‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 168 sur 185 · I.KS AGENTS TIIÉRAPEUTIQL'ES. SOI · texte numérisé non relu

I.KS AGENTS TIIÉRAPEUTIQL'ES. SOI

poison risque, comme dans les expériences de laboratoire, d'a.Ufxraver la maladie et d'accélérer la mort (*).

L'OPOTIIÉRAPIE («)

Cette dénomination créée par M. Landouzy désigne la thérapeutique par 4»\traits d'orgîmes animaux. La sérothérapie et Topothérapie sont, d après M. Bouchard, deux procédés d'une même thérapeuticpie naturiste, empruntant à l'organisme vivant les agents médicamenteux destinés à solliciter et à « soutenir l'effort de la vieille nature médicatrice ». L'utilisation thérapeutique des tissus animaux, disent Gilbert et Carnot, doit être mise en parallèle avec celle des végétaux. C'est la difficulté de conservation des extraits animaux qui a retardé la mise à (exécution de l'idée développée par Brown-Sécpiard.

Historique. — L'emploi dans un but thérapeutique des divers organes, qui date de la médecine hippocratitpie, est continué par les médecins de l'École d'Alexandrie, par Galien et ses disciples, par l'Écide de Salenie, et on trouve encore, dans le Codex dv, 1758, la façon de préparer Thuile de crûne humain employée dans le traitement de l'épilepsie et de Tapoplexie. Au xvif siècle: les médecins prescrivaient encon» les (»xcréments d'animaux, la mximie, liqueur odorante recueillie dans les anciens tombeaux d'Egypte, la graisse humaine, du bouillon de vipère, de la salive contre la morsure de cet animal, de la bile d'ours contre le haut-mal et la jaunisse, de la pierre de fiel, pour favoriser l'expulsion des calculs vésicaux. En 1085, Mme de Sévigné écrivait à sa fille : « J'ai pris huit gouttes d'essence d'urine pour mes vapeurs », et elle n'avait eu, dit-elle, qu'à s'en louer. Li première application vraiment scientificpie de l'opothérapie date de 1858, épo(|ue à laipielle Brown-Séquard constata que la transfusion du sang d'animaux sains à un animal décapsulé, à l'agonie, peut l(î rappeler à la vie. Dès 1809, ce savant affirme que toutes les glandes, « cpi'elles aient des conduits excréteurs ou non, doiment au sang des principes utiles dont l'absiMice se fait sentir quand elles sont extirpées ou détruites par une maladie ». Ce n'est qu'en 1889 (|ue ces constatations physiologicpies re';oivent leur application praticpie. Brown-Séquard

•') Voy. Marmurkk. Du rôle (1rs iinniiiiiisiiios 'fixaltMirs. dans la plin)j:ucytasc. Anu. de l'Innl. Pasteur^ lîH):J, p. lOl». — Bohdet et Dk.ngou, Sur l'existiinre «le sulistaïuos Heiisibilisatrir<^ <lans la plupart des sérum-* anliuiier(»l)iens. .Iiim. de llnst. Paxleur, 1001, p. ^^{i.

(*) Gilbert cl Carnot. L'o/mtiiérnpie L'Œuvre mèdico-chirurgicnle, n» 10, juin 1898. — Gilbert cl (Carnot, Mo«sé, de Ckrenville, HapiMirts au qualrièine (>)ngrès de médecine interne tenu à Montpellier le 14 avril 181)8. — Ubqnaclt, 1/opolliérapie en Chine et en Indo-Chine. Hevne de Médecine. Vans, t. XX, 10*28-1058. — Arnozan, L'évol. des doctrines 0|)oth. Tftène dr Hordeaujr, lîM)l, \XXI,4r»0-i.V2. — (hlbkrt et Ciiassevaut, Op. gaslr. XIII* C^onj;. iiil. M. Seet, thér. et p/tarm. 1900. Paris, IÎK)l, 57r»-577. — Matiiiku et Lkboclus-Soi-i>aclt, Le Gendre, Hexod, (îastki^, //. et M. Soc. des hôp. Paris. 1901. — GiLRsnT. Opol. hépal. A7//" l'song. iiiter. de méd. Paris, 1901.

{GILBERT et BO/JfCr]

s'adressa au testicule ci il est curieux de voir(|ue, quinze à dix-huit siiVIes avant, Temploi thérapeutique des orgiuies ^^énitaux dominait aussi. C'est ainsi que, sans insister sur rhistoricpie de Topothérapie si complètement étudiée par Lépinois(/), nous rappellerons que Dioscoride, en 75, conseillait Tusa^çe de testicules de plusieurs animaux, en particulier du chien et du l(»up, pour exciter au coït. Pline, contemporain de Dioscoride, aflirme également que les testicules de Tàne, du cerf, sont aplm»disiaques pour Thommc; et cpie les parties sexuelles de l'iiyène femelle ont les mêmes propriétés pour la feunne. Alhert le Grand, moine dominicain du xiir siècle, préconisait dans un hut aphrodisiaque les testicules de porcs aux hommes iiiq)uissants et la matrice de lièvre aux femmes qui veulent concevoir. Dans les formules proposées par Orihase, Sexlus Placilus, Papyriensis, Avicenne, Thésué le jeune, Jean de Cuba. Paracelse, Van llelmont, Lémery, l'emploi des organes génitaux prédomine. Facit appetitum coitus. Celte propriété était universellement attribuée à l'ahsorptiim de testicules provenant surtout du renard (Avicenne), du sanglier et du coq (Schrôder, 1098). Au xvm"" siècle, lorgani»thérapie décline rapidement, mais on admet toujoui-s que les « parties des animaux convieimenl aux mêmes parties de riiomme n. Au délmtdu xix*^ siècle, les formulaires ne mentionnent plus guère que le bouillon et le sirop de mou de veau.

I/o|)othérapie génitide préconisée par Brown-Séquard ne brilla que d'un éclat éphémère, mais elle ouvrit l'ère de la renaissance orgîmothêrapique. Néanmoins ce fut r<împirisme qui guida Const^intin Paul lorsqu'il employait de l'extrait de substance nerveuse dans les affections du système nerveux, Dieulafoy quand il administrait la néphrine dans le mal de Bright. D'après Mossé [lac vit,), l'histoire récente de l'opothérapie peut être divisée en trois périodes :

I" neriode de dchuL d^ i ml ail al ion (de 1880 à 189.1). — Elle s'étend (le la comiinmication de Drown-Séipiard à l'époque où les injections d'extraits organi(|ues sont remplacées par leur inj^estion. Hlle continue lr< idées de nrown-Sé(|uard et de Cl. Bernard sur les sécrétions inlerne>. ell(» montre rellicacilé des extraits organiques (Schill'i dans Tinsaflisjinee fonetionnc^lle des organes similaires. Les avantages de celle ojmihénipie directe aw de suhstitutioii éclatèrent dans la médication tliuoidienne e( sauvèi(»nt ainsi l'opothérapie, compromise |)ar les excès de la médication orehidienne, d'un abandon discret et nuMue d'une» faillite prochaine.

'2" l*criode d extension (de 189.") à 1898). — L'ingestion alimentaire du corps thyroïde, reeonnnandée par llowitz, puis par Fox, Mackensie. (loimjKdanseertainesalîeclions, de si bons résultats thérapeutiques, ipio ee

;'; l.KPiMH'i, l'Jit'lr /iisforit/nr. rhimitjw ri phanHnrohHjiqur fiex prîtiri/tnlrs prrftnratinn* n(/iinot/irrn/ii(/iirs. |*;iri>, ISIM), — Vt)\ , Va^i k/. I.cs «'laiM'S )iistf)ri(|U('s di« ro|M>tlirra))ii\ l'tt'ssr mc(iirnh\ 10 mars lUOO. — Faisais. A |>ro(M)s des médications u|N)llicn«|)i(]iio5. HulL cl nu moires ilr la S^c. miUl. des hôpilaujr de Poiist^ IÎH)1. ."*• s., WIII.

