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OPÉRATIONS PERMETTANT LE DIAGNOSTIC DE L'ESPÈCE MICROBIENNE

Le diagnostic de Tespèce microbienne repose :

1** Sur la morphologie et les réactions colorantes du microbe.

2** Sur le mode de développement des microbes dans les milieux de culture, et la constatation de certaines propriétés physiques et chimiques.

.V Sur les résultats de l'inoculation aux animaux.

V Sur certaines réactions biologiques enfin, telles que la réaction d'immunité et la réaction agglutinante.

Les caractères tirés de ces diverses manipulations ont plus ou moins de valeur: quelques-uns, nous le verrons, sont spécifiques et permettent à eux seuls le diagnostic de l'espèce; la plupart sont contingents et ne peuvent servir à étayer le diagnostic (pie par leur réunion.

Morphologie et réactions colorantes, — Li forme et le mode de grou- |)ement des microbes donnent de précieux renseignements pour le diagnostic bactériologique, mais ne suffisent jamais à eux seuls à caractériser Fespèce bactérienne.

Les réactions colorantes peuvent avoir plus de valeur : toutes les bacté-

[F WtDAL et F BEMAl^ONZ

ries se colorent par h^s couleurs d'auLline hasi(|ucs telles que le violet de «jrentiane, le bleu de méthylène, la fuchsine, mais certaines ont pour h matière colorante des aflhiités spéciales, dont on peut tirer parti au point de vue du diagnostic.

Certaines espèces, telles que le bacille de la tuberculose et le bacille de la lèpre, sont très hautement différenciées par leurs réactions colorantes : elles se laissent difTicilement imprégner par les solutions d'aniline; mais, une fois colorées, elles résistent à l'action décolorante de Talcool et des acides dilués. Li méthode d'Ehrlich, ([ui met en évidence ces propriéti's du bacille tuberculeux, est une réaction spécifique ; elle permet d'emblé<' le diagnostic de la tuberculose et Ton ne saurait oublier qu'elle a valu au bacille de Koch, dès sa découverte, l'honneur de faire comprendre, du premier coup, aux cliniciens Timportance des recherches bactériologiques.

Sans avoir la valeur élective de la méthode d'EhrIich, uneautre méthode, la méthode de Gram, peut aussi servir au diagnostic bactériologique.

Toutes les bactéries, le bacille tuberculeux excepté, se colorent bien, à froid, par une solution (phéniquée ou anilinée) de violet de gentiane ou de fuchsine et il n'y a pas là matière apparente à différenciation; selon la nature du microbe, la teinture mord cependant plus ou moins profondt'»ment. Pour mettre le fait en évidence, après avoir coloré la préparation par la substance d'aniline, il suffit, comme l'a proposé Gram, de la traiter par une solution aqueuse d'iode et d'iodure de potassium, puis de faire agir un agent décolorant tel que l'alcool absolu. On voit alors que certaines bactéries restent colorées, tandis que les autres sont devenues incolores.

Les bactéries peuvent être classées en deux catégories, celles qui prennent le Gram ou se colorent parla méthode de Gram, et celles qui ne prennent pas le Gram.

Quelques microbes ne réagissent pas franchement à la méthode df Gram: ils ne restent colorés après passage dans la sohition iodo-ioduréc et dans Falcool qu'à condition que faction de ce dernier agent ne soit ps prolongée.

Ces microbes, tels tpie le vibrion septique, leproteus vulgaris, peuvent cependant bénéficier de la division dichotomi(pie si l'on modifie légèrement la technique et si Ton remplace la méthode de Gram un i>eu brutale par la technique de Claudiiis(*) dans laquelle une solution d'acide picrique (»st substituée à la solution iodo-iodurée et le chloroforme ou l'huile d'aniline sont substitués à falcool.

La méthode de Gram ne peut jamais à elle seule suffire à définir fesi>èce microbienne, elle permet seulement de s'orienter dans le diagnostic de la nature du microbe : un bacille qui prend le Gram ne peut |>as être un Imcille de la fièvre typhoïde, un bacille qui se décolore par le Gram ne peut pas être le bacille de la diphtérie, etc.

Les renseignements donnés par la morphologie, le mode de groupement.

I*, CLAUitiis, Annaien de l'Institut Pasteur, XI. 1807. p. r»j2.

MÉTHODES DE LABORATOIRE. Wj

les réactions colorantes sont parfois sufiisants pour assiu'er le diagnostic bactériologique dans les conditions ordinaires de la clinique; ainsi on pourra affirmer la nature klennorragique d*un écoulement dans lequel on aura trouvé des diplocoques en grains de cnfé, réunis en amas, contenus dans rintérieur des cellules, se décolorant par la méthode de Gram.

Pour la plu|)art des microbes, la morphologie et la réaction colorante ne suffisent pas à caractériser Tespèce et il est nécessaire de recourir h la méthode des cultures.

Méthode des cultures, — Pour certaines espèces, le diagnostic est assuré par la culture sur certains milieux électifs.

Le bacille de la diphtérie par exemple ne peut être suffisamment différencié par les méthodes de coloration. In frottis de fausse membrane diphtérique, coloré par le bleu de Roux, permet de soupçonner la présence du bacille de Lœffler, mais la culture de Texsudat, sur sérum de Ixcuf coagulé, est seule capable de fournir un diagnostic certain.

