MODIFICATIONS CUTANÉES ET PILAIRES
La région sourcilière est recouverte par la peau, qui présente une ligne de poils à direction plus ou moins horizontale ou arquée constituant le sourcil. La peau est très mobile sur le plan osseux profond et les mouvements du sourcil commandés par les insertions des muscles frontaux et sourciliers contribuent beaucoup à l'expression des émotions. De même l'immobilité de celle région dans certaines affections du système nerveux (la paralysie agitante, par exemple) donne aux malades un faciès caract^Tistique.
Les sourcils présentent des variations dans leur abondance, leur coul<»ur et leur étendue. On a voulu faire de la réunion des deux sourcils siu* la ligne médiane un stigmate d'aliénation mentale. Dans certains cas,
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ils se prolongent horizontalemont sur Li région temporale. Ces variations morphologiques ne présentent aucun intérêt sémiologique. Il n'en est pas de même de certaines modifications dans Tabondance et la disposition des éléments du sourcil que Ton rencontre surtout dans deux affections générales : la syphilis et la lèpre. Nous envisagerons tout d'abord le symptôme Alopécie, puis I'Œdème et TInflammation suppurée du sourcil, et enGn quelques lésions parasitaires.
Alopécie sourcilière. — L'alopécie sourcilière dans la syphilis est assez commune, surtout chez la femme. Elle peut se présenter sous la forme diffuse ou sous la forme en clairières. L'alopécie diffuse est constituée par l'éclaircissement du sourcil dans tout ou partie de son étendue. Lorsqu'elle est fortement accusée, les poils n*ont plus la disposition régulièrement parallèle qu'ils affectent à l'état normal. Ils se redressent ou s'inclinent en sens variés, ce qui donne au sourcil un aspect broussailleux.
Dans l'alopécie en clairières, le sourcil présente des interruptions irré- ^lières. Quelquefois même une partie du sourcil est complètement dépilée, c'est ce qu'on a appelé le sourcil brisé (Fournier).
Cette alopécie sourcilière, qui est habituellement passagère, comme toute alopécie syphilitique, ne présente qu'un intérêt diagnostique; mais c'est un signe révélateur de syphilis sur lequel Fournier a spécialement insisté et qui s'est vulgarisé sous le nom de « signe d'omnibus » à l'usage du diagnostic de la syphilis. L'importance de ce signe tient, ainsi que le fait remarquer Fournier, à ce que trois causes morbides sont susceptibles de dégarnir le sourcil : la syphilis, la kératose pilaire du sourcil et la pelade. A ces trois causes il convient d'ajouter la lèpre, qui, ainsi que nous allons le voir, retentit souvent sur cette région.
L'alopécie par kératose pilaire du sourcil est habituellement congé nilale. Elle est caractérisée par une raréfaction diffuse des poils et par lin aspect rugueux de la peau du sourcil accompagné d'une légère teint(» érjihémateuse rosée des téguments.
Valopécie par pelade provoque toujours la dépilation totale et complète des zones envahies. Ce qui, en outre, permet le diagnostic, c'est que la pelade, circonscrite au sourcil, est rare et que, le plus souvent, on trouvera, du coté de la barbe ou du cuir chevelu, des foyers peladiques.
Valopécie et les lésions lépreuses du sourcil sont im|)ortantes à bien connaître, et, dans les pays où la lèpre fait encore beaucoup de victimes, on attache une grande valeur sémiologique aux altérations sourcilières. C'est un fait bien connu <[ue la lèpre tuberculeuse commence habiluellomenl par des nodules sourciliers et qu'on reconnaît bien souvent la lèpre « à son ombre sur les yeux », suivant l'expression populaire en Norvège. L'alopécie |)récède habituellement la lésion objectivement reconnaissable. D'autres fois, elle l'accompagne ou lui est secondaire. Tantôt la
[F BRUN et V. MORAX]
chute est rapide et complète, tantôt, au contraire, elle se poursuit lentement au fur et à mesure des poussées cutanées.
Sur un total de 219 lépreux à forme tuberculeuse examinés par Lyder IJoilhen en Norvè{j;e, cet auteur n'en a rencontré que 10 (8 femmes et 2 hommes) qui ne présentaient pas d'altérations sourcilières.
