HYPERTROPHIES ET TUMEIRS
Les hypertrophies peuvent porter sur les diverses parties constituantes de la peau : sur l'épidernK» et ses annexes, sur le corps papillaire et sur le derme.
Je mentionne seulement l'hypertrophie des poils ou hypertrichose , qui, chez les femmes principalement, peut devenir une véritable difformité.
Il y a donc à considéier des hj'jiertrophies épidermi(|ues, des hypertrophies épidermo-papillaires et des hypertrophies d(M*miques.
Les hypertrophies épidermiques sont connue^ comnmnément, en dermatologie, sous le nom de kératoses.
WHHFlGATiONS DE COLLEUR ET D'ASPECT DE LA SURFACE CUTANÉE. 179
Les kératoses comprennent les durillons, les cors, la kératose essentielle palmaire et plantaire.
Les durillons sont des épaississements épidermiques, causés par des pressions continues ou des frottements répétés. Il y a des durillons professionnels, dont le siège est variable suivant les professions et qui sont produits par le maniement des outils propres à ces professions. Aux pieds« les durillons causés par dos chaussures trop étroites sont vulgairement désignés sous le nom d'oignons.
Les cors sont caractérisés par un épaississement corné, limité, de répidenne, qui a la forme d'un clou à pointe inférieure. Ils occupent evclusiveuicnt les orteils. On donne le nom d'œil-de-perdrix h un cor situé entre deux orteils.
La kératose essentielle plantaire et palmaire est une lésion diffuse, mais toujours plus marquée sur les points soumis à des pressions répétées. C'est en général, une affection congénitah^ Mais on peut observer une kératose analogue, comme siège et comme aspect, dans le cours de V intoxication arsenicale chronique, professionnelle. Cette kératose arsenicale est un phénomène trophique, d'origine nerveuse.
11 y a aussi une kératose palmaire et plantaire secondaire, qui peut compliquer certaines lésions inflammatoires chroniques de la paume des iiiains ou de la plante des pieds. Il y a des syphilides palmaires et plantaires kératosiques ; il y a également des eczémas et des psoriasis palmaires et plantaires, accompagnés de productions kc'ratosiquos très épaisses (*).
Les hypei^trophies épidermo-papillaires renferment les coi-nes, les verrues et les papillomes.
Les cornes cutanées sont dos excroissances épidermo-papillaires allongées, qui ressemblent grossièrement à des cornes d'animaux. Elles sont formées par des papilles allongées, recouvertes d'épidermc corné ('paissi (*).
La verrue est une excroissance épidermo-papillaire circonscrite, arrondie, légèrement saillante, qu'on observe aux mains. C'est une lésion inoculable et auto-inoculable, d'origine parasitaire probable.
Sous le nom de verrues planes juvéniles, on a décrit des excroissances semblables, mais plus petites, plus aplaties, plus nmltiples, qui siègent sur la figure, particulièrement au front, et sur le dos des mains, chez les jeunes sujets.
Enfui, des oxcroissimcos épidermo-papillaires, recouvertes d'enduit séborrhéique concret, existent fréquemment chez les vieillards. Ces excroissances papillo-sébacéos, appelées papillomes séborrhéiques (Ui
(') E. Gaccher. Kératodermic arsenicale. Soc. de dermat., juin i89i. — Psoriasis palmaire kératosique. Soc. de dcrmat., janvier 18U7.
") E. GACciiEJt, Corne cutanée de la région sternale. liuH. de la Soc. clinique de Parié, IH8r>.
[r. gaucher:^
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verrues plates séborrhéiques y ont des rapports de parenté très étroits avec répithclioma.
Les papillomes proprement dits sont des hypertrophies papillaires cornées, circonscrites, formant des pla(|iies dnres, rugueuses, assez larges. Us siègent au\ doigts et ont, hahituellemenl, une cause professionnelle. Ces papillomes simples doivent être distingués soigneusement des papillomes tuberculeux, qui caractérisent la tuberculose cutanée verruqueuse.
Dans le cours de la blennorragie, on a pu observer, très rarement, des papillomes à la paume des mains et h la plante des pieds. On attribue généralement à ces lésions une origine trophique.
J'ai décrit, sur le cuir chevelu, une variété spéciale de papillomes de petites dimensions, constitués par des hypertrophies papillaires cornées, très allongées, molles, groupées les unes à côté des autres, donnant un peu Taspect d'un pinceau et auxquels j'ai donné le nom de papillomes pénicilli formes (').
Il y a aussi des hypertrophies purement papillaires et non cornées; ce sont celles qui caractérisent les végétations ou condylomes, qu'on observe» si fréquemment aux organes génitaux, où ils ont reçu les noms vulgaires de choux-fleurs ou de crêtes-de-coq.
Dans les hypertrophies dei^miques, c'est la toUdité du derme qui est hypertrophiée, par prolifération conjonctive. L'hypertrophie dermique est surtout le propre de deux maladies : [F éléphant iasis des Âi*abes et la sclérodermie.
