EXAMEN DIRECT DE LA CONJONCTIVE
la conjonclive est une membi-ane élastique mince, qui se moule exac-
tcinenl sur les organes qu'elle recouvre et qui ne présente, par conséquent,
P*^s de forme propre. Sa couleur varie aussi suivant les points examinés
^^ elle est en rap|wrt, d'une part, avec la vascularisation propre de la
'ïàuqueuse elle-même et, d'autre part, avec celle des tissus sous-jacents.
A l'état normal la conjonctive bulbaire laisse transparaître la couleur
'^'onc bleuâtre de la sclérotique sous-jacenlc. Elle est traversée par quel-
<|vies fins vaisseaux qui paraissent se diriger de la périphérie vers la
^'^mée en se ramifiant de plus en plus. La conjonctive tiU'sienne, ainsi que
^^lledes culs-de-sac, est plus rosée et sa surface est moins uniformément
""^^l^ulière. Les vaisseaux plus nombreux se dirigent du cul-de-sac vers le
^*^^Td libre et, arrivés à quelques millimètres de celui-ci, se résolvent dans
^■ï réseau serré qui donne toujours à cette portion de la conjonclive tar-
*^*>nne une coloration plus rouge.
Modifications de couleur. — En dehors des modifications de couleur ï'^sullant des lésions inflamuialoires et que nous étudierons à propos des
[r. BRUN et V MOBAJr\
'in SÉMIOLOGIE DK L'APPAREIL VISUEL.
conjonctivites, l'aspect de la conjonctive peut subir des uiodiGcations importantes : c'est ainsi, par exemple, que dans Victère la coloration jaune de la conjonctive est un des premiers signes apparents et aussi celui qui persiste le plus lonj;temps. La coloration ictérique de la conjonctive bulbaire peut exister seule avec la coloration des urines. Il s'agit (Kune pi^menUition de la conjonctive et probablement aussi des tissus sous-jacents : chez les nouveau-nés atteints d'ophtalmie blcnnorragique. la sécrétion prend,paiTois la coloration d'un jaune intense qui est, ainsi (|ue le prouve la réaction par facide nitrique fumant, due à la présence de pigments biliaires, et cependant Texamen du revêtement cutané ne fait pas remarquer de pigmentation manifeste. La pigmentation de la conjonctive est un signe plus sensible que la pigmentation cutanée dans tous les cas de rétention biliaire.
Dans la maladie dCAddison on observe assez souvent une coloration brunâtre légère de la conjonctive bulbaire. 11 en estde mémechez \e^ paludéen».
Dans les ecchymoses sous-conjonctivales, à la coloration rouge vif des premiers jours succède une pigmentation jaunâtre qui dure une quinzaine de jours environ avec des variations en rapport avec l'abondance de Textravasation sanguine, mais cette pigmentation est irrégulière, elle n'a pas Tuniformité de la pigmentation ictérique, ce qui, en dehors des commémoratifs, la ferait toujours reconnaître.
La conjonctive présente parfois une coloi*ation gris bleuâtre, ardoisée : cette coloration est produite par les sels d'argent et peut être limitée à la conjonctive. Cette argyrose conjonctivale se rencontre chez les malades qui ont fait des instillations de collyres au nitrate d'argent. Il faut, pour cpie la pigmentation apparaisse, un emploi prolongé, dépassant un ou deux mois, de solution de nitrate d'argent ou même de protargol (protéinate d'argent) . Les collyres peu concentrés paraissent à cet égard aussi actifs que les collyres forts. L'argyrose de la conjonctive peut aussi accompagner Targyrose cutanée dans les cas d'ingestion continue et prolongée de pilules de nitrate d'argent. Les cas de ce genre n'étaient pas i^ares à l'époque où les pilules de nitrate d'argent étaient prescrites aux tabétiques.
Une coloration blanche, mate, uniforme d'une portion de la conjonctive s'observe, d'une manière passagère, à la suite des brûlures de la conjonctive par la chaleur ou par des solutions caustiques. Ce qui fera le plus reconnaître la nature de cette lésion, c'est que la cornée est presque toujours lésée simultîuiément et (pi'elle présente dans le segment correspondant à la décoloration conjonctivale un léger trouble grisâtre qui occupe habituellement le segment inférieur de la cornée. Les parties de la conjonctive respectées |xir le feu ou le liquide caustique sont fortement injectées.
Les modilications de couleur peuvent être plus circonscrites encore et former des taches pigmentaires av(»c ou sans néoformation ou lésion dégénéral iv(» des tissus sous-jacents.
CONJONCTIVE ET SEGMENT ANTÉRIEUR DU GLOBE OCULArRE. 273
On observe souvent dans le méridien horizonUd de la conjonctive bulbaire, en dedans ou en dehors de la cornée, une petite tache d'un jaune paie, à contours limités, mais irréguliers <*t formant à peine saillie. Cette petite lésion, qui est développée dans Tépaisseur même de la conjonctive, a reçu le nom de pinguecula, parce qu'on la croyait constituée par un amas de cellules adipeuses.
