PÉRIODE DU MOYEN AGE
MÉDEcns'B DES Arabes. — Elle conserve les notions de la médecine grecque et gréco-latine. Vers la fin du vu* siècle, deux médecins grecs, Théodocus et Théodumus, s'établirent dans l'Inrak et enseignèrent la médecine grecque à un grand nombre de disciples arabes. Les livres grecs furent traduits en syriaque, après la conquête de rÉg}7>te par les Arabes, et la médecine grecque fut ainsi naturalisée chez eux. Les Arabes rassemblaient pour chaque cas de nombreux médicaments et ne s'occupaient guère que de médecine pratique. Ils se servaient surtout de purgatifs végétaux doux tels que la casse, les tamarins, les myrobolans, la manne, le séné; ils répandirent l'usage du sucre, des sirops, des juleps des électuaires, des aromates. Ils employèrent également le musc, le nitre, l'alcool, le sublimé. Leur médecine émanait donc des Grecs ainsi que de Galien et se basait aussi sur de sages préceptes parmi lesquels nous indiquerons le suivant: « Quicumquc experitnr augct srientiam: qui vero crédit anget errorem ».
Parmi les médecins arabes les plus célèbres, nous citerons Rhazès, (\m naquit en 800, décrivit la variole et lit surtout œuvre de compilation dans son grand ouvrage, le Continent, Ali-Abbas, qui vécut 50 ans plus tard, indiqua un nombre infini de remèdes, écrivit un excellent traité de diététique pour cette époque et dix livres pratiques. Pour la pratique, il étiût considéré par les Arabes comme supérieur à Avicnme. Ce dernier passait chez les Arabes pour un second Galien et reyut même le surnom de prince des médecins. Le Cawon d'Avicenne, qui mourut en lOôOaprî's Jésus-Christ, fut l'ouvrage classique par excellence, pendant six siècles. Il était composé de cinq livres; le troisième et le (|ualrième renfermaient la description et le traitement des maladies ; le cinquième élail consacré à la composition et à la préparation des remèdes. Arenzohar, qui vivait au xu"" siècle, avait fait le serinent de ne jamais employer do poisons; il osa, malgré les préjugés de son époque, unir à Télude de la
médecine celle de h pharmacie et de la chirurgie. 11 fit saigner son enfant âgé de trois ans seulement. Averrhoès^ le commentateur d'Aristote, conseillait au médecin de se guider d'après Texpérience et le jugement, car les règles thérapeutiques ont besoin d'être modifiées suivant le climat, la constitution, de sorte que, ajoute-t-il, la médecine pratique ne consiste qu'à appliquer les vérités générales à chaque cas particulier. Il se livra peu à la pratique de la médecine. « Un honnête homme, disaitil, peut se plaire à la théorie de cet art, mais la pratique doit le faire trembler. » Albucasis s'occupa surtout de chirurgie; il connaissait même la ligature des artères avec un fil.
École de Salerne. — Elle avait déjà une certaine réputation vers la fin du vui* siècle et elle atteint son apogée entre le x* et le xiu** siècle, s'occupe surtout de régime, de diététique; elle traite de préférence par les substances végétales non toxiques. GariopontuSy médecin de Salerne au xi*" siècle, composa un traité intitulé De Dynamidiis, dans Ie(|uel il prétend deviner les vertus des simples d'après leur figure et leur couleur. D'après le système de Porta^ développé dans sa Phytognomonica, l'action des médicaments pourrait se déduire de leurs formes.
Pendant longtemps, la thérapeutique fut associée à des pratiques superstitieuses et religieuses. Au xm** siècle, on consultait les astres avant de soigner ou de purger. Le pape Innocent III défendit, sous peine d'excommunication, d'entreprendre un traitement avant d'avoir fait appeler un ecclésiastique.
Vers le conunencement du xv*" siècle apparaissent des maladies nouvelles : i" la coqueluche en 1414; 2" la sueite anglaise, qui fit des ravages en i486, 1514, 1528, 1551. Ontraitait cette dernière maladie en favorisant la transpiration, en relevant les forces, et l'on estimait que les évacuants étaient nuisibles. Signalons encore les grandes épidémies de scorbut, qui ont fait des ravages en 1250 dans l'armée de saint Louis et dont les équipages de Vasco de Gama furent atteints en 1498. Puis la syphilis fait son apparition. Jean, de Vigo, conseillait le précipité rouge mercuriel à Tintérieur, des fumigations de cinabre et de storax, et l'application à l'extérieur de l'emplûtre mercuriel qui porte encore son nom. Déranger, de Carpi, au commencement du xvi*" siècle, reconnut le premier les bons effets des frictions mercurielles. 3/a//A2o/evant4) l'emploi du mercure à l'intérieur. FerneU surnommé le Galien moderne, composa sept livres de thérapeutique; il se guida sur la loi des contraires, s'attacha à détruire la cause ou les causes d'une maladie avant d'attaquer la maladie elle-même; il recommandait les trois modes suivants de médication : 1" évacuer l'excédent des humeurs; 2** purger, c'est-à-dire purifier les humeurs; 3" altérer, c'est-à-dire ramener à l'état normal les parties qui ont été viciées dans leur tempérament et leur composition.
[OILBBBT 9t BOZirCT.\
PÉRIODE D'ÉMANaPATION
Elle est caractérisée par une série de tentatives de réforme médicale. Secouant le joug de la tradition, les médecins basent tour à tour leurs doctrines sur la chimiatrie et Valchimie (ParaceUe, van Helmont); sur Yiatro-mécanisme pur (Sylvius, de la Boc, Willis) ou mélangé à d'autres systèmes (Boerhave, Hoffmann); sur Vanalomie (VésalCy Fallope)\ sur la physiologie (Servet, Ilarvey). Telle est la première phase, qui est encombrée par des théories plus ou moins imaginatives. C'est la phase qui pourrait être appelée par abréviation la phase spéculatire, Enfm, Sydenham ramène la médecine à l'observation pure, aux bonnes traditions hippocratiques et à une thérapeutique rationnelle inspirée par de sages indications. C'est la seconde phase dite de médecine clinique rationnelle.
Phase spéculative. — Théories cbduatriques. — Paracelse (1498- 154()) fonda un système sur les débris de ceux de Galien et d'Avicenne. Ce fut un empirique doublé d'un mystique dont la réputation a été fort surfaite ainsi que le prouve Daremberg {loc. cit.). Cependant il apprit aux médecins à faire des recherches par eux-mêmes; il montra l'importance des remèdes chimiques ou spagiriques, il prépara de meilleurs extraits de plantes que ses devanciers, des teintures martiales, des composés sulfurés; il faisait usage du précipité rouge, du nitrate de mercure, du sublimé, du mercure doux; il employait les sels de plomb contre les maladies de peau; il connaissait l'acide muriatique, l'cau-forte. la composition de l'alun, la solubilité des métaux dans l'eau régale et avait des notions assez étendues sur Tarsenic, le zinc. Il retarda les pn> grès de la médecine en l'associant à la cabale, à la magie, à l'astrolofrio, h ralchiniie. H accorda trop d'éloges aux nombreux remèdes dont il était l'inventein* et dont il encombra la pharmacie et il préconisa sans mesure l'usage « de la très noble, très précieuse et tant divine essence do la fleur d'antimoine qui guérit tontes les maladies ». Alors, l'imliinoine prinia tout et ses louanges sont célébrées dans le Char triomphal de l antimoine (|ue l'on a attribué à Hazile Valentin et qui pourrait bien être, suivant Sprengel, une production de Paracelse ou de ses disciples. Quant à Bazile Valentin, il a été considéré comme le fondateur de la chimie pharmaceutique.
Le xvir siècle voit éclore d'autres doctrines chimiatriques qui se développent au milieu dtîs discussions soit des spiritualistes et fanatiques, soit des conciliateurs et éclectiques.
Les idées générales et les opinions de Paracelse sur les semenceii morbides ont vraisemblablement inspiré Van Helmokt, qui combattit le galénisme, fut l'un des médecins et des chimistes qui, au commencement du wii*" siècle, fit le plus d'observations neuves, mais malheureuse-
ment mélanf^ées à des erreurs et à des extravagances. II fut le grand représentant des animistes^ il soutint une théorie spiritualiste basée en })artie sur l'archée de Paracolse et il admit autant d aichées qu'il existe d'organes particuliers. Il s'occupa avec prédilection de recherches alchimiques, il devint, dit-il, philosophas per ignem. Il se servait surtout du mercure, de Tantimoine, du soufre doré d'antimoine, de Fantimoine diaphorétique et d'autres substances minérales; il avait volontiers recours à Topium; puis, dans son livre intitulé : Déception passive cl ignorance des écoles humorislea, il combattait la saignée; enfin, il n'employait les purgatifs qu'avec modération. Ainsi que le montre h» parallèle établi par Daremberg (loc, cit.). Van llelmont est supérieur h Paraceisc.