LKS A(;t:NTS TIIÉRAPEUTIQUKS. 8(3")

mode (i'adininistnition des ()r<ç«nnes remplaça les injections inédieanientoiises exelusiveinenl prati^iuées dans la période précédente et généi*alisa l'emploi de la médication or<;anotliérapi(jue. Elle fnt employée, parfois, sans inesnre. Cependant, Topothérapie subslilufirc est délinitivemenl consacrée, et rorganothéra|)ie ovarienne, surrénale, hépati(pie, connnence à rendre d'incontest^ihles services. On a recours aussi à Topotliérapie indirecte ou de corrélation , dont Tapplic^ition la plus heureuse est la médication lliyroidieime.

,")" Période actuelle. — Elle est inau«,nnée par les travaux de Wasseimann, Takaki, Melclmikoff, A. Marie, l/atténuation de la toxine tétanique mélangée à de la substance nerveuse est une donnée qui permet d'espérer Tutilisation de Torganotliérapie dans les maladies infectieuses. Les recherches de MetchnikolV qui pense que la neutralisation de cette toxine lient à une excitation spéciale de Torganisme (réaction générale, phagocytisme) montrent encore les rapports de Topothérapie et de la sérothérapie.

Actuellement tous les efforts doivent tendre à isoler de vv^-^ organes des extraits bien définis, à en rechercher les propriétés pharmacodynami(|ues, enfin à préciser les indications thérapeutiques exactes de ces nouveaux agents médicamenteux. C'est ainsi (pie Ton arrivera à cré(»r une uuHhode thérapeutique féconde, susceptibles de résister aux engouements passagers. Mais, d'ores et déjà, on peut applicpier à Topothérapie la conclusion qui terminait le rapport de Roger sur la sérothérapie» : « N(uis ne croyons pas (pie cette méthode doive complèteuuMit bouleverser Fart de guérir. Elle a fourni un nouveau moyen de défense et un nouveau moyen de succès. N'essayons pas cren dénigrer la portée en cwagérant les autres méthodes. H faut fixer les indications de Topothérapie, etc. » C'est, du l'esté, le but de» la thérapeulicjue générale, c'est sur ce dernier point cpie nous insisterons tout particulièrement.

I. Voies d'introdictio.n. — Le principe actif des organes à sécrétion interne peut être introduit à titre înédicamenteux, soit par greffe périt onéale ou sous-cutaitée. soit par injection iittra-veineuse ou hypodermique des extraits, soit par ingestion alimentaire.

Greffe. — Au début, elle n'a guère été utilisée (pi'au point de vue expérimental. C'est ainsi que Cristiani a obtenu une grelTc glandulaire <lu corps thyroïde chez les animaux. D'après llorsley, elle pourrait réussir chez l'honune à condition (jue le myxœdème ait -disparu au moment où cette opéi-ation serait faite. Lannelongue, .laboulay (*) ont encore |)rati(pié la ^relTe de corps thyroïde et de capsules surrénales dans les maladies de ces glandes. Elle a été inspirée par les expériences de Schifl', (|ni greflait fin crups thyroïde dans le péritoine iranimaux ihynudectomisés. C'est encore dans le but de diminuer l'insuffisance de ces organes que l'on a traité le uiyxtedèuu» par la grefle thyroïdienne ou mieux par l'ingestion de

'*; JABori.AY. CJiirifrffir du t/raiid sy m fui Ht i que ri du corpn fhyroïdr, IU(M).

iOILBERT et BOINET]

8(5 i TIIÉRAPEUTKJLE GÉNÉRALE.

corps thyroïdes d animaux. Jaboulay a remplacé par une greffe directe i^ corps thyroïde d'agneau une portion de goitre hypertrophique. Celle gmfle s'est résorbée, mais les parties latérales du goitre ont diminué de volumi*. Cette méthode directe hâterait donc la rétrocession et l*atrophie goitreuse*. Les goitres cancéreux n'ont naturellement pas été modifiés à la suite de cette implantation directe de corps tliyroïde d'animal. Dans la maladie d'Addison, la greffe des capsules surrénales de chien est très dangereuse. Les deux opérés de Jaboulay ont succombé au bout de vingt-quatre heures avec de l'hyperthermie, de la prostration et des phénomènes d'inloiii^ation. L'un de nous a conslaté, au point de vue expérimental, les bons résultats fournis par la greffe intra-péritonéale ou sous-cutanée de câ(H suies surrénales fraîches de rats pratiquée sur les animaux de la même espèce pré.ilablement privés de leurs capsules au moyen d'un procédé spécial (').

Injections. — Elles ont été faites soit dans les cavités naturelles (rectum, péiiloine), soit dans les veines, soit de préférence dans le tissu cellulaire sous-cutané.

Ingestion alimentaire. — C'est la voie d'absorption qui est employt'e depuis que llowitz. Fox, Mackensie, ont démontré que l'ingestion du corps thyroïde avait les mêmes effets que son injection sous la pe^u.

La voie recUde peut être utilisée surtout dans les cas de dégoût ou d'intolérance gastrique. On doit alors ou bien donner des extraits déjà solubilisés (par la pepsine, la tripsine, la papïne, les sels minéraux), ou bien faire une véritable digestion rectale en ajoutant de l'extrait aqueuï de pancréas.

11. Nous serons bref sur la technique de L.i rRÉP.vRAXiox des extraits organiques C^). FI fiiut tenir compte du choix des animaux (espèce, àjrei. On éliminera le cheval, qui est, en général, trop vieux lorsqu'il estahatUi: on se s(Mvira du corps thyroïde de mouton, on emploiera les ovaires ilf biebis, les capsules surrénales de veau ou de mouton, le foie de pore. Un prélèv(Ma ces glandes sur déjeunes sujets. Il convient, en outre, d'obtenir une préparation physiologique des animaux, soit en hypertrophiaiil h glande, soit en exaltant sa fonction au moyen de glucose pour le foie, «m d'injection de sérum d'animal décapsulé pour les capsules surrénales, soil en recueillant les organes en état d'activité. Il est encore avantageux il»' n'cheichiM* un accouplement fonctionnel des glandes ou de leurs extnûls en injectant des extraits <le pancréas aux animaux dont on vent utiHserli' foie; des extraits de rate à ceux dont le foie est destiné à des usagers o[>oihérapicpies. Knfin, il est utile de recourir à Vopothérapie associée

'•) E. BoiNKr. Cofif/rcs fir nnulrrinr hitrrnr de Lyon 1801, p. tiOO), tic B<mleaiix lî^lO, I». 009), «le Montpellier (avril 1X08'. Congrès des Sorù'tés samnlrs tenu a la Sortfounr (l'ariï!, 1897. p. ^M)). Sorirté dr biologie de Paris (1805. p. 162. 27.", 525, i08, 6i6; 1896. p. lot. r»Oi: S et 15 mai 1807; 22 juillet 1809). Jievue de mêdeeiue, Paris, 1807, y. IV». TIhsi' (le (Uni. de B<Mif faite sou;^ notre inspiration (Montpellier, mai 1899), et Congre* intf cnational dr médecine Section de |)atl)olo<j:i(' interne). Paris, août 1900;.

[^' Voy. Gilbert et Carnot, lac. cil.