Le coccobacille, isolé par Pfeitler dans les crachats des malades atteints de grippe, se reconnaîtra a son aspect de lin bacille se décolorant par le Gram, mais le diagnostic ne pourra être porté d'une façon certaine que si Ton ensemence le crachat sur un milieu à base d'hémoglobine (gélose «idditionnée d'une goutte de sang ou sang gélose), seul terrain qui convienne à la culture du microbe.

Le milieu électif n'est j)as nécessairement un milieu solide et Ton a «souvent avantage à utiliser certains milieux liquides qui favorisent le «léveloppement prépondérant de l'espèce bactérienne que l'on recherche.

L'eau peptonée constitue ainsi, connue l'a montré M. MetchnikolT, le milieu de choix pour l'isolement du vibrion cholérique des selles et de l'eau où il se trouve ccnitenu : le lait est d'autre part, comme l'a montré M. Achalme, le milieu le plus favorable pour l'isolement de certains microbes anaérobies qu'il a trouvés dans le myocarde et les valvules «•ardiaques à l'autopsie de malades atteints de rhumatisme articulaire.

Le sérum liquide de lapin jeime est, comme l'un de nous l'a vu avec 31. Grillon, le milieu de choix pour Tisolement et le diagnostic du pneumocoque; il convient aussi pour le diagnostic du tétragène, du pneumoliacille, qui s'y présentent sous leur forme caractéristique, entourés de leur capsule, connue dans l'organisme de Thomme ou des animaux.

Le procédé de choix pour isoler le bacille dEberth du sang des lyphitpies consiste, à ensemencer une grande quantité de sang ( i centimètres cubes) dans une grande quantité de bouillon (500 à 500 centimètres cubes) (*). On atténue de la sorte, l'action bactéricide du sang, <|ui s'op- |mserait sans cela à la germination du bacille.

Lorsfpi'il n'existe pas de milii»u électif d«». développement pour le microbe que l'on cherche à différencier, on étudie les caractères des cultures sur les divers milieux usuels de laboratoire, teisquela gélose, la

•) Voy. J. CouBMONr. biili. de la Sœ. méd. des hôp., *J7 Hôoemhre 11H)I.

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gélatine, la pomme de terre, Tarlichaut (Roger), le bouillon, le lait, elc.

La culture sur gélatine a une grande valeur diagnostique. Il est d abord toute une catégorie de microbes qui ne se développent qu'à une température supérieure à 30 degrés et qui par suite ne peuvent donner de colonies sur la gélatine dans les conditions où celle-ci est employée comme milieu solide, c'est-à-dire à une température ne dépassant pas 22 à 24 degrés.

Les microbes qui poussent sur la gélatine se divisent enfin en deux groupes : les uns donnent naissance à des colonies visibles à Tœil nu sans modifier la consistance du milieu, les autres sécrètent une diastase qui liquéfie la gélatine; il y a là encore un de ces procédés dichotomiques qu'on peut utiliser pour le diagnostic : un microcoque en amas prenant le Gram, qui no liquéfie pas la gélatine, n'est pas le staphylocoque pyogène, un bacille qui liquéfie ne peut être le colibacille ou le bacille d'Eberth, etc.

La culture sur pomme de terre peut aussi servir au diagnostic : beaucoup de microbes, tels que le bacille 'd'Eberth retiré fraîchement du corps humain, ne donnent pas de colonies apparentes à la surface d'une pomme de terre stérilisée, tandis que d'autres, tels que le colibacille, développent des colonies luxuriantes, de couleur jaunâtre.

L'aspect des colonies que donnent certains microbes sur la pomme de terre est même quelquefois assez caractéristique pour jouer un rôle prépondérant au point de vue diagnostique : le bacille de la morve, par exemple, donne sur pomme de terre des colonies spéciales de couleur chocolat.

La méthode des cultures permet encore de rechercher le degré de température le plus favorable au développement des bactéries et les températures limites au delà desquelles cesse la vie du microbe.

La recherche des propriétés zymotiqucs des bactéries peut avoir aussi une grande valeur diagnostique. Ainsi le meilleur caractère diiTérentiel du bacille d'Eberth et du colibacille était, il y a quelques années, avant qu'on ait utilisé les propriétés agglutinantes du sérum typhique au point de vue du diagnostic, la constatation de certaines propriétés fermentatives fournissant un excellent moyen de diagnostic entre le bacille d'Eberth et le colibacille.

Le bacille d'Eberth ne fait pas, en effet, fermenter le lactose, comme l'un de nous Ta montré avec M. Chantemesse, contrairement au colibacille qui, ensemencé dans du bouillon additionné de lactose et de carbonate de chaux, transforme le lactose en acide lactique et produit un dégagement abondant d'acide carbonique.

Certains microbes transforment les peplones du milieu de culture et donnent lieu à la production d'indol que l'on met facilement en évidence en ajoutant à la culture (juelques gouttes d'azotite de potasse et d'acide sulfurique. Celle addition produit une belle coloi'alion rouge ou rose. Le vibrion choléri(iue, certains colibacilles, le protcus, présentent celle réaction et nous verrons dans la suite, au chapitre du diagnostic du cho-

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