par la cbaleur sèche avec sable cbaud, étuves, fours, étuves naturelles et bains). Il examine avec soin les propriétés de clia(pie catégorie d'aliments et les indications curalives cpi'ils peuvent remplir.

Dans son troisièfue livre, il indicpie les moyens théra|)eutiqnes, assez simples, utilisés par les anciens pour condialtre les (lèvres ordinaires. |)estilentielles, quotidiennes, tierce, (piarte, demi-tierce ou liémitritées. les lièvres lentes, el pour atténuer les syuq)tômes concomitiuits tels «pie le frisson, le trend)lemenl; enlîn il s'occupe avec minutie de la diététicpie. Quant à sa tbéiapeuticpie dans les pbrénites, dans les diveises variétés de

délire, dans la phtisie, la jaunisse, réiéphantiasis, etc., elle est un peu rudimentaire.

Des remarques analogues peuvent être faites aussi sur le traitement des alTections des diverses régions et des différents organes. Une série de sulistances végétales assez anodines sont conseillées ; et une large part est faite au régime et à la diététique. Tel est le contenu du quatrième livre. Dans le cinquième, il étudie les qualités particulières de chaque espèce de médicaments qu'il divise en hémostatiques, cicatrisants, détersifs, corrosifs, consomptifs, caustiques, escarrotiques, résolutifs, attractifs et digestifs, sarcotiques, émollients. Puis, il énumère les médicaments composés les plus en vogue; il décrit le mode de préparation et la composition des onguents, emplâtres, trochisques, pessaires; il termine par des considérations sur les médicaments employés sous forme sèche et pulvérulente, sur les antidotes de Zopyrus, de Mithridate, sur les acopes, les euchrisles, sur diverses variétés de pilules. H donne d assez bons conseils sur le traitement local des morsures des chiens enragés, des serpents. Dans le sixième livre, il indique une série de recettes assez anodines contre les affections locales du cuir chevelu, etc.

En résumé, on trouve, dans l'œuvre de Celse, plutôt le résumé des substances employées dans les divers groupes de maladies que l'explication des principes d'une thérapeutique générale. De plus, il rejette les jours critiques auxquels Hippocrate faisait jouer un si grand rôle ; il se» montre pailisan des purgatifs; il recommande surtout les bains, les exercices, le régime et les lavements analeptiques.

Galémsme. — Galieri, de Pergame, naquit pendant le règne de l'empereur Adrien, l'an 131 de Tère chrétienne; il vécut à Rome sous le règne de Marc-Aurèle, d'Antonin, de Septime Sévère, à qui il administra la théria(jue. Il écrivit plus de 500 livres et son système fut aveuglément adopté par les médecins grecs (|ui vécurent après lui, les arabistes et les restaurateurs de la littérature uiédicale en Europe. Galien parcouml diverses contrées de l'Europe et de l'Asie pour étudier les médicaments sur leur sol natal. Il alla à Rome h Tàge de trente-trois ans; il guérit Eudemus, célèbre philosophe, péripatéticien, d'une fièvre triple quarte (qu'il attribuait à Tusage immodéré de la thériaque) par l'emploi du remède qui aurait provoqué le mal. Il faut, dit Galien, donner les semblables dans Tétat de santé et le premier principe du traitement des maladies est de seconder la nature et de les combattre par leurs contraires. On doit chasser les maladies par les contraires et conserver les forces par les moyens qui aident la nature. Galien fonda rhumorisme et un système allopathique; il eut une prédilection en faveur des doctrines hippocratiques; il amplifia le dogmatisme de Cos, dont il professait les théories sur la coction, les crises et les jours critiques. Les quatre humeurs cardinales ét;iient le sang, la pituite, Talrabile (fournie par les capsules surrénales) et la bile jaune ou vitalline (provenant du foie). Leur mélange c'està-dire (la a^ase) dans des proportions convenables ou non formait le bon

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ou le mauvais tempérament, la santé ou la maladie; sa matière médicale était une polypharmacie théorisée. Le principe de ce système est contraria contrariis. On influence un organe malade au moyen de médicaments qui agissent dans un sens opposé à celui de la cause morbifîque. C'est du reste le principe de la itiédecine dite physiologique. Ainsi le collapsus, les paralysies sont traités par des excitants, les états spasmodiques par des moyens déterminant la paralysie, etc.

Galien remplit les indications par le régime qu'il emprunte à Ilippocrate et à Asclépiade, par les aliments et les remèdes qui possèdent une des qualités suivantes : le chaud, le froid, le sec, Thumidc et qui sont destinés à guérir les maladies dépendant d'un principe contraire. Les qualités des médicaments furent réparties en quatre classes, suivant le degré de leur énergie. Ainsi, par exemple, le poivre était cliaud au quatrième degré, la cannelle au troisième, le lin au premier. Les altérants servaient à changer les qualités des corps, à tempérer ou à activer leur action, selon les cas. Les purgatifs avaient la propriété d'évacuer Kîhacun une humeur particulière. Dans son Traité des lieux affectés, Galien montra combien il importe au thérapeute de connaître exactement le siège du mal, c'est-à-dire d'être fixé sur le diagnostic local.