(mélange des extraits de pancréas et de foie, digestion d'extrait de foit; dans de l'extrait de pancréas).

m. Parmi les méthodes de conservation, nous citerons : V la stérilisation par h chaleur qui, au-dessus de 70 degrés, diminue l'activité thérapeutique des glandes desséchées; S"* la filtration sur bougie, de préférence à une température de iO degrés; 5° la stérilisation par Vacidr carbonique sous pression; 4" Faddition dllCl jus(|u'à réaction acide, puis la neutralisation de Tacide resté libre avec de la soude. On métamorphose ainsi un antiseptique dangereux en un sel marin inoffensif; les extraits conservent leurs propriétés et l'asepsie est absolue si la dose d1ICl est sufTisante (Gilbert et Carnot).

IV. Phakmacologik. — On peut employer : 1** les extraits complets, soit frais, soit conservés par la dessiccation dans le vide à la tenq)érature de 20 degrés; 2" les extraits partiels (aqueux, alcooliques, glycérines, éthérés, chloroformés, salés, alcalins), ou obtenus par la méthode de Baumann (acide sulfurique, puis alcool). Ce dernier procédé a permis d'obtenir la thyroïdine, Tiodothyrine, Fhépatéine; 3" on solubilise les glandes par digestion artificielle pour obtenir des extraits desséchés pc/>//ques, triptiques, pancréatiques, papaïniques.

L'isolement chimique des principes actifs n'est pas encore réalisé et l'on est obligé d'utiliser l'extrait total. Quant à l'étude chimique des organes, elle a été soigneusement exposée par Lépinois (loc. cit.),

OlH)THÉnAPIE DANS LES MALADIES INFECTIEUSES ET DANS LES TROUBLES DE LA

MDTRmoN. — Les organes à sécrétion antitoxique jouent non seulement un rôle de protection contre les auto-intoxications, mais paraissent encon^ augmenter la résistance de l'organisme aux maladies microbiennes et constituer, comme les humeurs antitoxiques, des facteurs d'immunité. C'est ainsi qu'en dehors de l'organisme, certains organes à sécrétion interne peuvent modifier les agents virulents ou leurs- toxines. On a prétendu que l'extrait orchidique a donné des résultats dans la tuberculose, la morve, le charbon, le choléra. De plus, certains extraits organiques (de foie, d'intestin de chien, de thymus de veau) augmentent la résistance des chiens, auxquels ils sont injectés, contre le colibacille, le streptocoque, le bacille de Lœffler. Les recherches de Wassermann (»t Takaki, de Pfeiffer et Marx, permettent d'espérer que l'opothérapie des maladies infectieuses sera susceptible de fournir des résultats prati(pies.

Opothérapie spéciale des organes. — Mais le plus souvent l'organothérapie convient aux troubles fonctionnels dus à l'insuffisance des organes intéressés, aux auto-intoxications, aux maladies par ralentissement de la nutrition et aux troubles nervt'ux. Elle établit, pour ainsi dire, une sorte de transition thérapeutique cpii permet à ces agents biologiques d'être utilisés dans la plu|>art des troubles morbides.

L Corps thyroïde. — L'extrait thyroïdien a dans la méthode opothérapique la même importance (pie le sérum antidiphtéricpie dans les maladies infectieuses. Ses applications thérapeutiques sont nombreuses. La

PATDOLOCIE GÉNÉRALE. — VI. 55

{GILBERT 9t BOINET]

86(j THÉRAPEUTIOUE GÉNÉRALE.

médication thyroïdienne (*) a été employée : dans les cas d alhyroidisme. de dyslliyroïdisme [opolhérapie directe), dans Tobésilé, la non-consolidation des fractures, les fibromes (opolhérapie indirecte) et empiriquement (tétanie, sclérodermie, psoriasis).

I. 1. Dans les maladies du corps thyroïde. — a. Dans le myxœdème de tadulte, on observe, h partir du quatrième jour, une amélir»ration notable qui ne se maintient pas, si l'on cesse le traitement; aprw la dose active, on doit continuer assez longtemps la dose d'entretien.

h. Dans le myxœdème opératoire (accidents aigus et chroniques) survenant après une ablation trop large du corps thyroïde.

c. Dans le myxœdème infantile. Ici Fingestion du corps ihmide favorise la démj'xœdémisation, la croissance, Taugmentation de la laillt*. mais n'augmente guère rintelligence de ces malheureux.

d. Dans le crélinisme sporadique, Tamélioration est rapide, inais Kh enfonts ont une sensibilité particulière à Tégard de cette médication, qui les expose à des accidents (mort subite, etc.).

e. Dans le crélinisme endémique, les résultats thérapeutiques sont plus lents.

f. Dans les goitres : s'ils sont kystiques, ils ne sont guère induenft's: s'ils sont charnus, l'amélioration se produit, surtout lorsque le sujol e>l jeune et le traitement précoce.

g. Goitre exophtalmique : tantôt il survient une amélioration syniptomati(pie caractérisée par l'atténuation des troubles nerveux, la dinimution de la tachycardie, des tremblements et, plus lentement, du volume du goitre. Ces foits sont en contradiction avec la théorie de riiypcrlhj roidation. Tantôt la médication thyroïdienne n'apporte aucune amélioration: parfois elle amène une exagération des symptômes. L'un de nous (M a ohscrvi' ces trois éventualités théra|)euli(pies: elles peuvent sV\|»li«|u«'r soit par la variété du goitre exophlalinique, soit par la durée. l'intensiU'. Topporlunité, la persistance ou l'exagération de la médication thyroïdienne. Les faits cliniques et les résidlals de l'examen histolo«;i(p' légitiment cette interprétation. Lopotliérapie thyroïdienne convient i)lul««l aux l'aiix goitres exophtahniques ou goitres basedowliés.

'2. La médication thyroïdienne est encore utile dans les cas A'arvvl de croissance (nanisme, infantilisme^, dépendant l'un de nous n'a (»l)lniu aucun résultat chez un petit sujet de sept ans, qui avait absorbé pemlanl assez loiigteuips soit de la glande thyroïde fraîche, soit de l'extrait tli>n»idien. Klle est avantageusement applicpiée dans Vathrepsic, l<' rachitisme, les iclanls ddns ta consolidation des cals (llanau, Gauthier) ("|. Ce[H'n-

' I.KiiNK. ])c. la implication Ihyroïdioimc. Snnainr màd., IS%. p. 57: I^ lli\nki«lin' ïhid.. IS'.M), p. rûô; Modo d'action <le l'oiMJllu'rapifî tliyrtmlicinu'. Ibiil., IXÎIT. p. 4<«9. — HiiKHF.T. Dr lu vali'ur comparée <U's médications thyroïdiennes. Presse méd., i*J0"2. p. SK*.

^) l><M\Kr. Kiilierches sur le {,'oitre exoplitalmiipie. lievue de tnèd., 10 juillet lï<îW <t 10 dereuibre IS<J9.

'• >i K. Mrdiaition thyroïdienne dans les relards de eonsolidation. Tlicî-e «le Lvud. 11H)0. II' 71.

dant les communications récentes à la Société de chirurgie (*) montrent que l'importance de ces derniers résultats a été exagérée, et des recherches expérimentales faites sur des cobayes et présentées récemment à la Société de biologie (*) prouvent que la thyroïdine n'a pas accéléré la consolidation. Cependant les observations de Quenu, Reclus, paraissent assez probantes. En tous cas, la médication thyroïdienne bien surveillée reste toujours indiquée dans les retards de consolidation des cals. Il est indispensable de ne pas dépasser certaines doses sous peine de provoquer les accidents de thyroïdisme aigu sur lesquels F. Franck a appelé l'attention dans une communication à l'Académie de médecine (1899).

