LES PARALYSIES GÉNÉRALES
Tandis qu\in certain nombre d'auteurs considèrent le tableau symptomatique tracé par Bayie, Wiilis, Haslani, Calineil, comme une affection autonome liée par une communauté remarquable de lésions à lataxie locomotrice, pour d'autres il n'est qu'un syndrome commun à des formes très difTérentes de méningo-encéphalites. Jules Falrel soutient depuis longtemps, dans son enseignement, cette dernière opinion, que nous adoptons. Ce n'est pas concilier les deux manières de voir que designer le syndrome sous le nonn de maladie de Bayle (*).
Le syndrome désigné sous le nom de paralysie générale des aliénés peut être produit par des lésions très diverses, qui n'ont pour caractère commun que leur diffusion. Klippel(*) admet trois groupes principaux : 1^ la paralysie générale inflammatoire primitive, qui correspond à la forme classique qu'on aurait pu croire définitivement isolée par Bayle ; S"* les paralysies générales secondaires ou associées à d'autres lésions, qui provoquent un processus inflammatoire analogue h celui de la forme précédente ; 5® les paralysies générales à lésions dégénéra tives, quelquefois spécifiques (syphilis, alcoolisme, artériosclérose, etc.).
La paralysie générale est un syndrome caractérisé |)ar l'apparition simultanée de troubles somatiques et de troubles psychiques qui évoluent parallèlement jusqu'à la démence paralytique. La paralysie générale simple, démente ou sans délire (forme de Requin), peut être considérée comme la forme type (') du syndrome. Mais les troubles psychiques, aussi bien que les troubles somatiques, présentent souvent des variétés qui diversifient singidièrement le tableau symptoma tique.
La paralysie générale est surtout frécpiente de trente-cinq à quarantelinq ans; mais elle peut survenir a la puberté <'t même dans l'enfance, comme après l'âge mûr et même après soixante et soixante-cinq ans. Elle parait tendre à se manifester à un âge moins avancé et à devenir fréquente chez la femme qui, autrefois, paraissait épargnée, peut-être parce qu'elle présente plus souvent la forme simple.
Les phénomènes paralytiques sont souvent précédés de symptômes d'affaiblissement, d'aptitude à la fatigue. On peut observer une période neurasthénique plus ou moins prolongée. Dans quelques cas les troubles caractiTistiques ont été précédés pendant des années d'accidents d'a|)parence comititile, vertiges, accès épileptiques. Si les troubles somatiques
(*' H. L%L%^uF, Es«ai sur Irx $ymptAmes et le diagnostic tir in maladie de Bayle {para- Iftie générale des aliénés]. T\\q^, 1800.
(■^i M. Klim»kl, Iaîs paralysies générales progressives. Arch. gén. de méd., 1808, juin, t. l. p 641.
'*) A.-M. DrFoi-B, De la paralysie générale simple, démente ou sans délire. Thèse de Bordeaui, 1800.
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peuvent manquer au début, ils se manifestent quelquefois d'une manière dramatique par une attaciue épileptiforme ou apoplectiforme. En générai, on observe des modifications du caractère et de la physionomie, qui perd son expression. La face paraît flas(|ue et la peau se ternit. Quelques malades se plaignent de douleurs vagues dans les membres ou dans le tronc, de douleurs en ceinture, de sensations prurigineuses {*). D'autres ont des douleui^ de tète qui se manifestent quelquefois sous la forme de migraine ophtalmique. L'appétit devient capricieux, de même que les fonctions intestinales; il y a des alternatives de constipation et de diarrhée, quelquefois de crises gastriques douloureuses. Les fonctions génitales présentent quelquefois des crises d'excitation, mais plus souvent une dépression croissante. Puis les douleurs prennent un caractère particulier, fulgurant, térébrant. On observe des troubles moteurs de l'œil et des paupières. Le sommeil aussi est troublé, irrégulier, entrecoupé, nul ou interrompu par des rêves. 11 existe de la lassitude quelquefois par crises, des attaques de courbature et une répugnance générale pour toutes sortes d'activités. Souvent le malade s'aperçoit lui-même d'une incapacité intellectuelle avant qu'aucun trouble ait appelé l'attention de l'entourage; il a conscience qu'il diminue. Il se produit des lacunes de la mémoire, l'oubli de mots ou de syllabes dans le discours ou dans la correspondance; d'autres fois, des mots inutiles s'intercalent. Mais c'est surtout le caractère qui s'altère; le malade devient irritable, intolérant, violent; il se laisse facilement entraîner à des spéculations, à des irrégularités de conduite, devient dépensier. Parmi les troubles les plus précoces, figurent les troubles pupillaires. Au début, les pupilles sont généralement contractées, souvent irrégulières. La dilatation survient plus tard graduellement. Les pupilles sont irrégulières. Elles réagissent à l'accommodation, mais non à la lumière, ou elles réagissent lentement ou pas du tout. Ces troubles sont, du reste, très variables chez un même malade. Ces phénomènes prodromiques peuvent durer plusieurs années ou seulement quelques mois, ou même (|uelques semaines.
La maladie est souvent rendue évidente par un écart de conduite ou par un trouble moteur, convulsif ou paralytique. Ces troubles paralytiques ou convulsifs présentent du reste la plus gmnde variété en étendue et en intensité; les paralysies se reproduisent plusieurs fois avant de s'établir défmitivement et elles sont rarement suivies de» contractures ; les phénomènes épileptiformes peuvent atteindre les organes les plus divers (*). Les troubles de la parole s'exagèrent; le langîige devient précipité ou remarquable par sa lenteur, l'émission de certains mots devient impossible. Les mouvements de la langue, des lèvres, du
(*) Cm. Fkré, Lo prurit cl la tricbotillomanic chez les paralyliquei généraux. Nouvelle Iconographie (le la Salpétn'èrc, 481)1), t. XII, p. 312.
i') Ch. YÉRi^ Noie sur un cas de sialorrhéii paroxysliqu3 chez un paralytique général. Comptes rendus de la Soc. de biologie^ 1891, p. 5'21.