Les principes d'hygiène qu'il préconise dans son traité : L' « Art de conserver la sauté », sont assez complets et s'adressent : 1** aux enfants: 2° aux vieillards; 3* aux divers tempéraments; 4** et à ceux qui ne sont pas maîtres de leur temps. Il pratiqua des opérations assez hardies, comme la trépanation du sternum, l'ouverture du péricarde et insista beaucoup sur les bandages et appareils. Dans son chapitre intitulé : Généralités sur les sectes, il envisage l'indication, l'observation, l'analogisme, le passage du semblable au semblable et la considération des symptômes, comme moyens de trouver le traitement convenable. Ce sont les causes et non les affections, ajouto-t-il, qui indi(|nent les moyens de traitement et ces moyens même le prouvent. Galien insiste sur les théories des do«rinatiques et des enq)iri(|ues; mais ces considérations n'ont qu'une uïédiocre importance parce (jue, dit-il, les moyens thérapeutiques employés parles uns et les autres sont les mêmes. Voici la méthode qu'il suivait : « Je recherche toujourSy ajoute-t-il, (jitel lieu affecté primitivement ou sympathiquemenl a produit la lésion de la fonction, et je rechcirhe la diathèse de la partie atteinte i puis, de ces deux notions, je tire f indication de tout le genre de traitement à adopter, relativement à la découverte des suljstances convenables, à la quantité et à la qualité des remèdes y considérant en même temps Vdge et la nature de$ malades, la saison et le pays et toutes les particularités rapportées dans l explication des livres d Ilippocrate ».

La connaissance de la nature conunune et de la nature particulière de chaque individu est, dit-il, le fondement de la thérapeutique. Ce (lui constitue la méthode thérapeuli([ue, écrit Galien à Glaucon, c'est la <iualité des médicaments et leur quantité, leur mode d'aduiinistnition et

ropporliinilé de leur administration, car Toccasion est fugitive; il faut encore déterniiner exactement la quantité du médicament, eu égard aux forces du malade. Le succès du traitement dépend donc, en grande partie, du moment où Ton administre les remèdes et de leur quantité. Il faut traiter, dit-il, les fébricitants par des bains. Pour le traitement des fièvres, il convient d'en régler le régime, dès le début, en considérant la durée de la maladie. 11 combat la fièvre tierce légitime par les clyslères émollients, les boissons d'ache, d'aneth, Tabsinthe macérée dans Feau miellée, les bains chauds, qui sont préférables aux bains de mer, aux bains salés et aux bains sulfureux. Dans les lièvres tierces non légitimes, Galicn ne prescrit les bains que lorsque les signes de coction apparaissent et il ne donne des aliments qu'un jour sur deux. U emploie la saignée, la ptisane additionnée de poivre et, après le septième jour, Tabsintlie d'une façon continue.

Les fièvres quartes sont traitées par les saignées, clystères, frictions, diurétiques, vomitifs (ellébore blanc d'abord, puis ellébore pur), thériaque, suc de sylphium.

Le traitement des hydropisies se ramène à trois buts : guérir le squirrhe du viscère affecté, employer des épithèmes qui dissipent l'humeur, faire boire des diurétiques.

Comme le dit Sprengel (loc. ci/.), Galien fut un dieu pendant quatorze siècles; son culte fut renversé au \wf siècle, et depuis il n'a plus passé que pour une fausse idole. Entre la mort de Galien et la destruction de la bibliothècpie d'Alexandrie que le calife Omar fit brûler, 640 ans après Jésus-Christ, la médecine et la thérapeutique ne présentent aucune originalité : on ne peut qu'enregistrer les travaux de quelques commentateurs célèbres.

La médecine galénique eut pour principaux défenseurs :

Oribasc, qui, comme Galien, naquit à Pergame. Il vivait au iv*" siècle; il écrivit une Collection médicale en 70 livres et un abrégé de celle-ci sous le nom de Synopsis. C'est le résumé clair, concis et méthodique de Tœuvre médicale de Galien qu'il copie si minutieusement, (|u'il a été dénommé trop irrévérencieusement le singe de Galien.

jEtius, médecin célèbre des v*" et vi*" siècles, qui fit une énorme compilation de tous les remèdes, onguents et emplâtres préconisés avant lui et à son époque. Il rangea les remèdes suivant le règne auquel ils appartiennent et par ordre alphabéti(|ue ; mais il montra une trop grande crédulité; il écrivit sur la diététique, la pharmacie et la chirurgie, conformément à la doctrine de Galien.

Paul, d'Égine, qui vivait probablement vers la fin du vf siècle, donne un abrégé des écrits de ses prédécesseurs; il en recueille la fleur, pour se servir de ses expressions. C'est pourtant un auteur assez original qui choisit volontiers sa propre expérience pour guide; il est surtout célèbre par la partie chirurgicale de ses travaux, il parait avoir pratiqué le premier la bronchotomic, d'après une méthode empruntée à Antyllus.

PATHOLOGIE cl'léRALE. — YI. ^1

lOXLBERT et BOXNET.I

Alexandre, de Tralles, écrivit 12 livres sous Justinien, à une époque où la médecine était partagée entre les méthodistes, les empiriques cl les dogmatiques, qui avaient oublié la science des indications de Galien. Comme les autres, il multiplia les recettes à Finfini et accorda ses éloges à des préparations anodines, bizarres et parfois ridicules. Cependant, se basant sur sa pratique, il a le courage de faire preuve d'indépendance vis-à-vis de certaines idées de Galien pour lequel il avait cependant une grande vénération. Alexandre, de Tralles, insistait sur la boulimie due aux vers intestinaux; il préférait la saignée des veines du pied parce que, dit-il, elle exerce une révulsion plus puissante. Il faisait vomir avant Taccès des fièvres tierce et quarte. C'est, du reste, une pratique qui est encore utilisée avantageusement aujourd'hui.

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