L'extrait thyroïdien a encore été employé contre V hypertrophie de la prostate. Cette tentative a été à peu près infructueuse.

II. Dans les maladies par ralentissement de la nutrition, l'opothérapie thyroïdienne est encore applicable, puisqu'elle a une influence excitatrice sur la nutrition.

a. Dans Yobésitéy elle entraîne une diminution assez rapide de poids, qui ne larde pas à s'atténuer ; parfois elle échoue complètement. C'est une médication à surveiller à cause des troubles nerveux, cardiaques, qu'elle peut provoquer. Dans un cas publié par Fcrrarini ('),. en 1889, la thyroïdine ingérée en excès par une femme obèse a déterminé des palpitations, un délire continu avec prédominance de phénomènes hallucinatoires et illusionnels de l'ouïe et de la vue, de la confusion mentale hallucinatoire, du tremblement, en un mot une partie du syndrome basedowien. L'un de nous a observé un cas inédit analogue.

6. Dans le diabète, on a constaté tantôt une diminution réelle de la glycosurie, tantôt une augmentation de sucre. Ce traitement peut parfoisdonner une glycosurie passagère ou permanente ; aussi a-t-on proposé la thyroïdine comme réactif d'épreuve dans les cas de diabète fruste. En résumé, Topothérapie thyroïdienne ne doit pas être employée dans le diabète, car les résultats observés par SchmoU, Fontana et Grasselli,. Martin, ont été peu encourageants.

IH. Le traitement thyroïdien a été encore donné :

a. Dans les maladies du cœur, où son succès a été relatif;

b. Dans les maladies du système nerveux ;

c. Dans la tétanie;

d. Dans la sclérodermie ;

e. Dans V atrophie musculaire myopathique : /. Dans r/i^mo/)/ii7tV;

(j. Dans Vostéomalacie ;

{*) GciXARn, Poirier, Kocharo, etc.. Mémoires de la Soc. de chir., t. XXY. — PorniRAT,. t. XXVI.

(■) Carrière cl Yaxverts, Comptes rendus de la Soc. de bioL, Paris, 1900, LU, p. 535.

{*) Ferrarixi, psychose toxique par tlivroîdine ingérée en excès. La Ri forma medica^ vol. IV, n« 57, p. 675.

[OÏLBEBT et BOtNBT.^

868 TUÉRAPEIJTIQUE GÉNÉRALE.

II. Dans certaines affections cutanées, notamment le prurit des ulêriqiies, le prurigo de Ilebra, l'urticaire (Gilbert et Ilerschcr) ;

i, Dan^lo psoriasis.

L'un denous(*) a signalé des troubles psychiques marqués, du tremblement basedowien à la suite de l'absorption prolongée d'une grande quantité de corps thyroïde frais de mouton. Ces phénomènes basedowiens, favorables à la théorie du goitre exophtalmique par hj^perthyroïdation, ^ sont renouvelés à plusieurs reprises, lorsque ce malade, étudiant en pharmacie, reprenait trop de corps thyroïde à l'occasion de nouvelles poussées de psoriasis généralisé. Les améliorations que le traitement thyroïdien apporte h ces affections cutanées ne sont, en général, que passagères.

rV. L'opothérapie thyroïdienne a été employée : a. Dans les affections dites rhumatismales (-), dans le rhumatisme chronique^ dans le rhumatisme déformant ;

b. Dans la goutte;

c. \)diï\^V artériosclérose;

d. Dans Vinflammation aiguë des amygdales ;

e. Dans certains cas de végélations adénoïdes du rhinopharynx ;

/. Dans le catai^he chronique de V oreille chez les artério-scléreux;

g. Dans la chlorose thyroïdienne;

h. Dans certains cas de démence;

i. Dans la maladie d'Addison. Cet emploi pourrait peut-être s'expliquer par les suppléances fonctionnelles constatées par l'un de nous (loc. cit.) entre les capsules surrénales et le corps thyroïde.

j. Enfin on a administré la médication thyroïdienne dans le mal de Bright;

k. Dans la néphrite scarlatineuse ou diphtérique : elle agit en activant 1rs échanges nutritifs, en favorisant la diurèse et Tébmination des déchets.

/. Elle a été utilisée dans le traitement des ovarites;

m. Contre le cancer de Vutèrus.

V. Nous rappellerons qu'on s'est encore servi du sérum d'animaux ayant subi Tablation du corps thyroïde pour traiter le goitre oxophtal inique.

VI. On a donné aussi du lait de chèvre dont le corps thyroïde avait été enlevé. Au bout de quelques jours, une amélioration des symptùnio basedowiens se manifesta. L'ingestion du corps thyroïde augmente la sécrétion lactée, et le lait de la nourrice ainsi traitée a une action favorable sur les affections justiciables de la médication thyroïdienne dont le nourrisson peut être atteint.

En résumé, Topothérapie thyroïdienne est la médication de suppléance

C; BoiNFT, in thèse Plaignard-Flaissières, MonlpcUier, 1898; lievue de mc'd.y déc. lK9y: hertip dr nrurologir, 1809.

[*] Lajtssrkaux, Traitement thyroidien des affeetions rhumatismales. .\ca<I<>inio df œi'»!.. r> janvier 1K99. — Viala, L'opothérapie thyroïdienne dans les affections rhumalismaUs. Thèse de Bordeaux 1899, n" *24. — Makkan, Journal de méd. interne, 1900, p. 657

LES AGENTS TIIÉRAPEUTIQIES. 869

du coq)s thyroïde malade, insuffisant ou absent: elle est spécifique du inyxœdcme, donne des succès relatifs dans le traitement du goitre et du crétinisme, des arrêts de croissance, des fractures, des fibromes utérins, de l'obésité et du psoriasis.

II. Organes génitaux. — Testicule, — L'opothérapie orchidienne était déjà préconisée par Dioscoride.

Les extraits testiculaires ont été employés systématiquement par Brown-Séquard qui basait sa méthode sur la corrélation observée entre le développement des organes génitaux et celui de l'organisme entier, entre la castration et l'infantilisme, entre l'atrophie sénile du testicule et la dépression intellectuelle et physique des vieillards. D'après Éloy (1895), la médication orchidienne est utile dans Vêpuisement nerveux, la neurasthénie, la sénilité précoce j les névropathies chroniques, le diabète. Elle a été employée contre V impuissance, la débilité, ^aliénation mentale, le cancer, la tuberculose, le tabès, etc. Dans les résulUits annoncés, il faut tenir compte de la suggestion, de l'action excito-médullaire due à l'injection de glycérine et surtout de Tétat psychique des malades et même de ([uelcpies observateurs qui n'ont pas suffisanunent résisté à l'enthousiasme parfois irréfléchi que provoquent les méthodes nouvelles. Cependant l'extrait testiculaire a des efl'ets dynamogéniques (Lolh et Pregl) et contient une nucléo-albumine dont l'action sur la pression sanguine a été étudiée par Dixon.

