‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 20 sur 185 · IDIOTIE ET IMBÉCILLITÉ. U · texte numérisé non relu

IDIOTIE ET IMBÉCILLITÉ. U

chei lcs€]uels le rire et les pleurs font défaut. Un gnind nombre ne reconnaissent guère que les personnes qui prennent soin d'eux, ou leurs parents.

Les mêmes troubles s'observent chez les imbéciles, mais à un degré moindre ; souvent l'abolition de la fonction est renq)lacée par la perversion. I/énergie des mouvements est moindre chez les imbéciles que chez les sujets normaux ; cette faiblesse coïncide avec une grande paress(^ lies mouvements sont non seulement faibles, mais maladroits, et si on arrive à fixer momentanément leui* attention, on n'obtient d'eux que des lemps de réaction extrêmement longs. Le défaut d'attention s'objective souvent par l'existence de rides frontales ti'ansvei'sales profondes; à chaque irritation visuelle ou auditive, les yeux s'ouvrent largement vi changent de direction.

M. Sullier affirme que chez les imbéciles il n'y a aucun trouble de la sensibilité : j'ai déjà fait des réserves sur ce point ('), et tous ceux que j'ai examines depuis, qu'ils fussent épileptiques ou non, offraient des troubles de la sensibilité et généralement sous toutes les formes. Ch. Richet relève la constance de la diminution de la sensibilité à la douleur dans fidiotie et l'imbécillité (*).

Si on étudie en détail les manifestations intellectuelles chez les idiots et chez les imbéciles, on n'observe guère que des différences consistant en oscillations entre l'abolition et la perversion.

L'idiot n'est |>as toujours apathique, sonmolent : Griesinger distingue.

(kns ridiotie, une forme torpide stupide et une forme agitée versatile:

quelques-uns sont constamment agités de mouvements automatiques.

I^Timpent, tournent, mordent, arrachent, frappent, etc. J. Voisin signale

une variété à double forme alternativement apathique et maniaque.

lirriLibilité mentale est fmpiente chez les imbéciles; quelquefois elle

»'sl tellement constante (luVlle mérite bien le nom de chorée mentale

ibemoor) (*). Cependant chez l'idiot, c'est le défaut de développement

4c la fonction qui est le plus évident, tandis (|ue chez l'imbécile c'est

la déviation, la perversion. Chez l'idiot, on observe assez souvent le

mutisme qui peut être dû à l'absence des représentations, à la surdité

«»uàune impuissance mécanique; mais il n'y a pas un rapport constant

<'nlre le développement de l'intelligence et le développement du langage :

<lps idiots muets peuvent donner des preuves d'intelligence plus grandes

<|ue celles d'idiots qui ne prononcent que des monosyllabes ou des mots

"^Qs suite, des interjections. Les infinitifs tiennent une place importante

^ le langage conscient des idiots. Le développement du langage,

•Hiand il se produit, n'arrive que tardivement; certaines consonnes sont

plus facilement prononcées que d'autres et il faut en profiter dans l'édu-

', U paihologir des imotions, 1802, p. 492.

* Ci. HiCHBT. art. DocLEUB. Dirt, de Phyxioiogie, l. V, p. 189.

* J. Demouh, La chorco menlale et sou trait(Miieiit. Bulletin de la Soc. royale des sciences "»^ el naturelles de Bruxelles, juillet 1900.

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cation. Les idiots peuvent apprendre à lire, mais le plus souvent ils lisent sans comprendre le sens des mots; quelcpies-uns peuvent arriver à apprendre a écrire; et en génénil, quand ils ont réussi, leur écriture se fait remarquer par la régularité des caractères.

Quelques idiots font ]>reuve d'un certain sens musical alors que le langage articulé les laisse indifférents; c'est que les sons musicaux agissent beaucoup plus sur les tons de l'organisme que les mots articulés.

Chez Timbécile, l'évolution du langage est tardive, elle peut être régulière, mais il n'est pas rare de rencontrer le bégaiement, le zézaiement, le bredouillement, etc., liés ou non à des anomalies morphologiques. Les imbéciles adoptent souvent des mots déformés ou des mots grossiers qu'ils répètent à tout propos. Ils apprennent plus facilement à écrire que les idiots, mais leur écriture est souvent irrégulière, les caractères varient de forme et de volume et sont parfois entremêlés de dessins plus ou moins bizarres.