Iatro-chimie. — Sylvius de la Boë (1614-1672) est éclectique; il emprunte à Galien la classification des médicaments et la do(*trine des indic^itions thérapeutiques qu'il divise en trois Ciitégories : indications I. Curatrices; II. Préservatrices; 111. Urgentes. La partie iatro-chimicjue de sa doctrine se compose d'un mélange de chimisme et de mécanisme. Il combat, par les purgatifs, les maladies ({u'il rapporte à l'efllcrvescence de la bile, et il en corrige Tàcrcté au moyen de l'opium: il abuse des sels volatils et des diaphoréti(pies pour réveiller la paresse des esprits vitaux et favoriser les sécrétions. Il est un des créateurs de l'enseignement clinique.
Thomas Willis (1624-1689) fait intervenir les ferments dans la production et la giiérison des maladies; cependant ^a pharmacia rationalis renferme quehpies bonnes notions.
Iatho->iécamsme. — La thérapeutique n'a été nullement améliorée par Y iatro-mécanisme entrevu par Sanctorius, fondé par Borelli, soutenu par Bellini, Baglivi, Bamazzini, Lancisi, etc. Vécole anglaise, représentée par Archibald Pitcairn, W. Cole, KeilUMead Bobertson, Bidley, ne fait aucun progrés appréciable en thérapeutique. Puis l'iatro-mécanisme reprend un nouvel éclat avec Boerhave, en Hollande: Hoffmann, en Allemagne.
BoEiiHWE (1668-1758), élève de Pitcairn, ne professa jamais un iatromécanisme absolu; il mêlait à ce système un peu d'hippocratisme et de chimiatrie; il associait le mécanisme à l'humorisme; il alliait les doctrines anciennes aux idées mécanico-chimi(|ues, issues des premières découvertes de la renaissance médicale. Il avait recours à une polypharmacie se composant de désobstruants, fondants, discussifs, délayants, incisif, incrassants, invisquants, etc.; mais, d'une manière générale, Boerhave n'employait guère qu'un traitement conforme à la tradition. Sa thérapeutique des maladies infectieuses consistait à expulser le venin par la siugnée, le relâchement de la peau et un régime léger (.1/). 1594). Si l'on en juge par ses deux ouvrages réputés classiques, les Institutions de médecine (1708) et les Aphorismes (1709), on ne peut s'empêcher de trouver que la renommée du médecin de Leyde est exagérée-
[OILBERT et BOiNET}
HoFFMA» (1660-1742) adopte rialro-mécanismc mélangé au solidisroe; il est surtout l'adversaire de Stahl, dont Tanimismc semble cire un écho éloigné de Tarchéisme.
HoiTmann prescrivait surtout des médicaments fortifiants^ calmant*, évacuants et altérants. H défendit contre Stahl l'usage du quinquina dans les fièvres intermittentes; il n'usait de l'opium qu'avec circonspection; il donnait les boissons dans les cas de spasme, d'inflammation: il conseillait les ferrugineux dans les maladies chroniques, les fièvres intermittentes. Le premier, il administra l'hydrogène sulfuré à l'inlcrieur, surtout contre la goutte; le camphre était un de ses remèdes favoris; il considérait le nitre comme antispasmodique et rafraîchissant; il traitait la sj-philis par le mercure doux donné jusqu'à salivation. Sa thérapeutique des maladies aiguës tenait le milieu entre les méthodes expectante et agissante ; il insistait sur la diététique, prescri\'ait comme vomitifs l'ipécacuanha et l'émétique, repoussait les purgatifs drastiques. 11 a écrit une série de travaux sur les purgatifs (1696), évacuants, altérants, sédatifs, hémostatiques, anthelminthiques, anti-odontalgiquei (1698); il est grand partisan des cautères, qu'il préfère aux vésicaloires. Dans les aflections fébriles aiguës, il repousse l'emploi des vésicaloires. qui agissent, dit-il, surtout par la stimulation qu'ils produisent. Puis. Hoffmann établit quatorze lois pour venir au secours de la nature et la diriger dans ses opérations. Nous citerons les plus importantes : « On doit observer avec toute l'exactitude et l'attention possibles, dans toutes les maladies, l'ordre et la succession de tous les efforts et mouvements que produit la nature. Le médecin emploiera les fortifiants, à la fin de la maladie ou de l'accès, pour empêcher la rechute ou une maladie nouvelle. Préférer les remèdes simples a ceux qui sont composés. On se gardera des fréquents changements de remèdes et Von persistera dans l'usage (le ceux (|ui sont surs et éprouvés, bien qu'on n'en sente pa> de souingeinont sur-le-champ. » De plus, il a fourni une série d'indications, soit sur Futilité, soit sur les dangers de la saignée, (|ui produirait néanmoins, dans certains cas, trois excellents effets : l'éviicuation, la révulsion, la dérivation. Knfin il a recours à la saignée, à titre prophylactique, quand les mouvements du sang sont trop violents. On lui doit une liqueur anodine qui porte son nom et (|ui est souvent utilisée.
Animisme. — Stahl, de Halle (1660-1754), eut des démêlés retentissîinis avec Leibnitz et son collègue Hoffmann. C'est le créateur de la doctrine de l'aniuiisine, qui a été le point de départ des théories vitalistes de Bordeu, llaller, ÎUown, Cullen, Rasori. H rajeunit le naturisme, altération de la médecine hippocratique. Lavoisier considérait Stahl « comme étant un des patriarches de la chimie et ayant fait une sorte de révolution dans cette science ». Sa thérapeutique est assez insignifiante, car, dis;iit-il. « la plupart du temps (deux fois sur trois) le médecin n'a rien à faire et ne fait réellement rien du tout », et il ne doit cherchera modifier les
maladies que lorsqu'elles s'écartent de leur marche naturelle ou salutaire. Néanmoins il ne veut pas (ju'il reste un simple contemplateur des scènes pathologiques; son rôle est moins de dominer la nature que de lui ohéir, sans cesser pour cela d'être actif. Il traite les fièvres intermittentes par le quinquina; mais, assez inconsidérément, il reproche à ce médicament de produire des hydropisies; il est partisan de la saignée pour favoriser les crises; cependant, il préfère la remplacer par Témétique, les purgatifs (aloès, jalap, ellébore, rhubarbe) ; il signale les inconvénients de l'opium; il emploie souvent le nitre dans les maladies aiguës; il conseille d'éviter tout ce qui pourrait supprimer les évacuations dans les fièvres ; il regarde la lièvre comme un dépuratif du corps et la considère « comme un acte vital, moteur, excréteur, sécréteur, une énergie appréciatrice des choses qui doivent accomplir le salut ».
ViTALisME. — École de Montpellier. — Vers le \\^ siècle, à son début, Técole de Montpellier, rivale de celle de Salerne, ne se piqua guère de philosophie médicale; les malades affluaient auprès des médecins juifs «u arabes qui ne se préoccupaient que de pratique. Tous les efforts étaient dirigés vers l'observation des maladies. Plus tard, elle s'attarda aux discussions scholastiques des Arabes; puis elle adhéra aux théories chimiques et mécaniques. Enfin, gardienne vigilante des doctrines de Cos, comme l'établit l'inscription bien connue (Olim Co$^ nunc Montpelliensis Hippocrates)^ elle admit le naturisme, qui inspira l'animisme de Stahl.
Bordeu (1722-1706), disciple d'IIippocrate et de Stahl, fut mystique, naturiste, et fonda un système mixte qui éUiblit le passage entre les théories métaphysi(|ues et les théories dynamiques. Sa doctrine des propriétés vitales resserre la chaîne avec les traditions de Cos; il admet la nutrition et le sentiment comme propriétés inhérentes à la fibre animale dirigées et éclairées par l'ûme immortelle. Confiant dans la tendance naturelle de l'organisme vers la guérison, il disait « que les médecins guérissent toutes les maladies excepté la dernière » .
Barthez inventa la •théorie du double dynamisme. A coté de Tàme. principe penstmt, il suppose l'existence d'un principe vital. C'était une àme de seconde majesté, pour employer le terme de son élève Lordet. Cette faculté vitale du corps humain est douée, dit Barthez, de forces motrices et sensitives. C'est la cause qui produit les phénomènes de la vie dans le corps humain.