Ovaires. — Cette opothérapie(*) est réellement utile dans les troubles aigus consécutifs à la castration, chez la femme; elle agit moins bien sur les suites lointaines de cette opération telles (pie l'arrêt de développement, l'adipose, le changement de voix. La poudre d'ovaires desséchés, ou l'extrait glycérine de ces organes employés à la dose quotidienne de 2 déci grammes ont été utilisés avec quelques avantages :

a. Contre les accidents aigus de la ménopause chirurgicale ;

h. Contre les troubles de la ménopause physiologique ;

c. Contre les troubles de r insuffisance génitale (arrêt de développement des organes génitaux; aménorrhée, dysménorrhée, etc.);

d. Contre la chlorose qui est considérée par Spillmann, Etienne, comme une intoxication de provenance utérine et comme une maladie ovarienne par excellence ;

e. Contre V ostéomalacie ;

f. Contre les maladies nerveuses (hystérie, neurasthénie, vésanie, maladie de Basedow);

g. Contre les modifications de nutrition engendrées par la grossesse (Charrin et Guillemonet) (*). — Il se produit sous l'influence de cette médication un retour d'activité dans la nutrition troublée, ralentie par la

(*; Ji-LijRN, Valeur de Copothévapie ovarienne. Tliôsc do Lille, 1800-1900, ii« 157. — GoMi5. Opothérapte ovarienne. Tlirse de Paris. IHÎW). — Bestio.v, Organothérapie ovarienne. Thèse i\o Bordeaux. 1808.

(*i CiiARRix et GuiLLKMOxKT. Sociéié (le biologie, 1900, LU. p. 585-187.

iOILBERT et BOINET.}

grossesse. Celte atonie des mutations nutritives tient en partie, d'aprè$ CCS auteurs, à ce que, pendant la grossesse, ces ovaires « en tant que fonctions sont pour ainsi dire en sommeil ».

En résumé, comme le disaient, en 1898, Gilbert et Camot {loc. cit.), Topothérapie ovarienne est efficace contre les troubles de la caslralion chirurgicale. Les troubles consécutifs à la ménopause ont été souvent améliorés. Les troubles consécutifs aux affections génitales sont rarement supprimés. Le traitement de la chlorose et des affections neneuses a besoin de faire ses preuves. Ces conclusions restent encore vraies.

Citons à titre de curiosité l'observation de transplantation d'un ovaire humain sain dans la région ovarienne d'une jeune malade qui avait subi, deux ans auparavant, une double oophorectomie et qui souffrait, depuis, de perte de l'instinct sexuel, de dépression mentale, de vertiges, etc. Six jours après cette greffe ovarienne, James Glass ( 1899) note de Téréthisme sexuel, des rêves erotiques et, au bout de quinie jours, une menstruation qui dure deux jours, puis se rétablit plus tard régidicrement. Huit mois après l'opération la malade jouit d'une santé parfaite et a recouvré son équilibre normal.

Le placenta était employé par Hippocrate; en 1685, il était donné contre la stérilité {Constant de Rebecque), il effaçait les lentilles, guérissait Tépilepsie, hâtait Faccouchement, apaisait les tranchées d'aprèr? Leméry (1697). L'extrait placentaire posséderait une action excitante sur la glande mammaire et sur la sécrétion du lait.

A l'opothérapie génitale se rattachent encore les tentatives suivantes : a. Administration d'extraits de glandes mammaires contre les fd)romes utérins; b. D'extraits de parotide contre l'ovarite ; c. D'extraits de prostate contre rhjT)ertrophie de cet organe.

Thymus, — H existe des suppléances fonctionnelles entre le thymus cl le corps thyroïde ; entre le thymus et les capsules surrénales ('i; entre le corps pituitaire (Mickulicz), les glandes parathyroïdes et le c<»r|)s thyroïde (Gley). Elles ont été utilisées en opothérapie. On a donné aver succès du thymus frais dans le goitre, la chlorose, lathrepsie, le goiln^ exophtalnii([Uc el même la co(|ueluche.

111. Système nerveux. — La cervelle de chameau était vantée |Kir Séra|)ion dans Tépilepsie. Dioscoride appréciait les effets de la cervelle de lièvre contre le tremblement, Pline conseillait aussi de donner aux épileptiqucs de la cervelle de chameau ou (Khomme. Albert-li»-Grand rcconiniande contre laniéuie affection la cervelle de lion ou de lièvre; ellea«zirail aussi dans la folie. AIhucasis et Mésué pensent que l'absorption de cervelles d'oiseaux excitait au coït.

a. Récenuncnt, les extrait s de sul)stance cérébrale et méditllaire ont été employés contre la 7'agr, la neurasthénie, Vépilepsie, la mélancolie.

C) HoiNKT, Inr. rit.. i;t Congrès inlcrnational <U; médecine. Paris, août HKK) S»xli«.»n <lc |)aliiologie).

LES AGKNTS THÉRAPEUTIQUES. 871

la manie (Babcs). C. Paul améliora, dit-il, avec cotte transfusion nerveuse des tabéliques, des ncurastliéniqueSn des chlorotiques netirasUié' niques, La cérébrine a été encore conseillée dans la chorée, la débililé nerveuse, les névropalhies et même Yaliénation mentale. Cette thérapeutique a été rapidement délaissée et les recherches expérimentales de Wassermann et Takaki sur la neutralisation de la toxine tétanique par son mélange avec la substance nerveuse, de Widal et Nobécourt sur l'atténuation des effets de la strychnine, mise en contact avec du tissu ntTveux, n'ont amené aucun résultat thérapeutique, parce que le contact inunédiat est nécessaire entre le poison et l'organe. Cette donnée a été utilisée par Roux et Borrel dans le traitement du tétanos par des injections intracérébrales de sérum antitétanique.

6. Vexlrait de ganglions semi-lunaires a été appliqué au traitement des altérations du grand sympathique.

c. On peut comprendre dansée chapitre les tentatives de traitement du tabès par le liquide céphalo-rachidien;

d. De Yacromégalie par le corps pituitaire; elles n'ont été suivies d'aucune amélioration notable.

On a encore employé V extrait de corps ciliaire dans l'irido-cyclitc; V extrait aqueux de cornée dans les taies cornéennes; Y humeur vitrée dans le ramollissement de l'œil et le décollement de la rétine; Y extrait de cartilages articulaires et de membranes synoviales dans l'arthrite sèche.

IV. Plasma musculaire. — Vexlrait de muscles administré dans les myopathies primitives a donné quelques résultats. Nous rappellerons à ce propos qu'en 1471, Plateîirius conseillait la cliair de lion « qui fait de la chaleur et fortifie les nerfs ». C'est le précurseur de la zomothérapie récemment préconisée par Richet et Héricourt('). En traitant, à volume égal, la viande crue hachée par de l'eau tiède à 40 degrés, on obtient une solution de plasma musculaire qui aurait une action immunisante contre l'infection tuberculeuse. La clinique n'a pas i*ati(ié complètement ces données expérimentales, mais a montré les bons elïets de cette méthode.

V. Sang. — L'un de nous a obtenu les mêmes résultats en faisant boire aux anémiques, aux chlorotiques, du sang de bœufs vigoureux tués par la section des carotides. Le sang, cette chair coulante, pour employer la pittoresque expression de Bordeu, a été administré comme médicament dès la plus haute antiquité. Au temps de Celse, les épileptiques buvaient le sang chaud des gladiateurs (*) qui venaient de tomber dans l'arène. Mithridate se servait du sang de canard pour augmenter les propriétés antitoxiques des antidotes. Xénocrate, qui vivait pendant le règne de Néron, appréciait les elîels du sang de chauve-soiu'is. Albucasis, Mésué

(*] Richet el Kéricociit, Trait ornent de rinfoclion tuberculeuse par le plasma musculaire ou zomothérapie. Comptrx rnidus dr VAcaiL dnt srirncrs, 20 février 1900, t. CXXX, p. 005.

[*) MiciiALT, L'opotliérapie en Chine. Le sanp el la chair humains employés comme renuMlca. Chronif/iic médicaie, i^aris, t. Vil, p. 4.>0.