La mémoire fait à peu près complètement défaut chez les idiots, chez qui elle ne peut être favorisée par des états affectifs qui manipient. Le souvenir des émotions faisant défaut, les menaces d'une peine ou la promesse d'un plaisir restent chez eux inefficaces. Le défaut de conservation des impressions entraine un défaut d'association, un défaut de discernement ;leur mémoire intidèle ne leur permet pas de saisir les dissemblances ni les ressemblances; leur imagination est nulle. On observe cependant quelquefois chez les idiots, sous l'influence de la douleur ou d'un état fébrile, l'expression de sentiments et de souvenirs auxquels on pouvait les croire complètement étrangers et qui montrent que la perception et la conservation des impressions ne sont pas aussi nulles qu'elles le paraissent. Certains idiots présentent une mémoire spéciale, quelquefois héréditaire, qui leur permet de faire preuve d'aptitudes remarquables pour le calcul, pour la musique par exemple : on voit de ces génies partiels dont la mémoire est spécialisée pour les noms propres, pour les dates, etc.

Chez les idiots moins profonds et chez les imbéciles, à mesure que la sensibilité est plus développée, la mémoire est moins défectueuse, mais sa fidélité n'est pas telle toutefois qu'elle donne lieu à des associations correctes; souvent les associations sont fausses, il en résulte des généralisations absurdes, des raisonnements faux. Us ont des tendances aux idées fixes, aux impulsions. Ils ont le plus souvent des illusions sur leur valeur intellectuelle et morale; tantcU obstinés dans leur opinion, tantôt crédules et suggestibles à l'excès. Us aiment le merveilleux et composent des contes fantastiques. Us ont une aptitude remarquable à la contagion du délire suiiout lorsqu'ils vivent avec un parent dont ils partagent plus facilement les tendances morbides.

Chez les arriérés, ce sont les manifestations les plus complexes de Tintelligence qui sont le plus longtemps en défaut, et ce défaut est souvent délicat à constater d'une façon précise. Demoor donne comme signe du

IDIOTIE ET IMBÊCILLITË. iOl

défaut d'association, Tahscnce de l'illusion nmsciiiaire qui consiste à trouver de deux ohjets de poids égal, mais de volume diiTércnt, le plus petit le plus lourd. Cette illusion ne commence qu'à i)artir de six ou sept ans, quand les enfants ont eu le temps de s'approprier l'observation que les objets plus lourds sont plus volumineux et exigent un effort plus considérable pour être soulevés (*).

Les sentiments affectifs, avons-nous dit, manquent complètement chez les idiots. Ils paraissent souvent tout à fait indifférents aux soins dont ils sont l'objet; c*est tout au plus s'ils reconnaissent les personnes qui leur donnent leur nourriture. Ils ne sont capables d'aucune affection, d'aucune reconnaissance ; ils ne craignent rien ; la pitié leur est inconnue Incapables de reproduire l'expression de ceux qu'ils voient souffrir, ils ne peuvent ressentir leur émotion. Ils piiraissent étonnés au spectacle de l'expression de la souffrance, ils ont peur de ce qu'ils ne connaissent |)as. Us sont irascibles, sujets à des impulsions et à des accès maniaques. S'ils ne craignent pas le châtiment, ils n'en sont pas moins susceptibles d'une obéissance passive dont on doit profiter pour développer chez eux lautomatisme. Abandonnés à eux-mêmes, ils deviennent gâteux et volontiers barbouilleurs. Les sentiments esthétiques sont moins nuls chez certains idiots qu'on pourrait le croire; quelques-uns ne sont pas insensibles aux charmes physiques des personnes qui s'occupent d'eux et marquent leur préférence. Ils aiment le rythme, paraissent quelquefois heureux d'entendre déclamer des vers dont ils ne comprennent pas le sens. C'est du goût qu'ils paraissent tirer les plus grandes satisfactions; ils sont gourmands et se montrent souvent d'une voracité extraordinaire. L*idiot manque de besoin d'activité; on le voit quelquefois exécuter des mouvements automati<pies, tourner, grimper, se balancer, se masturber, sans que la face s'anime d'aucune expression. Les idiots jouent rarement ou ils jouent seuls. Ils détruisent sans but. Chez eux l'imitation parait souvent purement automatique ; le mouvement est reproduit par une sorte d'induction psychomotrice qui ne parait jms s'accompagner d'une idée corrélative.