Dans la pratique, Barthez se préoccupe peu de ses doctrines. 11 définit la médecine la science dogmatique des indications. Son but est la thérapeutique. Il entend par méthodes les plans divers du traitement que Ion peut opposer aux maladies. La science des méthodes est à la thérapeutique ce que la tactique est à l'îirt militiure, la législation à l'administration (Bérard). Dans Vesprit des lois que Barthez donne à la thérapeutique, il divise les méthodes de traitement en : 1** naturelles; 2"* analytiques^ et 3* empiriques. Ces dernières peuvent être réparties dans les
iOlLBEnr et BOINET ]
trois catégories suivantes : imitatrices; perturbatrices i spécifiques. Son traitement des affections nerveuses consiste en un mélange de remèdes sédatifs et excitants avec les toniques et les nervins. |] combat i tort les accès pernicieux palustres au moyen de Topium, qui affaiblit l'activité des forces sensitives. Le quinquina ne vient qu'au second rang. La méthode de traitement des fluxions aiguës ou chroniques se compose de cinq règles qui peuvent se résumer ainsi : 1** contre la fluxion au début, révulsion ; 2^ contre la congestion chronique ou la fluxion avancée, attraction, dérivation; 5** contre les fluxions très mpides avec grande congestion, révulsion, dérivation, évacuations locales ; 4° dans les fluxions chroniques à point de départ éloigné, attractions près du point dont part la fluxion ; 5^ Tefficacité des révulsifs et des dérivatifs est d'autant plus grande que ces remèdes sont « appliqués sur les points du corps qui ont les sympathies les plus fortes et les plus constantes avec Forgane par rapport auquel on veut opérer une révulsion ou une dérivation ».
C'est ainsi que Bérard (1819) résume les doctrines médicales de Montpellier : « Avec l'esprit ])hilosophique qui l'anime, elle a su se préserver du brownisme; elle est la continuatrice progressive et rexécution achevée de l'école de Cos, dont elle se considère comme rhérîtière légitime. Ses idées se composent primitivement d'animisme puisé dans l'observation clinique, ainsi que dans les travaux analogues des anciens (Stahl, van llclmont), modifié par des notions plus saines et plus ^exactes (Sauvages), associé à l'admission des propriétés vitales inhérentes à It fibre nerveuse (Bordeu), rendu peu à peu indépendant des volontés et des affections de l'âme pensante et soumis à des lois propres. » Le professeur de Montpellier ajoute ailleurs, page 198 : « Il faut bien en convenir, le dogmatisme n'a presque trouvé aucun remède. La méthode des premiers âges, malgré ses imperfections, est préférable à celle (pi'on a adoptée dans la suite. Il y a toujours eu, à Montpellier, des praticiens qui ont oublié toute espèce de théorie, même celles de notre école. »
Ces (juelqucs citations montrent bien que ces problèmes évanouis de philosophie médicale n'ont pas été d'un grand secours à la thérapeutique. Elle vient à Taide de la force médicatrice, qui organise la défense de rorganisine.
Théoiues mixtes basées suiiToiT st'B i/iRRiTABiLiTÉ. — Lcs (loctrincs de Cullen et Brown dérivent de l'iatro-mécanisme transformé en solidisme et combiné au système de rirritabilité.
La théorie du neuvosisme de Clixen (1712-1790) diffère de Tanimisme de Shihl et s'inspire des idées d'Hoffmann et d'IIaller. Son système est basé sur le rôle prépondérant du système nerveux, non seulement à Tétai de santé, mais aussi dans la production des maladies. Toute sa pathologie dérive du spasme et de Vatonie. Il rejette les causes mécaniques et humorales et fonde une sorte de solidisme vital. Dans sa Matière médicale (177!2), Cullen insiste sur la différence d'action que les médicaments ont sur le corps vivant ou sur la matière inanimée. C'est Tirritabihlé
nerveuse qui en détermine les effets. Sa classification des médicaments est défectueuse; elle est basée sur trop de points de vue différents. Cullen a une certaine répugnance pour les spécifiques ; il cherche à tirer les indications thérapeutiques de la connaissance des causes morbides, et, en eus d'insuccès, il s'adresse simplement à Texpérience. « // me semble, dit-'d, que la confiance que Von a eue dans les efforts de la nature a fréquemment donné lieu à une pratique paresseuse et sans action, » Dans les fièvres palustres, il recommande de ne donner Fécorce du Pérou que pendant l'intermission ; mais il a le tort de faire prendre ce médicament au moment le plus rapproché de Taccès. Il traite les lièvres continues : 1® en modérant la violence de la réaction; 2** en dissipant leurs causes; S** en prévenant les effets de la faiblesse. « L'art d'éviter, autant que possible, ces causes d'irritation ou de modérer leur activité, constitue ce qu'on appelle proprement le régime antiphlogistique, que l'on doit employer dans toutes les fièvres continues. Saigner dans les lièvres ordinaires, car elles sont inflammatoires; ne pas saigner dans les épidémi(|ues, car elles sont ordinairement adynamiques. » Enfin, Cullen a eu le mérite de simplifier la matière médicale. Il pense que les efl'ets |)articuliers des médicaments « dépendent de la manière dont ils agissent sur les parties sentantes et irritables du corps humain ».
Bkowmsmk. — Brown (1755-1788), surnommé lAsclépiade et le Paracelse du xviii"^ siècle, basait sa théorie sur le principe suivant : c La vie ne s'entretient que par incitation; elle est sous la dépendance des stimulants, elle n'est que le résultat de l'action des incitants sur Vincitabilité des organes. Les excitants trop énergiques déterminent une excitation trop vive ou les maladies sthéniques. L'excès opposé ou l'insuffisance des excitants a pour résultat la faiblesse directe. Les médicaments sont des incitants que Ton gradue suivant la variété et le degré d'asthénie. » Brown prescrivait contre les maladies sthéniques, le repos, l'abstinence de la viande, fair froid, l'eau en abondance et les purgatifs; quant aux maladies asthéniques, elles étaient justiciables de l'alimentation carnée, des excitants (thé, café, vin, esprit de vin, chaleur, lumière, exercice, (|uin(|uina, alcali volatil, éther). Il considérait l'opium comme le plus énergique et le plus précieux de tous les stimulants. Du reste, pendant ses leçons, Brown s'excitait en prenant à quatre ou cinq reprises de 40 à 50 gouttes de laudanum dans un verre d'eaude-vie. En résumé, le traitement doit simplement augmenter ou diminuer rincitation.
Li commodité de l'application de ce système au lit du malade et sii simplicité furent ses principales conditions de succès. Le urownisme se répandit surtout en Allemagne et en Italie.
Médecine clinique rationnelle. — Sydenham (10^4-1689), surnommé rUippocrate anglais, ramène enfin l'art médical dans le droit chemin. « Je reconnus bientôt, dit-il, que le meilleur moyen d'apprendre la médecine était Texercice et l'usage, et que le médecin qui
laiLBERT 0f BOINET]
étudie par ses propres yeux les phénomènes naturels des maladies devait nécessairement exceller dans Tart de connaître les véritables indications curatives. Telle est la méthode à laquelle je me suis livré entièrement, bien persuadé que si je prenais la nature pour guide, je ne m'écarterais jamais du droit chemin, lors même que j'entrerais dans des voies inconnues jusqu'alors. Les règles du traitement, dit-il encore, sont fondées sur la marche que suit la nature dans la production et la guérison des maladies; il faut secourir la nature lorsqu'elle tombe, la retenir quand elle s'égare et la ramener dans le cercle qu'elle vient d'abandonner. »
Citons aussi une série de ses aphorismes d'une utilité pratique toujours incontestable. « Il n'est aucun de mes malades que je n'aie traité comme je voudrais cju'on me traitât moi-même, si j'avais les mêmes maladies. — Il m'est souvent venu en pensée que, dans le traitement des maladies, nous allons trop vite et qu'il faudrait laisser plus agir la nature. C'est une erreur grossière que de croire que la nature a toujours besoin des secours de l'art. J'ai toujours pensé que mon devoir était de marquer les véritables indications que Ton doit suivre dans le traitement des maladies et non pas de donner des recettes. — Il n'y a pas la moindre proportion entre le grand nombre des maladies dont les hommes peuvent être atteints et les moyens qu'ils ont pour s'en délivrer. Si l'on m'objecte qu'il y a beaucoup de remèdes spécifiques, j'avoue sincèrement qu'ils nie sont inconnus et je crains fort que ceux qui les vantent soient aussi ignorants que moi. Les remèdes qui ont une vertu spécifique sont d'autant plus efficaces qu'ils sont moins associés à d'autres. >
On ne saurait dire mieux, ni plus justement.
Sydenliam redoutait les théories. « Quant au médecin, dit-il, toute sa philosophie consiste à connaître l'histoire des maladies et à savoir employer les remèdes que rexpéricnce a fait voir être les plus efficaces pour les guérir, et, en même temps, il doit suivre une méthode qui soit fondée non sur des spéculations chimériques, mais sur une manière de raisonner ordinaire et naturelle. »
Il a une préférence marquée pour les remèdes extraits du règiu' végétal; il déteste la polypharmacie ; il reconnaît les avantages de la chimie, « pourvu qu'elle se contienne dans les bornes de la pharmacie >. Il emploie la saignée avec modération : « Je sais, dit-il, que les cordiaux ont réparé les forces de malades affaiblis par la saignée, mais mieux vaut ne pas faire le mal que d'avoir à le réparer, » 11 traite les lièvres quarte:; par la poudre de quinquina à la dose d'une once par jour.