[GILBERT 9t BOIJf Çr.]

recommandaient le sang de la tortue aquatique contre les morsures de serpents. Le sang de bouc, d'après Avicenne, dissolvait les calculs du rein et cette opinion était encore courante en 1735. On admettait encore, à ce moment, que le sang de chat-huant guérissait Tasthme; celui de chien, le mal caduc et la rage des individus mordus par un animal hydrophobe; celui de la tortue, l'cpilepsie. Au xvn^ siècle, Lcméry donnait une série de conseils pour recueillir dans les meilleures conditions le sang de bouc qu'il considérait comme « sudorifique, apéritif, résolutif pour dissoudre le sang caillé, faire résorber la pleurésie, résoudre les enflures de la gorge, guérir les fièvres et résister aux venins ». Le codex de celle époque prescrivait de prendre « le sang frais déjeunes gens sains et donl les cheveux ne soient pas roux »

VI. L'oPOTHÉRAPiE CARDiAQi'E date dc loiu. Aux iv*" et V* siècles après J.-C, le cœur de lièvre et de renard était donné dans le traitement des fièvres quartes, de Tépilepsie, des douleurs et des hémorragies utérines. Au xv!!*" siècle, Leméry préconisait encore le cœur de lion dans la fièvre quarte et fos de cœur de cerf constituait la base de la médication cardiaque. Récemment on a traité, sans grand succès, la faiblesse du myocarde par l'extrait de cœur.

MI. Moelle osseuse. — Rate. — Ganglions lymphatiques. — Ces trois organes jouent un rôle considérable dans Thématopoièse et dans la multiplication leucocytaire. Leurs extraits ont surtout été employés pour obvier aux altérations du sang.

Moelle osseuse. — Cette médication est plus active chez les enfants; elle a été assez utile dans la pseudo-leucémie ef le rachitisme, mais Tadministration des extraits de moelle n'a donné chez Tadulte que des résultats thérapeutiques assez médiocres soit dans V anémie pernicieuse, soit dans la leucémie grave, soit dans la leucémie splénique, soit dans la leucocijlémie. Ils ont été plus favorables dans Tanéinie grave, la chloroaiiéiiiii' ri clans la chlorose.

Ratei^). — Celse vantait les ellots de la rate de bœuf dans les tumeurs, ^a)nllenionl et inllainmations de cet organe. Klle a été surtout utilisée dans le paludisme, mais, dans certains cas heureux qui ont été publiés, il impolie de tenir compte du traitement conconiiUuit par le for, rarsenic, lo sulftHc de quinine.

I/associalion de Textrait de rate et de moelle de Ixruf a permis d'obtenii- un n^lèvement de l'étal général et un renouvellement moins fréquent des accès. L'extrait de rate aurait encore réussi dans le goitre exophtalmique, dans la chlorose, Yanémie, la cachexie.

Ganglions lymphatiques. — Brown-Séquard conseillait d'enqdover leur extrait dans la leucocijlémie,

MIL PoLMOiNs. — Cette organotliérapie enq)irique date dllippocrale ol de ses prédécesseurs ipii employaient le poumon de veau marin; Diosco-

[•, Ijoinlt, Congrès inlernalianal de nuMiociiic. Paris, 1900 [Section do paUiolog^i»''.

ride, qui vivait 75 ans après J.-C, recommandait le poumon de renard aux gens à court d'haleine; les auteurs latins des iv*" et v*" siècles le préconisaient encore dans les affections des voies respiratoires, dans les douleurs de côté. En 1015, Mésué le jeune conseillait dans la phtisie le looch au poumon de renard dont il emprunta la composition à Avicenne. Leméry, au \\\f siècle, donne une série de préceptes sur le choix du renard. En 1727, Helvétius vantait le houillon de mou de veau et Alibert (180i), Bouchardat et Dorvault ont conservé les formules de ces préparations. Le peuple continue toujours i\ se servir de bouillon ou de sirop de mou de veau dans les aflections pulmonaires et en particulier dans la phtisie. Grasset dit que Topothérapie pulmonaire lui a donné quelques succès chez des malades atteints de tuberculose au 1*"^ et au 2" degré, de trachéites de longue durée, de bronchites et broncho-pneumonies simples ou infectieuses, de grippe catarrhale, de coqueluche, de pleurésies sèches ou avec épanchement. Brimet, Cassact auraient enq)loyé avec succès du suc pulmonaire dans les bronchites chroniques et même dans la tuberculose. Arnozan vante les effets de cette médication dans les suppurations pleurales, dans les arthropathies (type Marie). Démons et Hinaud ont injecté du suc pulmonaire dans des cas d'ostéo-arthrite consécutive à une pleurésie purulente. La mobilité articulaire se rétablit et la iistule pulmonaire se cicatrisa. « La pncumothérapie, disait Grasset, en 1898, est une méthode pleine d'avenir et qui donne des résultats notoires. » Elle n'a pas tenu ses promesses. Du reste, elle s'appuie plutôt sur des analogies que sur des expériences physiologiques directes.

IX. Reins. — Pline, les auteurs des iv® et v*' siècles après J.-C., pensaient que les rognons de lièvre soulageîiient les douleurs de reins et facilitaient l'expulsion des calculs. L'opothérapie rénale n'a donné que des résultats incertains, car une partie du rôle physiologique interne du rein exige la vie même de l'organe et n'est pas transmissibic à l'extrait qui agit non sur la lésion rénale mais plutôt sur la toxine qui circule dans l'organisme (*). L'amélioration a été transitoire dans un cas d'urémie avec anurie traité par Dieulafoy, dans les faits de Teissier, Picchini : elle a été de plus longue durée chez les malades de Chiperowitsch. La diminution de l'albumine n'a pas persisté le plus souvent. L'un de nous a nettement vu l'urémie s'accentuer chez plusieurs malades après l'administration de l'extrait de reins.

Nous rappellerons que Schrôder, en 169^, conseillait aux malades atteints d'incontinence d'urine d'absorber des paroîs vésicales; il recommandait encore de boire de Vurine dans le but de dissoudre les calculs du rein et de la vessie et de combattre l'hydropisie et les empoisonnements. Enfin Van Ilelmont préconisait l'urine puisée dans la vessie d'un embryon de taureau contre le catarrhe de la vessie avec hématurie.

(*; Tarruki.la, Sur l'opothcrapie rciiale. A7//« Cong. Int. de Méd. Sert, de Pat/t. interne, 15U0. Paris, IIHX), CR. 4in)-5()^i.

iOILBERT H BOINET}

874 THÉRAPEUTIQUE GÉNtRALE.

X. Capsules surrénales. — a. L'opothérapic capsulaire a surtout élêappliquée au traitement de la maladie (TAddison : tantôt elle a donné un résultat nocif, tantôt elle est restée sans action ; tantôt un seul s}Tnplômc a été atténué; exceptionnellement la guérison complète a été obtenue ^Béclére). Sauf dans ce dernier cas, on n'a guère constaté que des améliorations passagères portant sur Tasthénie addisonienne. Cependant l'un de nous a observé un cas analogue à celui de Béclère. Chez un malade présentant des signes nets de maladie d'Addison en 1897, et sous l'influence d'injections d'extrait capsulaire, Tasthénie a presque disparu, puis la pigmentation des gencives, des lèvres et de la face interne des joues a considérablement diminué, les grains de pigment noir ont cessé dexisler dans les préparations de sang. A la suite d'un traitement trop intensif constitué par des injections trop répétées d'extrait glycérine et par l'absorption d'une trop grande quantité de capsules surrénales de veau, ce malade a eu un tremblement avec troubles nerveux comparable à celui que détermine Thyperthyroïdation. Du reste, les suppléances fonctionnelles entre les capsules surrénales et le corps thyroïde sont prouvées \m les très nombreuses expériences que l'un de nous (loc. cit.) a pratiquées sur le rat d'égout qui supporte assez bien l'ablation de ses capsules et présente parfois les signes d'une maladie d'Addison expérimentale, la pigmentation comprise (*). L'opothérapic surrénale a été encore utile soil dans les formes frustes de maladie d'Addison avec asthénie, sans pigmentation, soit dans les cas où Pasthénie résulte plutôt d'une simple diminution de fonction, d'une insuflîsance capsulaire.

