‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 63 sur 185 · TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ · texte numérisé non relu

TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ

La cornée n'a pas do sensibilité à la pression. La sensibilité à la doubleur est disséminée sur toute la surface cornéenne. La sensibilité thermique n'existe pas au centre; elle est liiniléo aux parties périphériques de la cornée.

CONJONCTIVE ET SEGMENT ANTÉRIEUR DU GLOBE OCllAIRE. 321

Procédé d'exameti de la sensibilité cornéenne. — L'exploration de la sensibilité cornéenne se fait avec une barbe de plume ou tout objet mousse présentant une certaine souplesse. Il faut avoir soin de ne pas toucher les cils, car leur simple frôlement provoque le clignement palpébral.

On peut donner à l'exploration de la sensibilité cornéenne une précision très grande en se servant du procédé de von Frey. Ce procédé consiste à fixer à l'extrémité d'une baguette en bois un cheveu de 20 à 30 millimètres dont on a déterminé le diamètre avec le microscope. Lorsqu'à l'aide de ce cheveu on exerce une pression verticale, on voit qu'à un moment donné le cheveu se recourbe. Si l'on exerce cette pression sur le fléau d'une balance, on verra que, pour obtenir cette flexion du cheveu, il faut ajouter toujours le même poids pour faire équilibre à la pression. On peut donc facilement déterminer en grammes ou en milligrammes la pression réalisée par ce petit appareil sur la cornée. Comme on connaît la surface de section du cheveu, on pourra donc pousser la précision jusqu'à déterminer la pression supportée par la cornée et par millimètre carré. En se servant de cheveux de différentes épaisseurs, on peut avoir toute une gamme d'appareils donnant lieu à des pressions différentes.

Des mensurations de von Frey et de Krueckmann, il résulte que, chez les jeunes sujets, la limite de perception douloureuse est, en moyenne, de 0**',2 par millimètre carré. La pression utilisable pour les recherches ne doit cependant pas être inférieure à 1 à 2 grammes par millimètre carré. Avec l'âge, la sensation s'émousse et, chez les sujets âgés, il faut souvent dépasser 1 à 2 grammes par millimètre carré pour déterminer une sensation douloureuse.

Symptômes. — L'hyperesthésie ou l'anesthésie de la cornée ne se manifestent par aucun phénomène spécial, mais doivent être soigneusement recherchées dans certaines affections oculaires ou générales qu'elles peuvent permettre de dépister.

L'hyperesthésie a, à ce point de vue, une importance beaucoup moins considérable que l'hypoesthésic et Tanesthésie complète.

SÉMfOLOGiE. — L'anesthésie peut s'observer dans les affections locales ou générales.

Parmi les affections locales, toutes les lésions cornéennes ulcéreuses donnent lieu à une hypoesthésie ou à une anestliésie au niveau de la lésion; mais les régions voisines de la cornée non atteintes par le processus ulcéreux ont une sensibilité normale ou même un léger degré d'hyperesthésie. Ce n'est pas le cas, au contraire, dans le zona ou dans la kératite neuroparalytique. Dans ces affections, surtout dans la seconde, l'anesthésie est complète et atteint toute l'étendue de la cornée. Par suite de Tanesthésie, l'évolution de l'infection cornéenne dans la kératite neuroparalytique est habituellement indolore. Cette forme de kératite indique

[F. BRVN et V. MORAX.}

une lésion du trijumeau siégeant presque toujours au niveau du ganglion de Casser.

Dans le glaucome, la sensibilité cornéenne est toujours émoussée, excepté cependant dans le glaucome simple. L'hypoeslhésie du glaucome n'est que passagère, car, lorsque la pression normale est rétablie par remploi des myotiques ou par une iridectomie, il est facile de s'assurer que la sensibilité est redevenue normale. Il est des cas où Thypoesthésie progressive de la cornée peut donner des renseignements précis sur Fapparition du glaucome : dans les cas de cataracte traumatique, de discission du cristallin transparent dans la myopie, etc.

Dans la lèpre, l'anesthésie cornéenne n'est pas rare et relève d'un processus inflammatoire lépreux de l'ophtalmique de Willis.

Dans le tabès, on peut observer l'anesthésie de la cornée, mais elle n'est jamais isolée et l'on trouve toujours en même temps des troubles de la sensibilité dans le territoire cutané tributaire du trijumeau.

Dans Vhystérie, l'anesthésie cornéenne n'est pas rare, soit qu'elle accompagne une hémianesthésie sensitivo-sensorielle, soit qu'elle existe avec de lamblyopie ou de l'amaurose hystérique.

Dans V hémianesthésie par lésion organique, l'anesthésie de la cornée fait partie du syndrome.

Enfin, dans la narcose par le chloroforme, l'anesthésie cornéenne est un des signes les plus fréquemment utilisés pour fixer le moment où l'anesthésie générale est atteinte.

Page 1