En résumé, Sydcnham a le grand mérite d'avoir établi sur des indications rationnelles tirées de l'observation de bonnes méthodes de traite ment; il a montré l'inanité des doctrines théoriques et il dit fort judicieusement : « Un médecin qui n'a pour se régler (jue son imajiination ne peut guère que se tromper; celui qui passe son temps à for|îor des systèmes sans consulter les faits perd sa peine, n'avance pas la pra-
LA THÉRAPEUTIQUE A TRAVERS LES AGES. Mi
liqucî cl ne saurait manquer de s'égarer lui-même, tout en jetant les autres dans Terreur. »
xvni*^ SIÈCLE. — ÉcuLE iTALiEN.NE. — Baglivi (1668-1706), malgré ses théoines iatro-mécaniciennes, est un traditionaliste éprouvé dans la thérapeutique des maladies; il suit dans la pratique les préceptes dllippocratc et de Sydenham. « Ils se trompent étrangement, dit-il, ceux qui pensent réussir dans le traitement des malades, parce qu'ils ont une méthode merveilleuse pour la théorie. » Il veut un empirisme raisonné, fécondé. « Les médicaments guérissent, dit-il, non les hj'pothèses. »
Selon Baglivi, les indications se tirent de la nature, de la cause, de la violence de la maladie et des symptômes dominants.
Torli (1658-1741) réforme la matière médicale, règle le traitement des fièvres intermittentes par l'écorce du Pérou, montre la nécessité de donner de fortes doses de quinquina dans les fièvres pernicieuses, enfin déduit ses indications thérapeutiques de la véritable observation clinique.
Borneri (1725-1785) suit la même voie et ses méthodes de traitement sont basées sur un empirisme raisonné.
École anglaise. — Iluxham (1694-1768) fut aussi un bon observateur; il donnait le quinquina à titre d'antiseptique dans la variole, il traita les inflammations par les évacuations sanguines et Topium, à haute dose, et l'angine gangreneuse par le quinquina et l'acide sulfurique.
Pringle (1707-1782) avec son ouvrage Sur les maladies des armées (1752), et Lind avec son traité du Scorbut (1755), son mémoire sur la Santé des marins (1757), son livre sur les Maladies des pays chaud» (1768), ont illustré la médecine militaire, en Angleterre. Floyer (1697) écrit un traité sur l'usage des bains froids. Fowler (1756-1801) emploie dans les fièvres intermittentes et rémittentes la liqueur qui porte son nom. Les affusions froides sont utilisées en 1791, par Jackson contre les fièvres nerveuses et contagieuses, et en 1798, par Ctirri> dans les cas de scarlatine. Jenner (1749-1825) appartient, par plusieurs de ses écrits, au xvni*' siècle, mais ses travaux remarquables sur le vaccin datent du début du siècle suivant.
École de Vienne. — JT/yi Swieten (1700-1772), commentateur des Aphorismes Aci son maître Boerhave, fixe les doses de la solution de sublimé au millième à donner dans la syphilis, il n'emploie les vésicatoires que fort rarement, il saigne dans la première période de la variole; il recommande de tirer les indications des symptômes.
De Haen (1705-1776) éUiblit des règles relatives aux émissions sanguines et insiste sur le traitement prophylactique de la peste, de la variole et sur les mesures contre les épidémies et les endémies.
Sfo//( 1752-1 788) s'occupe surtout de pratique et déduit ses principales indications thérapeutiques des symptômes et de la marche des maladies. Il a émis les quelques apliorismes suivants, ,, isont empreints d'un grand sens clinique : « Celui-là traitera ses malades j.v.c succès, qui saura saisir l'occasion de placer un remèJe à propos et qui comptera plus sur une
[OILBERT 9t BOtNETl
indication bien précise que sur une certaine vertu spéciGque des médicaments. — Sans la connaissance de Tà-propos, toute méthode de l^ait^ ment est mauvaise, non par la faute des remèdes mais par l'ignorance du médecin. — Les préceptes de Fart, même les plus faciles et les plus susceptibles d'être présentés avec exactitude, exigent eux-ménics que le médecin tire de son propre fonds les moyens de les adapter aux cas qui leur sont propres. — Ma matière médicale est fort succincte, non par pénurie, mais de dessein prémédité. »
IIuMÊoPAiHiE. — Ilahnemann (1796) émit une théorie absolument opposée à toutes les doctrines hippocratiques ou autres qui s'étaient succédé ù travers les âges. Le principe de cette méthode est similia similibus; il n'est pas complètement étranger à nos conceptions modernes (vaccine, variole). Le caractère essentiel du médicament sérail de posséder une propriété morbifîque particulière capable de produire, cha l'homme en santé, des phénomènes du même ordre que les maladies naturelles. C'est par la substitution de la maladie artificielle à la maladie naturelle que la guérison se produit. Trousseau et Fonssagrivesi*) ont énergiquement réfuté cette doctrine. L'homéopathie considérée comme un système n'est, d'après Trousseau, qu'une réaction extravagante contre rhumorisme et la polypharmacie.
PÉRIODE CONTEMPORAI>'E. — XIX- SIÈaE
Phase théorique. — L'aurore de ce siècle voit éclore les théories du contro-stimulus de Rasori et de la doctrine physiologique de Broussais.
Rasohisme. — Le système de Rrown inspire le stimulus et le controstinuilus do Rasorl Si rautem* it^dien est brownien en tbéorie, il est humoriste dans la prati([ue ; il admet des fièvres simples, sthéniques. asthéniques, nerveuses. Sa thérapeutique consiste surtout en anliphlogistiques indirects ou contro-slimulanls dont le type est le tartre slihié. au moyen duquel il prétend juguler les maladies, et en médicaments hj-posthénisants tels (|ue vomitifs, purgatifs, diurétiques, régime a([ueux do Cirillo, diète, saignée. Il administrait surtout Témétique à doses fractionnées, qu'il prescrivait parfois à la dose de 1, 2, 5 grains toutes les heures ou les deux heures jusqu'à oter au malade Tenvie de vomir. i> contre-stinudaut guérissait, disait-il, non par les évacuations, mais \m une vertu directe et sédative comme Topimn. Un de ses partisans, Bord.u donnait, en vingt-cjuatre heures, un gros grain de tartrite anlimoni«T de potasse (Ciid^ler a vu prescrire à la Salpètrière 80 eentigianuues ot même 1 granune de tartre stibié). La tolérance ainsi obtenue était W résultat de l'épuisement du malade. Depuis 1825, Rasori employa une thérapeutique moins perturbatrice, (jui se composait surtout de mèdica-
(*j FoNssAGUivKs, Piincipcs de thérapeutique fjànérale, p. 128 cl 2U.
iiients hypersthcnisants; il n'eut presque plus recours ni à l'émétique, ni aux drastiques. L'opium, le vin, Talcool, furent ses stimulants de prédilection. C'est ainsi qu'il a fait absorber, dans une seule journée, i80 {grains d'opium, 5 bouteilles de vin de Madère et une once de liqueur d'Hoffmann. Le sulfate de quinine était son contro-stimulant universel, et c'est avec ce médicament qu'il combattait toutes les inflammations.
Doctrine physiologique. — Les idées de Broussais se rapprochent un peu de celles de Brown par. la théorie abstraite de la stimulation, mais elles en diffèrent par leur point de départ et leurs applications thérapeutiques. Comme Rasori, Broussais admet des stimulants et des controstimulants. Élève de Bichat, adonné au\ travaux d'anatomie pathologique et de physiologie, Broussais (1772-1838) pense que toutes les maladies proviennent d'une irritabilité des tissus; il estime que les irritants sont les seules ciiuses morbifiques et que le rôle du médecin est d'éteindre d'emblée cette irritation en employant la médication phlogistique qui consistait en des saignées répétées et en applications copieuses et renouvelées de sangsues. L'inflammation, disait-il, est le grand fait anormal, initial et caractéristique, qui domine la pathologie. Le plus grand nombre des maladies (fièvre inflammatoire, flèvres intermittentes simples ou pernicieuses, névroses actives) dépendent, ajoutait-il, de la gastro-entérite. Il n'y a pas de maladies graves auxquelles le tube digestif ne prenne part. La lésion est le point de départ primordial ; localisées dans leurs princi|)es, ces maladies se généralisent par suite de réactions diverses; les symptômes sont le cri de l'organe souffrant; les diathèses ne sont pour Broussais que de ridicules ontologies; les maladies et les médicaments spécifiques n'existent pas. Il donne à son système le nom de médecine physiologique. Ce dogme nouveau et cette médication exclusive furent accueillis avec d'autant plus d'enthousiasme que la thérapeutique était plus simplifiée. « Il est dangereux, disait Broussais, de ne pas arrêter la marche d'une inflammation au début. » On obtient ce résultat par les débilitants, la saignée, l'abstinence, les boissons émollientes et acidulées, mais la saignée est le remède le plus efflcace. Il conseille de placer les sangsues le plus près qu'il soit possible du principal point d'irritation. En résumé, la thérapeutique se borne presque h l'emploi des antiphlogistiques et n'est plus guère qu'une section de l'hygiène ; elle ne vise (jue les propriétés morbides de l'organisme et elle se réduit aux trois groupes suivants : 1* débilitations ; 2** stimulation directe; 5** médications révulsives ou indirectes. En résumé, Broussais se servait peu de médicaments; il soustrayait presque toujours.