Sur 88 malades atteints de lèpre maculo-anesthésique. les altérations des sourcils ont été constatées dans 38 cas (ce qui constitue presque la moitié des cas).
L'alopécie lépreuse atteint habituellement les deux sourcils, mais elle n'est pas forcément égale. C'est, en général, la partie externe du sourcil qui est le plus souvent atteinte tout d'abord.
L'infdtration dermique lépreuse peut être généralisée j\ toute la région ou circonscrite. Souvent on voit une espèce de sillon oblique de bas en haut et de dedans en dehors établissant une division entre les deux parties du sourcil. Pour Lyder Borlhen, ce sillon correspondrait à l'insertion du muscle sourcilier.
L'infdtralion lépreuse peut être telle que le sourcil pend au-devant de TorbitQ comme une grosse tumeur.
On rencontre plus fréquenunent une éruption de tubercules lépreux circonscrits. Ces éruptions de tubercules s'observent dès les six premiers mois de l'infection lépreuse. Circonscrites ou diffuses, elles peuvent disparaître complètement, sans laisser de traces. H n'est cependant pas rare de voir à leur suite des lésions cicatricielles consistant soit dans l'aspect lisse (glossy skin) de la peau, soit dans ime apparence œdémateuse du tissu sous-cutané, soit enfin dans de petites varicosités veineuses superficielles.
Contrairement à l'alopécie syphilitique du sourcil, qui n'est que temporaire, l'alopécie lépreuse est toujours définitive.
Œdème et inflammation du sourcil. — Certaines manifestations infectieuses de la peau du sourcil doivent encore être envisagées au point de vue sémiologiquo : ce sont le furoncle du sourcil et la pustule maligne.
Le furoncle du sourcil n'est pas très rare et bien souvent on n'en fait pas le diagnostic d'emblée. On est frappé par l'œdème de la région sourcilière et de la paupière su|)érieure (pie l'on est |)arfois tenté d'attribuer à une aiïection générale; le furoncle lui-même, si le sourcil est un peu fourni, se dissimule aisément et peut passer ina|)erçn si l'attention n'est pas portée de ce côté. Après quelques jours, latumélaction se lociilise, la peau s'ulcère légèrement pour donner issue au pus et au bourbillon, et si le malade se présente «^ ce moment, on peut encore hésiter dans le diagnostic difl'érentiel avec la gouune cutanée, la sinusite frontale ouverte à l'extérieur, etc. Mais il suffira de se reporter à l'étude des commémoratifs et à l'examen attentif de la lésion pour éviter l'erreur.
La pustule maliqne a été observée dans (pielcpies cas au niveau du sourcil Dans ces derniers temps il a été publié plusieurs faits sous le nom
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il'œdème malin charbonneux. Mais, fait curieux et qui nous fait clouter (le la Ic^tiniité de ce diagnostic clini(|ue, dans aucun de ces cas on n'a pu démontrer soit pav la culture, soit par Tcxamen microscopique, la présence de la bactéridie charbonneuse. Le diagnostic était base sur la présence d'une escarre centrale entourée de vésicules et d'un œdème i-onsidérable de la région. La guérison a été habituellement obtenue. Mais dans certains cas, Tinflammation peut s'étendre à la face, au cou, et donner lieu à des accidents généraux d'infection entraînant la mort.
Chez les enfants atteints d'éruptions impétigineuses et mal entretenus, (tn peut voir se produire un abcès de la région sourciliîn^e au-dessous d'un placard impétigineux de cette région. Cette suppuration localisée peut s'observer aussi, cela va sans dire, à la suite de n'importe quelle plaie des téguments, traumati(|ue ou non, créant une porte d'entrée à l'infection. Très souvent aussi, c'est au niveau d'une plaie de celte région i|ue se fait la pénétration du streptocoque qui donnera lieu à un érijsipèle do la face.
En tant que région pilaire, le sourcil peut être le siège de toutes les Ihiom parasitaires que l'on peut observer du côté du système pileux : •m peut y rencontrer des parasites animaux : le pediculus capitis, le pediculus pubis, et les parasites végétaux de la trichophytie et du favus.
Nous n insistons pas sur ces manifestations qui ne présentent aucune jiarticularité du fait de leur localisation sourcilière et nous renvoyons le lecteur au chapitre» consacré h ces affections dans la sémiologie cutanée.