Véléphantiasis, qui occupe surtout les nuMubres inférieurs, plus rarement les membres supérieurs ou la face, est consécutif à un œdème lyniphaticpie prolongé, j)arfois à un œdème veineux. L'hyperplasic conjonctive qui le caractérise peut succéder à toute obstruction des voies lymphatiques ou veineuses. Les membres qui en sont atteints acquièrent des dimensions considéral)les et présentent des déformations très disgracieuses.
Il peut y avoir aussi un éléphantiasis névropaihique. Celui-ci succède aux œdèmes chroniques localisés, qu'on observe parfois chez les hysttV riques et qui sont sous la dépendance directe de troubles vaso-moteurs (').
Dans la sclérodetinie, on observe une hy|)ertrophie dermique et une induration spéciale de la peau, due à la transformation fibreuse du denne. L'hypertrophie est d'abord limitée sous forme de plaques isolées, puis de nappes indurées, lardacées, de plus en plus étendues, qui finissent par se réunir et par constituer une induration fibreuse de la totalité du derme {sclérodermie généralisée).
Cette transformation fibreuse peut rester limitée sous forme de bandes {sclérodermie en bandes) ou de plaques de p(»lites dimensions Iscléro-
(•) E. Gaucher, Traité des mal. de la peau, l. IL p. 20.*».
(•) E. Gaucher, Traité des maladies de la peau, l. Il, |». ITû ei suiv. — Éléphantiasis du scrotum consécutif à Vablation des ganglions inguinaux. Thèso de Follcl, 1895. — Œdème éléphant iasif/ue névropathigue. Congrès «le «Ici-mal. «!.• I.omlres, août iSOO.
(lermie en plaques ou morphée). Dans cette dernière forme, les plaques lardacées sont entourées crun liséré lilas canictérislique.
Les plaques de selérodeiinie peuvent affecter une disposition zoinfa}*ine^ le long de cerlains ti*ajets nerveux (').
Les tumeurs de la peau sont aussi des hypertrophies cutanées, des hypertrophies limitées, de dimensions variahles. .l'ai déjà dit que la séparation était peu tranchée en Ire les tubercules ou les îubérosités et les tumeurs et que leur distinction, tout à fait arbitraire, reposait seulement sur une différence de volnuK*.
C'est pourquoi j'ai déjà mentionné, avec les tubercules, un certain nombre de tumeurs de la peau, toutes les tumeurs bénignes, notamment, ainsi que le cancroïde ou épithélioma cutané et les noyaux cancéreux secondaires qui accompagnent le cancer du sein, par exemple.
Il y a une autre tumeur maligne qui peut avoir un siège exclusivement ou primitivement cutané, c'est le sarcome.
Trois formes de sarcome siègent dans la peau : le sarcome télanffiectasiquc, le sarcome vulgaire, le sarcome mélani(pie.
Le sarcome télangieclasique débute par les doigts et se présente sous forme de taches ou de ntulosités bleuâtres, (|ui donnent aux doigts un aspect mamelonné et les l'ont ressend)ler à des boudins. Au bout de quelque temps, des tumeurs semblables a|)paraissent sur d'autres régions.
Le sarcome vulgaire est d'abord une tumeur isolée, dermique, arrondie, de coloration normale, (pii occupe, le plus souvent, soit le dos (lu pied, soit l'index, soit les paupières. Cette tumeur primitive ne tarde |)as à s'ulcérer et est rapidement suivie de généralisation.
Le sarcome mêlaniquc est surtout caractérisé par sa couleur noire, d'un noir d'encre. Il débute par une tumeur primitive, qui se généralise hientot. Primitives ou secondaires, toutes les tumeurs s'ulcèrent et ces ulcérations sont également noirâtres, coimne la lésion initiale.
11 y a encore une néoplasie (pii peut débuter par la peau, c'est Vactinomycose,
L'actinomycose culiuiée est constituée par une tumeur étalée, généralement peu saillante. Cette tumeur est dure, de consistance ligneuse^ quelquefois bosselée. Elle est violacée au centre et rouge à la périphérie; elle se ramollit au centre et se perce de plusieurs orilices, dont l'ensemble ressend)le à une pomme d'arrosoir. De ces orilices sort un pus mal lié, chargé de grains d'un jaune sou fie, dans les(|uels le microscope décèle le mycélium caractéristique de l'actinomycès (*).
I*) E. Gaucher «H Goyox, S( lri*o«l<TinH.' vu pla«|iics, zoniforine. Duil. de la Soc. méd. des hôp.de Paris, 24 mai VM.
»; E. Gauciieh et Lacai-kue. Ai linomvojsc «le In joue. Ihtil. de la Sov. méd. des hôp. de Pan», avril 1901.
[£. GAUCHER 1
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