Mais la doctrine physiologique de Broussais ne tarda pas à être attaquée par Bayle et surtout par Laennec. Ces deux adversaires ajoutaient à leurs arguments des épithètes un peu vives : Laennec qualifiait Broussais de Paracelse moderne, et Broussais ne manquait jamais d'ajouter au nom de Laennec les épithètes de sophiste, devin, ouvreur de cadavres.
Phase anatomo-pathologi que. — Ce fut précisément ra?ia/omiej9a^/io-
iOILBBBT fC BOINET.}
logique sur laquelle s'était appuyé Broussais qui ébranla et fit crouler sa doctrine. Laennec admet une sorte d'animisme pathologique^ par opposition à Taniinisme physiologique de Broussais. Pour Laennec, les altérations sont primitivement et essentiellement spéciales. Les maladies essentielles revivent, pîacées sur cette base nouvelle, et les médications spécifiques rentrent à leur suite. La gloire de Laennec, dit Trousseau, est d'avoir rétabli la nosologie et la matière médicale par Tanatomie pathologique. H fut empirique par haine du physiologisme.
Andral s'attache aussi à réfuter la doctrine physiologique ; il déclare la guerre à Tinflammation, « vieille monnaie sans empreinte qui doit être mise hors de cours », restaure Thumorisme et emploie avec art Téclectisme médical comme une arme de combat contre le système de Broussais.
Phase clinique. — Enfin, une thérapeutique saine et rationnelle basée sur l'observation est instituée par dos cliniciens tels que Corvisart, Bouillaud, Chomel, Cruveilhier, Bretonneau, Récamier, Trousseau, qui ont illustré V École française.
Bretonkeau (*) (1778-1862) avait déjà entrevu, en 1815, la cause véritable de l'altération des plaies et le principe de leur traitement ; il crée de toutes pièces la pathologie spécifique infectieuse dont Pasteur donnait, cinquante ans plus tard, la confirmation expérimentale. Les travaux de Bretonneau sur la dothiénentérite (1818) et sur la diphtérite (1821) font époque. Il démontre la spécificité des maladies, lui accorde un rôle prépondérant; il estime que l'inflammalion est un élément commun à toutes les maladies spécifiques ; il admet qu'elles jettent des graines et que leur développement nécessite Texistence de germes évoluant sur un terrain favorable. Bretonneau, ce grand précurseur, proclame en outre la spécificité de la médication. C'est en se basant sur ces principes qu'il essaie de sub.Hituer par des cautérisations au nitrate d'argent ou par l'absorption de caloinel une inflammation de bonne nature, douée de tendances résolutives, à la maladie infectieuse que l'on combat.
Dans ses recherches sur la dothiénentérite, il admet l'unité et la spécificité des fièvres continues, leur contagion, huir localisation intestinale; il repousse, en pareil cas, la saignée, conseille les pm^gatifs salins, le quinquina, une alimentation prudente et modérée et contribue, plus tard, à jeter le discrédit sur les mercuriaux.
II considère aussi la diphtérite connue une maladie spécifique dans laquelle les phénomènes généraux sont subordonnés aux accidents locaux: il proscrit les vésicatoires, la saignée; il emploie une médication locale composée d'astringents, de calhérétiques et de caustiques: il pratique cincj fois, sans succès, la trachéotomie, et n'obtient sa première guérison qu'à la sixième intervention.
Ajoutons qu'il prescrivait le quincpiina le plus loin possible de l'accès paludéen futur, (juand il est simple, et qu'il donnait ce médicament au
(*) pAOL Thiaire, bretonneau et hcs corrrsjfondants, Paris, 1892.
milieu du paroxysme dans l'accès pernicieux. Dans les cas de scariatine avec hyperthermie, il avait recours aux allusions froides; il traitait la constipation par la belladone et certaines hémorragies par Tcau chaude.
Récamier (1774-1852) fit faire de grands progrès h la thérapeutique. Dans les lièvres continues, il donnait des bains froids et il avait recours à des atîusions froides pour modérer Thyperthermie et régulariser faction du système nerveux. Lui-même, atteint de fièvre continue, en 1811, se fit plonger pendant douze minutes dans un bain à 15 degrés; son pouls tomba de 120 à 72 et, se rappelant qu'il avait oublié de se faire répandre de Tcau sur le crâne au moment où il était dans son bain, il ordonne de mettre de la glace sur le sommet de sa tète pendant cinq heures consécutives. Récamier fait prendre 91 bains froids à une malade, trace les règles de la méthode réfrigérante : il a encore le mérite de restHurer la matière médicale, de donner du quinquina, de l'arsenic, des antimoniaux, du fer, des antispasmodiques qui avaient presque disparu de la thérapeutique. 11 traitait les lièvres par le quinquina; la pneumonie, par les antimoniaux; les phlegmasies des voies digestives, par les purgatifs: les troubles nerveux graves, par les antispasmodiques et le musc; la sciatique, par la térébenthine. La thérapeutique de Récamier, spiritualiste de l'École hippocratique, admettant l'influence de la force médicatrice et des crises, était pathogénique : elle s'adressait surtout à l'entité pathologique, à la maladie elle-même. Récamier pratiqua le cathétérisme utérin, le curettage de cet organe avec un instrument spécial, l'abrasion et l'ablation du col utérin, la colpo-hystérectomie, proposa l'ablation des kystes de l'ovaire deux ans avant que Clay ne l'exécutât, préconisa l'ouverture des kystes hydatiques et des abcès du foie au moyen de caustiques qui créent des adhérences, évitant ainsi la contamination du péritoine par le pus ou les liquides patliologiques. En 1850, il faisait méthodiquement des injections intra-utérines pour combattre la fièvre puerpérale; il incisait le cul-de-sac postérieur dans les cas de tumeurs pelviennes fluctuantes; il traitait les métrites par les soins hygiéniques, les cathéré tiques, les caustiques, parmi lesquels il préférait le nitrate acide de mercure ; enfin l'opération de l'empyème sous l'eau pour éviter l'entrée de l'air, l'invention de son pharjngotome et de son cathéter vésical complètent les découvertes de Récamier. Sa cliaire au Collège de France fut occupée plus tard par deux physiologistes éminents, Mogendie et CL Beimard qui fonda le déterminisme dont s'empara l'École positiviste et qui incline vers le vitalisme en considérant la nutrition comme une force génératrice continue.
Trousseau (1810-1867) emprunte à son maître Bretonneau la doctrine de la spécificité qu'il vulgarise et, pour montrer l'importance de l'infection spécificpie, il substitue les mots de diphtérie et de dothiénentérie à la diphtérite et à la dothiénentérite de Bretonneau; il réconcilie la matière médicale avec la médecine ; il recommande l'usage des martiaux, en réprime l'abus, remet en honneur l'administration du quincpiina par le procédé de Sydenham, fait connaître les bons eficts du sulfate de
[OILBEBT et BOXNET]
8IC THÉRAPEUTIQUE GÉx\ÉRALE,
quinine dans les névralgies, étudie Tcmploi des solanécs vircuses, etc. : il écrit avec Pidoux son traité classique de thérapeutique. Il œmbat le dogmatisme philosophique dans ses exagérations et se rattache à Tempirisme thérapeutique. 11 inaugure une ère nouvelle qui est continuée par Guhler, Dujardin-Beaunietz, G. Sée, pour ne parler que des maîtres qui ne sont plus.
Dans une dernière période, la tradition des grandes indications maintenue et accrue par les travaux de l'École française est un peu délaissée. La multiplicité des nouveaux produits chimiques (dont la valeur thérapeutique repose moins sur la clinique que sur une expérimentation hâtive) donne naissance à des tendances de polypharmacie chimique. Parmi tous ces corps récemment préconisés, on chercherait en vain un véritable spécifique. Le salicylate de soude fait peut-être exception. D'autres médicaments, tels que l'antipyrine, Texalgine, la phénacétine, raspirine les cacodylates, l'arrhénal, n'ont guère qu'une action symptomatique.
Phase pasteurienne. — Les remarquables découvertes de Pasteur sonl le point de départ d'une véritable renaissance thérapeutique. A elles se rattachent les vaccinations, la sérothérapie, la bactériothérapie, la toxibactériothérapie, l'antisepsie et l'asepsie en chirurgie et en obstétrique. Elles révèlent la pathogénie des maladies infectieuses, elles créent Thumorisme moderne scientifique. Enfin, comme le dit si bien le P*^ Landouzy : « Il suffirait à l'impartiale histoire, pour marquer les vraiment fécondes et décisives époques de la médecine, de proclamer que ces époques — nous les dénommerons, époques symptomatique, diagnostique ou hippocratique ; pathogénique ou pasteurienne — appartiennent aux temps hippocratiques et au siècle de Pasteur. »
C'est à Visopalhie que Ton doit la plus grande partie de ces conquêtes thérapeutiques; c'est l'organisme animal lui-même qui fournit des remèdes actifs élaborés par le protoplasma de ta cellule sous rinfluence de certains germes pathogènes. L'animal se transforme ainsi en une sorte dofficine d'agents médicamenteux.