b. Cette médication a été prescrite dans la neurastliéniey ïhystérie, le diabète^ le goitre exophtalmique, le rachitisme.

c. Les effets vaso-constricteurs de l'extrait surrénal (sphygmogénine) ont été utilisés dans la faiblesse cardiaque, notamment chez les malades menacés de coltapsus; dans rasyslolie(*), contre les hcmor^ragirs Aan^ les opérations inlra-nasales, intra-laryngées (Lermoyez), dans les r/)iV taxis ;

d. Dans les hémorragies gastro-intestinales, les hémorroïdes, lis hénu)phjsies{^);

e. Dans Yasthme avec congestion bronchique, dans un ccrlain nombre iVaffections des voies respiratoires (coryza aigu, traobéo-bnmchite aignc, bronchite chronique, broncbeclasie, congestion et ledènio du poumon, pneumoyiie), dans les pharyngites, dans les amygdalites.

/*. Son action décongestive a permis de guérir des kératites vascn-

(•) lioiNET. Hrriie (le mêd., 1897. Sncirtr de biologie. 1805, p. IG2. "117*. Ô'i5. 498. liW: 1800. |). lOi-ôtH. Conf/ri'S de médecine interne de Lyon. 180i. p. 000. CoitgiC'^ intrrmitional de niédcrine. l'aris. anùl IDOO Soclioii do paliiologic iiilerm* .

(*) Fi.oKUsiiKiM, SiiprartMial capsuli* iii orjîanic licart disease. Med. .»»r». .V. V. lOlU, lAXVIll, lOi). — Li<;ai.s. Noies on adreiiolinard andreiialin Chlorid. J. Am. M. Ass. UiicaîT). 1901, WXVI, lir).Vll.*)7.

i"' Gbimcaim. Siiprannai gland cxlract os a homoslalic. Brit. Med. Jour. Londiii. lîKH», II. 1507-1508 et les travaux de Mayer, Todd, Dates, Habgood, Thomas.

LES AGEiNTS THÉRAPEUTIQUES. 875

laires, des épisclérites, de diminuer rhyperémic dans le glaucome{^)^ d'obtenir plus facilement Vancsthésie locale avec la cocxiïne soit de Fœil, soit de la muqueuse laryngée (*). Dans ces cas, on se sert de Y adrénaline principe actif des capsules surrénales.

XI. Pa>'créas. — L'opotliérapie pancréatique a été étudiée dans ses effets chez les diabétiques par Gilbert, en collaboration avec Carnot d'abord, avec Lereboullet ensuite.

Avec Carnot, Gilbert avait constaté que l'extrait pancréatique agit dans certains cas, alors que dans d'autres il reste inefficace, s'il n'amène une augmentation de la glycosurie.

Plus lard, avec Lereboullet, il a reconnu qu'inefficace dans le diabète par anhépalie l'extrait pancréatique donne ordinairement des résultats heureux dans le diabète par hyperhëpatie. Dans quelques cas même, la glycosurie, très élevée, peut céder complètement.

Gilbert et ses élèves donnent tantôt l'extrait pancréatique seul et tantôt associé à l'extrait intestinal.

XII. Tube digestif. — Estomac. — Dioscoride conseillait les parois de l'estomac du lièvre aux malades atteints d'affections d'estomac, de flux de ventre. Frémont, Le Gendre (') ont préconisé la gastérine, c'est-à-dire le suc gastrique de chiens dont l'estomac est isolé expérimentalement. 11 augmente la capacité digestive; les sécrétions normales du tube digestif, l'acidité totale du suc gastri(|ue. Linossier explique l'activité thérapeutique du suc gastrique de chien par sa richesse en acides et en ferments. Récemment Gilbert et Chassevant ont préconisé V extrait gastrique. Il aurait une action plus intensive que la pepsine et plus large, en raison des divers ferments qu'il contient.

Intestin. — En 1698, Schrôder recommandait de donner des parois intestinales contre les coliques. Actuellement encore, le peuple emploie le bouillon de boyau de poulet contre les diarrhées de longue durée que l'on observe dans la tuberculose et la fièvre typhoïde. Cliniquement^ l'extrait intestinal détermine une légère diarrhée ; il a été employé dans diverses entérites (constipation, entérite tuberculeuse, muco-mend)raneuse, dysentériforme) (Gilbert). Peut-être serait-il utile dans les infections intestinales, telles que la fièvre typhoïde et le choléra. Vidal conseille l'opothérapie entérique dans l'occlusion intestinale [Revue de Chirurgie. Paris, 1900, XXII, 521-527).

XIII. Foie. — Le rôle des extraits du foie a été étudié, expérimentalement, in vitro, in vivo, pour chacune des fonctions hépatiques : a. fonction biliaire; h. fonction tiropoiélique ; c. action coagulante et anticoagulante; d. action glycogénique ; e. action antitoxique. Cette dernière propriété était soupçonnée par les anciens qui faisaient entrer le

{») ZiMiiEnii.iXN, Clin, ophtahnol. Paris, 1000, VI, 277-286. («) Voir Bruxet, Thèse de doctorat. Paris, lîK)l, n« ÔOi.

(•i I.K Gendre, ()|)othéra|)io pastri([uc jfastiTiiic «le Frémonl). Bidl. et mém. de la Soc. méd. des hôp. de Paris, 1900, 3* s., XVII, p. 61; Discussion : Linossier. Idem, p. 68-70.

laiLBERT et B0INET.1

foie et le cœur des vipères dans la préparation de rorviélan afin de renforcer Faction d'une drogue analogue, la thériaque.

Cette étude expérimentale, dont on trouvera les détails dans la monographie de Gilbert et Carnot, permet de tirer les conclusions suivantes:

a. FoncUon biliaire. — Elle est accélérée par l'injection d'extrait hépatiques chez les animaux, par les lavements d'extraits de foie, danji l'espèce humaine. Cet effet est surtout dû à la présence de la bile el des sels biliaires qui sont d'excellents cholagogues déjà en honneur daa< la vieille pharmacopée. La bile de bœuf était administrée dans la jaunisse et la tf poudre de picores de llel » était donnée, jadis, contre b calculs des voies biliaires et urinaires.

b. Fonction tiropoiélique. — Elle est accrue par Tingest ion ou l'injection d'extraits hépatiques. L'augmentation de l'urée est tem|)orairc el ne dure que pendant la période du traitement. L'élimination de Tacide urique est accrue: cette donnée explique l'utilité de Topothérapie lunatique dans la goutte.

c. Action coagulante des extraits du foie. — Elle est bien établie in vivo et in vitro et peut être utilisée contre les hémorragies rt»pêlêes et muhiples si souvent observées au cours des maladies du foie.

d. Action glycogénique du foie. — L'extrait hépatique augmente la quantité de glycogène accumulée dans le foie ; il agit prol)abiement sur la cellule hépatique et peut-être aussi sur les autres cellules de récononiie pour en surexciter les fonctions normales. Cette propriété peut être ulilisée dans le traitement du diabète.

e. Action antitoxique du foie. — Elle ne se produit que si IVxlrail hépatique est en contact direct îivec le poison. Jusqu'à présent du moins cette propriété n'a pu être mise à profit.