Cliez certains sujets il existe depuis la naissance une tache irréguli«'M*e <l*un jaune chamois faisant une saillie plus marquée que la pinguecula et constituant une véritable tumeur dont le développement se fait et se poursuit très lentement. Ces taches brunes constituent une atlection particulière que M. Parinaud a décrite sous le nom de dermo-épilhéliome et que Ton désigne aussi du nom d'épithéliome bénin. On peut encore rencontrer sur la conjonctive des nœvi pigmentaii^es^ des sarcomes mêlaniques.
Les taches de pigmentation brunâtre sans modification des tissus ne sont pas rares chez les nègres et les mulâtres.
Dans les affections sclérales, il est très fréquent de voir survenir une modification de couleur du blanc de l'œil : il se produit des taches bleuâtres ou noirâtres qui, dans ce cas, ne tiennent ni à la conjonctive ni à la sclérotique, mais à Tamincissement de cette membrane (jui laisse voir le pigment choroïdien.
Cicatrices de la conjonctive. — La présence de cicatrices sur la conjonctive n*est pas un fait banal, car le nombre des inflammations conjonclivales susceptibles de laisser après elles une cicatrice persistante n'est pas considérable.
On reconnaîtra une cicatrice de la conjonctive à sa coloration, à sa consistance, aux modifications de direction qu'elle imprime au bord ciliaire, aux brides qu'elles établissent entre la conjonctive tarsienne et la oonjonclive bulbaire.
Au niveau de la cicatrice conjonctivale, Faspect rosé ou rouge de la muqueuse disparaît pour faire place à une coloration plus blanche, plus nacrée dont la disposition est naturellemeFït très variable : c'est tantôt «me cicatrice linéaire, horizontale ou verticale, tantôt une cicatrice étoilée <>u rajonnée. Au niveau de la conjonctive tiusiiînne la muqueuse étant normalement adhérente au tarsi^ sous-jaeent, TaspcH't seul do la lésion et l«'8 modifications du bord ciliaire seront caractéristi(pies. Si la cicatrice a «me certaine étendue le tarse est bridé, il bombe en avant et il en résulte »m renversement en dedans du bord ciliaire, un entropion avec ses conséquences sur la cornée.
Lorsque la cicatrice siège dans le cul-de-sac ou sur la conjonctive bulbaire, il faudra rechercher si sa présence détermine une adhérence de la muqueuse au tissu sous-jacent, ce dont on se rendra facilement compte <*n exerçant, après anesthésie de la muqueuse à la cocaïne, de légères tractions avec une pince sur la conjonctive.
PATHOLOGIE GÉSÉRAI.E. — VI. 18
[F. BRUN et V MORAX }
â7i Sémiologie: de l*appareil hsuel.
Lorsqu'on constate des lésions cicatricielles sur la conjonctive tarsienne supérieure, on devra penser soit à l'évolution antérieure d'une conjonctivite granuleuse, soit à une cautérisation avec le crayon de nitrate d'argent. \a conjonctivite granuleuse, lorsqu'elle a duré quelques mois ou quelques années, se complique presque toujours de lésions cicatricielles conjonctivales.
L'entropion granuleux est une des lésions cicatricielles des plus fréquentes dans les contrées où la conjonctivite granuleuse est très répandue, comme TAIgérie, l'Egypte, etc. Il est rare que dans ces cas on n'observe pas en plus des lésions coméennes résultant du frottement des cils, une légère opacification du bord supérieur de la cornée, indice d'une kératite granuleuse qui, en l'absence de commémoratifs précis, permettrait d'affirmer Torigine de la cicatrice.
La cautérisation avec le crayon au nitrate d'argent dans l'ophtalmie des nouveau-nés a amené des désastres, et l'on voit encore trop souvent les fâcheux résultats de cette pratique qui heureusement tend à disparaître. Le cicatrice est dans ces cas plus linéaire et plus épaisse ; elle est aussi développée sur la conjonctive tarsienne inférieure que sur la supérieure. Elle n'empiète guère sur le cul-de-sac. Lorsque la cornée est atteinte, elle présente une opacité diffuse plus marquée, en général, dans les parties inférieures que dans les supérieures.
Le» cicatrices qui succèdent aux brûlures par les éclats métalliques chauds ou par les solutions ou substances caustiques (projections d'acide sulfurique, d'acide chlorhydrique, de chaux vive, d'huile bouillante, etc.) se reconnaissent à ce qu'elles siègent de préférence dans le cul-de-sac inférieur ou sur la conjonctive bulbaire et tarsienne inférieure. Le symblcpliaron, l'adhérence par une large surface ou par une bride est fréquente dans ces cas-là. Si la cornée présente une cicatrice, celle-ci siège habituellement dans le segment inférieur.
On peut encore observer des cicatrices conjonctivales et même du symblépharon à la suite de syphilides secondaires ulcéreuses de la conjonctive, ou enfin à la suite des éruptions huileuses du peniphigus conjonctivaL Ces cicatrices sont moins diffuses, elles ont souvent l'aspect étoile, sauf dans les cas avancés où la répétition des poussées huileuses a transformé toute la conjonctive en un tissu cicatriciel.