‹ Traité de pathologie générale v. 1 (volume 2)Chapitre 8 sur 185 · TROUBLES DE LA MOTILITÉ · texte numérisé non relu

TROUBLES DE LA MOTILITÉ

On peut dire que la motilité est toujours afl*ectée dans la folie : c'est raflaiblissement qui frappe le plus('). L'attitude des aliénés trahit souvent ik première vue un aflaiblissement de la motilité. Les mélancoliques montrent une tendance remarquable à s'asseoir et à se coucher : un grand nombre se tiennent accroupis, les genoux à la hauteur du menton, la télé penchée en avant. Dans cette dernière attitude tous les muscles extenseurs, aussi bien ceux des membres que ceux du tronc et du cou, se trouvent dans le relâchement. Dans Tintervalle de leurs accès d'agitation, les maniaques ont une grande tendance à prendre les mêmes attitudes. D'ailleurs la mobilité extrême des maniaques, le caractère imprévu de leurs mouvements, n'est pas du tout une preuve de l'énergie de leur motilité volontaire, t<mt s'en faut, elle trahit seulement une grande excitabilité réflexe.

Les maniaques ont souvent une idée exagérée de leurs forces physiques, et ils continuent à se dire très forts alors qu'ils sont déjà très amaigris et affaiblis. Un grand nombre d'auteurs tant anciens que récents parlent d'une augmentation réelle des forces musculaires des maniaques. « Dans la majorité des ciis, dit Griesinger, rien de semblable n'existe ; il est si peu vrai que les malades soient réelleuient plus Torts (|u'à l'éttit noruial, quil suffit d'un seul gardien pour les contenir; ordinairement cette apparente exagération des forces physiques vient seulement de hi manière «h'nridée avec la(|uelle le malade dans chacun de ses actes fiiit agir ses muscles. » La plupart des aliénés se fatiguent vite dans les travaux auxquels on les applique dans les asiles. Même dans les accès de manie épi- It'ptitiue qui passe pour un des éLits dans lesquels l'exaltation des forces f'st le plus marquée, j'ai pu constater dans les circonstances les plus favorables et en particulier dans un cas où le malade se promettait de broyer le dynamomètre, que la pression élait moindre qu'à l'état normal.

Chez les mélancoliques surtout, la dépression des forces est considérable : non seulement les mouvements sont sans vigueur, mais ils sont d'une lenteur et d'une incertitude remarquables. Cet- état de la motilité se traduit

' F. Grahaji Crookshank. Tho plivsical si|^iis of insaiiity.' T/ie Journ, of mental Scieticr^ IIWO. p. 48.

rATBOLOGlE GKHÉRALE. — Vf. 2

[CH FÉRÉ

non seulement par des attitudes particulières, mais aussi par un aiïaissement des traits qui restent sans expression et souvent dans une immobilité stupide. L'horreur du mouvement chez ces malades les mène à Toubli des soins les plus urgents. L'aiïaiblissement se traduit en outre souvent par du tremblement (*). La raideur, la contracture, les spasmes, la rigidité cataleptique que Ton observe chez les mélancoliques sont en réalité des contractions défensives qui s'éloignent moins de l'agitation maniaque qu'on serait porté à le croire. Il y a souvent l'incertitude du regard, qui conserve une expression inquiète chez les convalescents. L'aHaiblissement de la force dynamométrique chez les aliénés en général a été mise en évidence par M. Toulouse (*) qui a confirmé mes observations, notamment en ce qui concerne la tendance à l'égalisation des forces des deux côtés, tendance que j'ai signalée dans tous les états de fatigue.

Avec la dépression de l'activité volontaire coïncide souvent une tendance à la rigidité prédominant aux membres supérieurs avec conservation plus ou moins prolongée des attitudes, la catalepsie qui se rencontre non seulement dans la mélancolie, la manie, la confusion mentale, mais aussi dans l'hystérie, dans l'épilepsie et encore dans les infections et les intoxications (alcoolisme, saturnisme, goutte, urémie, pneumonie, fièvre typhoïde, rhumatisme articulaire aigu, tuberculose, fièvre intermittente, méningite, etc.)('). Kahlbaum (1874) a voulu isoler sous le nom de catatonie une espèce morbide distincte à évolution cyclique constituée par la succession d'états mélancoliques maniaques, stupides et surtout caractérisés par la rigidité cataleptique.

L'harmonie des mouvements est pailiculièrement affectée dans les psychopathies ; et le défaut d'harmonie se fait remarquer principalement dans la physionomie. La folie est l'ennemie de la beauté qui est rare, en effet, chez les aliénés : leur laideur n'est pas due seulement à leurs défauts morphologiques, mais surtout aux asynergies musculaires ; lorsqu'ils retrouvent Tharmonie de leurs traits, on peut en tirer le présage d'une guérison prochaine. La marque de l'aliénation mentale a pour caractère Tincohérence de l'expression qui ne correspond jamais à l'expression franche d'une émotion normale, parce que toujours quelque muscle se relâche ou se contracte quand il devrait se contracter ou se relâcher en suivant les associations normales. C'est à cette incoordination motrice qu'il faut surtout rattacher le défaut d'attention si fréquent chez les aliénés ; le relâchement pur et simple ne fait que l'affaiblir. De ce que les aliénés réagissent normalement a des hallucinations, c'est-à-dire h des représentations d'excitations externes, Farabeuf conclut sans preuves suffisantes

(*] Th. II. Keli^og, Tho disordei-s of the inuscular System in insaiiih. Médical Hecovd. N.-Y.. 1806. t. L, |). 217.

(*; E. Ton.ousE, Noies sur quelques cxpériciioos dyiiaïuométnques eliez les aliénés. Mém. de la Soc. de bioL, 1803, p. 121. — Meltzer, Dynainometrisclie lîniersuchungen bei Geisteskraiikon. Inattg. Dise. léna, 1804»

(«*) l,ATie»s, Des états cataleptiques dans les infections et intoxications. Thèse 1001.

Page 1