Vopot/icrapie lu^patique convient aux maladies propres du foie dans lesquelles il n'existe ni déchéances suraigucs, ni lésions anciennes d avancées. La glande ne doit pas être trop altérée pour pouvoir réagir à l'excitant spécifique que constitue l'extrait à son égard. C'est le médirament des j)etiles insuffisances hépatiques, des troubles fonclioniu'ls. plutôt que (les lésions anatomiques. L'extrait agit surtout par rinlernn- (liaire des cellules encore valides.

Gali(Mi, Dioscoride, Pline l'ancien mentionnent l'usage du foie dans !»•> maladies où cet organe est intéressé el on trouve dans la thèse de Laiiioureux (') u\Hi série de citations montrant la faveur dont celte médication a joui à travers les Ages et chez les difïérents peuples. L'opothéra|ùt' hépati(|ue a produit une amélioration marquée dans Vinsuf/isance hèimtique, dans les dégénérescences cellulaires du foie, dans la cifThose av(»c ti'oubles cérébraux, dans \ ictère grave au cours d'une cirrhn^ alcoolique, dans la ci7i'hose alrophique avec ascite, dans les cirrhoses alcooliques, syphilitiques, dans la cirrhose hypertrophique, dans la

,' Lamoireux, Dr Vopothérajnc hépatique dans le diabète sucré. Tlicso de Parif. 1898.

LES AGENTS TIIÉRAPEUTJQLES. 877

cirrhose alcoolique avec ictère et hémorragies. Elle a une action utile sur les hémorragies des hépatiques et ménie des tul>erculeux (Gilbert et Berthe (*) son élève). Guerder a préconisé les injections d'extrait glycérine de foie frais de morue contre les tuberculoses locales: il admet que cet extrait semble exercer une certaine action neutralisante directe sur la toxine tuberculeuse.

L'opothérapie hépatique est encore indiquée dans le groupe des maladies dites arthritiques ou par ralentissement de la nutrition qui send)lent avoir rapport avec des troubles hépatiques. I/accès de goutte s'est amélioré très rapidement scms Tinfluence de l'extrait hépatique qui favorise Télimination de Turée et de Tacide urique. Un eczéma, d'origine arthritique, a été promptement guéri; un vitiligo, chez un tuberculeux à gros foie, disparut presque complètement.

Le traitement opothérapique a été surtout employé dans le diabète sucré par Gilbert (loc. cit,) et par ses élèves, Carnol, Weil et Lereboullet. Primitivement, Gilbert administrait des doses élevées d'extrait hépatique, 12 grammes en moyenne par jour; il a reconnu que l'on peut se contenter de doses plus faibles et souvent il n'administre pas plus de 2 à 5 grammes d'extrait par jour, en sphérulincs de 0*^25 ou en suppositoires.

L'extrait hépatique donne des résultats remarquables dans le diabète par anhépatie : le sucre diminue ou disparait, l'urée se relève, l'indicanurie revient au taux normal, l'état général s'améliore notablement (Gilbert et Weil).

Dans le diabète par hyperhépatie, la glycosurie n'est pas modifiée ou augmente, si bien que l'extrait hépatique peut servir de pierre de touche dans le diabète pour la fixation du diagnostic et qu'ainsi, à côté de Topothérapie, il y aurait lieu de faire une place pour Vopodiagnostic (Gilbert et Carnot).

Les premiers résultats obtenus par Gilbert et ses élèves chez les diabétiques ont été consignés dans la thèse de Lamoureux son élève ('). Ils ont été vérifiés par divers observateurs et notamment par Roques (').

Gilbert et Lereboullet ont fait connaître les nouveaux résultats obtenus et ils se proposent de revenir nécessairement encore sur cette question en publiant les résultats très nombreux des faits qu'ils ont traités.

Cytotoxlnes. — La découverte des poisons cellulaires ou cytotoxines a ouvert à la médecine une voie nouvelle (*), susceptible d'applications tliérapeutiques. Ils ont été signalés, en 1898, par Beifanti et Garbone,

(*) Berthe, Traitement des hémoptysia tuberculeuses par l'opothérapie hépatique. Thèse de Paris, 1898.

(•) Gilbert cl Weil, Semaine médicale, 15 iiov. 1890.

(') Roques, Contribution à l'étude clinique des effets de l'o^tothérapie hépatique dans le diabète sucré. Thèse de Bordeaux, 1899.

(*) Htsoy, Journal des Praticiens, 22 iiov. 1900, p. 753.

iOILBBKT 9t B0INET.1

Bordel. On connaît actuellement le poison de la cellule hépatique, 17i^ paiotoxine (Delezenne), la néphrotoxine (Lindemann), le poison des cellules à cils vibratiles, la tricholoxine (Dungern), le poison cellulaire des hématies, V hémotoxine (Bordct), le poison cellulaire des globub blancs, la leucotoxine (Metchnikoff), le poison cellulaire des s[K'n«al(H zoïdes, la spermotoxine (Landsteiner et Metchnikoff), la névrotoxine (Metchnikoff). Ces cytotoxines n'agissent que sur les éléments qui leur ont donné naissance. Deux méthodes thérapeutiques principales découlent de la découverte de ces poisons cellulaires. La première consiste dans l'utilisation de Tantispermotoxine et de Tantihépatotoxine (Metchnikoff, Delezenne). La seconde, qui parait plus féconde en résultats, est basée sur Faction stimulante que de faibles doses de cytotoxine produisent sur les éléments figurés correspondants. Ce fait a été démontré dans le laboratoire de Metchnikoff pour Fhémotoxine et la leucotoxine. Canlacuiêne prépare, avec du sang défîbriné de lapin, un cobaye dont le sérum devient toxique pour les hématies du lapin s'il est inoculé à forte dose. Mais, dès qu'on l'injecte à très petites doses, on voit, au bout de trois jours, le nombre des hématies augmenter de 3 millions et l'hémoglobine passer de 86 à 105. Cette élévation persiste pendant deux à trois semaines. Besredka constate une hypoleucocytose très marquée à la suite de l'injection, à très petites doses, de sérum de cobaye ayant reçu une émulsion de ganglions mésentériques de lapin. Le sérum leucotoxique de Metchnikoff» préparé avec des ganglions lymphatiques ne contenant que des mononucléaires, s'est montré toxique pour les polynucléaires coinine pour les mononucléaires ; aussi ne peut-on l'opposer, comme ce sa^nnl en avait eu l'idée, à l'envahissement des leucocytes mononucléaires, ces macrophages ennemis des éléments nobles qui se transformeraient plus iurd en tissu conjonctif créant l'atrophie sénile et les maladies atrophiques des organes les plus importants (centres nerveux, foie, rein).

Metchnikoff, se basant sur les recherches de Cantacuzène et de Besredka, emploie sur Thonnue de faibles doses dhémoloxine contenue dan^ le sérum dune chèvre à qui il avait préalablement injecté du sang défîbriné humain. Les inoculations de ce sérum de chèvre à des lépreux onl nmené d'alxud une diminution des globules rouges et de Thémoglobine. puis un(» aiigiiientation de ces éléments avec une modification heureuse, mais légère, des lésions lépreuses. Il est possible que cette donnée ex|)lique on partie les résultats obtenus par Carrosquilla qui traite la lèpre par des injecticms de sérum de cheval inoculé préalablement avec du sang de léj)reux. Enfin Metchnikoff a observé une amélionition notable chez les anémiques à qui il injecte des petites doses de son sérum hémoloxiijue. Ces notions de spécificité cellulaire conduiront fort probablement à d'heureuses applicii tiens thérapeutiques.

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