Signalons encore la sérothérapie anticancéreuse, préconisée par Richel et lléricourt, qui, sur 40 do nos malades, n'a donné que quelques améliorations symptomatiqucs (*).
Enfin, l'opothérapiel*) mérite une mention à part; elle complète avec avantage le traitement des maladies par altération de la nutrition et des affections dans lesquelles rinsufiisance fonctionnelle des organes joue un rôle prépondérant.
Ce long hisloricpie montre que la médecine tout entière a |)our but la thérapeutique, que la clinicfue et le laboratoire peuvent se concilier; puisque, connue Ta si bien dit Cl. Bernard, l'expérimentation n'est que de l'observation provoquée, et la physiologie est la base de la médecine
(») BoiNKT, Des siTuins onlioaiicércux. Trailt^ de thérapeutique appliquée de Robin, ch. \IV, fasc. VU, p. KVi.
(*) Gii.di:kt et Car.not, Lopolliùrapic. dans l'œuvre médico-chirurgical de Critimann.
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sci<Mitin(|ue: ii fait voir aussi que la vérité scitMitifique est « fille du teuips «»t non pas d'un cerveau » : tnnporls, non atitem ingenii humani /ilia (liacon); (|ue la thérapeulicjue doit s(» p[arder de ces doctrines systématiques (|ui ne sont ni inspirées, ni consacrées par une saine observation; enfin, il prouve que l'opportunité domine la thérapeutique; née recentiO' rihus, nec veteribus, disait sa«^emenl lia^livi; « les systèuu»s sont périssables. Tart est éternel, » ajoutait lluf'eland. « Lii médecine, d'après Sydenham, consiste plus à connaître les véritables indications i\i\ii inventer «le nouveaux reuu'des pour les renq)lir. » ('/est la paraphrase de l'apliorisnii» de Galien : Indicalio eut agnidi intimatio.
CnVlMTRK 11
LES DIVERSES MÉTHODES THËRAPEUTiaUES*
r/esl la pathologie qui p;)se les indications, c'est la physiolojfie (pii les réalise (liouchard). On a dit avec raison que la thérapeutique était surtout la science des indications. Qui bene judical bcnc curât, suivant l'aphorisme» de Ba^divi. domine le but de la thérapeuticpu» est de soulaj^^er et de «ruérir ou tout au moins de modifier et de dirifçer favorablement révolution morbide, il est indispensable de bien connaître la marche naturelle des maladies sous peine de recourir à une thérapeuti(pie inutile, danj^^ereuse ou inconsidérée. Quo naturel pergit, eo ducendum est la r;^;île de conduite bippocraticpie (|ui résume la pratique de tout bon clinicien. c( L'indication thérapeuti(|ue, dit Ihichard, est la n(»tion de Topportunité médicamenteuse. » En pratique médicale, il faut savoir être opportuniste, car les médications systématiques ont (pielcpiefois « le tort de s'atiresser toujours à la maladii» en général, tout en laissant de côté les formes divers(»s et particulières (|u'elle peut revêtir ». Les sources des indications thérapeutiques sont fourni(»s : 1" par les symptômes et V évolution morbides "2" par les lésions anatomiques; .7' par les causes des maladies; i" par leur processus pathogénique \ T)** par la physiologie pathologique. Ces élémenls d'appréciation ne restent pas à l'état isolé; souvent ils se groupent, se combinent et révèlent ainsi les mulli[)les indications que présente cbaipie cas particulier. Loin de s'exclure, ils s:' prêtent un mutuel appui el, comme le dit le professeur Landouzv, la thérapeuli(pie doit toujours être clini(|ue, patho^éniqu(», physiolo«^ique, opportuniste : clinicpie en ses indications, physiologique en ses movens,
* Voy. (inASsKT il. . Lis <livt'i*H's »V«»I«'> tlu''ra|)<Miliqiu*s et ltMii*s |»riiioip(>s. Evolution métîirttlr. Paris. lîMU. I. (>7-7l.
PATHOLOGIE OÉ.NÉIULK. — VI. .Sg
[GILBERT et BOÏNBT.l
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opportuniste en ses décisions. La source la plus certaine des indications ost, sans contredit, le diagnostic (.1. Frank).
Ce sont ces divers éléments (symptômes, causes, pathogénic, évolution, action théraj)eutique des agents médicamenteux, empirisme, etc.), qui ont servi de base au\ diverses mcHUodes Ihérapeutupies dont les dénominations dérivent de leur origine et rappellent ainsi leur point de départ. La thérapeutique peut donc être: \ symptomniique, II êliolofjiqne, III paf/iogénique, IV naturiste, V physiologique^ VI empirique.
I. La thérapeutique symptomatique ne remonte pas à la cause morbide, mais elle tire des indications du symptôme, des troubles fonctionnels et organiques: elle se contente de parer aux accidents immédiats tels que les hémorragies graves, l'asphyxie par sténose laryngée, par œdème glot tique, par compression due à un épanchement pleurétiquc abondant; cette méthode adjuvante combat les symptômes gênants, la douleur, Tarythmie, le collapsus, la dyspnée, la toux, les sueurs, Thyperthermie, la diarrhée, sans s'inipiiéter directement de Torigine de ces troubles fonctionnels; elle les soulage et les calme; elle complète assez souvent les autres méthodes thérapeutiques, c'est à elle qu'il convient de s'adresser lorsque surviennent des parliculmités morbides inhérentes à chaque individualité. 11 ne faut pas oublier, ainsi qu'on Ta si souvent réjx'té, l'aphorisme suivant : « // ny a pas de înaladies, il ny a que des malades ». Enfin, dans les maladies incurables, elle atténue les souffrances, soutient les forces, encourage le malade. Cependant, il ne faut pas toujours combattre toutes les manifestations morbides d'une fayon systématique; certaines ont une utilité incontestable et il convient de respecter les phénomènes critiques, les maladies fluxionnaires, les altaipies de goutte, les poussées hémorroïdales, les flux sanguins el s('*reux, b\s accî's d'asthme el de migraine, lorstpie ces troubles morbides se présentent dans certaines conditions spéciales.
Les lésions morbides foiu'uisscMit aussi des indications thérapeutiques utiles au traitenu'nt de l'affection. Dès qu'elles sont constituées, elles évoluent sans conserver des relations bien nettes avec leurs causes oflicienles. C'est ainsi que le traitement d'une pleurésie ou d'une endocardite ne variera guère suivant la variété à laquelle elles appartiennent. Leur origine a frigore ou rhumatismale n'a (piuue importance thérapeutique fort médiocre. Les toxines im])ressionnent toute l'éconiunie et il importe de rechercher le siège, le degré, l'étendue et la variété des lésions qu'elles peuvent entraîner. Les lésions actives, telles (jue la congeslidu, l'inflammation, seront combattues j)ar les révulsifs cutanés, intestinaux, les émissicms sanguines, le repos, la positicm, le froid. Il est encore nécessaire de diminuer les réactions morbides et certaines congestions actives dont l'intensité et les diffusions peuvent être une cause d'asphyxie. Les hémorragies seront traitées par les astringents, l'ergotine, les applications froides et (pielquefois par les injections chaudes. Les lésions passives, connue les hyperémies, les hydropisies, nécessitent un traite-
LKS DIVERSES MÉTHODES TIIÉRAPEUTIOIJES. 819
inenltjui sera modifié suivant lours causes. Les altérations du sang tenant à la diniiiuition du chiffre des globules, à la rétention de produits toxiques, peuvent être considérées coinuie des lésions passives sanguines dont la thérapeutique comporte une intervention analogue à celles de la catégorie précédente.
Les indications seront encore basées, non seulement sur les symptômes et les éléments morbides, mais encore sur Vévolntion anatomo-pathologiqne, la marche et la localimlion ih la maladie. Elles devront en outre tenir compte de Tàge du sujet, de son état de santé antérieur (tuberculose, impaludisme, diabète, obésité, cachexie). Il ne faut pas oublier que la maladie relève de la réaction de l'organisme et de l'action d'une cause pathogène qui peut être isolée ou associées à une autre infection. Enlin la maladie peut aboutir à des lésions chroniques qui tantôt passent inaper- VU(»s, tantôt sont traversées par des poussées aiguës parfois utiles, plus souvent nuisibles ou mortelles. De plus, ces lésions chroniques sont quelcpielbis l'origine d'altérations plus graves. On sait, par exemple, que des ulcérations banales peuvent se transformer en ulcère de l'estomac ainsi (|ue le démontrent les expériences de Filheul.