Chez l'imbécile, les sentiments affectifs paraissent plus développés, mais ils se montrent souvent sous une forme anormale. Si quelques imbéciles se montrent affectueux et reconnaissants, la plupart sont d'un «'goïsnie grossier; s'ils paraissent s'associer plus volontiers que les idiots, il s'agit d'associations intéressées, ils n'acceptent guère la solidarité que dans un but de vengeance ou de malfaisance. Ils tolèrent diflicilement la résistance ou la contradiction, sont aussi sensibles à la douleur morale <|u'à la douleur physique, sont alternativement entêtés et volontaires, et distraits et dissipés. Ils ont en général une conduite sans suite, sont irritables; la moindre excitation les fait changer de direction ou provoque chez eux une impulsion; ils sont indisciplinés, manifestent des tendances

.*, J. Demoor, Notes médico-pédagogiques. Journ. méd. de bi'u.rrUeit, 1898» ii* 2.

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an vagabondage, s'exposent plus par ignorance du danger que par courage, ils ont le goiit du ris<pie, aiment le jeu, sont volontiers provocateurs, puis se soumettent par crainte, ils sont souvent menteurs; ils ont une grande tendance à la siumiation, à l'imitation malveillante: la contagion de rindiscipline, de la grossièreté des expressions, des habitudes vicieuses, du vol, est couunune chez eux; réunis, ils se montrent exubérants, querelleurs. Si le man<|ue du besoin d'activité est moins évident chez eux que chez les idiots, ils sont néanmoins paresseux, incapables d'aucune application; leur activité est le plus souvent anormale: ils s<* font remarquer par leurs tendances au vag'abondage, au vol, aux perversions instinctives de tout ordre. Chez quelques-uns le sentiment sexuel |)araît être le seul contenu de l'esprit, et tout leur temps est consacré à la masturbation. En toutes circonstances ils font preuve d'un défaut de contrôle; ils manquent du sens de ce qui est convenable, se distinguent par l'inconvenance de leur tenue et de leur langage. Les vicieux sont souvent remarquables par leur défaut d'initiative qui joue un rôle important dans les difficultés de la réformation (*).

Chez les idiots Fabsence de sensibilité génésique coïncide souvent avec des anomalies corrélatives des organes génitaux. II est h remarquer d'ailleurs que chez les idiots la puberté évolue en général normalement (*).

Les formes les plus légères de l'imbécillité confinent à la débilité mentale qui, elle-même, seccmftmd insensiblement avec l'état normal. Les débiles se font remarquer généralement par un ret^ird de développement; mais les arriérés ne sont guèn» toutefois susceptibles d'un développement normal. Ils sont susceptibles d'éducxition, mais ils manquent d'initiative et de jugement, subissent facilement Tinfluence du milieu et présentent souvent des anomaUes morales, quelquefois une véritable folie morale. Il n'est pas rare de voir de ces sujets, capables de montrer certaines aptitudes intellectuelles, ou un grand savoir-faire, se faire remarquer par les anomalies morales les plus diverses et les plus contradictoires : lâches et cruels, menteurs, dissimulés et arrogants, vaniteux et obséquieux. Ils sont sujets à des impulsions : vaga])onds, vol(»urs, incendiaires ou assassins suivant les hasards de la suggestion du milieu; en général, les enfants arriérés tendent à la criminalité, ou s'ils sont trop faibles ils grossissent Farmée du paupérisme. Leur malléabilité les fait souvent servir d'instruments aux criminels. C'est en raiscm de ces tendances qu'ils méritent un soin particulier.

Les idiots, les imbéciles et les débiles présentent de nombreuses anomalies morphologiques, portant sur la tcte, sur le tronc, les membres et les viscères. Ces anomalies sont liées à des arrêts de développement dans les formes congénitales, ou aux lésions causales dans les formes acquises.

*i (i.-B. ^ViLsox, Ciinicai «tiu/ies ni riVr and inftatiity, 1899, |». 12. .*) J. Voisin, L'idiotie, 4895, p. 110.

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