II. La thérapeutique étioloyique a pour but de su|)primer les causes des maladies conformément à l'adage ancien : « Sublata causa, tollitur effectus. » La recherche de la cause morbide est la première indic<Uion à renq)lir, comme le disiiit Kaillou, dans cette phrase bien connue : « Anlequam de reniediis statuatur, prinium constare oportet quis morbus est et quœmorbi causa, »La thérapeutique étiologique donne surtout de beaux résultats dans le traitement des maladies parasitaires. C'est ainsi que les convulsions observées chez les enfants atteints de vers intestinaux disparaissent avec leur cause sous l'influence d'un vermifuge ou d'un tienifuge. Cette médication détruit l'acare dans la gale, le tricophyton dans la teigne, le microsporon furfur dans le pityriasis versicolor, l'oidium albicaus dans le umguet. 11 est encore possible que cette thérapeutique étiologique englobe les traitements dits spécifiques, qui ont sans doute pour effet d'augmenter non seulement la résistance des cellules de l'organisme, mais encore d'agir sur le degré de virulence ou de vitidité de l'élément infectieux. On peut s'explicpier ainsi les succès thérapeutiques de Tiodure de pot^issium et du mercure dans la syphilis, de la quinine et parfois du bleu de méthylène dans l'impaludisme, de l'iodure de potasshnn dans l'actinomycose, des cautérisations au nitrate d'argent dans le chancre mou, au fer rouge dans la |)ustule maligne, des injections abortives dans la blennorragie, du curettage dans la fièvre puerpérale, au début. Ces méthodes abortives ont pour but d'arrêter l'infection à sa période prodromique, d'éviter son évolution morbide, d'eiiq)écher la maladie de passer à la phase ultérieure dans hupielle l'étendue des lésions ou la généralisiition de l'infection augmentent singulièrement la gravité du pronostic. Si l'agent infectieux est localisé sur des surfaces accessibles, la plupart des antiseptiques agissent efficacement; s'il est au contraire situé dans les
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820 THÉRAPEUTIQUE GÉiNÉRALE.
cavités profondes, il sera plus difficile de l'atteindre, soit par des inhalations, s'il occupe les voies respiratoires; soit par l'ingestion de substances peu solubles (naphtol p, benzo-naphtol), lorsqu'on veut agir sur les voies digestives. Ces dernières subsUances peuvent encore neutraliser dans une certaine mesure les toxines qui se trouvent dans Tintestin, quelle que soit leur origine, exogène ou endogène.
C'est encore à la thérapeutique étiologique qu'il faut s'adresser pour combattre les diathcses (arthritisme, herpétisme, lymphatismc) et leurs diverses manifestations morbides. On aura recours a la même thérapeutique quand on essayera d'expulser, de neutraliser les poisons d'ordre chimique par les vomitifs, les purgatifs, le lavage de l'estomac, les antidotes. Si le poison a pénétré dans les tissus, il convient, en outre, de favoriser son élimination par Ja peau, les reins, au moyen des diaphoréliques et des diurétiques.
La thérapeutique étiologique sera moins souvent utilisée, soit contre les agents physiques dont l'action est habituellement momentanée, soit contre les causes mécaniques dont l'intervention se dissipe assez rapidement, à moins qu'un corps étranger ne séjourne dans les tissus.
Si l'on examine à un point de vue plus général les effets produits |)ar cette thérapeutique, on voit qu'elle agit utilement sur la maladie et qu'elle n'a qu'une influence médiocre sur l'aU'ection qui en est la const^ quence. C'est ainsi que le salicylatc de soude guérit le rhumatisme et reste sans action sur l'endocardite. Souvent, on ne peut plus s'attaquer à la cause déterminante qui a parfois disparu pour ne laisser à sa place qu'une lésion consécutive, non justiciable de cette thérapeutique. Elle ne saurait par exemple atteindre \ii poison pathogène dans la cirrhose alcoolique, le trend)lement mercuriel, les paralysies satuinines. Klle n'a donc une eldcacilé réelle (pie lors(pie la cause reste persislaiil<» : l'iniervention de cette tbérapeulitpie est, en eifet, inutile lors(pi'une caiiso morbide, telle (piun cou|) de soleil, im refroidissement, n'a eu «pTun* action momentanée. On eonijoit (|ue, dans ces conditions, les Ironliles morbides consécutifs et les lésions secondaires nécessitent un Iraileinenl dans le(|iiel Téliologie ne joue plus (\{\\m réle insignifiant.
La ihéiîipeutique étiologicpie a transformé la chirurgie, c*n nirllaiil Its plaies à l'abri des germes venant du dehors. Il faut, disait Listei-, .« chasser les causes nocives et laisser à l'organisme le soin de la gnérison ».
liebringl') avait cherché, il y a treize ans. des substances niirrohiriiU-s produisant, dans la tuberculose, la diphtérie?, le charbon et les aulrrs nuiladies s|)écili(iues, les mêmes eiVets que la (pnnine dans la uïalaria. M;iis cet espoii' a été déçu, puisipu' l'organisme humain est malheureusiMucnl -plus sensible (|ue les bactéries à l'action des substances bactéricides. C(?|)endan(, ces recherches méritent d'être poursuivies.
(•, lÎKiiuiNn, ^Il<:t'inoiii(r Tlioniplo i\cv IiilVilums Krankluilon. Lrhrb. <lcr aitij. T/iriJj.i' uiul Ihci-iipnil. mclho:'ili., par Kulenbnr'î c! Samuel. Berlin cl AVieii. IKUO.
LKS DIVEKSES MÉTHODES TIIÉILVPEUTIQUES. 821
En médecine, la thérapeutique étiolo^ique a donne quelques résultats, lorscjne l'on a clierché à rendre inoffensifs les poisons d'origine uiierohienne. C'est à cette nouvelle tendance que nous devons en partie le sérum antidiphtérique et le sérum antitétanique. Les hacilles de Lefller, lait remanpier Behring, poussent fort bien dans le sérum antidiphtéricpie et c'est en lem- enlevant ses propriétés toxiques que le sérum rend les hacilles inollensifs. La découverte de ces substances antitoxiques a enrichi la thérapeutique étiologicpie cpii com|)rend des moyens : 1° parasilirides; "2"* anliloxiques,
IIL La Ihërapeuixquc palhogëniquc , séparée par de bons esprits de la thérapeutique étiologicpuî, en réalité a les mêmes visées, si bien (pie les deux méthodes thérapeutiques se superposent. Elle s'atl^ique aux conditions de la genèse des maladies et montre toute sa valeur dans ces circonstances où la cause est durable et persistante, dans la cure des maladies chronicpies. Elle a peu d'inHuence sin^ les causes à action passagère, mais à eflets éloignés; elle neutralise mieux les causes morbides qui exercent sur l'organisme une action continue et permanente. Elle vise aussi les conditions secondaires anormales engendrées par Tagent |)alhogène, les causes de second ordre (Bouchard). Les maladies peuvent être rangées dans les cpiatre grou|)es pathogénicpies suivants : 1" certaines causes attaquent directement les éléments anatomiques et troublent innnédiatement leur nutrition [dystrophies autonomes de Bouchard). Ce groupe comprend certains traumatismes et bonnond)re d'intoxications, ^i** D'autres maladies sont préparées puis provo(|uées |)ar un trouble préalable de la nutrition générale (diathèse). o' L'infection constitue le troisième groupe morbide. 1° Enfin, Bouchard place dans le cpiatrième groupe les maladies par réactions nerveuses centrales ou [)ériphériques. La connaissance de ces (piatre grands processus permet de poser les grandes indications de la thérapeuti(iue pathogénique.
1" Dans les dyslroj)hies autonomes, on essaye d'atteindre la cause et l'on y arrive, dans certains cas d'empoisonnement, par les antidotes.
2** Dans les diathèses, l'indicvation |)athogénique consistera à ramener à leur type normal les métamorphoses accélérées, ralenties ou perverties.
5** Les maladies d'origine infectieuse seront traitées par les substances susceptibles de détruire ou d'atténuer la virulence des agents pathogènes et de leurs produits toxiques.
4'' Pour combattre les affections appartenant au quatrième groupe, il faut amoindrir l'excitabilité nerveuse excessive et relever l'activité vitale de tout l'organisme. Le plus souvent, ajoute M. Bouchard (*), le médecin agit en provoquant des réactions nerveuses thérapeutiques. Sans elles, il n'y aurait pas de médecine.
{*) RorciiARD. Introtluciiou au manuel de Ui^ra/feutù/ut' dr Berlioi. Paris, IS<.V2, et aux ^'ouvrauJ[ clémnits de matière médicale el de thérapeutique de Sothnagel et liossbaeh.
ioiLBERT et Bo/irrr.]
La thérapeutique pathogénique (') est déduite du mode d'action des causes morbides qui peuvent agir soit mécaniquement (plaies, fractures, compression par des épanchementspleui'aux, péricardiqucs, abdominaux), soit chimiquement, au moyen de substances toxiques.
Si le poison est avalé, il faut: 1" favoriser son élimination par le lavage de l'estomac, par des vomitifs, des purgatifs, des lavements, des diaphorétiques: 2* neutraliser les substances toxiques au moyen d'antidotes. Nous rappellerons brièvement que l'ingestion d'acide sera combattue par les alcalins, Teau chargée de chaux et de magnésie. L'acide oxalique sera neutralisé par la chaux, le nitrate d'argent par le chlorure de sodium, les alcaloïdes par le tanin. Le lait est contre-indiqué lorsque le poison, comme le phosphore, se dissout dans les corps gras: au contraire, dans tous les autres empoisonnements, le régime lacté rendra de grands services.
Les injections sous-cutanées de permanganate de potasse, d'hypochlorite de cliaux exercent une acti^m neutralisante sur les venins. Quanl à l'antagonisme d'action physiologique qui existe entre certains alcaloïdes comme la morphine et l'atropine, la muscarine et l'atropine, il ne peut souvent être utilisé avantageusement en pratique.
On doit encore provoquer la destruction ou la transformation en substances inoflensives des trois sortes de poisons qui se trouvent dans un organisme infecté; c'est-à-dire les toxines microbiennes provenant de l'agent pathogène, les poisons putrides qui existent dans l'intestin, enfin les poisons cellulaires résultant d'une désassimilation exagérée ou déviée. On sait que ces toxines bactériennes peuvent reproduire tous les processus locaux déterminés par les microbes, les mêmes troubles généraux d'infection, enfin exercer une action élective sur certains organes, appareils ou tissus. L'infection se réduit donc, en grande |)artie, l\ rintoxication. On connaît aussi le rôle inq)ortant que jouent les fermentations intestinales, Tinsufiisance héi>ati([ue ou rénale dans rauto-intoxication.
On chcrchora à éliminer les divers poisons par les divers émoncloiros, par la saignée ('), qui donne de si bons résultats dans rin-émie d rédampsie, par les injections de sérum artificiel, qui accélèrent le passage des substances crislalloïdes à travers le filtre rénal et stimulent le système nerveux.
Il est encore utile d'augmenter l'activité des organes destructeurs dos microbes et des poisons, comme le foie, en donnant du sucre ou de petites doses d'éther aux malades.
Enfin, les oxydants que l'on administre, surtout dans les auto-intoxications, agissent en rendant les toxines plus solubles et plus dialvsd>les.
(*) HocKR, întrodiirtlon à Vêtude de la m^dcri)ir, I80Î).
(*) V«>y. los ra|)|)orts do U\«;i.nsky ol H\yem, Suv irs nidications et Ira conirr-indiratinns de In sni'(fnf'c. Conj^rôs iulcnialioiial de inêtleciiie. Paris, IIMH) (Scclion do lliéraiM'uliuut . pharmacolo},MC et inalirre médicale).
LES DIVERSES MÉTHODES TnÉRAPELTKJlJES. 825
Souvent ces infections et ces intoxications entraînent à leur suite des altérai i(»ns viscérales dont l'évolution idtérieure est indépendante de la cause provocatrice des lésions. Ce sont, en effet, la nature, le siège et rétendue de ces altérations qui guident désormais la marche de la maladie et influent sur son pronostic. 11 n'est pas en rapport direct avec la profondeur des lésions: leur diffusion et leur étendue ont une plus grande importiuice. Ainsi la sclérose est plutôt un aboutissant qu'un point de départ; elle comble les vides laissés par les altérations épithéliales primitives; c'est un tLssu de remplissage dont la diffusion doit faire craindre les dangers liés à l'insuffisance fonctionnelle des principaux orgimes, du foie et des reins en particulier. Ces lésions se généralisent dans l'artériosclérose et augmentent ainsi les chances de rétention d'un excès de substances toxiques dans un organisme dont les voies dVIimination sont insuflisantes. Ces considérations relatives à ia pathogénie et à la physiologie pathologique donnent donc d'utiles indications thérapeutiques.
En résumé, on aura recours à une thérapeuti(|ue pathogénique lorsque la cause morbifique sera passagère, fugace ou accessible. C'est encore à cette thérapeutique qu'il faut s'adresser pour combattre les troubles de la nutrition d'origine diathésique ou infectieuse, pour diminuer les réactions nerveuses et neutraliser les effets nocifs des toxines microbiennes. Ainsi, l'idéal pour le théra|)eute est d'arriver à une thérapeutique raisonnée, et la pathologie générale est seule capable de fournir des idées directrices qui serviront de base à l'art médical. « Aujourd'hui, disait Cl. Bernard, il faut absolument cpie la médecine ait recours à la physiologie, soit pour comprendre le mécanisme des maladies, soit pour expliquer l'action des médicaments. »
IV. La thérapeutique naturiste a des visées moins ambitieuses que la thérapeutique pathogénique: confiante dans l'évolution naturelle des maladies vers la guérison, elle se contente de provoquer, de favoriser les crises salutaires (hémorragies, diarrhées, sueurs, décharges urinaires, etc.); elle soutient la résistance de l'organisme; elle agit, dit Bouchard, comme une armà^ de secours (jui, se sentant incapable de débloquer une ville assiégée, restreint son rôle à faire passer dans la place des vivres et des munitions.
V. La thérapeutique physiologique oppose aux troubles morbides les agents tliérapeutiques possédant une action inverse, sans s'inquiéter de leur cause, de leur pathogénie, ni des indications vraiment médicales: elle a néanmoins le mérite de préciser l'action physiologique de chaque remède et d'enrichir ainsi la matière médicale.
VI. S'il est relativement aisé de dégager les indications thérapeutiques, il est souvent difficile de les reuq)lir. Il ne faut donc pas négliger, dédaigner ou repousser les ressources qui proviennent de la méthode empirique. L'empirisme vaut mieux (|ue sa réputation. Si ses origines sont hund)les» il peut progressivement s'élever à une sorte de dignité scientifique en éclairant et en précisant le mode d'action des médicaments, dont la
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docoiiverto tient souvent au hasard, et la vérité nous force bien à reconnaître leur réelle efficacité, tandis que les méthodes inspirées (Kir li-s doctrines médicales surannées ou les remèdes de provenance théorique ne résistent souvent pas à l'épreuve d'mie saine pratique. Donc, reinpirisiiu' scientifique ne mérite pas le mal (ju'on en a dit. C'est de l'ingratitude (pie de le confondre avec la vulgaire médecine empirique. Ces considérations ont été bien résumées par lîaglivi. « La médecine, disiiit-il, (sl fille des temps; ceux qui prétendent que rexpériencc et la niison s<mt opposées Tune à Taulre me paraissent divaguer, tant les rationalistes que les empiriques. I/empirismc savant, fruit de la méthode et non du hasard, dirigé, secondé par rintelligence, s'élève aux plus hautes vérités par l'observation attentive et persévérante des phénomènes sensibles. In tel em|)irisine a obtenu de tout temps l'approbation des homnies éclairés. Il faut bien que la raison t;mt vantée |)ar les médecins se soumette à l'empirisme, car les secours (|ue nous promet la théorie enflent d'abord notre espérance et puis nous laissent dans la |)erplexité. »
La thérapeutique empirique ne s'occupe pas des systèmes; elle utilise les ti*aditions sur les effets des médicaments; elle garde ceux qui ont fait leurs preuves et permet aux autres méthodes de les utiliser pour remplir telle ou telle indication ; à elle se rattache la thérapeutique dite slali*tique, (pii se base sur des chiffres pour évaluer la valeur des remèdes on des médications; elle donne l'opinion moyenne qui prime momentanéiiient ou qui reste sujette à revision.
Ce ne sont pas, ajoute Bouchard ('), des thérapeutiipies différentes que l'on doive opposer l'une à l'autre; ce sont des méthodes variées d'une même science et d'un même art, capables de se prêter appui. L'avenir appartient à la thérapeutique pathogénique, dont les indic4iti(»ns senmt réalisées par la thérapeulitpie pliysiologi(pie avec le contrôle de la tliénipeutiipie statistique. Pour toutes ces métlio(l<»s thérapeuticpies, le point dr <léparl c'est la science des maladies. Au contraire, la thérapeuti(|ue enijîirique a pour fondement la connaissance des médicaments. C'est un' méthode de nécessité. On en a ahusé. l/absence«<le doctrines a fait négliger les indications et l'on a aiiouti à cette formule : il n'y a |)as de inéilications, il n'y a (pie des nu'dicauu^nts. Il importe, dit liouchard, de iviulrr à la lhérapeuti(pie sa dignité, de ne plus la confondre avec la matière médicah\ et de reuu»t(re en honneur la science des indications.
f) HtucHAFii). InlroiliictioH dtt.r nonrraitr l'hhuciita de théiapeutiqur dv ^othnagrl rt Hosabach [lor. cit.).
LES AGENTS THÉKAPEUTHJUES. 8t25